‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 29 sur 70 · LES HUIT ÉVÊCHÉS GERMAINS · texte numérisé non relu

LES HUIT ÉVÊCHÉS GERMAINS

présentant, le charge de créer de nouveaux diocèses et d'organiser la Germanie en province métropolitaine. Boniface commence par la Bavière où les ducs Agilolfings ont sincèrement soutenu le Christianisme, mais où des querelles de famille ont compromis la vitalité des églises ; il réorganise les anciens évêchés de Salzbouroc. Frisinocen. Rastibonne et Passau, dépose les mauvais prêtres, remet en vigueur les prescriptions traditionnelles. Son rôle terminé en Bavière, le saint se hâte de regagner sa chère Hesse. Il y établit un siège épiscopal à Burabourg et répartit la Thuringe entre deux diocèses, ceux d'Erfurt et de Wurtzbourg. Cette organisation hiérarchique, complétée par l'érection delévéché d'Eichstaedt qui relie parle Xordgau. la Thuringe et la Hesse à la Bavière, fait entrer définitivement la Germanie dans le courant de la civilisation chrétienne \

1 Saint Boniface et la conquête chrétienne. Grégoire II [715 à 731] et Grécoire III [731 à 741] qui l'ont lancé et soutenu nous sont assez bien connus, surtout par leurs lettres [voir Jaffé. 2e éd. 18^5, p. 249-262] et parles notices, assez explicites, du Liber Pontificalis [éd. Duchesne. I, p. 396-425. Voir aussi l'introduction".

Boniface, de son vrai nom Winfrid, est né dans le Wessex vers 680. d'une noble famille chrétienne. A ce moment, le roi de Wessex, Ceadwalla, se fait moine et se retire à Rome ; et ces deux faits symbolisent à merveille l'intensité de la foi chrétienne et l'ardeur du loyalisme « romain » du pays qui produit Winfrid ; ces deux sentiments, profondément enracinés dans les église? anglo-saxonnes [\oiv supy^a, p. 128-130^ ne cesseront de le guider. Il obtieat de son père, après une longue lutte, de devenir moine : à sept ans, il est donc offert, comme oblat, à

ioO LE CHRISTTAMS3IE ET l'oRGANïSATION IMPÉRIALE

L'âme de l'apôtre, pourtant, restait inquiète et troublée. Ce qu'il avait fait était si peu de chose au prix de ce qu'il avait rêvé ; il y avait encore, dans

l'abbaye d'Exeter, que dirige W'olfhard. Il passe ensuite à l'abbaye de Nurslintr, entre \\'inchepter et Southampton, où il étudie sous la direction de Winbrecht, se lie avec Tévêque Daniel, et subit profondément l'influence d'Aldhelme \siipra. p 132. n] : il se familiarise avec les sept arts libéraux, surtoutavec l'exégèse allégorique et l'art de la versification ; devenu directeur de lécole abbatiale, il rédige une grammaire latine d'après Donat, [Mai : Classici a iictore6\\ 11, 475; Durieu : Schedx Vatican ap ; Bursian : Die Graminatik de W.-B, dans les Sitzungsberichte de Munich, 1^731. Et ses vertus, son ascétisme égalent sa science : vers 710, peu de temps après avoir été ordonné i)rélre, il est député parle concile duWessex à l'archevêque de Cantorbéry. — C'est alors qu'il renonce aux honneurs qui semblent l'attendre, et demande à partir prêcher l'Evangile en Germanie.

Son abbé finit par céder, 716 Mais sa première campagne, en Frise, coïncide avec une réaction païenne qui oblige W'illibrord à la retraite; il revient lui-môme en Angleterre. C'est pour peu de temps : avec l'appui de Daniel, il refuse la charge d'abbé que veulent lui conférer ses frères de Nursling et part pour Rome 718 avec toute une caravane de pèlerins II en revient, mai 719, avec une miss on officielle du pape et le nom de Boniface. Il prêche en Frise, sous la direction de Willibrord, de 719 à 722, le quitte à ce moment pour s'enfoncer dans les forêts de ïhuringe et de Hesse. Cette même année, 722. lui est remise une lettre de Grégoire II qui l'appelle à Rome.

C'est alors, 30 novembre 722, que Boniface est consacré évoque. Et il reprend ses courses. Daniel de Winchester voulait qu'il éclairât les intelligences : « il faut procéder i)ar questions discrètes et faire que les Païens s'expliquent sur leurs croyances... Le monde a-t-il existé de tout temps .' S'il a commencé, qui estce qui l'a créé?... S'ils disent qu'il n'a pas commencé, il faut leur montrer que c'est impossible... Quelle est l'origine du premier dieu ? Les dieux et les déesses continuent-ils de se reproduire?... En vue de quoi adore-t on les dieux? Des biens qu'on en reçoit, ou de la félicité éternelle 't. , En quoi fait-on plaisir aux dieux par les sacrifices?.,. Si les dieux (des Païens, sont tout puissants.,., comment expliquer la prospérité des Chrétiens,

LES 1N«:>UIÉTUDES DE S. BOMFACE lol

les âmes cp.i'il baptiseiit. tant de barbarie et d'io^norance I Et puis, il lui était si pénible de ne pouvoir rompre avec les lamentables évéques des Francs : son devoir d'évêque le lui commandait, Tintérét de son troupeau le lui défendait. Que deviendrait son œuvre le jour où ne la protégerait plus la lourde épée de Charles Martel? En 738. Boniface repartit pour Rome où il resta toute une année. A son retour, il ramenait deux auxiUaires dun zèle ardent, les deux frères Wunnibald et Willibald ; mais il n'était pas parvenu à surmonter ses scrupules. Cependant l'âge s'appesantissait sur lui : après Grégoire II, voici que Grégoire III et Charles Martel le précédaient dans la tombe. Il ne pensait poux^tant pas au repos. Il écrivait au nouveau pape, Zacharie, pour protester de son dévouement à léglise romaine. Il ne se doutait pas que cette église allait

qui leur ont enlevé le monde entier... » [Ep. 15]. Il semble que la méthode de Boniface, qui était sur les lieux, ait été plus énergique, plus brutale même ; il veut toucher, au besoin briser les volontés. — Avant d'évangéliser la Thuringe, 724-731, Boniface demandera au pape une lettre officielle, laccréditant en quelque sorte auprès des Païens.

