LA VIE CHRÉTIENNE PARMI LES FOULES
uvaient apportés *, ceux mêmes qui remontaient à l'antique période li^^ure - n'avaient pas cessé, on peut le croire, d'avoir prise sur les âmes. Nul doute qu'ils n'aient été ravivés par l'établissement des Barbares : les soins craintifs que les Ligures avaient rendus aux morts étaient loin de leur être inconnus ''^ : ils accordaient à des prêtres-mag'is-
que de retomber souvent dans les superstitions païennes Gub. Dei. VIII. 2) Dufourcq: CJirist des foules,?,'' éd., 16-2S-29 ; Malnory, 221 ; et Vacandard : L'idolâtrie eyi Gaule aux vietvne siècles. R. Q. H. avril 1899. Voir du reste ce qui se passe en Orient, tome IV. 279. 343 n.
1 n semble qu'il y ait eu de nombreux points de contact entre la religion des Romains et celle des Celtes : tomel. p ioo.
- Les cultes qui sont antérieurs à l'invasion celtique ( vi^ siècle avant J.-C], et remontent à la période ligure sont fort mal connus. On croit qu'ils visaient surtout les morts, naturellement ; les sources et les bois, les corbeaux et les serpents ; le Soleil, la Lune, l'Etoile du matin, l'Etoile du soir ainsi que la Terre et le Feu [C, Jullian: Histoire de la Gaule, I, 1908. Paris. 135-159] .
■■' Le culte des morts est bien attesté. Les morts sont des vivants atténués et malheureux, donc dangereux : « ils revêtent une infinité de formes, par exemple, celle de souris (les tours de souris) » et de vampires ; ils habitent souvent les montagnes ; ils parcourent les airs à la suite de leur dieu Wolan ; les 12 nuits de >'oël à l'Epiphanie, ils sont lâchés à travers le monde ; ils habitent dans le foyer [Grimm : deutsche Mythol, 1854, 3^ éd., p. 4G9 et 568; Gide : Etude sur la cond. privée de la femrae, 1885, p. 197].
Les Germains c;oient, comme beaucoup d'autres, qu'un homme peut, sans mourir et pour plus de sûreté, extérioriser sonàme et l'enfouir en lieu sur. Frazer : Bameau d'or. trad. fr. II, 458-464].
Les docnmerUs ne nous permettent pas de marquer les traits propres à la religion des WisigotJis, à celle des Ostrogoths, à celle des Burgondes [ils semblent avoir eu un grand'prètre inamovible, sinista^, des Francs, Vandales, etc..
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trats * les mêmes fonctions diviniitrices. le même rôle politique que les Celtes à leurs druides. L.es eaux claires et bienfaisantes, les bois mystérieux et redoutables ^ attiraient F amour et provo-
Nous devons nous conlenlor de parler de la religion germanique en général
1 Chez les Germains que connaît Tacite aussi bien que chez les Anglo-Saxons, le prrtre a un ])ouvoir judiciaire et politique. Son principal office est de [)énétrer la volonté d^s dieux par la divination : il explique les signes [hennissement des chevaux, oiseaux, chaudrons des sacrifices]. Après quoi, Il tâche à apaiser la colère ou à fortifier la bienveillance du dieu jiar des sacrifices et des opérations magiques. Les assemblées religieuses, avec les sacrifices divinatoires et ])ropltiatolres, ne semblent pas s'être t3nues à date fixe : il n'y a pas trace d'un calendrier rituel ; elles se tenaient sans doute à l'occasion des événements importants. — Les prêtresses ne forment pas de collège, mais ont un grand prestige.
La morale est complètement indéjiendante du culte. L'incapacité juridique de la femme est générale, mais elle dépend, moins de son mari que de sa famille : elle est asservie mais l)rotégée et très honorée. La monogamie est très générale ; l'adultère très rare Gide, op. laud., 193-199.
- Le culte des eaux est bien attesté. Il ne i)résente aucune particularité notable. Pourtant, dans la Frise et dans toutes les basses réglons du nord où l'eau [)Otable est infiniment précieuse, Il semble que l'eau douce ait été protégée par un tabou. Kauffmann, dans VArchiv. Bel. Wissenschafft. XI, 1. 190, 105, 109.
Le culte des arbres et des bols est bien attesté aussi. Voir infra l'histoire de S. Bonlface.
De ce double culte, on peut rapprocher le culte des Elfes, lutins et nains, qui a des racines très profondes dans la croyance populaire. Ce sont de vrais dieux, à qui l'on offre des sacrifices, qui sont en général bienveillants, et qui sont divisés en une mulîltude de catégories. Mais il est difficile d'apercevoir leur physionomie primitive ; peut-être était-ce simplement les esprits des sources et des bois.
