CHAPITRE V
VlIlMx® SIÈCLES
L'affaiblissement de la vie chrétienne constaté à la fin du vu® siècle s'accélère avec une effrayante rapidité dans la première moitié du viii*^. Les sièges épiscopaux sont à l'abandon : les uns sont vacants depuis plusieurs années, les autres, plus malheureux encore, ont été livrés à des grands avides ou à des clercs sans mœurs. Certains intrus détiennent plusieurs diocèses et plusieurs abbayes à la fois ; c'est ainsi que Hugues, neveu de Charles Martel, occupe les sièges de Paris, de Rouen et de Baveux. et qu'un soudard du nom de Milon porte dans ses mains les crosses des églises de Reims et de Trêves. Aucun vice ne ferme l'accès de la dignité épiscopale ; on cite des clercs qui entretiennent plusieurs concubines ; des évêques, tout en se dé-
142 LE CHRISTIANISME ET l'oRRAMSATION IMPÉRIALE
fendant d'être des fornieateurs, s'adonnent à la boisson et à la chasse et répandent indiileremment le san^ des Chrétiens et celui des Païens : Févéque de Mavence, Gewilieb, tue en trahison, de sa propre main, le meurtrier de son père et continue tranquillement d'administrer son diocèse. Ce désordre semble croître en Gaule au temps de Charles MarteJ. Charles dispose des évêchés en souverain maître, frappe les prélats indociles, fussent-ils de sa famille comme Wido, l'abbé de Saint- Waast et de Saint- Wandrille ; pour récompenser ses amis, il leur distribue les terres d'église quand il a épuisé les terres du fisc : des guerriers aussi brutaux que vaillants deviennent ainsi abbés laïcs de monastères ou évêques d'évêchés donnés en bénéfices ' .
1 A la mort de Pépin II, dit de Iléristall, qui a gouverné la Gaule de 681 à 714 enciualité de maire du palais de tous les royaumes francs, sa veuve Plectrude a voulu garder le pouvoir au nom de ses petits-fils, ses fils étant morts en 708 et 714 ; il lui est ravi par Charles, dit Martel, fils de Pépin II etd'Alpaïde, né vers 688, mort en 741, dont la valeur et la décision font la puissance. Charles dompte les Neustriens, les Aquitains, les Bourguignons; il raffermit le prestige des Francs chez les peuples germains (Alamans. Bavarois, Thuringiens, Saxons) que Clovis a autrefois battus et soumis, que Sigebert et Brunehaut ont défendus contre les Avares ,562-596) et Dagobert contre les Slaves : il ravage jusqu'à la Weser le pays des Saxons, qui s'avouent tributaires ; il ravage la Frise, toujours indomptée ; il destitue le duc d'Alémanie, Theutbald : il bat les Bavarois et leur impose le duc Odilon [725-734 j.
Mais ce vigoureux chef de bandes, afin d'entretenir la fidélité de ses fidèles, doit leur distribuer des terres : il n hésita jamais à leur donner celles de l'Eglise. Il donne Fontenelle à Benignus; il chasse Rigobert de Reims au profit de Hugues; etc. Au con-