LA LÉGISLATION FR.A.MJUE
timent du clergé et du pape : les notaires sont également des ecclésiastiques: et les assemblées générales du printemps et de l'automne, qui constituent, avec le Palais, le gouvernement central du royaume, ressemblent fort à des synodes. Les conseillers intimes du roi enfin, les Alcuin. les Adalhard ou les Angilbert. les Hélisachar et les Hilduin sont presque tous des évéques, des clercs ou des moines *.
Sa législation sinspire avant tout des idées de religion, de justice et de fraternité. « Il rend les dîmes obligatoires, sanctionne les empêchements canoniques du mariage, prescrit d'observer les jeûnes des Quatre-Temps » et impose le repos du dimanche. Il respecte la personnalité des peuples qu'il a soumis : autant il déploie de vigueur à les dompter, autant il met de douceur à gouverner ceux qui ne se révoltent pas. Il laisse subsister leur langue et leur droit : il leur passe leurs particularités nationales, du moment qu'ils se conforment aux principes généraux de la civilisation qu'il représente. Il reconnaît à l'assemblée du printemps une indépendance limitée, mais réelle : consultée sur les actes importants du gouvernement et saisie de toutes les cpiestions qui intéressent le rovaume. elle émet des avis avec une
' Voir FusteldeCoulanges: Les transformations de la royauté pendant l'èpogue caro/ingienne. Paris, 1^92: Waitz, Dahn. KleÏQc'ausz et Kurth
liberté complète et amende les projets qiii lui sont soumis. 11 n'exige le service personnel que de ceux qui sont assez riches pour s'équiper à leurs frais. Il dispense la masse des hommes libres de l'accablante obligation d'assister à toutes les assemblées judiciaires et donne des garanties au justiciable en le plaçant en pi'ésence de vrcds magistrats. Les échevins. Conscient du prix de la vie humaine, il n'hésite pas à proscrire d'ime manière absolue le port des armes dans les réunions publiques et il enseigne : non occldatur homo nisi lege jiiLente. Il diminue l'importance des ordalies, favorise la preuve par témoins et les jugements arbitraux- 11 prohibe l'exportation des grains en cas de disette, fixe un prix maximum pour le blé, paralyse le commerce des pelleteries et des étoiï'es de luxe et interdit à l'égal de l'usure toute espèce de prêt à intérêt. Il interdit également de vendre un esclave au delà de la marche où il habite et prohibe le scandaleux commerce qui s'en fait encore. Quant aux pauvres, il oblige cliiique l^énéticiaire à entretenir tous ceux qui habitent sur son domaine et il complète cette mesure en interdisant le vagabondage *.
' Sur l'esprit chrétien de ce gouvernement, lire ce Discours d^iiii m issus :
Ecoutez, très cliers frères, l'avertissement que vous adresse par notre bouche, notre seigneur, l'empereur Charles. Nous sommes envoyés ici pour votre salut éternel et nous avons charge de vous avertir que vous viviez vertueusement selon la
l'action sociale franque 199
Mais les devoirs du lieutenant de Dieu ne s'arrêtent pas là : il doit tout faire pour civiliser ses sujets et les rendre dignes de leiu? nom chrétien.
