CHRISTIANISATION DE LA SAXE
Imposé par la force, le joug de rEvangile ne tarda pas. pourtant, à sembler léger aux Saxons ; leurs âmes farouches se laissèrent toucher. Sous l'influence chrétienne, l'individu devint moins imparfait, l'union domestique plus étroite, la société elle-même plus forte. Derniers venus dans la famille chrétienne, ils travaillèrent bientôt à en étendre le cercle : ils défendirent contre les Païens qui bordaient l'Elbe à l'est ce Christ contre lequel ils avaient si obstinément lutté ; aussi Charles adoucit-il par le « capitulaire saxon » le régime qui leur avait été imposé d'abord : il fît rédiger leurs lois. L'austère poème du Sauveur, HcUfind, dont l'auteur inconnu grandit à ce moment, exprime avec simplicité, mais non sans force, cette transformation de l'àme germaine ^
rien d'Hildigrim d'Halberstadt, de Hathumar ni de Badurad de Paderborn, de Hildigrim de Verden ffrère de Liudger'. Le détail de leur œuvre nous échappe. 11 semble qu'ils se heurtent, non seulement ;V des obstacles de nature religieuse, mais encore à la haine nationede : dans la révolte de 792-793, les nobles saxons convertis sont massacrés parce que traîtres, plutôt que parce que chrétiens : Richhof, Rorich, Gotescale, Had, Gericb.
Alcuin et Paulin d'Aquilée n'ont cessé de reprocher à Cha'lemagne, au nom de saint Paul, de saint Augustin et de saint Grégoire le Grand, d'imposer aux vaincus le baptême et la foi et d'oublier ainsi la liberté sacrée de l'àme humaine. Vuir les lettres d'Alcuin ^6><, 69, 71, 107,110. 111, 113, Dûmmier.
1 Je renvoie ici aux pages mémorables qu'écrivit Mignet, op. laud p. 125-162. — Le capitulaire saxon du 28 octobre 797 « élaboré à Aix la-Chapelle avec les représentants des W'estphaliens, des Angariens et des Ostphaliens. abolit la peine de mort dans la plupart des cas où elle était prescrite auparavant, et la
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Tandis que les Germains finissaient d'entrer dans l'Eglise, les Slaves de l'Elbe et du Danube commenyaient de s'en approcher. Les Obotrites avaient soutenu les Francs dans la guerre de Saxe ; il est peu vraisemblable qu'ils aient inquiété leurs missionnaires. Les Weu'les turent attaqués et virent leurs terres ravagées pour les avoir maltraités. Les Bohèmes durent aussi s'incliner et recevoir des prêtres chrétiens. Les Moraves devenus tributaires furent visités par les envoyés de l'évêque de Passau et de Sal/bourg. Ces derniers achevèrent de gagner les Carinthiens, tandis que les Croates étaient confirmés dans la foi par des prêtres italiens. Le Christianisme bénétîciait du prestige politique de l'empire ; il rayonnait hors des frontières franques ^
remplaça par les taxes décomposition en usage chez les Francs.» — L'auteur du Heliand (^écrit en bas allemand vivait dans la première moitié du w-' siècle, semble-t-il. 11 connaît les livres dAlcuin et de Bède ; il chante, d'après l'Evangile, d'une façon fort vivante, le maitre qui console et qui guérit | Heliand = Heiland, Sauveur. Voir l'édition de H. Ri'ickert, 1876, liCip/ig, et la traduction en allemand moderne de Simrock. 3e éd. 18.S2J. Noter qu'il a eu un procureur, en Frise : le barde païen Mernlef a été converti par Liudger, qui lui a fait goûter la beauté des Psaumes : au lieu des pirates, il a dès lors chanté le Christ ; et, quand Liudger doit fuir, c'est à lui qu'on confie les Chrétiens désemparés.
' C'est l'évêque de Wurzbourg, Reren\vG.f,78.5-S()0, qui travaille le premier à convertir les Slaves de son diocèse; les évèques LinderJch et Egehvard suivent son exemple : 14 églises sont construites dans la vallée supérieure du Main. Mais le Paganisme tiendra longtemps en ces pays : il est att«'sté encore au concile dp, Hamberg. lo.^s Maucki. — C'est vers 803-810 que s'inclinent Bohèmes et Moraves.
