LE PAPE DUC DE ROME
réparer les remparts. Surtout, il négocie avec le roi lombard Agilulf et lui arrache la paix à deux reprises. L empereur ne bouge 23as : le nom de Rome lui rappelle ses droits, jamais ses devoirs ; il veut la ré2:enter, non la défendre. Les Avares et les Perses sullisent à occuper ses troupes ^
1 Le vrai fondateur de l'état pontifical, c'est saint Grégoire ; la principauté ecclésiastique prend naissance dans le même temps elles mêmes circonstances, à [en près, que les repu bliques maritimts d'Italie Venise. Gênes, Pise, Naples) ; l'empire ne peut plus défendre le pays contre les barbares, les Lombards, qui le dévastent atrocement Duchesne, dans les Mélanges de l'Ecole de Rome. l'.03.S3J. Âgilulf, roi lombard 590-615, n"a pu empêcher l'exarrpie Romanus de rouvrir les communications entre Rome et Ravenne par Tadinum, Pérouse et la Voie Amerina ; mais, après s'être vengé des ducs de Vérone, Rergame, qui le trahissent, Agilulf prend l'offensive, et c'est la seule médiation de Grégoire qui l'arrête. ;En jiiéneral, l'empire lance contre les Lombards les Avares et les Francs.) En 6o3, la guerre reprendra ; Grégoire, inquiet, accueillera avec joie la mort de l'empereur Maurice, son ancien ami. qui le laisse sans défense, et avec joie l'élection dePhocas : Pliocas est une canaille, mais Grégoire espère être défendu par lui.
Durant ces temps troublés, le vrai gouverneur de Rome, c'est Grégoire : c'est lui qui nomme un commandant de place à >'epi. à Naples. qui Aeille aux remparts, aux aqueducs, aux approvisionnements. Qu'on se rappelle les pouvoirs que la législation impériale reconnaît officialement aux évêques tome IV. 304;. — Pour subvenir à toutes ces dépenses, et aux dépenses d'ordre ecclésiastique, il doit organiser définitivem» nt les finances pontificales : le plus clair de ses ressources est constitué par le revenu des terres que possède l'église romaine [elles sont réparties en circonscriptions, administrées chacune par un rector patrimonii. Voir P Fabre : De patrimoniis romattse ecclesise... Lille, 1892; Schwarzlose : Die Patrimonien der rom. Kirche, 1887, Berlin] .
Les Lombards étaient ariens ; mais leur reine, la bavaroise Théodelinde, femme d'Autharis, puis d'Agilulfe, est catholique ; elle convertit son mari, fait nommer des ducs catholiques, fait
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Mais, si le successeur de Pierre est contraint par les circonstîgices de devenir le duc de Rome, il n'oublie pas qu'il est la tète de la chrétienté. Son action catholique s'appuie sur la tradition antérieure ; elle est puissanunent secondée aussi par des faits actuels, le rayonnement du culte de Tapotre Pierre, l'organisation et les progrès de l'ordre bénédictin. Au lieu de .se recommanflcr, dans le tumulte des invasions, à de grands ])rol)riétaires *, les chrétiens choisissent souvent des
baptiser soa fils par les Catholiiiues ; elle correspond avec saint Grégoire et meurt en 623. La conversion du peuple au Catholicisme, commencée grâce à elle, se précipite lors(|ue son neveu le catholique Aribert monte sur le trône, 653 : son prédécesseur Rodoald est le dernier roi arien des Lombards et de l'Occident; et le fameux llothari 636-652, lorsque des raisons politiques l'ont poussé à restaurer l'Arianisme, n'y est pas parvenu. — Mais du moins est-il parvenu à sauvegarder, en l'exagérant, la personnalité nationale de son peuple. On retrouve « chez les Lombards cette tutelle perpétuelle des femmes, ce niundium, commun à toutes les races germaines ; mais il n'est plus un pouvoir domestique fondé sur l'intérêt de la famille, c'est plutôt un pouvoir militaire fondé sur l'intérêt de l'Etat ». L'incapacité delà femme, même majeure ou veuve, est absolue; « mais quelque étendu que soit le droit du tuteur... une autorité supé rieure le contrôle et le domine : c'est celle du roi... » |Gide : Etude tur la condition 2^rivée de la femme. Taris, 1885, p. 295- 306). — Sur les fondations religieuses des rois lombards, voir K. Voigt : I}ie Kiiniylichen FArjrnkloster im Langobarden Heicke, Gotha, IDO'i et Grasshof : Longobardisch-frayikisclies- Klostericesen in Italien, 1907, Giittingen.