Son élévation à la dignité d'archevêque date de 732 : la fondation du monastère de Fulda, qui couronne l'œuvre delà conquête chrétienne dans l'Allemagne centrale [Hanck. I. 440",, de 744 L'emplacement en a été trouvé par Sturm, que Boniface a envoyé se former à Rome et au Mont-Cassin. — Voir L(. Vie de Boniface, par Willibald. et les œuvres du saint. PL. 89. [ses lettres ont été éditées en 1892 par Dûmmler : M. G. Epist ] ; Mignet : La Ge-rmanie au vin^ et au iï^ siècle [Mérnrjires historiques Nouvelle édition, 1859. Paris] ; G. Kurth : Saint Boniface. Paris, 1902: Hahn : H. Bonifaz und Lull. 1883. Leipzig; Hauck : A' G. Deutschlands l. passim.

152 r.E CHIUSTIAMSME ET l'oRGANISATION IMPÉRIALE

lui confier une tache nouvelle : au fondateur de l'Eglise de Germanie il était réservé d'être le réformateur de l'Eglise franque.

Zacharie se rappelait les peintures que Boniface lui avait faites de cette Eglise ; devenu pape, il l'invita à accomplir l'œuvre nécessaire. Par bonheur, le fils de Charles Martel auquel l'Austrasie était échue, Garlomem, était une âme sincèrement religieuse : il devait un jour se retirer dans un cloître. Boniface n'eut pas de peine à le gagner aux projets de Rome qu'il avait épousés lui-même. 11 écrivit à Zacharie pour lui dire les intentions de Carloman et lui demander ses instructions. La réponse ne tarda pas à venir, encourageante ; et Boniface se mit à l'œuvre.

(( 11 y eut d'abord deux conciles d'Austrasie successivement réunis par Carloman : le premier, on ne sait où ; le second, aux Estinnes. Puis, pris d'émulation, le frère de Carloman, Pépin le l^ref, voulut avoir aussi sa réforme, et le concile tenu dans son royaume, à Soissons, reproduisit en grande partie les dispositions des deux synodes austrasiens. Enfin, pour couronner l'a'uvre, un concile général de tout l'empire franc fut réuni en Iï^k Boniface présidait toutes ces assemblées en qualité de légat pontifical, et c'est son programme qu'on y réalisait. Rendre à l'Eglise des Gaules son organisation hiérarchi([ue et son activité conciliaire, ramener à la pureté la vie du clergé, débarrasser la

LA RÉFORME DE l'ÉGLISE FRANOLE 153

foi des fidèles des superstitions qui Tobscurcissaient, tel fut le triple résultat de ses elforts.

« La hiérarchie métropolitaine fut un instant rétablie ; comme Boniface était archevêque de Germanie, de même il y eut des archevêques en Austrasie et en Xeustrie. Tous les ans, un concile devait s'y tenir, afin d'élaborer la législation ecclésiastique, de rétablir l'Eglise dans ses droits et de veiller à la pureté de la foi et des mœurs. Soumis d'une part à son archevêque, l'évêque devait être, d'autre part, seul maître de son diocèse : on refusa toute juridiction aux évéques et prêtres ambulants, aussi longtemps que leurs titres n'auraient pas été examinés dans un concile. Les prêtres étaient visités par leurs évêques ; pendant le carême, ils lui rendaient compte de leur conduite : tous les jeudis saints, ils recevaient de lui les saintes huiles ; ils devaient l'assister lorsqu'il venait distribuer la confirmation.

« De nombreuses et minutieuses prescriptions réglèrent la vie du clergé. Il lui fut interdit de porter les armes, d'aller à la guerre et à la chasse, de tenir des faucons. Chaque clerc dut s'astreindre à porter le costume ecclésiastique, et renoncer à garder une femme sous son toit, à moins que ce fût sa mère, sa sœur ou sa nièce. Les ecclésiastiques débauchés furent condamnés à être déposés, enfermés et mis au pain et à l'eau ; s'ils étaient prêtres, ils étaient fustigés et subissaient deux ans de pri-

15i LE CHRISTIANISME ET l'orGAMSATION IMPÉRIALE

son ; étaient-ce de simples clercs ou des religieux, la lustigation était appliquée trois fois, et la prison était d'un an. Les religieuses, en cas d'inconduite, étaient frappées de la même peine et on leur rasait les cheveux. Enfin, la règle de saint Benoît fut rendue obligatoire dans tous les monastères.

« Le combat contre les superstitions païennes fut beaucoup plus rude. Les fidèles associaient dans leurs hommages le Christ et Wodan. Ils continuaient parfois (roilVir des sacrifices au pied des arbres, au bord des fontaines ; ils y chantaient leurs hymnes traditionnels, ils y célébraient des repas sacrés. Ceux-là mêmes qui ne poussaient pas aussi loin l'infidélité à TEvangile, laissaient toujours une multitude de pratiques idolàtriques pénétrer leur vie : ils chômaient le jeudi en l'honneur de Thor, croyaient à des jours prédestinés, tiraient des horoscopes, lisaient l'avenir dans le vol des oiseaux, le hennissement des chevaux ou les cendres du foyer, consultaient les sorcières et envoûtaient leurs ennemis. Contre ces superstitions, le concile invoqua le secours du bras séculier : le comte, qui était le défenseur de TEglise, comme s'exprime le concile des Estinnes, devait avoir soin de les interdire al)solument dans son ressort ; une amende de quinze sous était édictée contre ceux qui s'y livraient.

« Ce fut dans un de ces conciles que Boni face fît juger deux agitateurs. Clément le Scot et Adalbert

LA RÉFORME DE l'ÉGLISE FRANQUE ioO

le Franc. Adalbert était un esprit ardent et faux. habile à mêler les rêves ambitieux aux illusions prophétiques ; c'est le type le plus complet de l'aventurier religieux » à un âge de grande ignorance. Il avait la prétention de mener à lui seul les fidèles au salut, en se passant des sacrements et de la hiérarchie. 11 se vantait d'être en relations avec les Anges, qui lui apportaient de toutes-puissantes reliques ; il exhibait une lettre de Jésus- Christ, tprnbée du ciel à Jérusalem : il enseignait des prières toutes farcies de noms mystérieux : il remettait les péchés, sans confession, aux fidèles qui se prosternaient à ses genoux : il distribuait comme des talismans ses ongles et ses cheveux. Le concile fit al^attre les croix qu'il avait érigées, et ordonna qu'il fût enfermé en même temps que Clément.

