SAINT GRÉGOIRE LE GRAM
tien procède d'une âme d'élite : saint Grégoire répond à saint Colomban. Les nuances les plus délicates se mêlent pour faire de la physionomie de saint Grégoire l'une des plus complexes de l'histoire ; ce qui en fonde l'unité, ce qui l'oppose au sombre apôtre des Vosges, c'est le sentiment d'une incomparable finesse qu'il a de la réalité et de la vie. Romain de grande famille, il embrasse la carrière politique, et, de très bonne heure, est nommé préteur. Mais voici que Dieu l'appelle : il renonce au monde, vend ses biens, crée six monastères en Sicile, un à Rome, et se fait moine : quoi qu'il fasse, où qu'il aille, toujours, désormais, le moine se reconnaîtra en lui. Le pape lui fait signe ; il lui confie 'la plus délicate des fonctions
réside en fait à Maestricht ou à Liège. — Je pourrais citer beaucoup d'autres saints encore, tels que Didier de Cahors, mort en 655 [édition de Poupardin, Paris, 19G0J, Léger évèqued'Autun, mort en 678 [Krusch, dans le Neues Archiv. XVJ, 565 et du Moulin-Eckart : Leiidegar, Bi-^chof von Autun, 1S90, Breslau], Arnoul évèque de Metz, mort en 640, Remacle évèque de Tongres, Landelin fondateur de Lobbes, mort en 698, sainte Gudule morte en 780, etc..
Il est bien entendu que c'est le travail agricole le défrichement', et l'apostolat (par la parole et les œuvres) qui font toute l'occupation et toute la gloire de ces hommes ; les préoccupations savantes leur sont totalement étrangères. (Quelques exceptions : Ansbert). C'est V effort de tous ces évéques et de tous ces monastères qui a rra'unent christianisé l'Occident (ceci soit dit sans nier le travail antérieur). — Voir surtout Hauck ; Vacandard : Vie de saint Ouen, évèque de Uoxien. Etude d'hisloire mérovingienne, Paris, 4902 ; Van der Essen : Elude critique et littéraire sxir les Vitœ des Saints Mérorinffiens de V ancienne Belgique, Paris-Louvain, 1907. Première partie.
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ecclésiastiques, celle d'apocrisiaire à Constant inople ; durant six années, le solitaire se transforme en diplomate, et la durée de sa mission en atteste le succès. Rentré avec délices dans le cloître, il alimente sa pitié à des sources aussi diilerentes que les œuvres de saint Augustin et les légendes populaires. Un jour, il croise sur le Forum des esclaves aux yeux ]>k'us, aux cheveux blonds; ces Angles ont des visages d'anges ; pourtant, ce sont des Païens. L'ardeur du missionnaire s'éveille dans l'àme de l'ancien nonce : le voici en route pour les brouillards de la Bretagne. Mais les Romains n'entendent pas de. cette oreille ; car ce mystique épris de solitude est l'idole de tout le peuple ; on le rappelle, il revient ; à la mort de Pelage II, il est iait pape. VA, dans ce nouveau poste, il se monti-e supérieur à sa tâche, aussi bien qu'à Constantinople ou dans son couvent du Cœlius. Nul n'a plus intimement goûté saint Augustin que ce conteur naît" des vieilles légendes ; nul n a plus profondément savouré les délices de l'âme unie au Christ cpie ce modéh^ des propriétaires et ce prince des diplomates '.
< Né vers 540, mort en 604, pape depuis 590, saint Grégoire a été nonce pontifical à Constantinople de 578 à 584 (ou 85 ; de 584 à 5'JO il a vécu à Kome dans son couvent. — Comme tant d'évêques des Gaules, saint Ouen, par exemple, ou saint Eloi, c'est de radministration qu'il est venu à l'Eglise : avant 571, il a été préleur à Kome. On ne sait pas exactement à quelle date il a rompu avec le monde ; mais c'est le pape Benoît I, 574-578 qui l'a tiré de sa cellule pour le nommer cardinal diacre. —
l'œuvre de saint GRÉGOIRE \ 17
Comme les évéques dans les autres pays, le pape devient le premier personnage de Rome. L'exarque de Ravenne n'a pas son prestige : et
Nous avons gardé de lui d'assez nombreuses lettres : des Dicirlogues en 4 livres voir supra, p 91 : un Liber régula pastoralis, 591, appelé souvent le Pastoral, qui détermine les vertus nécessaires, le type idéal du prêtre, les règles de la prédication, la nécessité de l'examen de conscience quotidien : il a exercé une grande influence ; Yexpositio in lihrura Joh sive Moralinui libri XXXV, ouvrage dédié à Léandre de Se ville, et qui, sous prétexte d'expliquer Job aliégoriquement " popularise les secrets de l'ascétisme >- et les grandes traditions tbéologiques et morales de riiglise ; quarante homélies sur l'Evangile, qui n'ont pas été prononcées; 22 homélies sur Ezéchiel. — Lire le texte PL. 75-79, les lettres dans l'édition Ewald-Hartmann (MG.j, 1S91. Pour Massen, la CoUectio Avellana recueil de lettres pontificales... 352-55:^, éd Guenther 1>^V'5) e-t l'œuvre de saint Grégoire. Voir Mélanges Waitz Historische Aufsatze , 18S0. Hannover, 47 ; Dède H. E. II, 1 ; Paul Diacre, dans la Zft f. Kath. Theol. XI, 1887, 162 ; Jean Diacre ; Pingaud : La politique de saint Grégoire le Grand, 1875, Paris; articles de \a.Civiltà Cntholica, 1890-9 i ; F. Homes Dudden : Gregory the greaf, 1905, London.
