‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 15 sur 70 · LA LITURGIE DES MARTYRS · texte numérisé non relu

LA LITURGIE DES MARTYRS

Symmaque décide que, ces jours-là, à la messe, il chantera le Gloria iii Excelsis, réservé jusque-là à la solennité de Noël : la veille de la fête, les fidèles s'y préparent par des lectures ou par le jeune ^ Les calendriers locaux qui, suivant les églises, remontent

I Sur la liturgie des saints aux ve et vie siècles, voir Maxime de Turin : hoiii., 81. PL. 57. 427 ; Yalérien de Cimiez : hom., VL. 52. 6^1. [Noter que le concile de Laodicée, canon 35, avait ordonné que, durant le carême, les martyrs seraient seulement fêtés le samedi ou le dimanche]. Les prières propres aux fêtes des martyrs n'étaient pas isolées dans les sacramentaires.

Le premier saint non martAT qui fut vénéré publiquement hors de sa patrie semble avoir été saint Martin de Tours : le pape Symmaque 49S-514 lui consacre une basilique à Rome. — Le concile d'Agde de 506, canon 63, reconnaît officiellement la fête de la Nativité de Jean-Baptiste. — Vers 609, le Pantliéon, àRome, est converti en église et consacré à la fois à la Vierge et à tous les saints (S. Maria ad Martyres). — Sur les fêtes des apôtres, voir Kellner i^trad it. Mercati^ : L'anno ecclesiastico e le fe^te dei santi. 1909, Roma. 244.

II y avait de petits oratoires consacrés aux martyrs, qu'on appelait martyr ia : les clercs qui y étaient attachés s'appelaient custodes martyrum, ou martyrarii.

La coutume de la vigile a été étendue aux fêtes des martyrs dès la fin du ive siècle sans doute i Jérôme PL. 23, 347J ; Paulin : passim.

Voir la belle prière de Prudence à Saint Vincent: Perl Stepli. V. strophes 137- 144 ; cf. Rufin. HE. II, 33.

Sur le culte des saints à cette époque, voir A. Marignan : Etudes sur la civilisation J^rançaise. I. La Société rnérovingienne ; II. Le culte des Saints sous les Mérovingiens., Paris, 1899, 2 vol; C. A. Bemouilli : Die Heiligen der Meroicinger Tiibingen. 1900 ; E. Lucius : Les origines du culte des Saints dans l'Eglise chrétienne itrad. fr. Jeaumairei. Paris. 1908; P. Saintyves : Les Saints successeurs des dieux. Paris, 1907 ; A- Dufourcq : La Christianisation des Foules. Etude sur la fin du pagtmistne populaire et sur les origines du cul te des saints, 3^ éd. 1907. Paris, et Etude sur les Gesta Martyrum 7'omains. Paris, 1900-1909, 4 volumes pai-us.

80 l'union de l'église et de l'occident

au troisième ou au second siècle, sont continués, revisés et linalement fondus ensemble, à Rome, vers l'an oOO ; le Fcrial Ilicroni/niicn sort de ce travail de compilation. Il est développé bientôt après de manière à présenter en bref l'histoire des martyrs ; c'est le Martifrologc Euséhien (jui, au nom de chaque saint, à la date et au lieu de sa passion, ajoute qui l'a condamné, et quels tourments il a soulVerts. Les pèlerins (jui visitent leurs tombes n'ont pas fait un long voyaçje pour se priver du phiisir. d'entendre conter leur histoire ; leurs interrogations se succèdent, pressantes, exigeantes, suggérant aux clercs la réponse que leur imagination pieuse a déjà formulée dans leur àme ; et, de l'enthousiasme dans lequel communient les foules, la légende des martyrs naît, s'infléchit et se développe, flattant le patriotisme local, simplifiant, embellissant. « surnaturalisant » l'histoire, y négligeant le rôle des hommes, n'y voyant que la puissance infinie de Dieu et l'infinie perversité du diable. La littérature des (jcsfrsdcs finir/ j/rs fait peu à peu son apparition ^

1 Sur la littérature qui célèbre les saints aux v^ et v.e siècles distinguer : a) les calendriers : celui de Poleinius Silvius (vers 44S), le calendrier syriaque delà fin du iv^ siècle, et le frrial hiéronyraien compilé vers l'an 500 [éd. de Ilossi-Ducliesne. Bruxelles, 1894 (A SS. Novembre. II. 1)], enfin le calendrier de Cartba-^e (Ruinart, éd ,iSb'J\.

b) Les actes authentiques des martyrs qu'on lisait à l'église en Afrique et, peut-être, dans les pays danubiens à la fin du IV® siècle [concile d'IIippone, 393. can. 3'J ; Saint Augustin: pnssim\. Voir tome IV. p 31 et les articles Acta martyvum dans les dictionnaires et encyclopédies.