« Boniface obtint aussi la condamnation de Ge- T\dlieb de Mayence et parvint à doter de bons évêques les sièges de Verdun. Utrecht. Liège, Spire et Metz. Ainsi la réforme pénétrait rapidement au sein de l'épiscopat et y introduisait des hornmes qui, comme Chrodégang, évêque de cette dernière ville, devaient être à leur tour les promoteurs de nouveaux progrès. Témoin de la vie des prêtres romains, qui étaient très supérieurs aux prêtres francs, il introduisit dans son clergé 1 habitude de la vie en commun et régla jusque dans le moindre détail l'emploi de la journée : le prestige du clergé

156 LE CHRISTIANISME ET l'okGAMSATION IMPÉRIALE

de Metz fut bientôt si grand que la règle canoniale se répandit peu à peu dans la Gaule. Boniface remporta d'autres succès : les princes francs s'engagèrent à restituer à l'Eglise les biens qui lui avaient été enlevés sous Charles Martel. La promesse, il est vrai, était téméraire ; beaucoup de grands refusèrent de rien abandonner, et la restitulion ne fut que partielle. Toutefois, ce fut un grand bienfait encore : les nobles promirent de faire cesser les usurpations qui entrainaient pour les églises peu riches une ruine complète.

« Le couronnement de la réforme fut le concile général de l'empire franc de 747. Tous les décrets des conciles antérieurs y furent confirmés, renforcés et solennellement proclamés. L'organisation hiérarchique de l'Eglise y reparut avec éclat ; les Pères précisèrent même explicitement leur union avec l'église romaine et leur soumission au pape : ils voulaient en toutes choses, conformément aux canons, observer les préceptes de saint Pierre. Leur profession de foi, signée par tous, fut envoyée à Rome et déposée sur la confession de l'Apôtre : elle attestait solennellement le lien qui unissait à Rome les grandes églises de l'Occident, » au moment où l'Orient se détournait d'elle pour n'avoir pu l'asservir K

' Kui-lli : 94 100. Boniface et la Rcfo)-i)ie religieuse. La nécessité de la réforme est amplement démontrée par la situation du clergé et des fidèles. Les mœurs des clercs sont lamentables :

l'alliance du pape et des fka>cs loT

Dans raccomplissement de son œuvre réformatrice et conquérante, Boniface avait eu deux points d'appui : les Francs et le pape. Son triomphe de-

la débauche, la chasse, la guerre les occupent ; leur ignorance et leur inconscience sont bien attestées. D'autre part, Torganipation hiérarchique a disparu : les métropolitains n'existent plus, sauf peut-être en Belgique et en Aquitaine, mais là même ils n'ont aucun pouvoir ; on ne tient plus de synodes provinciaux, ni même de synodes diocésains ; la propriété ecclésiastique a été absorbée par les grands : les prêtres, ou sorciers, gyrovagues, pullulent, tel Adalbert. [Clément semble avoir eu une certaine culture : il connaît la Bible, il enseigne une théorie touchant la descente de Jésus aux enfers et la nature de la prédestination^. Le premier concile austrasien s'est tenu le 21 août 742, on ne sait oîi (peut-être à Mayence ou à "^'orms ; le second a été réuni le i^^ mars 743 aux lîstinnes (Hainaut; ; le concile neustrien de Soissons date de 744. — Le concile de 742 a été convoqué par Carloman, qui assiste à ses séances et transforme ses canons en capitulaires , Boniface y assiste à sa demande, comme inissus sancti Pétri ; peut-être en a-t-il rédigé les canons la datation par l'année de l'IncarnHtion, très rare au vme siècle, est continuelle chez Bède] ; ce qui est sur, c'est que Boniface fut constitué par Carloman, comme archevêque, au-dessus de tous les évêques d'Austrasie. lîoniface est archevêque d'Austrasie de par le prince, comme il est archevêque de Germanie de par le pape. Pépin ne nomme pas B. archevêque en Xeustrie ; mais il établit trois archevêqu.-s, Grimon, Abel et Hartbert, et, comme les traditions romaines sont ici plus vivantes, il les installe dans les trois anciennes métropoles de Reims, Rouen, Sens. Puis, brusquement, Pépin change d'avis : il ne veut plus avoir qu'un seul archevêque, peut-être afin de se conformer à ce que fait Carloman, peut-être afin de satisfaire ses évêques qui ne se soucient pas d'être surveillés [c'est à ce moment que Boniface accuse de simonie le pape I Comment y a-t-il été déterminé ?]. peut-être afin de déplaire au pape Zacharie qui semble soutenir, à ce moment même, l'effort que tente la Bavière en vue de secouer le joug des Francs, 744. Et comme l'Archevêque de Neustrie, Grimon, a nour siège l'église de Rouen, Boniface, archevêque d'Austrasie, demande et obtient qu'on lui confie une église particulière, Cologne, élevée aussi à la dignité métropolitaine. 745.

\t)H Li: CHRISTIANISME ET l/uROAMSATlON IMPÉRIALE

vait naturellement les rapprocher, d'autant (pi ils étaient loin d'être des inconnus l'un j)our l'autre ; des deux côtés, on écoutait avec respect ses con-

Mais les évêques brigands que la réforme menace se révoltent : ils empêchent dt-finitivement de renaître les métropoles de Reims et de Sens, ils empochent Ronilace de prendre pied à Cologne. Et Honiface se résigne : il accepte en échange l'évèché de Mayence, 7io-747 ! Mayence devient l'unique métropole de l'Austrasie et de la Germanie, et non pas en titre : la dignité de H. lui e«t personnelle Et noter que les successeurs de Tirimon a Rouen, Hegenfrid et Remedius ne sont jamais appelés archevêques. La tentative métropolitaine de B. a complètement échoué. Pépin n'en voulait sans doute pas, craignant de diminuer son autorité sur ses évêques. Voir Lœning, Hauck et Lesne : Ln hiérarchie épiscopale... en Gaule et Germanie, 742-.S82, Paris, 1905, p. 37-53. Pépin a obligé Abel de Reims h rentrer dans le cloître ; il a soutenu contre Boniface Virgile de Salzbourg, que le pape aussi défendit.

Sur le détail de l'œuvre des conciles, voir Hefele-Delarc IV, 1870.:^!. — Ouelques évèchés disparaissent alors |Alais].