SURVI\A>CE DU PAGAMS.ME 63
quaient la crainte des Germains aussi bien cjue des Italiens, des Espagnols ou des Gaulois ; leurs dieux de premier ordre Wotan, Thor. Ziu-Ti^v'az et Freyr n'avaient dû leur prestig'e. sinon leur naissance, qu'à l'élargissement des tribus se formant en confédération ' : les sources et les arbres, au
I Les grands dieux sont d'âge récent : leur caractère politique paraît certain. " Les trois tribus principales, les Ingaevons, les Herminons et les Istaevons avaient leurs héros éponymes Tacite : Gevm. 2) dans lesquels on croit pouvoir reconnaître soit les dieux principaux Freyr, Tiwaz, Wodan, spit le seul Ti\vaz sous trois formes différentes. Les Hermondures adoraient Mars, les Cattes Mercure {Ann. 13. 57 ; on trouvait le culte d'Isis chez une partie des Souabes Germ. 6), les Semnones avaient le culte sanglant du regnator omnium deus (Gerrii. 39), les >'aharvales adoraient les deux jeunes dieux Castor et Pollux Germ. 43 , et le culte de >'erthus réunissait tous les ans sept tribus parentes et leur imposait une trêve de Dieu Germ. 40) a. C'est dire que, sans rejeter les autres dieux, chaque tribu avait son dieu principal : « les Souabes étaieat appelés Cuyuvari serviteurs de Zio', et les Frisons adoraient Forsete dont le sanctuaire se trouvait à l'Ile d'Héligoland', comme le garant du droit ». Le dieu principal des Francs est Wotan. ]Chantepie: Manuel... 695] . — Sans doute les progrès de ces dieux politiques ont-ils été parallèles aux progrès du sacerdoce comme chez les Celtes: tome I, 166, n. .
II est à noter que, chez ces grands dieux des Germains, le caractère naturaliste l'agent producteur des phénomènes naturels, t. I, p. 318) semble peu marqué. Wotan apparaît comme le dieu de la mort, plutôt que comme le dieu du vent; si Thor et Ziu-Tiwaz sont les dieux du tonnerre et du ciel, on est fort en peine de dire la signification naturaliste de Freyr et de Balder.
Aux dieux sont accouplées des déesses et sont associés des géants. Les déesses forment une troupe fort indistincte : la plus connue est Frija, épouse de Wotan ; elle était une déesse de l'air et du ciel. Nehalennia était adorée sur le Rhin inférieur. — Le rôle des géants est caractéristique des mythes germaniques : ils ne sont pas dieux, on ne leur offre pas de sacrifices ; ce
bî- L UMON DE L ÉGLISL ET DE L OCCIDENT
contraire, étaient vénérés depuis les temps les plus lointains. Les fontaines de Dœllbach (près Fulda), de rHœllenthal (près Fribour^) et de TOrtenau, de Cologne et d'Aix-la-Chapelle, de Ileilbronn et de Moosbronn (à Ettlingen) n'étaient pas moins anciennement honorées que celles de Nimes, de Périgueux et de ^^aucluse. Si donc la gloire d'Odin subit (juehjue éclipse lorsque les Barbares prirent contact avec les Romains, les cultes locaux de ceux-ci bénéficièrent, comme d'un apj^ui, des habitudes religieuses qu'apportaient ceux-là. Les pieux missionnaires qui continuent l'œuvre évangélisa-
sont des auxiliaires des dieux dans l'œuvre cosmogonique, et leurs premiers nés. Voir Weinhold : Die Riesen des fjermanischen Mt/i/ius. 1858; et, en général, P. E. yiuUer : Sagabibliotkek. 1817-182J. 3 vol; frères .1. et W. Grimm : die deutsc'ie Mythologie, 1835 (4e éd., par Meyer. 1875-1878 \die deutsche Ilelden- 6-a^e, 1826 (3e éd., 1880, par Sleig) ; W. Mannhardl : WaldtcJid Feldculte. 2 vol. 1875-77 et Mythologische Forschungen. 1884 ; Meyer : Gevmanische Mythologie. 1891 ; Chanlepie de la Saussaye : The Ileligion of tlie Teutons. 1902; Mogk : gernianisclie Mythologie, 1906. Leipzig et P. Ilerrmann : Deutsche Mythologie iu gemeinverstandlicher Bars te Un ng. 2*^ éd., 1906. Leipzig ; Rev. Se. phil et théol. 1907. 575.