Mais les élèves de Boniface ne veuleai pas seulement promouvoir la conquête chrétienne ; ils travaillent encore à vivifier les âmes ; ils veillent sur l'organisation ecclésiastique et la vie religieuse. — Au temps de Charles mieux encore qu'au temps des Barbares, l'évèque est dans la main du roi ; c'est le roi qui autorise et confirme l'élection : autant dire qu'il en est le maître. Sauvegarder le caractère sacré des évéques, voilà donc la tâche la plus urgente que commande la situation, et voilà à quoi tendent, en fin de compte, l'institution des métropolitains et celle des avoués.
La hiérarchie métropolitaine est étendue à tout le royaume : on la trouve à RaA^enne, Milan, Udine, Grado, Cologne, Mayence, Salzbourg, Trêves, Sens, Besançon, Lyon, Rouen, Reims, Arles, Vienne. Embrun, Bordeaux, Tours, Bourges et en Tarentaise. On donne définitivement aux métropolitains le titre de Archiepiscopi, tandis qu'on désigne par le terme de suffraganei les évéques de leur ressort. Ils doivent les réunir chaque année en un synode provincial ; ils sont chargés en outre de déléguer un visitât or chaque fois qu'il s'agit de nommer l'un d'entre eux ; ils examinent les candidats au point de vue de la dignité morale et de la science théologique, et, dans certains cas, ils ont le droit de désigner eux-mêmes l'évèque. Ce sont de grands personnages qui sont constitués les gardiens des intérêts ecclésiastiques : V. 12
178 LE cnnisTiAMSMi-: kt l'organisation impkrialk
ils pourront un jour contrebalancer rinfluenco du roi '.
Plus que jamais, IV'vèque apparaît aujourtl'hui
' Charlemagne ne voulait pas d'archevrques, et pourtant il y est venu. Plus encore que son p("^re, il tient à «Hre le chef de son Eglise, c'est-à-dire de l'Eglise dOccideut ; de fait, il éclipae le pape, tout en témoignant à celui-ci une vénération singulière, lîertaire de Vienne est fait archevèriue en 775, Lull de Mayenc« et Tilpin de Reims vers 780-782, Ermimbert de Bourges vers 784- 91, Angilbramm de Melz vers 784-788, Hildebold de Cologne en 7'J5, Théodulfe d'Orléans en 801. En mars 77'.'. en 789, les évêques sont formellement subordonnés. aux archevêques; le concile de Krancfort décide, canon 28, que les appels des évéques devront être d'al>ord portés aux archevêques; de là l'organisation définitive des provinces métropolitaines qui se poursuit de 794 à 814 en Tarentaise, à Aix, Embrun, etc ..
111 est curieux de constater que Pépin, qui a fait échouer la tentative métropolitaine de lîoniface, a établi quelques évoques in i-icem metr-politanorum et leur a formellement subordonné les autres ; Cou ile de Ver, canon 2. — Après la mort de Chrodégang, 7')ô, il semble que Wilchaire, l'ancien évoque de Nomentum devenu évèque de Sens et représentant du pape en Gaule, ait été fait archevêque des Gaules]
La restauration des métropoles est due à l'action lente de la collection de Denys le Petit plutôt qu'à l'intervention jiersonnelle de^ papes [Lesne : op. laud. 62, ni]. — Tous les métropolitains sont archevêques, mais tons les archevêques ne sont pas métro|)olitains : ainsi Théodulfe, archevêque d'Orléans, est suffragant de Sens. C'est le pape qui crée les archevêques par l'octroi du pallium à un évoque ; le plus souvent, il agit à la prière do Charlemagne [au vie et au viiic siècle, la possession du pallium n'est pas requise pour l'exercice des droits de métropolitain j. Les archevêques de Charlemagne ne sont pas tels que les avait rêvés Boniface : au lieu d'être supérieurs aux évêques, de pouvoir les surveiller et, de les réprimander, ils n'ont pas grande autorité sur eux ; ils ne peuvent rien faire sans leurs suffragants Les viù-i ecclésiastiques de l'empereur sont, au contraire, armés de grands pou voii s, comme l'entendait Boniface.