LES TOMBEAUX LES 3L\RTYilS 81

Les cimetières, OÙ leurs anniversaires se célèbrent, sont entretenus avec soin, souvent avec luxe. Ce sont, en général, des galeries souterraines, hautes et étroites, creusées d'alvéoles occupées parles morts: elles s'irradient autour des cryptes où dorment les plus fameux martyrs ; elles s'élargissent parfois en vastes chambres, aiîectées aux sépultures d'une

c) Les gestes apocryphes des martyrs rédigés après coup et qui n'ont pas de valeur historique: ieur lecture est attestée en Gaule, en certaines églises du moins, au v^ et aa vi«[Yalérien de Cimiez : Hom. 16. 2. P.L. 52 ; Gésaire: Serra. 30O 1. PL., 39, 2319 ; Grégoire de Tours : Mir. Juhani. Iti, D'après le décret pseudo-damasien, la tradition romaine interdisait la lecture des gestes ; de même le concile de Laodicée Sur la lecture des geste» par les moines à ce moment, voir la règle de saint Ferréol d'Uzès, 18, PL. 96, 9dO|. — La littérature des gesta martyrum a été étudiée récemment à un double point de vue. Le plus souvent on a recherché quelles étaient la nature et la source des légendes que content les hagiographes : et l'on a abouti à montrer qu'elles dépendaient des légendes païennes ou du folk-lore. Voir, outre les études de Marignan, Bernouilli. Lucius. mentionnées plus haut, Delebaye : les Légendes hagiographiques. Bruxelles, 1905 et H, Gunter: Legenden-Studien. Cologne. I'c06. A. Dufourcq s'est placé le plus souvent à un antre point de vue, celui de i'histoire littéraire: où, quand, par qui les gestes ont ils été rédigés ' Il a montré que cette littérature semble être née, à la fin du ive ou au début du v*?, en Afrique et aux pays danubiens; qu'elle est passée alors dans la Gaule du sud, cisalpine et transalpine, où les Lériniens l'ont utilisée pour leur œuvre d'apostolat, au cours du ve siècle : qu'au moment de la conversion de Lérins à l'augustinisme, elle a pris racine dans les milieux augustiniens, parmi les amis d'Eugipj.ius notamment, à Rome, où elle rayonne à l'époque ostrogothique et d'où elle se propage à travers lllalie centrale au cours du vie et du vue siècle : à la fin du vis siècle naît le plus ancien passionnaire de l'église romaine d"où sortiront beaucoup d'autres . Voir l'Etude sur les Gesta Martyrum romains, en cours de publication depuis 1900, et les Mélanges de l'Ecole de Rome, 1906.

(S2 l'union r>E t/égmse et de l'occident

famille. Le souvenir des persécutions habite ces profondeurs ; le silence y règne ; l'obscurité est à peine tempérée par la lumière alîaiblio que versent les luminaires ou que répandent les lampes allumées autour des tombeaux : tout concourt à donner aux fidèles un sentiment de tragique respect pour les témoins de Jésus-Christ. Souvent, du tombeau du martyr une église est sortie. L'îiceès de la crypte est, en général, donné aux fidèles ; quelquefois pourtant une barrière en marbre ajouré ou un mur percé d'un trou les écarte et leur permet seulement de voir et de toucher la tombe. Les foules veillent avec amour à leur bon entretien, et elles gardent pieusement le souvenir des évêques qui les embellissent et les réparent *. Mais le culte des martyrs est essentiellement un culte local : leurs corps ont part aux honneurs qu'on leur rend. N'ont-ils pas eu part aux tortures qu'ils ont supportées et ne doivent-ils pas, au grand jour, partager la gloire dont les vêtira le Seigneur? N'est-ce pas leur vertu enfin qui suscite les miracles dont sont témoins les tombeaux ? Les dépouilles des martyrs deviennent donc des reliques saorées et les lieux qui les possèdent sont déclarés saints par leur présence. Leur prestige est tel qu'il s'y attache souvent un droit d'asile. Les cimetières naissent autour des tombes sjiintes, tous leslidèles vou-

> V, supra, p. 72. n.

Page 1