Sur le milieu italien alors, voir Hartmann : Geschichte Italiens im Mittelaltcr, 1S97-11>08. Gotha et Ernst Mayer : Italienisdie yerfasauyifjsgeschicJite von der Gothenzcit bis zur V.unfihcrrschnft, Leipzig, 1909, 2 vol.
' Les faibles aciielaient la protection des forts, soit en lur abandonnant le domaine éminent ou une partie de leurs terres,
LA RECOArAfANDATION A S. PIERRE 121
saints pour protecteurs : qui douterait que le secours de ceux-ci valût laide promise par ceux-là ? Un paysan italien menacé par un Goth de Totila d'être dépouillé de sa terre lui déclare qu'il a <( commendé » cette terre à un très saint moine. Or. parmi tous les saints, il n'en est pas de plus vénéré que saint Pierre. Le Christ lui a donné le pouvoir de lier et de délier, au ciel comme sur la terre : de nombreux miracles se produisent sur son tombeau : on attache le plus grand prix aux linges qui r ont touché, aux ampoules remplies de 1 huile des lampes qui Féclairent, aux claves de sepulcho Pétri cpie le pape envoie aux rois et aux grands personnages comme une insigne faveur. Le pape est le gardien de son tombeau : il le représente ; « telle est la vénération des fidèles pour le siège a apostolique qu'il n'est nullement à craindre que H personne porte jamais la moindre atteinte à ce a qu'il a une fois établi. » Offenser le pape, c'est se brouiller avec saint Pierre ^
Saint Benoit soutient aussi le prestige de Rome : c'est Rome, du reste, qui fait le sien. Saint Grégoire lui voue un culte particulier ; il adopte sa règle, il célèbre la sainteté de sa vie et la puissance
soit en rengageant vis-à-vis d'eux à certains services. Fustel de Coulanges : Les origines du système feodaL Paris, 1890.
' Voir supra, p 31. n. Saint Grégoire confirme les privilèges donnés par Vigile. Voir aussi Epist. IX. 19, XII, 42, XIII, 37; Bède IV. 18 ; Jaffé 2106, 2139 ; l'histoire de l'assemblée de Whithy, 664.
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de son intercession ; la renommée de saint Benoit se répand dans toutes les églises où parviennent les écrits de saint Grégoire ; et c'est ainsi que, au courant du vii^ siècle, la règle bénédictine pénètre partout. « Règle admirable qui adoucit les rigueurs de la vie ascétique et met à coté de la prière le travail sous ses formes : le travail manuel [ culture de la terre, sept heures par jour), le travail intellectuel ^lecture de la Bible, deux heures). » Au point de vue moral, la règle fait du principe de la vie chrétienne le fondement de la vie rég-ulière : l'obéissance passive envers l'abbé, à laquelle tout moine est tenu, traduit concrètement et enfonce chaque jour dans l'àme l'abnégation de la volonté et le renoncement à soi. Dans ses détails, la règle est raisonnable et douce : la vie monasti(jue ne doit être qu' « un petit commencement de la vie chrétienne ». La rigueur de saint Golomban fait ressortir la modération de saint Benoit et facilite la ditfusion de sa discipline. Elle pénètre insensiblement la Gaule au cours du vii*^" siècle : peu après Eustasius, à Luxeuil même, elle a triomphé ! — Mais ses victoires sont des victoires romaines ; les « Bénédictins » se retournent naturellement vers Rome, source première de leur prestige, grâce à saint Grégoire; leur maison-mère est au Mont- Gassin, près de Rome, sous la main du pape ; Rome leur confie volontiers la conduite des grandes all'aires ; Rome aiTermit leur autonomie en décla-