[Noter que les Celtes sont venus sans doute en Gaule de la Frise et du Jutland; qu'ils sont des Indo-l'^uropéens couinie les Germains, et peut (Hre les Ligures, dont ils conservèrent sans doute les principaux cultes. Le fond de la population de l'Occident semble présenter une certaine homogénéité. A propos du chaudron d'argent de Gundcstrup et des cornes d'or deGallehus [Sophus Mùller ; NovdiscJie Altcvtuniskunde. II, 1898, 151], qu'il croit d'origine germanique, G. Jullian écrit : « l'analogie des figures représentées avec celles du monde gaulois est surprenante [carnyx, casques à cornes, à rouelle, sanglier enseigne, dieu accroupi et à cornes de cerfs, exaltation du torques, serpent cornu... » Histoire de la Gaule, II, 114, note 7.
SIKVIVANCE DU PAGAMSAIE 6o
trice de saint Martin rencontrent une opposition tenace, parfois violente. Les évèques de Brives et de Trente sont massacrés. Les paysans de Ligurie entretiennent pieusement les autels champêtres et se parent avec orgueil du titre d'haruspices. Les sermons des évèrpies.les canons des conciles attestent la survie des pratiques et des croyances idolàtriques en Italie, en Gaule et en Espagne aux V et vi^ siècles. Même baptisé, le paysanne sait s'il fêtera le jeudi, jour de Jupiter, ou s'il sanctifiera le dimanche : et certains jours continuent d'être néfastes à ses veux. 11 n'ose pas ne plus célébrer les fêtes qu'observaient ses pères, la fête des kalendes, par exemple, ou celle des morts, ou celle de la moisson : la peste punirait son audace. Il craindrait de ne pas se protéger, lui et son bétail, par des amulettes ou des phylactères, de l'envie des dieux méchants : il se reprocherait surtout de ne pas recourir aux devins et aux sorciers : les uns éclaircissent. les autres conjurent les mauvais présages. Et Dieu sait s'ils sont nombreux ! Qu'un nuage obscurcisse la clarté de la lune, et les lamentations du paysan diront bruyamment son e If roi.
La destruction de l'unité administrative de l'empire, en rendant plus rares les rapports qui unissaient l'Orient à r(3ccident, atfaiblit les cultes orientaux nés en même temps que le Christianisme et répandus dans la même zone méditerranéenne. Tout ensemble mystiques et sensuels ils se fondirent
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ensemble pour former une nouvelle religion dont Taustérité officielle s'alliait souvent à de savantes débauches. Le Néo-Manichéisme naquit des débris du Manichéisme, écrasé en Afrique par la polémique de saint Augustin ; il recueillit en Espagne tous ceux que séduisirent les spéculations de Priscillien ; il se grossit, en Italie et en Gaule, des anciens sectateurs d'Isis ou de Cybèle et surtout de Mithra, qui, passé 400, ne font plus guère parler d'eux. Sa doctrine se présente sous une forme chrétienne : les nouveaux Manichéens l'expliquent par l'Evangile et ils parlent de la Trinité. Mais leurs idées ont une tout autre nature : il y a deux dieux contraires, le Nouveau Testament contredit F Ancien, la chair est mauvaise, le mariage une honte ; seulement, — théorie agréable à l'humaine faiblesse — tous les péchés de la chair dérivent d'une nécessité supérieure. Les conséquences sociales dune doctrine qui excuse les pires excès expliquent la sévère persécution à laquelle ces hérétiques sont en butte : les lois du y"" siècle reproduisent et étendent les mesures prises par l'empereur dès 372 ; les Néo-Manichéens sont mis hors la loi. A la faveur des bouleversements politiques, ils reforment leurs églises. A Rome, en particuher, bien qu'ils aient été dispersés en 443, ils recouvrent une grande iniluence : jusqu'à ce que Théodoric les écrase, ils sont le perpétuel souci des papes. Les évéques, mis en éveil par saint Léon, sont tenus,
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eux aussi, à une incessante surveillance : les hérétiques sont redoutés en Espagne jusqu'à la fin du AI'' siècle. Rien de plus difficile que de les saisir : ils assistent aux offices de la communauté, ils parlent la langue de leurs frères, et leurs chefs leur ordonnent de mentir sans hésiter plutôt que de trahir le secret de leurs réunions particulières. De fait ils survivent obscurément pendant toute la période franque ^
Dans les villes et dans les campagnes, le Christianisme rencontre donc, pour lui disputer l'àme des foules, les vieux cultes idolàtriques et le Manichéisme renouvelé. Le culte des martyrs et le prestige des légendes favorisent 1 œuvre des missionnaires et lui donnent la victoire.