.\oter que Pépin et Boniface ont peut-être songé à enlever aux grands, non seulement les évrchés, mais aussi les paroisses, PL. 8y.'J/55; Jrabart de la Tour : op laud. 215.

Malgré tout, Boniface parvint à installer de vrais évêques a Verdun Madalveus , à Spire (David, abbé tle Wissembourg), k Liège Fulcar, abbé de Laubach), à Metz Chrodegang, ([ui mourra en 766, après avoir fondé les monastères de (lor/.e et de Saint Pierre ; une de ses parentes fondera en 764 le monastère de Lorsh).

Sur le pape Zacharie [741-752], qui soutient Boniface dans son œuvre réformatrice, voir le Liber Pontificalis, I, 426 439. et Jaffé, 2*^ éd , 1,262-270. — [La tiare, bonnet conique sans aucune couronne, apparaît, comme insigne papal au viii» siècle ]

Sur l'épanouissement de la réforme bonifacienne après la mort de Boniface et avant celle de Pépin, voir infra.

Sur l'influence do la réforme bonifacienne hors des pays fra-ics, voir le concile de Clovesbo en Angleterre, «^ept 747 : Boniface et Zacharie ont vivement piié l'archevèciue de (lantorbery Cutht)ert de le réunir [Hefelr-Dolarc, IV, 4 6] La discipline était en pleine décadence dans la grande ile ; et les conséiiuences s'en

LA QUESTIO>' LO.MBARDE EN ITALIE lo9

seils. on consultait pieusement son iiistoire : or, ses avis alfermissaient le loyalisme des Francs vis-àvis de Rome et la bienveillance de Rome à l'égard des Francs, tandis que son histoire attestait la puissance et la piété des Francs, l'autorité et la sagesse de Rome.

Il se trouvait alors, précisément, que Rome avait besoin d'un peuple puissant et pieux, et que les Francs avaient besoin d'un ami autorisé et prudent. Venus les derniers, les Lombards ne sont pas les moins redoutables des Barbares ; Grimoald bat l'empereur Constant et relève les forces de son peuple. S'ils se convertissent définitivement au Catholicisme, la (juerelle iconoclaste place les papes entre leur devoir de pontife et leur devoir de sujet. Grégoire II et Grégoire III s'etîorcent de les remplir à la fois ; ils protestent contre l'empereur, on l'a vu, même ils refusent de payer les impôts rpi'il établit ; mais ils entendent ne pas se révolter contre lui. Ils refusent d'accueillir ce défenseur de la foi, que leur patriotisme soupçonne, le roi des Lom-

faisaient douloureii sèment sentir, s'il est vrai, comme le dit Boniface, que l'ivrognerie fiîl un vice particulièrement répandu parmi ses compatriotes et que beaucoup des courtisanes d'Italie et des Gaules fussent alors originEiires d'Angleterre. Trente canons sont promulgués : ils visent d'abord à préciser nettement quels sont les devoirs de l'évèque, quelles conditions doivent remplir ceux qui veulent devenir prêtres, (^iiels sont les devoirs des moines que devra inspecter l'évèque ; ils prêchent le respect du dimanche, des jeûnes et la pratique de la communion fréquente.

160 i.i: ciiMisTiAMSMi: ET l'uhgamsatiun impékiale

bards Liulprand : ils loiil coiiibaUrL' i)ar la milice romaine un usurpateur (]ui a pris la pourpre près de Rome ; ils soutiennent contre Liutprand la rébellion des ducs de Spolète et de Bénévent et lancent conlri' lui les Vénitiens, ^'()iei donc (|ue la politi(|ue brouille la })apauté et les Lombards, au moment où la religion la contraint de rompre avec l'empire : il lui faut trouver ailleurs, pour se défendre de ces deux ennemis, un défenseur. Les Romains sont ainsi conviés à se souvenir des Francs de Clovis : ils ont jiarfois soutenu l'empereur ; ils ont lait bon accueil à Boniface ; ils ont arrêté en Gaule les pr()y;rès de l'Islam. Pounjuoi ne deviendraient-ils pas les protecteurs de saint Pierre? Grégoire III envoie à Charles Martel les clés du tombeau de l'Apôtre en témoignage d'amitié '.

^ L'hostilité des Loml)ards et des Impériaux, qui se disputent la domination de l'Italie, n'a pas suffi à sauver l'Arianisme des premiers ; mais leur conversion au (^alliolicisine ne suffit pas davanta;,'e à les rapprocher des seconds. La tentative de l'empereur Constant II pour restaurer en Italie l'administration impériale, 6(j3-»)'uS, a abouli à un désastre, bien que le pape Vitalien l'ait appuyc'e, et même, dans une certaine mesure, le maire du palais «le Neustrie, Lbroïn. Les Lombards ont essayé au contraire, 653-061, de détacher de l'empire les papes et les nol)les ; mais les nobles se moquent des papes autant que des empereurs et des Lombards : c'est pour eux-mt^mes qu'ils veulent travailler. Le conflit subsiste donc entre les llaliens qui aspirent à l'autonomie, et les Lombards (jui veulent les dom[)ter. Il est trèsaifîu au temps de Luitprand 712-744 ; il parait très embrouillé parce que les papes, arrêtés par un loyalisme stupide envers l'empire, s'otislinent à ne vouloir, ni d'un roi italien, ni du roi lombard. Et noter (jue Léon 111, d'accord avec les ducs Basile, Marin, ExhilaratuB, trame un complot afin de faire disparaître Gré-

LA QUESTION DVNASTInLE EN GALLE UJ l

Charles, toujours aux prises avec les Arabes dans la vallée du Rhône, refuse de descendre en Italie ; mais il accueille avec honneur les envovés de l'Apôtre, il les renvoie comblés de cadeaux. Sa prudence se réserve Tavenir. S'il est. en réalité, le chef des Francs, il ne porte pas le titre de roi : c'est Thierry IW un des descendants de Clovis, qui en est encore paré. Charles veut prendre ce titre, mais il ne l'ose ; il attend, il temporise : saint Pierre pourrait lui être utile quelque jour, Pépm et Carloman perçoivent plus nettement encore l'utilité d'un pareil concours ; leur autorité souffre de n'être pas confirmée par le titre royal ; ils doivent lutter

