‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 39 sur 70 · LA CONQUÊTE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LA CONQUÊTE CHRÉTIENNE

Saxe a ouvert la route vers le nord. Ebbon s'olFre à remplir le double poste d'ambassadeur impérial et de missionnaire chrétien dans le Danemark : le

il a donné une mission de réforme générale à Benoît d'Aniane [Hauck. II, 535] pour que tous les moines suivissent la même règle. D'où le décret d'Aix du 8 juillet 817 qui impose à tous la règle bénédictine, et particulièrement le travail manuel, et les pratiques ascétiques. Louis le Pieux et saint Benoit d'Aniane ne veulent pas, comme Charlemagne le voulait, que les cloîtres deviennent des foyers de science [c. 45. utschola in monasterio non habeatur, nisi eorirm qui oblali siint]. Les moines résistèrent, mais se soumirent. D'autant que la mort de saint Benoit n'interrompit pas le grand œuvre: la règle bénédictine remplaça, même à Saint-Denis, la règ'e canoniale ; l'ascétisme fut remis en honneur. — Mais la coutume survit de donner des abbayes à des laïques [Capit. 150. 10 ; 169; vita Walœ. II, 4]. Les monastères les plus importants sont Corvey [la nouvelle Corbie en Saxe, Fulda, Reichnau jEauck. II, 535-554], Fleury, Ferrières, Corbie, Stavelot, Saint Claude, Novalaise, Tei^ernse. Les monastères sont partagés en 3 classes, selon qu'ils aident l'empereur de leurs prières, de leurs prières et de leur argent, de leurs prières, de leur argent et de leurs soldats Hefele-Delarc. V, 21S- 223]. Voir Albers : consuetudines monasticse, 3 vol parus en 1907. Mont-Cassin. — Sur Jonas, évêque d'Orléans, 818-843, voir Amelung : Leben und Schrifttn des Bisch. J. von 0. Dresde,

L'œuvre liturgique d'Alcuin est continuée par son disciple Amalaire de Trêves (lequel est identique à Amalaire de Metz , évêque de Trêves en 811, mort peu après 850. 11 a composé un Antiphonaire (perdu), où il combinait lantiphonaire romain et l'antiphonaire de Metz ; un de ordine antiphonarii où il justifie l'ouvrage précédent ; un de officiis eccîesiastîcis (823) ; des EclogcË de officie missse. Esprit curieux, doué de quelque critique, il a achevé la combinaison de la lilurgie romaine et de la liturgie ga'licane d'où procède le rit romain actuel). — Amalaire a été très combattu par Agobard. dent il avait administré le diocèse vers 834, lors d'une réaction anti-unitaire, et qui le fit condamner au concile de Kiersy, 838. En 834, Amalaire avait voulu introduire à Lyon son antiphonaire; mais le diacre Florus avait violemment résisté ; Agobard

214 LE CHRISTIANISME ET L'ofiGAMSATION IMPÉRIALE

pape Pascal P' lui a donné pleins pouvoirs. 11 prêche et baptise sans dit'iiculté, et le roi Harald recherche la protection de Louis le Pieux. Poui'tant quatre années s'écoulent, lïarald est chassé du pays ; Ebbon, découragé par l'insigniliance des ré-

approuva Florus et écrivit à ce propos le de divina psalmodia . le de correctione andphonarii, le contra libros IV Amalarii. Agobard reproche à Amalairo son symbolisme radical (iiii voit des symboles partout ; il veut bannir de la liturgie tout ce qui n'est pas texte de l'Ecriture. Voir les articles Agubard et Amalaire de Debroise, dans Cabrol. — On peut attribuer à cette époque, outre le Pénitentiel de ILiUlyaive de Cambrai le pénitentiel de pseudo Théodore 'vers 830-847 Voir von IlOrmann, dans les Mrlayiges Fiiting. II, 1908, p. 3. — L'influence bénédictine unilormise alors les usages relatifs à la récitation de l'office : aux psaumes et autres cantiques bibliques commencent de s'ajouter les psaumes Dhuoda, femme de Bernard, duc de Septimanie a ri'digé en 842, pour son fils, un manuel de piété PL. 116, 109 ou Bondurand, Paris, 18S7. Voir Becker. Ztft f. ^oman. Philologie, XXI, 73. - Vers 835, la fête de la Toussaint a été introduite on Gaule [Kellner-.Mercati : A7i)io Eccl. 354].