loi du siècle. >"ods vcus faisons savoir daljord que vous devez croire en un seul Dieu, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, vraie trinilé et nnité tout ensemble, créateur de toutes choses, en qui est notre salut... croyez au Fils de Dieu fait homme pour sauver le monde .. Croyez qu'il viendra juger un jour les vivants et les morts et rendra à chacun selon ses œuvres. Croyez qu'il n'y a qu'une Eglise, qui est l'association de tous les hommes pieu:x par toute la terre, et que ceux-là seuls sont sauvés q ui persévèrent jusqu'à la fin dans la foi et communion de cette Eglise... Aimez Dieu de tout votrecœur. Aimez vos proches comme vous-mêmes; faites laumône aux pauvres suivant vos moyen?. Recevez les voyageurs dans vos maisons, visitez les malades, ayez pitié des prisonniers. Remettez vous vos de! Les les uns aux autres, comme vous voulez que Dieu vous remette vos péchés. Rachetez les captifs, donnez aide aux opprimés, défendez les veuves et les orphelins. Fuyez l'ivresse et les longs repas La haine et Fenvie éloignent du royaume de Dieu... Que les femmes soient soumises a leurs maria Que les maris n'adressent jamais à leurs femmes de parules injurieuses Que les fils respecten'. leurs parents,, et que, parvenus à 1 âge d'homme, ils prennent femmes en légitime mariage, s'ils n'aiment mieux se consacrera Dieu. Que les clercs obéissent à leur évèque. Que les moines observent fidèlement leur règle. Que les ducs, comtes, et autres fonctionnaires publics rendent la justice au peuple et soient miséricordieux envers les pauvres ; que Fargent ne les détourne pas de l'équité. Rien n'est caché à Dieu. La vie est courte et le moment de la mort est inconnu. Soyons toujours prêts. « [Borelius : p. 238; FusteL: T/-a'/2.s/'o-/-mfl(io// .s 567. Comparer le procès-verbal de Fassemblée d'Istrie, dans 'VN'aitz ; IIF^. 1S*3, 4SS et Kurth : op. latii. n, 232, cf. Qhr : Der Rarolingische Gcttessluat... 1902, Leipzig; Lilienfein : Die Anschauungen von Staat und Kirche im Reiche der Karolinger, 1902. Heidelberg '\'oir aussi Kurth. K, 222 224 : 238-246. — Sur les esclaves et les pau^-res, A'oirles Cap. XX. 18, XXVIII. 4, XLIV. q. i8 iLlV.l et l allemand : Histoire de la cJiarité, tome II, 1903, p. 145-187, Marcel Fournier : Essai sur les formes de V aff^ranchissfnient dans le droit gallo-f) anc. 1S85. Vers 795, un prêtre milanais, Datheus, ouvre
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Cliarlema«;'ne conseille à Baugiilfe, abbé de Fulda, de « cultiver les lettres avec une humilité agréable « à Dieu. » Il édicté cette loi, « que tout père de <' famille devra envoyer son fils à l'école et l'y laisser « jusqu'à ce qu'il soit bien instruit. » Son conseiller l'évèque d'Orléans, Théodulfe, écrit : « Que les <( prêtres des bourgs et des villages tiennent des « écoles. Et si un fidèle veut leur confier ses en- (( l'ants pour leur apprendre les lettres, qu'il ne re- « fuse pas de les accueillir et de les enseigner..., se « souvenant de cette parole divine : « Ceux qui au- (( ront été enseignés brilleront comme la splendeur « du firmament et ceux qui en auront instruit pluu sieurs dans les voies de la justice resplendiront
un hospice pour recueillir les enfants abandonnés [Muratori : Antiq. It. III, 537] Un cap de 789 isole les lépreux [Boretius. ♦3i]. Je rappelle que le quart de la dime va aux pauvres. — Sur les ordalies jugements de Dieu introduits par les Germains, et qui se retrouvent chez beaucou;» de peuples sauvages , voir Paletta : Le Ordalie... Torino, 1890; Esmein : les 0<-dalies dans V Eglise gallicane au ix^ siècle. [Ecole H Et. Rapport sur les Confér. 1897 189S] et Vacandard : Etudes de critique et d'histoire religieicse, 1905, Paris, p 191.
Sur l'administration économique de Charlema^rne, voir le concile de Francfo.t 794, canon 20 ; les capitulaires de Thionville et de Nimègue,805 et 806, 4 et 7 ; les ca.it. 46 11-17' 20 (17-18), 52 h . L'époque de Charlemagne e>t marquée par une prospérité économique indéniable, les progrès des défrichements et du commerce. Dans celte renaissance de la richesse, les abbayes jouent un rôle prépondérant : ce sont des colonies de travail autant que de prière ; e'.les reçoivent souvent des privilèges commerciaux importants des exemptions de tonUeux, par exemple). Voir Imbart delà Tour: Des immunités commerciales accordées aux églises du vue au \x^ siècles (Mélanges Monod .