goire II, vers 725 [comme Justlnien et Bélisaire. autrefois, ont escamoté Silvère^ : Grégoire 11 faisait opposition aux rae-inres fiscales de l'empire, qui devaient atteindre les patrimoines de l'église romaine. Pour arnHer Liutprand. Grégoire II soutient ses ducs révoltés; l'exarque Eutychius attise la colère de Liutprand contre le pape; et le pape prend parti contre le roi italien Tibère Petasius ; il soutient contre lui l'exarque: | L. P. 1. et Hartmann il. 2. passim]. j Peut-être ce Romain qu'était Grégoire II s'était-il, à la fin, arrêté à la combinaison suivante : alliance entre lîome, ::5polète et Cénévent. afin de brider à la fois l'exarque, le roi national, les nobles romains]. Ajoutez à cela l'affaire iconoclaste, qui vaut au pape la perte des patrimoine?. L'intervention franque vint dénouer cette situation si embrouillée : elle donna satisfaction aux Italiens qui ne voulaient ni des Lombards, ni des Impériaux ; elle donna satisfaction aux papes qui, ne pouvant conserver l'empire, a\ aient du moins la consolation d'échapper aux Italiens nobles romains et italiens) et aux Lombards. En 739, quand Liutprand serre Rome de près, Grégoire III «nvoie à Charles Martel lévéque Anastase et le prêtre Sergius pour lui demander de délivrer les Romains de l'oppression lombarde. [Les empereurs avaient coutume de se servir des Francs contre les Barbares d'italiej.

162 LE CilUlSTIAMSMt: ET L OUGAMSATION IMPÉRIALE

contre de perpétuelles révoltes ; ils doivent même rétal)lir la royauté au profit d'un mérovinj^ien. Si. par là, ils ont léj^itimé leur pouvoir de duc. ils ont en (juelque manière aussi obstrué la route qui mène au trône. Gomment donc pourront-ils y parvenir ' ?

Les événements se précipitent. La réforme de rE^i,4ise franque, œuvre du légat pontifical, est l'occasion de t'ré((uents rapports entre Rome et les successeurs de Charles Martel ; la piété de Carloman V apporte beaucoup de cordi;dité ; il reconnaît à Boniface le titre de métropolitain, d'abord à Cologne, puis à Mayence. L'ambition de Pépin le Bref son frère est surexcitée lorsqu'il se retire dans un cloître ; seul chef des Francs, pourquoi ne porte-

1 Charles Martel escompte, si besoin est, l'alliance lombarde contre les Arabes. 11 renvoie pourtant une ambassade, dirigée par Grimon, abbé de Corbie, et sigebert, moine de saint Denis. Encouragé par là, Grégoire IH renvoie une seconde ambassade au « vice -roi » des Francs, le conjurant « par le Dieu vivant et vrai de ne point préférer l'amitié du roi des Lombards à l'amour du prince des Apôtres *.

Grégoire III a cherché aussi à s'appuyer sur le duc de Spolète, Thrasimond, contre Liutprand.

La famille des rippiiiides, dont Charles Martel est le chef, est plus riche en terres et en fidèles que la famille mérovingienne ; elle se glorifie de compter beaucoup de saints parmi ses aïeux jsaint Arnulf de Metz, sainte Bej/ga] ; ses chefs, depuis longtemps, manifestant une vigueur guerrière qu'ont perdue les da><i-«ndauts de Clovis.

Noter ([ue le fils de Pépin I, dit de Landen, Grimoald avait essayé de faire roi son propre fils lorsqu'était mort Sigebert, 65<3 : il avait échoué. [Fustel de (boulanges : Transformation de la royauté pendant Vépoque caroL, 18^2, 16b et 113-206).

l'l'surpation carolingienise IG3

rait-il pas le titre royal, dont il remplit l'office ? Il jug'e le moment venu en Toi : de nouvelles victoires remportées sur les Alamans et les Bavarois ont affermi son prestige. Il envoie au pape Zacharie un disciple de Boniface. lévéque de Wurtzbourg, Burckard, et labbé de Saint-Denis, Fuldrade : et ceux-ci. à leur retour, rapportent que le pape autorise Pépin à prendre la couronne. Aussitôt l'assemblée générale des grands et du peuple se réunit à Soissons ; Pépin lui fait part de son projet et de l'assentiment du saint siège, et il est élu roi par acclamation. Le légat le sacre de l'onction sainte, comme autrefois Samuel a sacré David : désormais cette quasi-investiture religieuse de la royauté franque, parce qu'elle semble lui conférer une manière de sacerdoce, semble aussi légitimer le droit cju'elle s'arroge de nommer les évêques et de diriger l'EgUse '.

Le moment vient aussitôt où le nouveau roi peut acquitter la dette de reconnaissance qu'il a con-

' Imbarl de la Tour ; op. laud. p. xvn-xviii. Peu avant sa mort, Charles Martel a transmis à ses deux enfants. Pépin dit le Bref et Carloman, avec l'assentiment des grands, le pouvoir dont il est revêtu, 741 : ils portent le titre de maires du palais. En 747, Carloman se fait moine et part pour le Mont Soracte. sans beaucoup se soucier de son fils Drogon Pépinle dépouillera. Les sources romaines sont tout à fait muettes sur Vauctoritas que le pape aurait donnée en faveur de Pépin. — Zacharie 741-752 avait ab.n.îonné l'attitude hostile des papes ses prédécesseurs à 1 endroit de Liutprand : c'est par son habile dijiloma tie qu il arrête le Lomtwird, sauve Rome, défend les Italiens et ce qui reste des possessions impériales.

tractée envers le saint siè^e. Le chef des Lombards Astolphe s'empare de Ravenne et menace Rome, à l'heure même où y parviennent Burckard et Fiildrade ; Zacharie, puis Etienne II essayent en vain de le fléchir par des ambassades, des cadeaux et des prières : l'empereur ne peut rien pour eux, c'est donc aux I'imiics de jouer son rôle. I^tienno envoie un pèlerin à l\''piii le Bref Tinformer (pie k' péril presse, cpie les Romains sont en j^rand danj^er. qxw l'Apôtre a besoin de sa protection. L'abbé de Jumièf]^es Droctip^anjjj franchit les Alpes sur l'ordre du roi, s'abouche avec le pape et revient demjuider à celui-là cpiil assure le passage de celui-ci en Gauh'. l'ne seconde ambassade franque. conduite par ("hrodéj^anj^ et par ce personnau^e h'^endaire rpi'est le duc Autchaire. s'ébranh^ alors pour aller solenneUenuMit confér(^r avec \o successeur de saint Pierre. Or, en même temps (|u'elle. arrive à Rome une ambassade impériale diriji^ée par le silentiaire Jean. Accompa^^né de l'une et de l'autre, le pape va trouver Astolphe ; il le supplie de restituer l'Exarchat à l'empereur, son maître léi^ntime ; ((uand Astolphe refuse, il lui demande de le laisser passer en Gaule avec les ambassadeurs fraiu'5. Astolphe n'ose dire non (^t h^ pape se met en route pour 1;« Ganh' '.