Nul. parmi ces missionnaires n'a joui d'autant de prestige que saint Se vérin, l'apôtre du Norique. « Ce n'est pas qu'il ait apporté la foi aux peuples
1 Sur le Néo-Manichéisme et le Priscillianisme aux \^-\i^ s., voir A. Dufourcq : Etude sur les Gesta Mar'j/rufn Romaims tome IV. Le Xéo-Manichéisme et la Légende chrétienne Paris. IPIO. — Les Manichéens sont combattus par les lois en 3^2, 389, 399, 405, 407, 423, 425, 428, 445 n y eut quelque? scandales fameux :421, Carthage, 443 et 510 Piome. En Gaule, les Manichéens sont un gros souci pour Césaire. Deux conciles de Galice un concile général les combattent en Espagne 44'<. Ils enseignaient l'existence de deux Dieux rivaux, l'origine diabolique du Vieux Testament, le caractère diabolique de la création matérielle, du mariage, des viandes ; ils niaient la liberté et la réalité du corps de Jésus. Ils avaient une communion immonde, mais participaient aux communions des Catholiques, i prenaient le pain, refusaient le sang;.
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qui vivaient sur la rive droite du Danube, de Passau à Vienne : il l'y trouva tout établie. On ne voit même pas qu'il ait converti les barbares, païens ou ariens. Sa vocation a été de prêcher la pénitence et d'exhorter les chrétiens à vivre selon les règles de l'Evangile. » Son austérité, son éloquence, ses miracles lui procuraient une influence merveilleuse : « il priait avec ses disciples durant la nuit, passait le reste du temps dans un oratoire ou une cellule peu éloignée, ne mangeait que le soir, et en carême une seule fois la semaine ; toujours il allait piedsnus, durant même les plus rigoureux hivers* .» Constantius de Lorsch, Pierre Ghrysologue et Maxime de Turin, Léon et Gélase en Italie, Eucher, Valérien, Avit, Rém^, Gésaireet Germain en Gaule, Montanus, Polémius et Martin en Espagne tendent parallèlement leurs elVorts pour extirper l'idolâtrie cki fond des âmes et y faire régner la foi, la pureté, Fespérance, l'amour '^.
1 Nous sommes bien renseignés sur saint SéAerin par la rie qu'a écrite son disciple Eugippius, PL 62. 1167. ou éd. Sauppe M. G.), ou éd. Knœll (C. V. Séverin est arrivé d'Orient en Norique vers 455, et il est mort vers 482. Voir Hauck : Kirchen- (jescliichte D-^utschlands. I, 1887. Leipzig, p. 328 et André Baudrillart : saitit Séverin de N., 1908.
- Pierre Ghrysologue, né vers 409, évèque de Ravenne vers 433 |peu après, sans doute, que Ravenne est devenu métropole], mort vers 4ô0. 11 est connu par son attachement à la papauté et par les nombreux seriKon^ qu'il a laisr^és. PL. 52. — Maxime, évoque de Turin, mort après 465, a laissé de nombreux sennons PI. 52. — Lire les sermons de saint Léon (sur lequel p. 19 et n dans P.L. 54. — Valérien, évoque de Gimiez, parent d'Eucher a
LÉVANGÉLISATION DES FOULES 69
La multiplication des églises (jui distribuent les sacrements et la doctrine, c'est, le premier moyen qu'ils emploient. Le long des routes romaines, dans les gros bourgs et dans les grands domaines, voici que les paroisses s'échelonnent, de plus en plus nombreuses, fondées par les évéques et par les riches propriétaires. Un lien très étroit les rattache d'abord à l'église cathédrale ; mais elles acquièrent peu à peu leur autonomie ecclésiastique et la personnalité civile : le concile de Rome de 402 permet à leurs prêtres de baptiser à toutes les époques de l'année ; le concile de Vaison confère encore à ceux-ci le droit d'enseigner et de prêcher ; ils obtiennent même de gouverner et déposer les diacres et clercs inférieurs, de bénir le peuple, les maisons et les champs. Les terres données à l'église paroissiale par le fondateur, celles qu'elle reçoit ensuite, constituent un patrimoine propre, sur lequel l'évêque perd peu à peu tout pouvoir. Les fonts baptismaux, où elle régénère les âmes, apparaissent à la fois comme l'instrument de ses conquêtes et le symbole de son autonomie \
laissé quelques Sermons curieux. PL. 52. — Saint Martin, éA-èqne de Braga 5S0, a vigoureusement attaqué l'idolâtrie dans son de correctione ru-^ticorwm [éd. Caspari. 1S83J Pour plus de détails voir Bardenhewer : Les Pères de VEglise. 2eéd. fr., 1904, tomes II et III.
