‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 23 sur 70 · LES BÉNÉDICTINS EN GAULE · texte numérisé non relu

LES BÉNÉDICTINS EN GAULE

nest pas que les rois dédaignent de se subordonner, ou les grands de confisquer Tépiscopat. Mais les pèlerinages à Rome sont plus fréquents et le mouvement bénédictin parti de Rome, plus intense. Les légendes romaines de saint Pierre, des apôtres et des martyrs sont très populaires en Gaule au vn^ siècle, et c'est en Gaule, à l'abbaye de Fleury-sur-Loire. que les disciples de saint Benoît apportent le corps de leur maître lorscp.ie le Mont-Cassin est pris par les Lombards. Ils trouvent en Gaule une seconde patrie : ils fondent ou relèvent une foule de monastères, à Grigny dans le voisinage de Vienne, à Condat (Saint- Claude), Lauconne, Labaume sur les revers du Jura, Roman-Moutier près d'Arles, Moissac sur le Tarn, Saint-Mesmin de Micy sur le Loiret, ^^ertou près Nantes. Saint- Vincent (depuis Saint-Germain-des- Prés) à Paris, Saint-Pierre à Sens, Saint -Médard à Soissons, Saint-Bénigne à Dijon, Perrière sur le Loing : la plus, grande partie de leurs monastères est concentrée entre la Loire et la Marne : leur puissance est solidement assise au cœur de la Gaule. Plus que la tradition ravivée par Gésaire, plus peut-être que le culte de saint Pierre, la colonisation bénédictine empêche donc la Gaule d'oublier Piome ^

1 Sur cetle colonieiation béno^Uctine au viie siècle, voir : Pignot : Histoire de l'Ordre de Gltiny. Paris. \^6^, tome I, préface.

128 l'union de l*église et de l'occident

L'éj^lise d'Angleterre fut plus romaine encore. Devenu pape, saint Grégoire n'a pas renoncé à convertir ces beaux Païens qu'étaient les Angles. Il leur envoie Augustin, le prieur de son monastère du Cœlius ; il soutient le courage de ses compagnons, qui défaille ; il leur ménage l'appui de Brunehaut et de Bertlie, la femme d'Ethelbert, roi

La tradition romaine, ravivée par saint Avit et saint Césairc, a été fortifiée par saint Grégoire, dont Fustel a trop méconnu l'action. En 591, saint Grégoire défend les Juifs contre les évèques d'Arles et de Marseille qui les veulent contraindre au baptême ; il réprimande Virgile d'Arles et Soacred'Autun quiont permis l'enlèvement et le mariage d'une religieuse; il exempte de l'ordinaire le couvent marseillais de saint Cassien, fondé par Dinamius et Aurélia ; il décide ce qu'il faut faire quand un évéque de la Lyonnaise devient fou ; il cite à Rome Tévéquede Toulon, Mena ; il défend les images contre Serenus de Marseille (qui ne semble pas s'être soumis ; il concède le titre de vicaire à Virgile d'Arles mais sans lui donner de pouvoirs réels ; il lutte contre les pratiques simouiaques, demande la sincérité des éleclions épiscopales, tout en reconnaissant la légitimité de la confirmation royale. [Vaes : Revue d'histoire ecclésiasiique. 190"), 537, 755\ — Tous ces faits sont vrais II n'est pas moins vrai que l'action catholique de la papauté est contrariée en Gaule : d'abord par les ingérences de la royauté et des Nobles ; ensuite, et surtout, par l'évolution localiste : tous les faits qu'on a releiés concernent la région d'Ailes et du JRhône qui, par sa situation géographique et ses traditions ecclésiastiques, est eu rapports étroits avec Home et l'Italie. D'où la grande importance des pèlerinages ^^Saint-Ouen, 675), des Bénédictins, des légendes saint Tierre et les martyrs de Rome; au point de vue du maintien de la tradition catholique.

A la place d'Arles, voici que Lyon semble devoir redevenir la métropole des Gaules: vers 570, en 5S5, son évéque s'intitule patriarche ; il convoque les conciles de Rurgondie, il sacre les archevêques de Canlorbery en 597 et 6.^2, il a la préséance dans les conciles et à la cour [Duchesne : Fastes. I. 137J.