• (Test le 14 octobre 75:^ qti'Ktiennp H |7r)2-757|. est parti en aiubassa<le auprès «lu roi lombard. Lorsqu'il part pour la Gaule. 15 novembre 753, les fonctionnaires impériaux l'ont quitté : ce

LE DUCHE PONTIFICAL

Le voyage d'Etienne II venant quérir auprès du roi des Francs aide et protection répond à l'ambassade de Burckard et de Fuldrade demandant au pape la couronne royale pour leur maitre : l'alliance de la papauté et des CcU'olingiens est dès lors conclue ; elle se confirme sous le règne de Pépin. Etienne II renouvelle la cérémonie de l'onction dans la basilique de Saint-Denis, il y fait participer les jeunes fils du roi, Charles et Carloman ; puis il déclare que la nouvelle dynastie sera éternelle et fait jurer aux Francs de ne jamais choisir un roi en dehors de cette famille qui a été élevée par la pitié divine et consacrée, grâce à l'intercession des saints Apôtres, parles mains de leur propre vicaire. Pépin accepte de remplacer l'exarque dans son rôle de défenseur de Rome : devenu patricc des Romains,

n'est pas comme sujet et représentant de l'empereur, c'est exclusivement au titre de représentant de saint Pierre qu'il va parler aux Francs. — Pépin envoie à sa rencontre le duc Retard et Fuldrade; puis son fils Charles, le futur Charlemagne, qui s'avance jusqu'à Langres. Pépin reçoit Etienne à Ponthion. solennellement : 6 janvier 756 ; Etienne lui demande ut causum h. Pétri et reipublxcee Roraanoruni disponeret, et Pépin promet ut illi placitutn fuerit exarchatum Ravenux et reipubliop iura ceu loca reddere.

Voir supra p. 119 n. le rôle de saint Grégoire le Grand et cette page de Duchesne [Les premiers temps de l'état pontifical, p. 411. Paris 1904, 2» éd.] : a Le pouvoir temporel est né de la répugnance des Romains à devenir Lombards et de l'impossibilité où ils se trouvaient de constituer leur autonomie sans que le Pape y fût souverain.. Un protecteur s'imposa dès l'origine. L'état romain en avait besoin pour se défendre contre les ennemis du dehors 'Lombards, Grecs, Sarrasins) : le clergé romain, pour tenir en bride ses rivaux intérieurs, » les nobles.

if»G LE CFinisTrAMSMR ET l'organisation impériale

il ni'gocie avec Astolphe et finalement le contraint par la force des armes îi respecter l'autonomie de l'ancien exarchat. Seulement Pépin respecte saint Pierre autant qu'il se moque de l'empereur ; c'est à saint Pierre, en la personne du pape son représentant, qu'il donne les territoires arrachés aux Lombards ; c'est saint Pierre qu'il défend et contre les Lombards et contre l'empereur '.

1 Etienne II a passé les premiers mois de 754 îi Saint-Denis, tandis que Pépin envoie de vaines ambassades aux f.omljards.Le sacre (qui fait du roi une sorte de prèîre (coutume wisijiothique et anglo-saxonne inspirée par l'histoire d'Israël), oint comme un évéque, et qui s'intitulera comme lui dei gratia (dès 768 ] est célébré le 28 juillet 754. A ce moment, selon toutes les vraisemblances, un partage de l'Italie est projeté à Kiersy-sur- Oise entre le pape et Pépin, qui as.-ure au pape une partie considérable de la péninsule. C'est de ce traité de Kiersy que les papes se prévau<lront souvent dans la suite ] Liber Pontificalis, éd. Duchesne, I p. ccxui, 440 et 48G|.

Les Lombards sont battus par les Francs en deux campagnes, 754 et 756. Après la première campagne, un second traité, fait à Pavie, octobre 754, donne au pape une partie seulement de ce qui avait été promis à Kiersy, à savoir Uavenne, Rimini, Pesaro, Fano. Cé>ène, Senepallia. Gubbio. rsarni et Rome. Après la seconde campaj^ne, rendue nécessaire par la déloyauté des Lombards, la donation de Pavie est confirmée : on y ajoute seulement Comacchio. La donation est faite par Pépin «à l'église romaine, à Saint-Pierre et aux évécjues ses successeurs ». Il envoie promener les fonctionnaires impt'riaux qui réclament, le silentiaire Jean et le grand secrétaire Georges.

Etienne II et son frère et successeur Paul I'^'' [757-767] ne cessent d'invoquer l'acte de Kiersy, de demander un accroissement de l'étal romain par l'annexion de Rologne, Kaeuza, Ferrare, Aucune, d'intriguer avec les ducs Lombards qui fout de belles promesses «our parvenir au trône. Huant à Pépin, il veut tenir la balance égale entre l'état romain et l'état lombard.

Sur ces questions très controversées [beaucoup nient l'existence de la promesse de KiersyJ, voir Duchesne : L. P. et les

l'œuvrl de pépin le très pieux 167

Pépin apparaît d'ailleurs comme le défenseur de la foi orthodoxe et le libérateur du peuple chrétien. Le pape lui communique soigneusement les lettres des évêques d'Orient restés fidèles. Lorsque Boniface est tombé, « martyr de la foi », dans la Frise idolâtre, ses disciples Lull de Mavence et Chrodégang de Metz rencontrent auprès du roi un appui très efficace ; ils continuent avec son aide la conquête extérieure et la réforme intérieure. C'est alors cpie l'action de Chrodégang dépasse les limites de son diocèse, se répand parmi tout le clergé franc et propage la règle canoniale : alors que plusieurs conciles assurent la discipline ecclésiastique, font pénétrer dans le peuple, par les minutieuses prescriptions qui réglementent le mariage, le respect de l'idée morale et surtout associent étroitement l'autorité civile exercée par le comte à l'autorité religieuse exercée par l'évêque. Pépin octroie du reste de généreuses libéralités aux églises d'L'trecht et de Worms, aux abbayes de Fuldaetde Saint-Denis, d Epternach et de Lorsch : il réside tout près de cette dernière, dans le pays de AVorms ; il y reçoit le surnom de très pieux.

premiers temps de l'état ponti/îcal. Fâris, 1898; Hubert: Etude sur la formation des états de l'Eglise (Revue histoi ique, IS99, tome 69) ; Kleinclausz : L'empire carolingien, ses origines et ses transformations. Paris, 1902; les études de Schnurer 1894, Martens IS9«. Gundlach 18y9, Hamel 1900.... sans oublier Fustel ni Hauck, Schnurer et 01i^^. : Das Fragmentum Fayitezzianum, 1906. Fribourg ^cf. les diplômes caroliDgiens de Tangl : IHistoriches Jabrbucti, 1908, 1).