' Bien distinguer les églises libres, établies dans les gros bourgs (vici . tels que Blaye, Aml)oise, des églises domaniales^ établies par le propriétaire sur son doniainelloi d'Honorius 398 ; villa Riuntium, 419^. Hilaire d'Arles, Elaphius de liodez, Patiens
i(> L iM(»N i>i; I, Kr.i.isi; i;i ni. i. occiki^n i
Autour de ces foyers la vie chrétienne rayonne dans les âmes, les puritîant et les élevant. Saint Césaire incarne TeHort de l'Eglise plus complètement
de Lyon, Marachaire d'Angoul<"'me, Sulpitius de Bourges, Césaire se font connaître par leur zèle constructeur. Parfois l'oratoire d'un solitaire [Maurilius d'Anjou) enfantera une église, une paroisse. Le pays qui est entre les routes, soutient désert, est ■presque toujours néç/lir/épar V érangélisation. — L'église s'élève, soit à la |)lace d'un ancien temple (Cod. Théod. XVI. 10. 25), soit à l'endroit où fut trouvé le corps d'un saint. Les circonscriptions paroissiales, celles en général du viens, existent dès la fin du ive siècle: à la fin du vie, l'évéclié d'Auxerre en comiirendra 36. C'est le concile d'.\rles de 554 ({ui a donné au prêtre de la paroisse juridiction sur les diacres : quand elle n avait pas encore son prêtre en titre, elle |)0sscdait souvent un diacre. Une loi de 398, une lettre de C.élestin Je, le concile de Vaisonde 52'J établissent que le clergé paroissial se recrutera dans la paroisse Au concile d'Orléans de 511, on décide que l'évéque aura lo i\ev-> des offrandes; au concile d'Orléans de 538, l'évéque perd la jouissance des revenus fonciers de la paroisse ; au concile dKpaone, 517. le prêtre rural acquiert le |)Ouvoir d'affranchir les esclaves de son église, d'aclieter, échanger, et, en 541 (Orléans , d'aliéner moyennant l'autorisation de l'évéque. Dans la première moitié du vi^ siècle les prêtreifi des églises établies dans les vici prendront souvent le titre d'archi prêtre. — Les églises domaniales sont soigneusement maintenues (Orange, 441) sous l'autorité de l'évéque diocésain, même quand le propriétaire du domaine fondateur est un aulre évêque; dans ce cas, le prol)riétaire, qui doit doter l'église qu'il fonde, a droit de ])résenter un prêtre au choix de l'évéque. Au début du vi^' siècle les fondateurs laïques acquièrent ce même droit Malgré quelques efforts contraires [Agde. 506; Vaison, 529], les églises domaniales obtiennent leur autonomie et se transforment en paroisses, tout comme les églises libres (surtout au vic s. i
Cette richesse ecclésiasliciue alimente des aumônes sans mesure Hauck. I, 78 ; Lesne : Histoire de la propriété eccl. en France, I, 1910, 353-413).
Noter que, au ve s., parochia = diocèse, et diocesis = paroisse : c'est au vi<î s. que l'usage impose le sens actuel à chacun de ces termes. — Le chef de la paroisse rurale n'a pas reçu le
L AFOSTULAT DE S. CESAIRL ^1
qu'aucun de ses contemporains. Vrai « précepteur delà Gaule franque », il forme des évêcpies, il rédige et répand des homélies qui portent partout son esprit
et sa doctrine. « Le péché est l'idée centrale de celle-
titre d'évèque parce que le concile de Sardique avait décidé quon n'installerait d'évèques que dans les civitates : on a compris que multiplier les évèques risquait d'affaiblir l'épiscopat. Doîi la disparition, au ve 5.. des évèques ruraux d'autrefois, les chorévéqnes ^Leclercq, dans Hefele. Lee. II. 1221]. —Les caprices des rois qui veulent créer des évèchés n'aboutissent pas : en 540, lévrque de Sens empêche Childebert de créer un éTêché à Melun; révèchê de Chateaudun créé par Sigebert disparait à la mort du premier titulaire 575 ; Tévèché de Celles créé par Clotaire est repris, à la mort du roi, parl'évêque de Poitiers. — Les diocèses, un moment désorganisés parles Barbares [Arras, Tournai. Thérouanne. Tongres, Cologne, Reims, où Nicaise est égorgé avec Entropie, sa sœur,407 ; débuts d'Euric : le siège de Limoges ; invasion des Bretons en Armorique] se multiplient par les progrès de l'évangélisation [semblent avoir été fondés en Gaule, au ve s., les évèchés de Chalon. devers, Le Mans, Rennes, Quimper. Vannes, saint Pol de Léon; Tarentaise, Toulon, Rodez, Albi, Saintes, Uzès ; — au vi^, les évèchés de Bayeux, Avranches, EA-reux, Séez, Lisieux, Coutances ; Arras, Cambrai, Tournay ; Belley, Avenches : Meaux : Agde, Maguelonne, Elne. Carcassonne] parfois aussi, par l'action des rois [Gontran crée vers 575 l'évèché de Maurienne ; Sigebert, celui d'Alais vers 575, Savio suppose qu'Honorius, durant ses premières années, a concouru à créer beaucoup de diocèses : ainsi, >'ovare, peut-être Turin, Ivrée, Aoste, Acqui, Asti, Alba]. [Le pape réunit parfois deux diocèses : Saint Léon, Nice et Cimiez].