LA RESTAURATION IMPÉRIALE 20 i
(' comme des étoiles dans toute réternité. )^ Daniel. 12, 3. . Au-dessus des écoles ordinaires se forment certains centres d'études supérieures : c'est Orléans où enseigne Théodulfe, Lyon que dirigent Leidrade et Agobard. Salzbovu^g où brille Arn, Liège. Fulda. S. Riquier. Corbie et d'autres encore. Les savants que Charles attire forment autour de lui une manière d'académie : on y trouve Pierre de Pise et Paul Diacre. Clément. Dumgal et Dicuil. sans parler d'Eginard. d'Angilbert et surtout d'Alcuin. Cliarles s'intéresse à leurs travaux, il partage leur culte pour les Anciens, il provoque une renaissance des lettres et des études * .
De toutes ses énergies conscientes, la chrétienté franque s'eftorce de ressusciter la chrétienté romaine : comment donc n'aurait-elle pas abouti à la restauration officielle de l'empire ? Son évolution intérieure l'y conduit, son expansion extérieure ly invite ; depuis le jour surtout où Rome, le siège de l'empire, est entré dans son sein, il est presque inévitable que l'élève et l'ami d'Alcuin prenne le titre des élèves et amis d'Ambroise. Mais, autant
1 Voir Boretias, I, 79 ; — et supra, p 1S7, n ; Wattenbach- Dïimmler, Molinier, Ebert, Kleinclausz dans l'histoire de France de Lavisse : II, i, 342. — Alcuin et ses amis ont consacré la division des sciences en sept degrés, qui semble dater de Martianus Capella [de nupfii.s Mr^rcurii et Philologix, vers 430, éd Eyssenhardt, 1S66 ; ce sont les sept arti libéraux : grammaire, rhétorique, dialeotique ; arithmétique, géométrie, musique, astronomie, c'est -à dire les neuf disciplines de Varron, moins les deux sciences pratiques, médecine et architecture.
202 LE CHRISTIANISME ET l'oROAMSATION IMPÉRIALE
parait certain le fait de la restaurât i(ni impériale, autant les conditions en sont incertaines. Tout le monde en parle à mots couverts, mais tout le monde hésite. Là-bas, à Byzance, il y a toujours l'empereur, qui tient très fort, naturellement, à sa dignité quasi divine : rien à attendre de lui. (juant au pape, resté fidèle à la vieille Rome, il ne se décide pas à sauter le pas. Depuis le temps où il invoquait contre les Lombards la protection de Pépin un fait très grave s'est produit : le roi des Francs est devenu le roi des Lombards, après que Charlemagne a détrôné Didier. Son pouvoir à Rome s'est étendu de toute la force qu'il acquérait en Italie. Il ne songe plus, dès lors, à accroître le patrimoine de 1 Apôtre : ce serait diminuer le sien. Et, de son côté, le pape a peur d'augmenter le pouvoir déjà formidable de ce patrice des Romains, qui est aussi roi des Lombards en même temps que roi des Francs. Hadrien travaille avec autant de ténacité (|ue de douceur à persuader Charlemagne de ne pas trop se mêler des affaires romaines. Tout se passe amicalement entre eux, mais les remontrances de l'un provoquent souvent les récriminations de l'autre. Comment donc le pape prendrait-il une initiative si favorable à un tuteur déjà trop puissant? Pour mieux s'en garer, on racontait dans son entourage que (Constantin, se retirant à Constantinople, lui avait abandonné tout pouvoir à Iiome et en Occident. De quel droit le
LE NOËL DE l'an 800 203
roi des Francs voudi^ait-il donc liii faire la loi ^ ? La situation locale romaine à la fin du viii'^ siècle
