‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 33 sur 70 · RÔLE DES CONCILES · texte numérisé non relu

RÔLE DES CONCILES

les archevêques, il est entendu que. deux fois par an, chaque évêque convoquera le synode diocésain afin de trancher les alïaires pendantes et de veiller à la pureté de la foi. De fait, lactivité conciliaire est très grande sous le règne de Charles : les synodes d'Aix-la-Chapelle en 802 et les cinq synodes tenus en 813 à Arles, Reims. Mayence. Tours et Chàlons sont particulièrement remarquables '.

Ce mouvement ecclésiastique aboutit naturellement à relever la vie reliçrieuse des fidèles. Les paroisses rurales se multiplient toujours - ; elles s'appuient sur les villae, recouvrent leur petit patrimoine, organisent leurs écoles, leurs matricules (registres des pauvres assistés), leurs confréries ; elles ont leur seigneur, qui les protège et souvent les possède. Comme les communions sont devenues rares, l'Eglise réagit avec vigueur et exhorte les chrétiens à recevoir au moins deux et trois fois 1 an l'Eucharistie. On prêche partout, en latin et même en langue vulgaire. Afin d'attirer le peuple à l'église, on restaure la coutume des chants sacrés : Charles fonde des' écoles spéciales à Metz et à Soissons. Si l'on adoucit la discipline pénitentiaire, la coutume de la confession prend de plus en plus

< Je signale encore les conciles de Dûren, 779 . Aix, 789 ; Francfort, 794 ; Salzbonrg. 779. Voir Hefele Leclercq : t III.

- Pour Scliôfer [Bev. Qut'.st. hist , ocl. 1905. 645 les paroisses rurales datent de l'époque franque. Cf. infra, p. 184 n.

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d'importance. S'il n'y a plus que les péchés publics pour lesquels on impose la pénitence publique, la catégorie de ces péchés saccroit notablement : au meurtre, à l'adultère, à la fornication s'ajoutent le rapt des vierges, l'usure, le parjure, le vol, l'incendie, la magie et l'inceste. Les prêtres, poussés par leurs évêques, })rêchent avec persévérance la pratique des vertus, la guerre à l'avarice, à l'impureté, aux faux serments. Ils visent surtout, comme le veut Gharlemagne, à ce que le plus humble fidèle connaisse, avec le Symbole et le Notre Père^ le fondement de sa foi et puisse s'associer au service divin et aux cérémonies de l'Eglise *.

» L'extension du domaine de l'Eglise, le progrès des défrichements et l'extension du nombre des domaines, le désir qu'a chaque grand propriétaire de faire de sa villa « un organisme ayant ses fonctions, son indépendance, capable au besoin de s'isoler des autres et de se suffire à lui-même », ces trois causes expliquant la multiplication des paroisses : le plus souvent, en effet, le territoire de la paroisse coïncide avec celui de la villa ; parfois, il englobe plusieurs villas ; parfois, il n'embrasse qu'une portion de la villa, et, dans ce cas, la paroisse est souvent une paroisse nouvelle née d'un démembrement de la paroisse ancienne autour d'un oratoire privé. Dès 803 [cap. Missorum, 1 ; Thionville, 17], Gharlemagne s'occupera de limiter la multiplication de ces oratoires, comme ses successeurs la multiplication des paroisses : les évêques y poussaient, car ils participaient aux dîmes paroissiales rendues obligatoires à la fin du viii^ siècle. — Les paroisses ont, tantôt un prêtre en titre, rector ecclesi^, qu'assistent parfois d'autres prêtres ou clercs, tantôt des desservants, qui sont, soit un recteur voisin, soit une communauté voisine moines ou clercs séculiers soumis à la vie canoniale). — Le recteur a pleine juridiction sur sa paroisse, mais il est étroitement subordonné :i l'érêque, et surveillé par les archiprètres-doyens, les archidiacres, les chorévêques : en

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Et il n'v a pas de doute que tous ces efforts, conçus avec justesse, menés d'ensemble, poursuivis avec persévérance, n'aient réparé dans une cer-