Après la victoire de Ch., les diocèses d'Urgcl, Vich, Girono, Barcelone sont rattachés à Narbonne; ceux de .Navarre ei d'Aragon à Aucti.
RÔLE DE l'ÉPISCOPAT 179
comme un chef social et politique : ce qui explique, du reste, sa sujétion par rapport à la royauté. La création des avoués, en le déchargeant de certains soucis temporels, concourt du moins à sauvegarder son caractère pastoral et son rôle religieux. Les biens des églises s'étaient considérablement accrus : leurs richesses donnaient lieu à des contestations d'ordre divers qui entraînaient de fréquents procès. — Charlemagne. d'ailleurs, fait en général d'heureux choix ; et il surveille ses élus.
La coutume des visites annuelles leur est instammment recommandée. Afin qu'elles puissent produire plus d'effet, on multiplie les chorévéqucs : chacun d'eux a une circonscription déterminée où il doit surveiller l'instruction des ecclésiastiques et le maintien de la discipline \
1 Charlemagne surveille en personne ses évêques, les examine et les réprimande IFustel : Traïxsfoy^yn. royauté, 530J. Les élec lions se font sous son influence, avec sa permission, très souvent sur son ordre ; car Tévèque est le sujet du roi, il est aussi son vassal et son délégué {i^^ cap. de 811 , car le roi a un caractère quasi sacerdotal, de par l'onction. L'évèque est tenu à la résidence, aux visites pastorales, aux convocations de conciles : il doit connaître la doctrine et être irréprochable dans ses mœurs. Voir les conciles d'Aix 789, 802. — Les évoques voyageurs tont radicalement supprimés, 769, 789, 794 : les chorévèques sont subordonnés aux évêques, 789, 806 ; l'institution des avoués est vulgarisée plutôt que créée : sont-ils aatre chose que les defensores ecclesiœ des iv-v-vie siècles ? Ils sont, je le rappelle, les chefs judiciaires et CDilitaires de labbaye ou du domaine qui jouit de l'immunité, et donc ne dépend plus des officiers du roi. — La lettre 42 de Leidrade de Lvon nous offre le
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Lii pratique de la vie en commun, telle que Va réglementée Chrodégang, est adoptée d'une façon générale, non seulement par le clergé des églises épiscopales, mais aussi par les ecclésiastiques des paroisses importantes. L'instruction religieuse des clercs n'est pas négligée : les évéques doivent s'assurer que les prêtres savent par cœur et comprennent le Symbole des Apôtres, le Notre Père, le pénitentiel et les prières de la messe d'après Vonlo romanus ; ils doivent veiller à ce qu'ils étudient les homélies des Pères, le Sacramentaire, le Livre Pastoral de Grégoire le Grand, sans oublier rîUvangile. Charles fait former par Paul Diacre une collection d'homélies afin (|ue les moins capables puissent remplir le ministère de la prédication '.j
tableau de l'activité d'un bon évèqiie à l'époque carolingienne. Cliarleiuague leur prêche : * qu'ils n'écrasent pas ceux qui leur sont soumis du poids d'une domination tyrannique ; mais que ce soit par leur seule affection, mansuétude et charité, que ce soit par l'exemple de leurs vertus qu'ils sauvegardent leur troupeau 1 » Vers 850, on raconte que Zacharic a donné à Pépin le droit de nommer les évéques [Loup de Ferr. 39].
Senn : Uinstitution des avoueries ecclésiastiques en France. Paris, U'03 ; Pergaraeni : l.'avouerie ecclésiastique lielge. (îand. 1907 ; Leclère : Les Avoués de saint Trond. Louvain. l'.^OO ; Morin : Les avoueries ecclésiastiques en 1. on aine. Naucy. 1907. Cliarlemagne essaya de se les rattacher étroitement ; il essaya aussi, en vain, de s'appuyer dans le domaine de l'évéque immunisle, sur le vidame équivalent de l'économe byzantine Voir Senn : ISiyistltutioii des vida^tiies en France. 1907. Paris. Sut les avoués voir encore concile de Mayence, SI. 3. 12,50 ; cap. 835 3.
1 Le jjremier devoir des prêtres et des clercs séculiers est d'obéir docilement à leur évêque ou à ses représentants, les