Les traditions artistiques sont encore vivantes. Les miniatures d-^s manuscrits de ce temps (qui commencent à être nombreux révèlent « un extraordinaire élan vers un iJéal renouvelé, non seulement de luxe et de splendeur, mais encore de noblesse et de style... Toute une révolution s'accomplit dans l'art de décorer les livres Les fonds pourprés..., la gouache avec ses modèles et ses finesses... se généralisent » ; on veut rivaliser avec Byzance. Diverses écoles acquièrent une individualité nette [rhénane ; palatine Evangiles du Schatzkammer do Vienne, et du dôme d Aix ; trévire Ev. d'Ada, et de saint Médard de Soissons) ; Loire ,B. Nat. lat. 93S0 ; Tours où Alcuin opère une réforme calligraphique; sobriété, élégance logique de l'orne, mentalion ; hible de Bamberg, les Evangiles de Lothaire (B.N. lat. 266 et Bible de Chatoies le Chauve, vers 850 ; Reims (réalisme : Psautier d'Utrecht ; franco-saxonne. — De saint Vincent du Vullurne, il reste une crypte couverte de fresques exécutées en 826-843, d'un dessin hardi et d'un fin modèle. [Le Prieur et Bertaux dans A. Michel : Histoire de l'art. I. 1. 328 383

SAINT ANSCHATRE

sultats qu'il obtient, retourne dans son diocèse. Mais un jeune moine de la Nouvelle CorLie brigue sa succession : c'est Anschaire, qui a vingt-cinq ans à peine. Il fonde à Haddebve, au sud de la Schlei. une école pour les enfants qu'il a rachetés et dont il veut faire ses collaborateurs. Chassé comme Ebbon, il ne renonce pas comme lui ; il pousse jusqu'en Suède, convertit Hérigar. le conseiller du roi, et prêche l'Evangile juscpien 831. Il revient alors au sud : le pape et l'empereur fondent pour lui l'archevêché de Hambourg : l'empereur lui donne l'abbaye de Turholt entre Bruges et Ypres) pour qu'elle lui serve de refuge dans les temps de détresse ] le pape le nomme^en même temps qu'Ebbon. légat pontifical dans les contrées du Nord. Ebbon fait continuer la conquête suédoise par son neveu Gauzbert, qu'il ordonne sous le nom de Simon : et Anschaire rayonne en tous sens autour de Hambourg, y construit une cathédrale, un monastère, une bibliothèque ; il en fait la place d'armes du Christianisme dans ces lointains pays ' .

< Ebbon (775-20 mars 8d1\ frère de lait et secrétaire de Louis le Pieux en Aquitaine ; archevêque de Reims en 816, part en mission dans le nord, en compagnie de Halitgaire évoque de Cambrai, de l'aveu du pape Pascal en 822 ; Harald est baptisé à Ingelheim en 820. Eu 829, au concile de Paris, en 833 à Compiègne,E. se range parmi les chefs des unitaires : déposé au con elle de Thionvîlle. 835, il est exilé à Fulda, puis à Fleury. Un moment rétabli par Lolhaire, 840. il est de nouveau disgracié et se retire alor? près de Louis le Germanique qui lui donne Hildesheim. Il a, pour se disculper, rédigé un Apoîogeticum [PL. lit), il ; nouveau texte découvert par Werminghoff: Xeue.:; Ar-

il6 LE CIIIÎISTIAMSME ET L ORGAMSATION IMPÉRL\LE

La science chrétienne marche du même pas que la conquête et la réforme. C'est un élève d'Alcuin qui la représente, et un élève chéri du maître : Alcuin lui a donné le surnom de Maur parce que saint Maur avait été le disciple bien-aimé de saint Benoit. Raban ]\Iaur a donc été formé à Tours par le conseiller de Charlemagne ; puis il a regagné Fulda où il avait commencé ses études enfant, et dont il devient bientôt l'abbé. 11 y attire à son tour Walafried Strabon. Loup de Ferrières, et d'autres, tous destinés à devenir célèbres. L'école de Lyon où enseigne Florus, et qu'anime la science ardente d'Agobard, peut seule balancer l'éclat que jette le grand monastère de Germanie. Mais, un peu partout, à Corbie, à Metz, à Auxerre, à Orléans, on étudie la Bible, saint Augustin et Boèce. Et non seulement la pensée chrétienne s'applique aux questions théologiques et recommence d'agiter la question de la grâce et

chiv. XXV. — Voir la Narratio clevicorum remensium, PL. 116, 17, et Tardif : Hiatoire des sources du droiL canonique, 149 ; Hauclc. II. 6i2]. — Déjà Liudger, sous Charlemagne, a voulu évaugéliser les Scandinaves.

Anschaire né près de Corbie en 801, mort en 895, choisi par ^^ ala pour accompagner llarald, part en mission vers 827, de l'aveu du pape Eugène II ; est sacré archevêque de Hambourg en 831 (c'était une idée de Charlemagne que d'Origer aux confins de son em| ire de puissantes métropoles qui feraient rayonner le Christianisme et la civilisation) ; son diocèse est formé avec des paroisses de Brème et de Verdcn. Anschaire borne son activité au Danemark et au pays de Hambourg ;Hauck II, (517- 623 et von Schubtrt : Ayi^gar. Kiel. 1901. — Sa vie nous est très bien connue, grâce au récit qu'en a fait son disciple Raimbert, PL. 118, 959].

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