Noter (lu'au vii« siècle les rois francs imposent leur présence au.x conciles 'M. l'rou : o;«. /oud. 125J.

s. AUGUSTIN EN ANGLETERRE 129

de Kent : c'est une Catholique, fille du roi franc de Paris, Garibert. Augustin peut, grâce à elle, s'établir à Cantorbéry, évangéliser le pays et mourir heureux, au sein d'une église vivace. Un de ses prêtres conduit en Xorthumbrie Ethelburge de Kent, fiancée au roi Edwin, et jette les fondements du grand évêché d'York. Londres et Rochester, Dunwich, Dorchester, Lindisfarne et Lichfield devien nent successivement des sièges d'évêchés, soumis à l'archevêque de Cantorbéry. Les retours de l'idolâtrie sont impuissants à ruiner ces jeunes églises; elles puisaient, soit en Irlande, soit à Rome les forces qu'elles ne trouvaient pas autour d'elles. Le pape Vitalien leur envoya comme archevêque un moine grec fort instruit, Théodore de Tarse : Théodore affermit la conquête, multiplia les diocèses, organisa les paroisses, réunit les conciles, imposa aux couvents la rèode de saint Benoit et amena les simples clercs à vivre avec Tévêque dans sa propre maison, d'une vie quasi monacale : même, grâce à Wilfrith et à ses amis, les usages romains s'introduisirent peu à peu dans les églises dirigées par les Irlandais. Cette activité bienfaisante porta ses fruits, surtout dans les contrées septentrionales. A la fin du vii^ siècle, la Xorthumbrie est le plus puissant des sept royaumes de la grande île ; son clergé est le plus éclairé ; les monastères de Lindisfarne, de Wearmouth et de Jarrow sont des foyers de science et de vertu. C'est là que grandit V. 9

!30 i/l.mon i»f. l'église et de l'o(Xii>i:nt

Bède. mort on plein travail et on pleine oraison, riionime le plus savant de son siècle ; il remet en honneur l'étude de saint Auj^ustin. Henoit Hiscop, ([ui fonde Wearmouth. va en pèlerinage à Rome; et il on rapporte des livres. Le premier abbé de Saint- Paul de Jarrow, GéoHVid, fait exécuter avec un grand luxe, j)our l'olfrir au pape, un manuscrit des Keritures, qui existe encore. L'Eglise d'Angleterre, on le voit, n'oublie pas sa mère, l'église romaine *.

' L'authenttcité des fameuses instructions de Grégoire ?i Aujîustiu a été contestée [Morarasen : Xeues Archiv., XVII, 390]. — Augustin est parti en 597 : on (iOi arrive une mission de renfort, conduite par l'aulinus, Mellitus. Juste (irégoire institue Augustin métropolitain des 12 évôchésà créer dans le sud ; il instituera, à York, coinpte-t il, une seconde métropole qui relcvera directement de IJome II se méfie sans doute de ramliilion d'Augustin qui espérait être nommé primat d'Angleterre et des (iaules Les conseils de saint Grégoire à ses missionnaires sont fameux en raison de leur modération avisée : « On ne gravit pas une montagne par sauts et par bonds, on y monte pas à pas. » L'iouvre missionnaire est continuée par Laurent, ()04-619, le successeur d'Augustin : l'évéché de Londres est alors fondé pour Mellitus. Mais une réaction païenne menace d'emporter la chnHienté naissante : elle se blottit toute autour de CantorbF»ry, que dirigent Mellitus 619 ('»24, Justus, puis Honorius le dernier survivant de l'expédition de 597. Cf. Ilunt : The english ''hurch. . 597-10G6, London, 1907.

Les affaires de l'Eglise sont rétablies quand le roi de Xorthumbrie demande la main do la fille d'Etbelbert : Elhelburge et l'évéciue l'aulin finissent par convertir Kdwin et son peuple, 627-633. Le rêve de Grégoire est réalisé ! — l'ourla seconde fois, l'Eglise est menacée. Ce sont d'abord les Païens qui massacrent les Clirétiens. Puis, lorsque la Nortbumbrie relt'vo la této, c'est à l'influence irlandaise qu'elle est soumise: dès le temps d'Augustin, la question de la <late de Pâques et de la divergence des rites) avait opposé les Chrétiens anglo-saxons romains aux Chrétiens bretons irlandais. Ce sont des moines d'iona, et leur

IRLAND.AJS ET BÉNÉDICTINS 131

Dans les cadres sociaux du vu" siècle, l'influence de Rome et de l'Irlande a donc entretenu la vie chrétienne. L'action de l'Eglise, ranimée par les

grand chef Aïdan 7 651, qui restaurent le Christianisme en >'orthumbrie, avec l'appui du roi OswaiU, 635-042 Un des successeurs, un émule d'Oswald, Oswi affermit son œuvre en battant de nouveau les Païens de Mercie, en appelant encore des Irlandais, Cealda, Cuthbert, Caedmon : les monastères de Lindisfarne et de Whitby sont les centres de cette Eglise Xorthumbrienne irlandaise ; la grandeur prestigieuse de ses saints affermit son prestige.