1 La politique de Pépin, qui tend à tenir la balance égale entre le pape et les Lombards y. p. 16ô, n.), a échoué. La noblesse militaire romaine dont le rôle a grandi au cours du vu'' siècle, de par l'urgence du danger lombard et rimpuissance de l'empire à défendre Rome, veut partager, avec le clergé, le droit d'élire le pape, puisqu'aussi bien le pape est le véritable duc de Rome. Le parti militaire, dirigé par le duc Toto, lutte contre le parti clérical, dirigé par le primicier Christophe : mais le roi des Lombards Didier veut profiter de l'occasion pour mettre enfin la main sur Rome 767-771 ; il compte y parvenir en brouillant le pape et les Francs, parmi lesquels la reine Bertrade l'appuie : grâce à elle, il donne en mariage à Charles sa fille Desideria, 770. — Mais Charles renvoie Desideria ; Didier furieux recueille la A^euve et les enfants de Carloman ; Charles écoute alors les doléances du pape dont les Lombards entament fortement le duché, (c e pape, énergique, honnête, capable, s'appelle Hadrien, 772-795 , il descend en Italie et détruit le royaume lombard, 773 776. Entre temps, il e^t venu à Rome, 6 avril 774, et a renouvelé la donation de Kiersy ; ce qui étend notablement les états du pape. Après quoi, il a détrôné Didier, pris le titre de roi des Lombards et changé de politique : il refuse d'accomplir ia promesse de 774 ; d'où incessantes réclamations d'Hadrien qui se rapproche insensiblement de Constantinople. Hadrien espérait la domination de l'Italie, et voici qu'à Rome même Charlemagne agissait en maitre : il prenait au sérieux son titre àe patricius Homanoricm.
La Donation de Constantin a été rédigée vers 774-778 : cet apocryphe prétend que Constantin, quittant l'Italie pour Byzance. a abandonné à Silvestre Rome, l'Italie et l'Occident tout entier I Hinschius : Deere taies pseado-isidorianœ, 1863, p. 249-2.^4. — Voir Bayet : La fausse donation de Constnntin. h\X)Xi, 18?4 ; Duchesne : Lib. Pont. I et Premiers temps de l'état pontifical ; Kleinclausz ; op. laud ; Hartmann : Geschichte Italieyis irn Mittelnlter Gotha 1897-1908 ; A. Werminghoff : Geschichte der Kirchenverfassung Deutschlands im Mittelalter. I, Leipzig, 1905. Sur l'entourage de Charlemagne, et le très vif intérêt qu'il porte à la translation de l'empire en Occident, voir les lettres d'Alcuin, et Kleinclausz: op. laud. 139-201. Au jugement des amis d'Alcuin, l'empire peut être considéré comme vacant, puisqu'une femme l'oecupe, Irène.
20 1 I.E CliniSTIAMSME ET l'oRGAMSATION IMPÉIUALE
fut cause que cet antagonisme naissant s'amortit. Depuis l'arrivée des Lombards et le péril de Rome, un parti militaire s'était naturellement formé qui luttait d'influence avec le clergé et tentait souvent d'imposer son chef à l'église. On l'avait vu en 767 ; on le vit encore à la mort d" Hadrien. Léon III, son successeur, était im petit personnage ; il ne semble pas que ses mérites aient racheté l'humilité de ses origines. Les nobles profitèrent de la situation : le 2v) avril 7ÎI9, Léon fut à moitié assommé l)ar leur chef, le primicier Pascal. Charles dut intervenir ; il vint à Rome ; il rall'ermit le pouvoir chancelant de Léon III; il ne pouvait lui rendre beaucoup de prestige. Le pape y pourvut. Le jour de Noël de l'an 800, comme le roi se relevait après s'être prosterné devant la confession de l'Apôtre, Léon lui mit une couronne sur la tête, et l'assistance prévenue exécuta l'acclamation : .1 (^/tnrles (( Auf/usfc, couronné par Dieu, grand et pacifique « empereur des 7/o77c7//i.9, vie et victoire. >>
L'empire était restauré : la chrétienté d'Occident avait retrouvé la forme politique qui avait abrité l'Eglise naissante. Le pape s'était conféré le droit de faire un empereur : par ce coup hardi, en même temps (pi'il reprenait de l'autorité vis-à-vis de (]harlemagne et vis-à-vis des Romains, il surmontait à son profit l'iintagonisme qui avait tant occu])é lladiien ; il rall'crmissait la grande tradition de Roniface. Si Charlemagne sortait mécontent de la
APRÈS CIIARLEMAOE 20o
basilique. — c'était sans doute par un mariage avecla cour de Byzance qu'il comptait réaliser son rèvQ ' — l'alliance antique des Francs et de l'Eglise n'en était pas moins consolidée et détlnitivement scellée. L'initiative de Léon III couronnait l'initiative d'Etienne II.