Le régime mét> opolitain commence de s'établir en Occident au début du ve siècle : de ce temps datent les provinces métropolitaines de Ravenne. Aquilée, Narbonne, Vienne, Embrun ' saint Léon\ Arles, Tarragone, Braga, Merida, Tolède. Voir les déclarations du pape Célestin, 42S Duchesne Fastes. I. 110" : je rappelle la rivalité d'Arles et de Vienne quilongtemps n'aquft deux suffragants. Die et Viviers). La province ecclésiastique de Tours, constatée vers 450, a dû se former, pense Duchesne, I, 248, au temps de saint Martin : les évèques que les Bretons installent dans les évèchés armoricains, refusent de reconnaître le métropoli-
i2 L UMO> DE L ÉGLISE ET DE L OCCIDK.NT
ci. (Il veut ! ramener à la morale les praticjues du culte, les sacrements et les rites de TP^glise, et, d'autre part, faire de la morale un élément essentiel
tain de Tours [voir concile de 567]: c'est le début d'une longue qut?relle. Les évoques du diocèse suburbicaire sont très étroitement subordonnés au pape.
C'est dans ces circonstances, croit-on, que la confirmation a été séparée du baptême et réservée à lévèque. Noter qu'une paroisse rurale est parfois confiée à un simple diacre. Kn Gaule [concile de Yaison. 529], mais non en Italie |ie pape Célestin aux évèques de Provence], le prêtre a le droit de prêcher, non pas seulement l'évêque.
Les églises— à part quelques-unes S. Vital, Ravenne ; S. Germain, Paris) qui sont rondes — conservent le i)lan basiliçal [malgré l'influence orientale la coupole reste inconnue], mais suppriment l'atrium ; elles n'ont pas encore de transept ; le baptistère, situé à l'entrée de l'église, tend à s'y souder. On construit en briques, ou en petit appareil, ou en appareil réticulé. A l'intérieur, l'église est divisée en trois parties: la ne/, réservée aux fidèles, agrandie souvent par des bas-cùtés (qui sont parfois surmontés de tribunes) ; le chœur, réservé aux chantres, et séparé de la nef par un chancel (balustrade), avec lequel deux arabons font corps; au-dessus du chancel une poutre (trebs, soutient une croix entre des flambeaux, et. au-dessus de la poutre, l'arc tiomphal ; Vabside, réservée au.v prêtres, contient l'autel, élevé au-dessus de la confession où reposent les reliques [au vi^- s. encore quelques églises ne possèdent i)as de reliques] et surmonté d'un baldaquin [ciborium] dont on tire les rideau.N; au moment de la consécration : au-dessus de l'autel, en Gaule, une tour lanterne surmontée d'une flèclie dorée. L'église est décorée de mosaïques, de fresques, ou de motifs symboliques placés au murs. L art de la mosaïque est cultivé à Paris, à Cologne, et surtout en Italie, où il produit encore de belles œuvres au cours du ve et au début du vie [Se Marie Majeure, S. Côme et Daraien, Rome ; Ravennej L'art de la fresque est attesté en Gaule Tours, Clermont . Los motifs symboliques viennent, soit de l'art chrétien primitif [vigne, colombes], soit de l'art assyrien transmis par les Syriens, nombreux et influents en Occident à notre époque [étoile à 6 rais, rosace, hélice], soit de l'art gothique [paons affrontés près de l'arbre de vie] ; on les
LA PilLl'K.AIHLN l't >. Li:>Allii. lO
