LE CULTE DES .MARTYRS
épreuves des martyrs, voilà le trésor dont les mystérieuses ressources peuvent compenser l'indigence et racheter la misère et vraiment payer les dettes de chacun : pour y participer, quelque indii^Tie qu'il soit, le lidèle doit s'incorporer au corps spirituel du Christ, et se sceller, pierre vivante, dans l'édifice sacré de l'Eglise. De ce moment, l'âme compte, l'àme vit, l'âme aime ; elle acquiert des méritespositifs, lesquels, après avoir expié ses fautes, accroîtront à leur tour les trésors communs de l'humanité. La solidarité des hommes en Jésus-Christ compense infiniment leur solidarité en Adam : la grâce surabonde où le péché sévit. Comment donc le pécheur ne témoignerait-il pas sa reconnaissance aux martyrs du Christ ? leurs souffrances rachètent ses fautes ^
i Sur la communion des saints, voir les histoires des dogmes et les encyclopédies. C'est l'idée de la communical)ilité des mérites acquis par les martyrs à leurs frères pécheurs : elle a été évidemment suscitée par lidée de la communication aux hommes des mérites de Jésus mort pour eux sur la croix : ici et là. Vidée de substitution eH le support de la croyance. La querelle des confesseurs et de Cyprien [tome IV, p. 34-37] atteste avec certitude que, dans certaines églises au moins, l'idée de la réversibilité des mérites du martyr est éclose an début du ine siècle; TertuUien, du reste, la connaît et la combat \de pudicita22. PL. 2. 1027] « Qu'il suffise au martyr d'expier ses fautes à lui, dit-il... Qui donc a racheté la mort dun autre par la sienne, si ce n'est le seul Fils de Dieu ? » Origène, au contraire, la favorise, de onitione 11. P. G. 11. 448 : les passions des martyrs complètent la passion du Christ [Exh. ad. ynart. 36, 50, P. G. 11, 609 et 636. — Il montre, plus précisément qu'aucun, la seconde racine de la croyance, ou sa raison profonde, dans la solidarité, Vunité de tous les fidèles dans le Christ [Hom. in
78 l'umon de l'église et de l'occident
L'antique coutume est donc raffermie maintenant que les consciences en aperçoivent distinctement l'harmonie intime avec l'essence de la foi. Aux \*^ et VI® siècles, le culte des martyrs s'exalte. Les tombeaux où ils reposent, les fêtes qui leur sont consacrées, prennent une place de plus en plus grande dans la vie des églises. On célèbre avec plus d'éclat que jamais le jour de leur mort, natalis (lies, comme le jour de leur naissance à la vie véritable ; le pape
Jeau Nave V. 6. P. G. 12, 851 ; voir I. Cor. 12,27; Eph. 5, 30; Jiom. 12, 5]. Saint Basile, saint Ambroise, saint Augustin |Serm. 280, 6. PL. 3S. 12S3] précisent ou développent encore la théorie.
Cette idée a encore une troisième racine, au moins en certains pays païens i tels que l'Egypte) : on y croit parfois que l'àme du mort, lors(|u'elle est montée au ciel, participe en quelque chosf' au bonheur et à la puissance des dieux [voir tomes I, 43-44, 12û, 126-130, 137-138; II. 47, 50, 53 ; Zeller, III. 1 il880,. cGÔet m. 2, 184, 208, 212. |
Voir Kirsch : Die Lehre von der Gemeinscliaft der Heiligen itn chr Alt. 1900. Mainz ; Waudrey : The meanmg of the doctr. of the connu, of saincts. 1904. London ; Harnack : Apostoliches Symbolum dans Herzog-Hauck ; Bernard: Communion des Saints dans Vacant-Maugenot
Les mots sanc-orum communionem sont attestés dans le symbole, pour la première fois, par Niceta de Remesiana, vers 400 [de symholo éd Burnj. puis par Fauste de Riez, de Spu Sco. I, 2. Il est vraisemblalile qu'ils y ont été introduits en Gaule, ou dans l'entourage de saint Paulin de Noie, le chantre de saint Félix et l'ami de Mceta. L'introduction de ces termes a donc eu lieu h la fin du iv^ ou au début du v. alors que s'épanouit le culte des martyrs : on attache une particulière importance à l'idée qii'ils expriment.
Jusqu'au temps d'Augustin [PL. 38. S^'S, 1847], on continuait parfois de prier pour les martyrs : il a protesté contre cet usage. - Sur la polémique de Jérôme et Paulin contre Vigilautius, voir tome IV, 130 n.