Ce sera l'œuvre de saint Wilfrith d'York, 634-709, del^^ur faire accepter la direction de Rome. 11 a été à Rome en pèlerinage, il a vécu en Gaule ; en 664, le roi décide qu'on suivra, quant à la date de Pâques, l'usage de saint Pierre. Une réaction irlandaise, qui chasse Wilfrith, n aboutit pas ; l'œuvre romanisatrice est reprise, de Cantorbery, par Théodore 069, qui. seul métropolitain, rétablit Wilfrith comme évèque de Northumbrie à la place de l'Irlandais saint Cealda, qu'il transfère en Mercie, vers 670. En 673, T réunit tous les évêques d'Angleterre au concile de Hertford, et il garantit cette œuvre unificatrice par l'institution d'un concile annuel, commun à toute l'Angleterre, à Clovesho Ces évêques sont juges ecclésiastiques, juges domaniaux, arbitres, membres des cours populaires et du witenagemot ; mais ils n'ont pas le caractère séculier des évêques du continent. L'œuvre d'unification ecclésiastique de T. a directement préparé l'unification polith^ue de VAgleterre |W. Stubbs, éd. fr. Petit-Dutaillis : Histoire consiitutionnelle de VAnyleterre, I, l',^07, 271-291]. — [De677 à 687. vilaine histoire où Théodore, en luttant contre W., a le mauvais rôle. Vers 7Ô2-704, nouvelle vilaine intrigue contre Wilfrith, de nouveau proscrit, à 70 ans]. Cf. Hunt et Montalembert.

Bède 6/3-735 incarne la Northumbrie, mieux, l'Angleterre chrétienne un siècle après Augustin : il a été formé, il a enseigné, il est mort à Jarrow, près de l'embouchure de la Tyne ; diacre à 19 an<, prêtre à 30, il étudie avec passion les Pères, Ambroise, Jérôme. Augustin, Grégoire le Grand, et même les Païens, Aristotc, Hippocrate, Cicéron, Virgile. Nous avons gardé : Hijninus firginitatis, en l'honneur d'Elheldrida, l'épouse vierge d'Egfrid ; — 49 homélies \ des Commentaires <>es deux Testame7its,\e Liber de tropis S. Scripturae, un Ilexaemeron, le Liber de lacis sacris\ — le de ortographia, le de arte metrica, le de naturra

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disciples de Colomban et de Grég'oire, comme par l'action des conciles', a atteint les âmes individuelles,

rerum ; le de temporuni ralione et le de temporibus. le Chronicon sive desex aetatibus tnundi, YHistoria ecclesiastica gentis Angloruin; — 16 lettres jp.iur Schônbach, il n'est pas l'auteur des coininentaires de saint Mathieu et de saint Jean qu'on lui attribue Sitzber Wien. ph. h. Klasse, 1903. tome 146] »<n le voit, Bède est universel : poésie, exégèse, rhétorique, physique, chronologie, histoire, il touche à tout. Mais nulle part son originalité n'apparaît [PL. 94.687 : * priscornni vestigia secutus», dit-il de lui nièoie). Ce qui ne l'eaipêche pas d'exercer une grande influence sur l'élite franque. — Lire le texte, PL., 90-95: voir Monlalerubert : les Moines d'Occident. V. 1867. Paris ; Werner ; Beda der F.hewiïrdige, 1881. Vienne ; Plaine : le Vénérable B., dans la Revue anglo-romaine. III, 1896.49 ; Le Bachelet dans les FAiides\ 128 1909). 493. - De Bède, il faut rapprocher son émule, S. Aldhelme, 650-709, abbé de Malmesbury et évoque de Sherborn, qui célèbre aussi la virginité, en vers 'de laude in)giniim\ et en prose \de laudibus virginitatis]. Et sa science n'est pas moins fameuse ; même il semble avoir bien su le grec. Hadrien, le compagnon de Théodore, le lui a appris. Benoit Biscop enfin, 628-690, a droit à une mention : cest un des protecteurs de Bède, un infatigable pèlerin et champion de Rome, un grand pourvoyeur des bibliothèques northumbriennes ; il a fondé Jarrow.

On ne doit pas se méprendre, du reste, sur Ihuraililé de tout cet effort : après la doctrine isidorienne des sacrements et la doctrine grégorienne des droits du démon, voici un troisième indice de la décadence de la pensée chrétienne à ce moment. Lorsque Théodore de Tarse introduit dans les églises romaines d'Angleterre la théorie orientale sur la réitération des sacrements Voir IV p. 40 et confère de nouveau à l'Irlandais Ceadda tous les sacrements, lorsqu'il l'ordonne évéque de Mercie, nul ne s'aperçoit que cette théorie est formellement contradictoire à la doctrine de saint Augustin IV, p 244-245 n.;. Voir Saltet : Les rënrdiixations. Paris. Iw07. 85-100.

Dans si»n de natura rerum, Bède suit ou copie Isidore [théorie (les trois cieux| : mais il y ajoute des remarques personnelles sur les marées ; il le complète, d'après Pline, quant au mouvement «les astres [Duhem : notes mss.[ 1 Les conciles sont assez rares au vn^ siècle, excepté en Es-

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