168 LE CHRISTIANISME ET l'oUGAMSATION IMl'EHIALL

N'est-il pas juste d'appeler ainsi rhomme {^ràce au(juel l'Eglise, expulsée de l'Orient, a achevé de s'enraciner en Occident par la conclusion d'une véritable alliance entre le jjeuple fr<inc et le pape romain * ?

' Pépin le Bref, élevé a Saint-Denis comme Carloman, favorise comme lui la réforme : plus que lui. c'est un homme d'action, qui se décide, non d'après ses [)assions, mais d'après les circonstances II correspond amicalement avec Zacliarie qui travaille à, le persuader que les affaires religieuses regardent les prêtres, et eux seuls ; de fait, il ne peut y avoir rupture, car Boniface est là, car le souvenir des bienfaits mutuels est toujours vivant; mais il semble bien que Pépiti partage désormais avec le pape la direi-lion des discijjles de Boniface.

('eux-ci tiennent plusieurs synodes : le 11 juillet 755 à Verneuil ; en printemps 75^, on ne sait où ; en octobre 750, à Verbcrie; en 7.57 à ('ompirgne, en 758-5*.> fi Constance, vers 7(')() à Aschheim près Munich, en 7(i7 à Gentilly : ils s'appli([uent à restaurer la dignité du mariage et la solidarité de la famille [le divorce est permis en cas d'adullère]. à encourager les restitutions aux églises et le respect de leur immunilés, à favoriser les pèlerinages, à protéger les veuves et tes orphelins. Ils s'appliquent surtout à maintenir et à promouvoir, dans le clergé, la réforme disciplinaire : qu'il y ait un évèque dans chaque ville et deux conciles par an, (jue les prêtres obéissent docilement à leur évèque et restent chacun dans son église ; les couvents sont placés sous la surveillance del'évèciue qui veillerait ce que la règle soit bien observée, et h ce que les moines n'en sortent pas sans la permission de l'abbé, même pour aller à Rome. Les episcopi vaganies ne peuvent exercer leur ministère sans l'autorisation de l'évêque du lieu ; c'est peut-être afin de s'en débarrasser qu'on restaure l'institution des chorévêques [mentionnés en 7yS. ysta Ep. Virdun, 13. M. G. S.S. 1V.44| — Et ce double effort pour christianiser les fidèles et le clergé s'accompagne d'un rifort parallèle pourmultiplier les paroisses ruiales: on les groupe en drcanies dirigées par des archiprêlres, cl en archiilinconcu dirigés par un archidiacre [attestés en ^i'i et 82(3; sans doute plus anciens] Les chorévêques sont des coadjn leurs de l'évêque qui sont attachés à un titulus, qui ordonnent les

l'œuvre de charlemagne 169

L'œuvre de Charlemagne couronne l'œuvre de Boniface ; l'empereur romain continue le légat de Rome : la conquête, la réforme, l'alliance intime

prêtres, consacreut les églises, coufirment les enfants [Imbart de la Tour : op. laud. 96-97J ; le paiement de la dîme est sanctionné par l'état.

L'initiateur de la réforme n'a i as vu la moisson qu'il a semée : missionnaire, il a eu la fin triomphale qu'il méritait, il est mort martyr le 5 juin 754 ou 755 Mais ses disciples continuent son action: Lull à Mayence, Megingoz à Wnrzbourg, Leomad à saint Maximin. Berethelm à Cologne, Virgile à Saizbourg, Grégoire à Utrecht, l'archevêque Chrodégang surtout ?i Metz. Celui-ci est un réformateur énergique et obstiné, un esprit à la fois large et précis, amoureux de la hiérarchie, très loyal envers Rome, mais moins « romain » que Boniface, et surtout beaucoup moins favorable aux moines : il n'est pas moine. Il tend formellement à subordonner les moines à l'évêque local. Car les rapports sont souvent tendus entre les évêques et les abbayes : Lull est en guerre avec Fulda d'oîi il chasse Stourm, et contre qui il dresse Hersfeld ; Reichnau et saint Gall luttent contre l'éA'èque de Constance Et c'est ce que n'admet pas Chrodégang Et c'est pour hâter cette unification du clergé et du monachisme. pour donner aux simples prêtres le presti^'e des moines, qu'il impose, aprè? d'autres, à ses clercs la règle bénédictine à peine modifiée, la vie canofiiale : les clercs, séparés des laïques, vivront désormais en commun, et réciteront les heures canoniques [voir sa vie par Jean de Gorze, M. G ; S. S, X. 563 . PL 89, 1054 , et Ilauck. - Les disciples de Boniface ont sans doute ranimé à ce moment la vie religieuse chez les femmes : les chapitres de chanoinesses apparaissent vers 750 [Levison, dans la W(i.itdeutsche ZeiUchrift filr Geschichte und Kunst. 1909. 4911. Avant cette date il y avait, hors des monastères, des sanctimoniales comme par le passé.

Ce sont les disciples de Boniface qui commencent d'introduire

LE CHRISTIANISME ET L ORflAMSATlON IMPÉRIALE

(le rr'«>^lise et des Francs s'aircrmissent et s'achèvent durant le demi-siccle (|u'il domine *.