L'œuvre liturgique de Grégoire a soulevé de Aives polémiques : il a définitivement fixé le chant liiurgique, au jugemen:. de d. -Morin : Vorigine du chant romain. L'antiphonaire grégorien, 1891, ce que conteste F. A. Gevaert : les origines du chant liturgique de l Eglise latine. Gand, 1890. Voir R Quest hist., 1S94, 55, 220. Il est sûrement le dernier pape qui ait modifié le canon de la messe romaine : il a transporté le Pater h la suite du Canon, suivant l'usage grec, et avant la fraction. Sergius I^S 6S7-701, introduit VAgnus Dei dans les prières de la messe . Il a supprimé le privilège qu'avait le diacre de chanter le graduel. Le Sacramentaire dit Grégo ien [éd. Muratori : Li'Airyia, romana letus, tome II. p. 1-1.38, 261 272, 357-3olJ donne la liturgie pontificale à la fin du vm^ siècle et non pas au temps de saint Grégoire, pense Duchesne : Culte, 115; contra Probst. Pour Duchesne, on peut se faire une idée de la liturgie romaine au vni'' siècle en comparant le Missale Francorum [éd. Muratori ; — frayment d'un sacramen taire] ^\(tc \e Socramen taire
JIS l/l .MON i)E LKliLLSK J:T DE l'oCCIDENT
puis, les Lombards ont conquis tout lintérieur de la péninsule jusqu'à Bénévent ; ils coupent Rome de Ravenne. 11 faut que les Romains se débrouillent comme ils le peuvent, se nourrissent et se défendent. Grégoire y pourvoit : il concentre à Rome le produit des terres données à l'église romaine, dont les intendants surveillent l'administration ; il encoura<;e la formation de milices locales et lait
dit Gclasien |éd. Wilson, 1894, Oxford. — Livre romain ayant subi de nombreuses retouches gallicanes]. [Sur la liturgie gallicane du vii*^ siècle, voir, outre le livre précédent, le Missale dit ffothiciim qui vient peut-être de la région d'Autun, PL. 72; le Missnle gallicanuin refus, et surtout les Messes découvertes par Mone, PL. 138, 863 ; la Lecthmnaire de Luxeuil, PL. 72, VAntiphotiaire de Banqor, PL. 72 ou éd. de Warren, 1893-95. D'après de Puniet, les homélies du Sacr gélasien affectées h la tradition des Evangiles, du Symbole et du Pater représentant l'usage romain du vi^ siècle : Revue d'hist. ec(7.,1904et 1905]. — Sur les Ordines romani, PL. 78.937, voir Duchesne Culte, et Kosters : Studien zn Mahilloy\s roniischen Ordines. Munster, 1905. Cf R. H E. 1907, 343.
La théologie de saint Grégoire est mal connue. Il est certain, du reste, que, s'il n'est pas un pur compilateur comme Isidore de Séville, saint Grégoire n'est pas un génie lliéologique : il s'en faut. Par exemple, il développe curieusement l'idée (|ue le démon avait un droit positif sur l'humanité pécheresse, et que la mort de Jésus lui a été donnée comme un dédommagement, comme une ranron. Jésus est l'hameçon divin, caché |)ar Dieu dans l'appât de l'humanité, porté par la ligne des paliiarches... « Il trouve moyen de surpasser ses prédécesseurs dans un genre où il semblait déjà difficile de les atteindre » |llivière : l.e Dofjme de la liédemplion, 1905, 439j. L'dMivre de saint Grégoire atteste, comme l'œuvre d'Isidore, la rapidité de la déchéance intellectuelle en Occident.
Sur son œuvre ecclésiastique romaine, voir les conciles de Rome de 598 et de Wl [Mansi. L\, 122(3 ; X, 475]; il maintient très soigneusement la liberté des élections épiscopales |Thomassin, éd. André, III, 471].