de la religion, en faire la religion elle-même vécue par l'homme pécheur ou enclin au péché. Des institutions qui avaient d'abord une portée sociale, comme le baptême et la pénitence, deviennent principalement des moyens de sanctification individuelle ». Le catéchuménat disparait : les controverses touchant le sort des enfants morts sans baptême ont inquiété les parents, et les enfants désormais sont baptisés à la naissance. On compense le défaut de préparation et la non-spontanéité de cette initiation précoce en chargeant de devoirs très précis les parrains et marraines, en poussant à demander la pénitence le chrétien qui s'est mal garanti des chutes, et donc en adoucissant d'abord les pratiques terribles de la pénitence traditionnelle. L évéque multiplie les homélies, courtes, rapides, précises, qui éclaircissent la notion du devoir chrétien et qui adjurent l'auditeur de rompre avec le péché : qu'il ne remette pas la conversion à demain : la mort peut le saisir d'un moment à l'autre : et quelles ne
trouve aussi sur les sarcophages d'où ils expulsent les thèmes historiques. — Les clochers se répandent à partir du ve s. Les fenêtres commencent à être vitrées . Sainte Sabine et Sainte Marie Majeure à Rome, les deux églises de Ravenne consacrées à saint Apollinaire peuvent donner une idée assez exacte des basiliques les plus belles de ce temps. L'égli>e de Saint- Martin, à Tours (finie en 472), est alors la plus magnifique des Gaules. —Voir Enlart : Manuel d' Archéologie f>ai\çaise I. Architecture religieuse 1902, Paris ; Leclercq : Ma)iuel d'archéolof/ie chrétienne... Jusqu'au yiu^ s., Paris, 1907; Brutails: Précis d'Archéologie du Moyen Age, Paris, 1908 ; A. Michel : llisloire de l'art. I, 1, Paris. 1905.
/j I. 1 M(tN Di: 1. i;(;i.isi; i:r i»e i. ((Ccidi-ni
sonl pas les horreurs de la damnation éternelle * !
Le culte des martyrs qui s'est épanoui au
IV® siècle avec tant de puissance favorise l'elVort des
' Le niveau moral des auditeurs de Césaire ue semble pas avoir été très élevé, Malnory, 181 (cf. Galy : La famille d'après Gy. de Tours, 1U02 ; il a besoin d'insister sur ceci que le titre de cbrétien n'a pas une vertu magique dispensant de la vie vertueuse, et qu'il ne convient pas de faire le signe de la croix pour confirmer le succès d'une équipée adultôre, eod. op., 184. — D'accord avec la tradition romaine (^Célcstin), il condamne la in-alique lérinienne suivant laquelle la communion était refusée aux pécbeurs m arficulo rnortis ; il tâche de voiler l'influence assez décourageante que le prédestiiialianisrae augustinicn peut exercer sur les âmes. 11 distingue les }>eccata capilalia (sacrilège, homicide, adultère, faux témoignage, vol, rapine, orgueil, avidité, habitudes de colère et d'ivrognerie,) qui conduisent l'âme à la mort éternelle, et que remet seulement, soit la pénitence publicjue, soit la pénitence secrète précédée d'une confession, — des jieccata minuta que remettent l'aumône, le jeûne, la visite des maladf>s et des prisonniers, [nien qu'il ait â comballre les Manichéens, (ésaire juge très défavorablement le mariage]. Il préciie surtout la charilé, la justice, la miséricorde et la chasteté. Il recommauile, non pas tant l'eucharistie [il a peur des communiims sacrilèges ; mais il veut qu'on communie au moins trois fois l'an, à Noël, à Pâques, à la Pentecôte], que lassisfance régulière et res|teclueuse à toute la messe [qui dure alors 1 h. 1/2; elle durait 4 heures au temps d'IIilaire d'Arles], aux matines et aux vêpres de chaque jour (où il ne prêchera pas plus d'une demi-heure), l'observance du carême, et surtout la pratique de l'aumône : il rappelle avec force le caractère obligatoire dune contribution ecclésiastique qui vient de s'organiser (l'omère en parle) et qu'on appelle la dimc ; il faut faire vivre l 'Eglise et les pauvres, dont le nombre s'est ]>rodigieusement accru par ces temps de misère ; après Salvien, il démontre que le riche est l'intendant de Dieu auprès du pauvre et lui doit tout son superflu : le riche s'assure ainsi contre l'adversité.