L'œuvre organisatrice de Boniface et de Charlemagne, parce qu'elle tendait à christianiser l'Occident en l'incorporant à l'Eglise, avait naturellement abouti à remplacer par l'idée sociale romaine la conception rudimentaire des Germains et des Francs. Mais il s'en fallait de beaucoup que la victoire de l'idée unitaire fût assurée : Charlemagne même n'arriva jamais à se débarrasser des traditions qu'il avait sucées avec le lait. Il partage ses états le (3 février 80<j. comme l'ont fait Clovis et Clotaire ; il considère toujours comme sa propriété le pouvoir dont il est revêtu : l'idée de l'indivisibilité de l'état lui reste étrangère. Quel besoin, penset-il. que des liens politiques unifient la Chrétienté? La charité chrétienne doit suilire à faire réy-ner
1 De 797 à S02. le trône impjrial est occupé par une femme non mariée, l'impératrice Iiène. Sur ces événements, voir Ducliesne et Kleinclausz : np. laud.
206 LE CHRISTIANISME ET l'oRGAMSATION IMPÉRIALE
eatre les princes et leurs peuples la concorde et la paix. — Mais, de ses trois lils. Pépin d'Italie, le second, meurt le 8 juillet 810: l'aîné, Charles, le suit dans la tombe le 4 décembre 811 ; ces morts annulent le partage de 806 ; et Louis, son seul fils survivant, se voit attribuer l'empire tout entier. Si Gharlemagne change de système, c'est que la nécessité l'y contraint.
Il est donc clair que deux politiques se partagent les préférences de l'élite franque ; elles triomphent successivement dans les faits. C'est d'abord à l'unité politique de l'empire, c'est ensuite à la charité fraternelle des rois que cette élite demande tour à tour la garantie de l'unité chrétienne ^
Lorsque Charlemagne meurt en 814, les partisans de l'unité politique font prévaloir leurs idées impériales. Ils se groupent autour de deux hommes : un cousin de Charlemagne. Fénergique Wala, et un savant prélat, Agobard, l'archevêque de Lyon. Mieux que personne, ils comprennent ppie l'unité est essentielle au Christianisme ; aussi n'hésiterontils pas à recourir aux moyens elïicaces afin de l'assurer. Agobard chante les bienfaits de l'unité K « Une seule foi a été enseignée par Dieu, une seule « espérance répandue... dans les cœurs, une seule
2 Liber adv. logera Gundobaldi : 2-14, VL. 104, 113-126, Irad. Kleinclausz : op. laud. 274. Cf. de priviîejio et Jure tacerdotis 2.
AGOBAP.D ET LES UMTAIRES 207
« charité, mie seale volonté.... une seule prière. Il « faut que tous les hommes et toutes les nations... (( disent ensemble au Dieu unique et père de tous : « Pater noster qui es in cœlis... Si Dieu a souiTert « pour qu'il rapprochât dans son sang ceux qui
« étcdent éloignés pour que tous fussent récon-
(' cihés dans le corps de Dieu, est-ce qu'à ce travail (( di^in de l'unité ne s'oppose pas cette incroyable « diversité des lois qui règne partout ... ? Plût au <« Dieu tout-puissant que. sous un seul roi très pieux. « tous les hommes fussent gouvernés par une seule <(. loi. y> Et c'est le même Agobard qui. guidé par son sens cathoKque. n'hésite pas à écrire : « Si la « vérité possédait les esprits des hommes, le monde (( vivrait dans la concorde et la paix, sans qu'il fût « besoin de recteurs et de princes. Mais^ comme il « n'en est rien, il faut veiller avec soin et agir contre « les corrupteurs de la vérité et de la paix par la « langue et par la force \ o.
