‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 22 sur 70 · LES 3I0I-NES BÉNÉDICTINS · texte numérisé non relu

LES 3I0I-NES BÉNÉDICTINS

rant que Fabbé doit être élu par les moines. Défendus par le saint siège contre les évécpies locaux, les Bénédictins forment donc une milice toute dévouée à sa cause K

1 Sur roriirine de la règle, voir \). 40 n. : sa vraie diffusion en Occident date du vue siècle. Elle est moins rigoureuse que celle de Colomban. remplace les verges parles semonces, supprime la triple confession quotidienne, supprime la confession publique de fautes graves, ne prescrit le jeune proprement dit qu'en carême, donne deux repas aux moines de Pâques au 14 septembre de la Pentecôte au 14 sept., deux jours de jeune par semaine), accorde en hiver 6 à 7 heures de sommeil. Quant au travail manuel, l'abbé tient compte des forces de chacun. Un esprii de modération anime toute la règle: omnia rnensurate fiant propter pusillanimes (48 . « Si par hasard quelque chose de difficile ou d'impossible est ordonné à un frère, qu'il reçoive en toute douceur et obéissance le commandement... Que s'il voit que la chose passe tout à fait la mesure de ses forces, qu'il expose convenablement et patiemment la raison de l'impossibilité à celui qui est au-dessus de lui, ne s'enflant pas d'orgueil, ne résistant pas, ne contredisant pas. Que si... le prieur persiste, que le disciple sache qu'il en doit être ainsi et... obéi^se » [M. Prou : Gaule Merov 136]. Saint Benoît n'a pas l'idée d'une fédération de monastères.

La constitution de 601 [Coletti : Vi, 1343J est un faux, mais conforme à l'esprit de saint Grégoire, qui favorise, contre les évêques, les monastères. Voir les privilèges qu'il donne à saint Cassien de Marseille, saint Apollinaire in Classe, au monastère de Rimini.

C'est, au vue siècle, semble t-il, lors de la décadence du clergé et de la double expansion monast'que des Bénédictins et des Irlandais, que paraît se multiplier, au sein de Vinstitut monastique, le nombre des clercs. Jusque-là, les évoques et le clergé se méfiaient, en général, de ses tendances autonomistes [conciles d'Orléans 511, 19, 22 et 553, 22 et 554. 1. 2. 5.] comme saint Benoit de l'esprit autoritaire des moines prêtres [Règle, 60. 62] : au vue siècle, les deux corps ecclésiastique et monastique se rapprochent [conc. Tolède, 633. 60; voir déjà Cassien: iast. Cœn. VI, 14-15], non sans heurts [Marculfe, I, 1 : Tolède, 655, 3 et 633, 51 J. (On ne possède aucune étude sur les rapports

124 l'lmon de l'égltse et de l'occident

L'Afrique et l'Italie, l'Espagne et la Gaule, et la Bretagne subissent ainsi l'action de cette papauté qui rencontre, dans les transformations du monde, de nouvelles armes pour défendre ses vieux droits. Disciples de saint Grégoire, les papes du vii'^ siècle ont trouvé, du reste, dans le prestige qui entourait leur maître et qu'entretenaient ses écrits, un élément de force : les Boniface et les Ilonorius. les Martin et les Sergius ont su sagement s'autoriser de ses exemples. Saint Grégoire le Grand mérite vraiment d'être adjoint à saint Benoît et à saint Pierre : ce sont alors les trois patrons du saint siège '.

L'Afrique se tourne volontiers vers lui. Des relations de toute nature l'unissent toujours à l'Italie, et c'est de Byzance qu'elle reçoit aussi ses gouverneurs. Et puis, les épreuves continuent de miner les églises qu'enorgueillit le souvenir de saint CyjM'ien et de saint Augustin : après le Donatisme et le Manichéisme, après la persécution arienne, voici (jue la théologie capricieuse des empereurs suscite de nouvelles crises ; l'épiscopat africain est décimé lors de la querelle des Trois-Chapitres et de la

des moines et du clergé jusqu'au tem[is de Grégoire YII ; rien ne serait plus utile].

Le Mont Cassin, ruiné en 676, est restauré en 716 par Pétronax.