recevant ses pouvoirs et son litre, le recteur prête serment d'obéissance à Tévèque ; il se rend chaque année, pendant le carême, au synode de l'évèque. Chaque année, en outre, les doyens réunissent les recteurs de leur circonscription pour prier, et étudier en commun lEcriture : ils les surveillent à tous égards. — Selon toutes les vraisemblances, le recteur est élu par les fidèles de la paroisse parmi les prêtres ou clercs qui y sont attachés, en présence du doyen ou de l'archidiacre : l'élu est publiquement investi ; il est inamovible [cap. 802, 13]. Le recrutement du clergé s'opère sur place par l'école séminaire que dirige le recteur : nui ne peut être ordonné diacre avant 20 ans, ni prêtre avant 30 [Conc. Francfort 794. 49[. — Outre la dime, souvent très abondante et que désormais la loi ci\"ile impose [Viard, Hist. de la dime... Dijon, 1909. Capit. 7T9 et Flach ; Origines anc. France. I. 335, Stutz ; Dus Karol. Zehngehot, 190S, AVeimarj, le clergé paroissial reçoit des offrandes pour les messes, et à propos d un vœu, d'une faute... ainsi que des cens, offerts par les fidèles à l'occasion des baptêmes, des communions, des sépultures, et qui se transformeront peu à peu en impôts véritables La coutume romaine idivision des revenus en 4 partS; l'emporte peu à peu sur la coutume gauloise '3 parts ]. — Les confréries, r/eldoni^, apparaissent à ce moment : ce sont d'abord des sociétés de secours mutuel : elles se transforment en sociétés pieuses (prières, charité, morts

Mais tous ces progrès sont compensés et menacés, parce que les églises libres ont souvent disparu, et que les églises domaniales sont devenues la propriété des grands (supra), leurs patrons, on dit aujourd'hui leurs seigneurs [capit. 8.0,3. Boretius, p. 17SJ. Le droit de propriété des seigneurs sur les églises est officiellement reconnu aux conciles de Francfort et de Salz, 794, 802, par les c>ipitulaires de 802 et de 818 ; leur droit de présentation est confirmé. L'autorisation de l'évèque, la constitution d'un dotalicium sont, du reste, nécessaires à l'érection d'une église ; les clercs, qui toujours doivent être libres, ou affranchis, sont formellement maintenus sous l'autorité de l'évèque ; enfin, on tend à rattacher les églises domaniales aux églises libres (des vici) qui subsistent encore [capit. 806.21 ;

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taine mesure les ruines amoncelées au début du VIII*' siècle et n'aient vraiment ranimé la vie chrétienne parmi les clercs et parmi les foules.

cap. <S01-814. 6. Boretius, p. 227'. L'appropriation des églises par les seigneurs élimine de l'assemblée qui élit l'évc^que la plupart des moines et des clercs ruraux : ainsi se forme le privilège élccto-^al des chapitres, « seuls représentants du clergé contre le laïcisrae » [Imbart de la Tour : op laud, xv. 91-233; Thomas : Le droit de propriété des laïques sur les églises... Paris, 190ti].

Les églises sont conslruiles, soit sur le type romain, soit sur le modèle byzantin : mais les proportions ont perdu toute régularité et toute beauté ; la décoration est complètement stylisée et imitée du bois. La chapelle du palais d'Aix la- Chapelle a été copiée sur Saint-Vital de Ravenne, dont on a perverti les proportions. L'église de Germigny, consacrée en 816 par ïhéodulfe, présente le plan en quatrefeuillo (4 absides : l'une a disparu), comme Saint- Satyre de Milan (8G8- 887) — Charlemagne recommande l'usage de la peinture pour orner les murs des basiliques et commémorer l'histoire passée (mais il proscrit les allégories et héros païens : la Terre, Orphée). Car il surveille les monuments. (Les peintures de la chapelle d'Iugelheim sont connues par Krmold le Noir; sur les peintures de FuUla, voir Bruun. Sur les fresques do Saint-Vincent du Vulturne, voir infra\.

La liturgie célébrée dans ces églises est de plus en plus la liturgie romaine : Charlemagne y tient la main ladmonitio (jencralis de 7s9. 80, 53-54] par l'itilermédiairo d'Alcuin, d'ilélisachar, d'Amalaire II obtient du pape Hadrien, vers 784 791, une copie du sacramentaire romain dit Grégorien, qu'il fait recopier 8(jus la surveillance d'Alcuin, à très grand nombre d'exemplaires [L Delisle, dans les Mémoires de l'Acar/éniie des Inscriptions, t. XXXII, U*^ partie ; éditions Muratori : Liturgia romana refus, t. Il et Pamelius ; Litnrg. lut H. 209 ; voir IMshop: Book of Cem., p. 237|. On le compléta ; et on conserva do la liturgie gallicane co qui parut bon. [Uaumer, dans Vhist. lahrb. 1894. 241 ; Bishop dans la Dublin Revieiç, 1895. 245 et Jouvyial of thenl. st^idics, 1903.411]. ,\lcuin avait rédigé un Socramentaire, non officiel, pour tous les jours de la semaine, à Tours, d'après un vieux sacramentaire de Tours aujourd'hui perdu JPL. 101. 445] et d'après des livres espagnols reproduisant

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