i Liber apol, 8. P. L 104, 315. Agobard, le plus grand personnage de ce temps, né en Espagne (1 vers 779, mort le 0 juin 840, protégé de Leidrade, devient prêtre en 804, évêque de Lyon en 814. 11 assiste aux conciles d'Attigny, 822. Compiègne 82-3, Paris 825, Lyon 829, Langi-es 8>0 ; il est déposé par les évèques de Louis le Pieux au concile de Thion ville 835, et :e relire en Italie : gracié en 83S, il assiste au concile de Quercy. — La pensée dAgobard est absorbt'e par les problèmes pratiques. De là, ses écrits : Contre la loi gambette et le duel Judiciaire, contrs les ordalies, contre les unirpations des seignevi s (lettre à Matfrid), le de t'ispensationeeccUsiasUcarutn r<rurn ; le de modo regiminis ecclesiaatici, le de fi ei veritate et totius boni institutione, le contra insuham vulgi opinionem dé gran-
1208 LE CIir.ISTIAMSME ET l'oIIGAMSATION IMPÉRIALE
Atrobard et Wala ont la coiiliance de Louis le Pieux. Ils resserrent l'unité politique en 817 : ils décident l'empereur à s'associer son fils aîné, Lothaire, et à lui sul)ordonncr nettement ses autres
dîne et toaitrui, la lettre à Barthélémy de Narbonne sur les sortilèges et les maladies, deux iraitcs contre les Juifs, deux consultations sur les esdaves des juifs qui veulent le baptême, une lettre sur les dangers de la fréquentation des Juifs par les chrétiens. Outre ces traités de morale pratiiiue, signalons : 1. les traités théologiques: contre Vadof/tiani.^me ; contre l'adoration des images ; 2. des écrits liturgiques : de divina psalmodia ; correciione ant ipkonarii ; contra lihros quattuor Amalarci abhatis ; 3. des écrits de polémique historique contre Louis le Débonnaire. — Agobard a vu, non seulement les maux qui menaçaient de son temps l'Kglise et la société, mais encore les remèdes qu'il y fallait appliquer. De là, sa grandeur. — Lire ses œuvres PL. 104 Baluze, 1666 . Voir Ceillier ; Histoire des auteu. s eccl. 2° éd. XIl, 365 et liO'J ; Chevallard : l'Eglise et l'iAaten Fra ceau w^ siècle Agobai-d. Lyon, 1S60. — D'Agobard, rapprocher d'autres saints évoques : Bernard de Vienne, 810-841, Modoinus d'Autun 815-835. Ebert ; Simscn .• ZL^<c^l^•^■i^ c^ér /'ro/)i»i5, I, 393-39:); Fr. Marck : Die poliii.-ck- Kirchliche Wirktamkeit des E. Agobnrds von Lyon. 1888 ; Eichner, dans la Zft. f. ic'.ssentich. Théologie, XU 18'.'8 ; Enge : de Agobardi cum Judxis contentione, i8!^8 ; Kleinclausz : op. laud. 263-274, 315-329.
Wala, Adalhard l'auteur du de ordine palatii, éd Prou , Bernard sont trois fils de Bernard le frère de Pépin le Bref, que (harlemagne a a[ipelés à la cour et associés à son œuvre: Adalhard est comte du palais et abbé de Corbie, où il s'était fait moine ; ^Vala, homme de guerre et diplomate, est surtout employé en Saxe et dans le nord, où il fonde, vers 822, la >'ouvelle ( orbie, Adalhard meurt en 8; 6 et Wala en 836 leur mère était une saxonne . Autour deux se groupent le cliancelier Ilélisachar, l'apocrisiaire llilduin, le comte de Tours Ilug, l'évèque de Vienne Bernard, Malfrid, Ivginard. Voir Kleinclausz : loco citato, W'attenbach, Diimmlcr, Himly : Wala et Louis le débonnaire. Paris, 1849; Arrigo Solmi : Stato e Chiesa secondo gli scrilli puliticida Carlomagn<> fino al concordato di Worms, 300-1122. Modena, 1901.