Noter que, pour toute maladie, même lég re, le fidèle peut aller à l'église recevoir, avec l'eucharistie, une onction d'huile : ce qui lui guérira le corps et l'âme ; si le malade n'est pas transportable, ses parents iront h sa place à l'église communier
LA PEDAGOOTE TIIRETTENNE / .0
évêques et concourt à la christianisation des foules. 11 a curieusement réagi sur la croyance primitive qui l'a supporté d'abord. Pressée de répondre aux
et s'oindre, et de retour à la maison ils le frotteront d'tiuile bénite [Vie de sainte Geneviève ; Innocent I à Decentius]. D'après Lejay, Malnory, — Noter encore que, dans la pensée de (^ésaire, comme dans la pratique de son temps, il n'existe aucun lien formellement tiécessaire entre la confession et la communion. Au siècle suivant, serable-t-il, et en Italie, la confession et la pénitence publique seront imposées, au moment du carême, à qui se sera rendu coupable d'un péché particulièrement graA-e. Au siècle suivant, encore. Tiiéodore de Tarse cherchera à répandre dans les églises anglaises la pratique de la communion hebdomadaire [Schmitz : Die Bussbi'.cher tind die Bussiisciplin... I. 534 ; cf. conc. bo:ar, 740-750. (i. M G. Concilia. II. 52, in Yillien : Hist. comm . de l'Eglise, p. 188 et 151|.
Le dimanche et les jours de fêtes [obligatoires ou non ; universelles ou non ; précédées ou non d'une vigile ; Pâques, la Pentecôte, Noël et lEpiphanie sont les plus solennelles, d'après le concile d'Agde. 506, c. 64] imposent au fidèle, outre le devoir d'assister à toute la messe, l'obligation de s'abstenir d'œuvres serviles. Cette expression date de Dagobert I [Pertz : Leç. III, 57 et 335j ; l'obligation elle-même a été fortifiée par Césaire qui a appliqué au dimanche les prescriptions mosaïques relatives au sabbat [PL. 3.', 2.23^, 2.274. Yillien, p. 64. Cf. le concile d'Orléans de 538. can. 30, Maassen, p. 82, qui combat certaine^ exagérations du repos dominical;. Peut-être aussi est-ce Césaire qui fait appel au bras séculier afin de faire respecter le dimanche : ce recours, attesté dès le concile de Màcon 585, Maassen, p. 165, s'.4Ccompagnera bientôt de pénalités barbares [^concile Narbonne .589, canon 4 ; Childeberti II decretio. 14 : Boretius I, 17 ; décrets de Dagobert cités ; Pénitentiels de Cumméan et de Théodore : Schmitz I, 640, 533-544 ; Yillien. p. 66-74. ^ La dîme est déclarée obligatoire en conscience à Màcon, 585.
Les jeûnes occupent une place importante dans le système pédagogique de Césaire et de l'Eglise mérovingienne. Le r'encZrec/i et. accessoirement, le samedi et le mercredi sont réservés à labstihence ^de viande rouge et de vin) et au jeûne (= un seul repas par jour) : cette pratique, le plus souvent facultative, est présentée comme obligatoire quant au vendredi et au fsamedi)
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objections que soulevaient Julien ou A'igilantius, la conscience chrétienne a précisé le contenu de sa loi ; elle a pris une idée claire de ce qui fondait son attitude et légitimait sa démarche ; le dogme de la communion des saints apparaît formulé et délîni au début du \^ siècle dans les églises du sud de la Gaule. La vie apportée par Jésus n'est ici-bas le privilège d'aucune àme individuelle ; c'est le privilège de l'Eglise, corps mystique du Christ et réalité suprême ; la Vie ne s'éveille dans une àme qu'autant qu'elle est intégrée à l'Eglise et greiîée sur Jésus-Christ. Car la A ie ne vient pas de l'àme ; elle est donnée par le Christ. C'est le Verbe incarné, c'est Jésus crucifié, ce sont ces autres christs que sont les saints justifiés qui lui procurent la grâce, le salut et la vie. L'Incarnation, la Crucifixion, les
par Innocent I«%les conciles d'Adge etd"Orléfins. En général, les évrqiies visaient à la faire respecter pendant' Ze tevips du Carême: l'usage n'estpas de jeûner clmque jour du carrme(qnine comprend alors que 36 jours. C'est un pape inconnu du vn^ siècle qui lui donnera 40 jours). Dans le diocèse de Tours, Perpctuns 7 4ltO, a organisé un second Carême, du 11 nov. au 25 déc.j. — Outre ces deux époques de la semaine et de l'année, qui sont par excellence le temps de la pénitence, il en est d'autres encore, variables suivant les pays : à Rome, les Trois puis les Quatre Temps juin, septembre, décembre; et la Litanie Majeure (•25 avril), organisés sans doute au ve ou au iv" siècle afin de concurrencer les fêtes païennes des moissons, des vendanges, des semailles et des Kobigalia ; on C.aule, les lioçjations (iToi?, jours avant l'Ascension) organisées par Mamert de Vienne, vers 470, et les Litanies de novembre organisées par le concile de Lyon de 567-570 ; en Espagne, les Litanies ûp. novembre et de Pentecôte, puis les Litanies mensuelles organisées par le concile de Tolède de 694. [Villien : op. laud., 217-304J.