1 Boniface III, IV, Deusdedit, Boniface V de 606-625 ; Ilonorius 625 C)'à^, Théodore 642-641», Martin 649-653, Lugène 653-657, Sergius 687-701, Constantin I. 708 715.

l'afriole eï l'espag>"e au Yii'- s. 12o

controverse monothélite. Arrivent enlin les bandes fanatiques de l'Islam, qui fondent Kairoan et ruinent à jamais Carthage. La tolérance relative des vainqueurs leur est conseillée par la politique ; elle ne peut endormir la prudence inquiète des évêques. Durant ces tristesses, au milieu de ces deuils, Rome reste leur suprême recours et leur suprême espérance '.

L'Espagne a pour elle la même vénération. L'évéque de Séville. saint Léandre. est un ami particulier de saint Grégoire ; la rerjula pastoralis que celui-ci a rédigée pour diriger les chefs des diocèses y est largement répandue : en matière de discipline ou de liturgie, lorsqu'un cas est incer-

1 Justinien a voulu domestiquer l'Eglise d'Afrique, par l'intermédiaire de Mocianus, et de Primosus, qu'il a imposé comme cvèque à l'église de Carthage ; pareillement, les patrices Gennadius et Heraclius prétendent mener le clergé ; le primat de Byzacène achète à prix dor leur protection ; le préfet Georges, l'impératrice Martina prétendent imposer le Monothélisme, grâce aux réfugiés orientaux, monothélites pour la plupart, qui fuient en Afrique l'invasion arabe. Maxime, l'abbé Thalassius résistent, appuyés sur 4 conciles provinciaux : ils favorisent, peut-être d'accord avec le pape Théodore 642-649, la tentative autonomiste de l'usurpateur Grégoire 646. Et noter que les Donatistes sont toujours vivants quand arrivent les Arabes : trois Eglises rivales se disputent les fidèles. — La chrétienté d'Afrique ira dès lors déclinant lentement, mais régulièrement: en 807, elle envoie à Charlemagne. par Haroun al Raschid, les reliques de saint Cyprien, des Scillitains, de quelques autres ! En 1U53, elle ne compte plus que cinq évêques ; et ils se combattent 1 En 1076, elle n'en compte plus que deux « Nos renseignements s'arrêtent à cette année » [Audollent : Carthage rouiaine, 1901. Paris. 5G5|.

126 l'union de l'église et de l'occident

tain, on se réfère ordinairement à Tusao^e romain. Mais r action de Rome se borne là : et encore se fait-elle indirectement sentir. Ici plus complètement qu'ailleurs s'est opérée la fusion des Romains et des Germains. La réaction de l'Espagne sur l'Eglise est plus forte parce que plus profonde est l'action de l'Eglise sur l'Espagne ; une Eglise d'Espagne autonome tend à se former, vivant à part de la catholicité, régnant sur la péninsule en souveraine maîtresse. Une théocratie s'organise, (jui tue l'esprit religieux ; Witiza commence de créer une caste sacerdotale en autorisant le mariage des prêtres ^

11 n'en est pas de même chez les Francs. Ce

' Licinien de Carthagène, Taïon ont été s'approvisionner à Rome.

L'histoire de Julien de Tolède est amusante: le 14^ concile de Tolrde '>H4, pour marquer son adhésion aux décrets de Ixome contre le monothélisme, a envoyé un mémoire qu'il a rédi;i^é, lAber responsionis fidei nostrx. Le pape Benoit II demanda à Julien de modifier certaines expressions, comme hérétiques (il y a trois substances en J.-C.^ ; mais Julien rabroua le pape, lui déclara qu'il n'y entendait rien, qu'il y avait bien trois suttstauces en Jésus, le corps, l'àme, le Verbe. — L'universelle décadence chrétienne est plus triste chose : le célibat ecclésiastique disparait, les prêtres consacrent des raisins ou du lait | concile Tolède ()75] : le Pajianisme reparaît [concile Tolède 0^3 condamne le culte des sources, arbres, pierres'i ; pour faire mourir certaines ircns, des prêtres disent poureux des messes des morts. Leclercq : Ks-p. chrél. 361. Peut-être, pourtant, la moralité publique s'est-elle adoucie et épurée.

Sur la liturgie espagnole de ce temps, dite lilur(/ie mozarabe, voir d. Férotin : le Liber Ordiaum... Paris, 1904 [Monumenta Eclesiui liturgica. vol. V).

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