La (jcrnianic finit d'entrer dans le courant de la civilisation chrétienne. Après la con(|uête des hauts pays, montueux et boisés, le plat pays qui s'étendait sur la côte, des bouches du Uhin aux liouches

en Gaule les usages lihirfriqiies romains, iiotainment le chant romain: vers 7tl0, Faul !«' envoie à Fépin VAmip/mnaire et le reapoyxsay^ial de Home, ainsi que le sous-directeur de sa schola cantorutn ; puis un certain nombre de moines de Kouon viennent à Home même terminer leur éducation musicale ; enfin un décret du roi l'épin supprime officiellement l'usage gallican et impose l'usage romain. U n'y avait pas d'aulro m(»yen île sortir de l'anarchie et du désordre |J.iffé. 22yi, 2351 : Paul Diacre: fie.sta np. Mett. PL. 95. 709; Boretius : Cap. p. 01; I)uchesne: Culte, p. 94-99]. Peut être les orgues ont-elles été alors introduites en Occident.

•Mais les disciples île Boniface se laissent prévenir sur le terrain lhéologif|iie. 1/initiateur du réveil intellectuel de ce temps est né en l'rovenco, il vii en pays lombard : Ambroise Autpert, abbé de Sainl-\'incent du Vulturne, mort en 11^, « semble devancer tous ses contemjiorains par l'ampleur de sa doctrine, par lu grâce sobre et harmonieuse des accents dans lequels so traduit sa dévotion envers la Mère d»* Dieu •> |G. Mo; in). Par malh'^ur, son œuvre, (jui parait considérable, est encore inconnue; il a écrit vers 757-767. Voir PL. 89, 1275; 30.12(3 i^le CoffUis ifie\', Bibl. Pair, de Lyon, XIII, 403 (Comm. sur Apoc ), et Histoire litti'raire de la irancc. IV. 141 ; Morin, dans la Jievue d'histoire tcclés. 1W5. 33<3 ; Ilaussleiler dans ller/og-ilanck.

' Né le 2 avril 742, mort en 814, Cliarlenmgne n'-gnc conjointement avec son frère Carloman né en 751) do 7».8 à décembre 771 ; à la mort de celui-ci. il dépouille de son royaume son enfant Pépin. Une jalousie très apparente avait opposé les deux frères l'un à l'autre, malgré les efforts do leur mère Berlrade ; en politique, Cariomau tenait pour les Lombards (ch«'/, (jui so réfugiera sa veuve Gerberge , Clharlemagne, pour la papauté. — Sur Clliarlemagne rn général, voir .Vbel et Simson : lahrbuclier des frnnkiacheji lieiches tinter Karl deni g>ossen. l.'^bS-lH'^S, 2 vol.

LA CONQIKTE CHRÉTIE>?iE 171

de l'Oder, continuait d'échapper au Christianisme : c était la Saxe que n'avaient entamée ni Charles Martel, ni Pépin le Bref, niBoniface. Ses habitants formaient trois et même quatre groupes principaux : les Westphaliens à l'ouest, les Ostphaliens à l'est, les Angariens au centre et les Nordalbingiens situés entre l'Elbe et l'Eyder. Avec les coutumes de la Germanie primitive ils en avaient conservé la religion idolàtrique : leur sanctuaire le plus vénéré était le bois sacré où se dressait un tronc d'arbre, colonne du monde, YErminsaeule. Les missionnaires leur prêchaient en vain l'Evangile : c'est à peine si Liafwin. l'un d'entre eux, échappe à la mort. Beaucoup imitent son courage sans avoir le même ]jonheur. A la lin. lorsrpi'on apprend l'incendie de l'ésrlise de Deventer, les Francs se décident ; la guerre est résolue à l'assemblée de Worms. Chaque année Charles conduit ses bandes de l'autre côté du Rhin ; il emporte Ehresbourg, il détruit l'Erminsaeule, il détruit Siegbourg : il réduit par la terreur un grand nombre de Saxons à demander le baptême. Lorsqu'il revient de Paderborn il peut croire la guerre finie, la Saxe conquise : et il répartit le pays vaincu entre cinq évêchés.

C est alors qu'éclate une révolte formidable. Un chef fameux. Widukind. relève le courage des Saxons, chasse les prêtres, ravage la Hesse et la Thuringe. Furieux, Charles rcA'ient, décidé à en finir. 11 s'installe à Verden et y fait décapiter plus

172 L?: christiamsmf: et l'orgamsation impériale

de 4.000 rebelles ; il relève et fortifie les forteresses détruites ; il interdit rii^oiireusement les pratiques du Paganisme. Au bout de deux ans, Widukind comprend la vanité de sa résistance ; il se rend et reçoit le baptême à Attigny. La déportation en Gaule d'une foule de familles saxonnes achève et consolide la pacification du pays '.

Huit évêchés sont créés à Paderborn, Munster, Osnabruck, Minden, Brème. Ilildesheim, Verden, Halberstadt : deux monastères s'ouvrent à Corvey pour les hommes, à Herford pour les femmes.

• Depuis longtemps Saxons et Francs combattent les uns contre les autres : mais jamais ceux-ci ne se sont formellement propost' (le réduire ceux-là. L'influeu' e des disciples de Boniface, auglo-saxous de race, qui se regardent comme les cousins des Saxons de Germanie et qui se croient tenus, dès lors, de leur apporter l'I'^vaugile. modifie leur altitude. — L'incident de Liafwin est de 771, 1 incendie de Deventer, de 772 : c'est roccasion qu'on sai-it.

On sait la vigoureuse résistance des Saxons : en 774, ils saccagent le monastère de Fritzlar et l'église de Deventer ; en 775, ils battent les Francs à Liibbeke ; en 782. ils les écrasent au Siintal. d'où le massacre de Verden, vengeance de Charles. [De 76:^ à 803 ils se révoltent encore].

On baptise en masse les Saxons qui se soumettent, depuis 777 environ, et la grande assemblée de Paderborn, depuis 785 surtout, et la soumission de Vi'idukind. Sturm, Willehad, Liudger sont les préflicate\irs et les baptiseurs en chef des armées franqnes. [Sur la religion jirimitive des Saxons, voir supra].

Noir le.s vies de Stourra [7 774, PL. 105.4l'3], de Willehad évoque de Brème [7 7j<9, hL. 118.10i3|, de Liudger évrque de Munster [f 80y. PL. 'J9, loi)], de Liafwin [ou Libuin, mort vers 775, PL. 132.559 et 877] ; — et Wattenbach-Diimmler '■, p. 2^(3, 252 et 293, 293-2'J5 ; Hauck II, 30rt, Schmidt : JJie Sachsenkiiege unter Karl dem Grossen. 1882; Wirtzchel : Der Ausganf) oev Snchaenkrieye Karl des yrossen. 1891 ; Mignet, oj). laud.

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