DÉFAITE DES UMTAIRES 209
fils. Ils n'hésitent même pas à fortifier l'autorité impériale vis-à-vis du pape : le pacte de 824reconnait à l'empereur le droit d'intervenir dans les élections pontificales. La disgrâce qu'encourent Wala et sa famille ne dure pas longtemps ; en 828, les impérialistes sont plus puissants que jamais, et Wala <i plus aimé et plus fameux que personne \ »
Une femme brise leur crédit. La bavaroise Judith, épousée par l'empereur à la mort d'Hermingarde, exerce sur lui une domination tyrannique : devenue mère d'un fils qui sera Charles le Chauve, elle veut lui assurer une part importante de l'héritage paternel. Dès lors elle entre en lutte contre les Unitaires : elle s'appuie sur ceux qui sont restés fidèles aux traditions germaniques et sur ces idéalistes pour qui la charité fraternelle est une base suffisamment assurée de l'unité chrétienne. A deux reprises, elle
1 En 817, le pape Pascal II avait obtenu la confirmation des donations faites à saint Pierre et la promesse que l'empire ne s ingérerait en rien dans les élections pontificales. Or, en S2-, Wala et ses amis essayent de revenir sur cette promesse ; à la me rt de Pascal, après qu ils ont fait élire Eugène II, pape ami des Francs, ils la reprennent, ils proclament le droit d^ l'empereur à intervenir dan* les élections pontificales; même, ils organisent effectivement l'autoiité de l'empereur dans la ville de Rome L'empereur aura désormais à Piome un raUsu^ permanent ; chaque Romain jurera fidélité à l'empereur ; le pape élu par le peuple ne pourra être consacré avant d'avoir prêté, devant le missus et le peuple, serment de fidélité à l'empereur, 8:;4 [Const. romana. Boretius, p. 323. Voir Duchesne ; Kleinclausz ; Lapôtre : l'Europe et le Saint-Siège à l'époque carolingienne]. [Wala a fait alliance avec le parti noble p^ur mater le parti clérical].
210 LE CIIRISTLAJsISME ET l'oRGAMSATION IMPÉRIALE
fait un coup d'état, à Aix et à Worms ; à deux reprises, Wala reprend l'avantage. Le pape Grégoire IV s'est déclaré pour lui. Comme Louis le Pieux n'inspire plus confiance, il est solennellement déposé à Saint-Médard de Soissons pour avoir troublé « l'unanimité de l'empire et la ti^anquillité « de l'Eglise. » Et Lothaire le remplace au rang suprême .Mais les impérialistes ne sont qu'une élite ; (i-n ne comprend pas la grandeur de leur œuvre ; on leur reproche les humiliations qu'a du subir Louis le Pieux. Judith ressaisit le pouvoir ; Wala meurt exilé, vaincu ; Agobai'd disparaît à son tour et Lothaire, après une nouvelle tentative, finit par se résigner. A la mort de son père, il s'entend avec le tiLs de Judith, Charles, et avec son autre frère, Louis ; l'unité impériale est brisée pour jamais par le traité de Verdun : Louis a les pays germaniques ; Charles., l'Aquitaine, la Francie et les pays occidentaux ; Lothaire les sépare et possède l'Italie et les pays de la ^Moselle, Aix-la-Chapelle et Rome*.
'. l'ourle détail de c«^s faits, je renvoie aux hisloires politiques: Fustel deCoulangt^s: Les transformations de la voyaut'^.. Iijy2, p. 6i6, pq. : Simson et Kleinclausz. — Le mariage de Judith est de 819, la naissance de Charles le Cliauve du 13 juin 823 ; à Aix, en février 828. Judith fait disgracier Hug et Malfrid qui ne veulent pas qu'on donne rien au petit Charles ; à Worms, aoùt8:;9, elle fait donner à celui-ci l'Alémanie, la Uhétie, l'Alsace. En mai 830, Wala et son parti oltligent Louis à dépouiller Charles et à enfermer Judith à Poitiers vCompiêgne . Judith graciée à Nimègue, octohre 830, fait partager l'emp rn à Aix, féNT?ier 831 D'où la révolte de 832; abandonné au Rothfeld, 24 juin 833, Louis est déposé à Saint Médard de Soissons, Tocto-