LA PENSÉE CHRÉTIENXÉ : RABAN
tâche de définir le mystère eucharistique : elle reprend aussi l'éternel problème des rapports de Tinfini et du fini et recherche si l'individuel existe seul ou s'il y a du général en dehors de l'individuel, et, dans ce cas, quel est le rapport de l'un à l'autre \
1 Rabanus Maurus Magneatius. né vers TS4 à Mayence, mort en S56, prêtre en 814, maître à Fulda sous EigiL après S17], abbé en 822, archevèjue de Mayenne en 847. C'est le plus fameux des élèves d'Alcuin : il est arrivé à Tours après avoir été fait diacre, en 801. Avec le successeur d'Alcuin, Hatto, il a rédigé vers 814 un éloge de la Croix, qui le rendii célèbre, a Son œuvre comprend des traités d'enseignement (grammaire et philosophie), un martyrologe, des commentaires sur l'Ecriture, une encyclopédie de universo), de petits traités de droit canon, divers opuscules de cirr-onstance contre Gottschalk et les fils de Louis le Pieux , enfin des poésies sans grande valeur » Molin^er : Souices, I, 23b . — C'est un compilateur, inférieur peut-être à Isidore de Séville, sûrement inférieur à Bède : son de universo commence à la Trinité, finit par le jardinage et la cuisine. — Lire le texte. PL. 107-112. Voir Ebert II. 137; Waltenbach- Dûmmler I, 256 ; Dûmmler dans les Sitz. Ber. de Berlin 1898, 24 ; Tùrnau : Rabanua Maurus. 1900. Mijnchen et Hauck. II, 152 et 620.
Parmi les nombreux élèves de Raban : Walafridus Strabus, 809-849, qui travaille avec lui à Fulda, 827, devient précepteur de Charles le Chauve, abbé de Reichnau 838, et qui a beaucoup écrit, en vers ^Diimmler : Pietœ latini IL 267 et en prose Expos in IV Evang-lia PL. 113-114; ; — Servatus Lupus, abbé de Ferrières de 840 à 862 ( 'j, qui fréquente beaucoup à la cour de Charles le Chauve, humaniste passionné [Liber de 3 qusestionibus ; Epistolœ : PL. 119; Xeues Archiv, XII, 4ô5 et Giry, Etudes caroZi/i^ienne^, in Mélanges Monod. p. 113 ; — Gottschalk offert à Fulda par son père le comte de Saxe, y est retenu malgré lui par Raban en 829-830. transféré au monastère d'Orbais, mort en 85't ; — Ottfrid de Wissembourg et Ermenrich d'Ellwangen. — Parmi les amis de Raban, Baturich évêque de Ratis- Lonne 817 848 et Fréculphe év. de Lisieux 825 853 qui écrit une histoire universelle. — De tout ce groupe, rapprocher et distinguer Sedulius Scottus, Irlandais qui sait le grec, comme Scot Erigène, et qui e;t lié avec Charles le Chauve: voir Hellmann :
218 LE CHRISTIANISME ET l'oRGAMSATION IMPÉRIALE
La ruine du parti impérialiste atteignit la chrétienté franque : le mouvement qui se dessinait dans la première moitié du ix^ siècle, s'affaiblit tout d'un coup et avorta lamentablement dans les années qui suivirent le partage de Verdun ; alorjs s'effondra le fragile édifice si lal^orieusement restauré par Boniface et Gharlemagne.
En 813 la clirétienté retourne au système de 806 dont les circonstances, autant que les efforts de
Sed. Scottus. Munich., 190o ; FIotus, diacre de LyoQ, le défenseur d'Agobard, mort vers 860 [Opuscula aiversus Amalarium ; Querela de divisione împeiii, 843; de prédestina tione 849; adversus Johannem Scotvm, 852 ; Dûmmler : op. laud. II, 507; PL. il9J ; — Claude, né en Espagne, évoque de Turin depuis 818 enTiron, après aA'^oir été chapelain de Louis le Débonnaire en Aquitaine, mort vers 827 \C0m7n. sur la Genèse 811; sur Ev. saint Matthieu 815 ; sur les Epitres de saint i-*auZ, 816-823, sur ÏTIeptateuque. PL. 104-105. Voir Diimmler, dans les Sitzungsberichte de Berlin, 1895, p. 427, Foss dans Herzog, Hauck et Vernet dans Vacant Mangenot ; Savio ; Antichi vescovi d'Italia. 1, 576].
Sur les controverses de ce temps voir infra, p 187 ; elles ont toutes commencé avant 843. — Seule, la polémique soulevée par Claude de Turin ne s'est pas prolongée après cette date. Claude sup[)nmait radicalement le culte des images, le culte des reliques, le culte de la croix, le culte des saints. Jonas lui a reproché à tort de restaurer l'Arianisme [Boffilo, dans les Atti deila r. nccademia di science di Toiino, tome XXXIlIp. 2801-
Un fait très important se produit alors, selon toutes les vraisemblances : la théorie traditionnelle qui définit le sacrement par l'idée de sir/ne est oubliée; sous l'influence d'Isidore de Séx\\\e voir p. 99, n.), il est défini par l'idée d'action secicie, d'où l'on passe insensiblement à l'idée de théorie mystérieuse imi)osée par l'Eglise : on en vient ainsi û appeler « sacrements » les mystères de la foi. Voir Raban. PL 107, 309, Pascbase PL. 120, 1275, Ratramne PL. 121. 116 ;^Pourrat ; Théolocjie sacramentaire. 3^ éd. 1908, p. 33).
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Wala. d'Agobard et d'Ebbon. l'ont éloignée tout dabord. L'unité impériale est affirmée comme autrefois ; mais elle n'a plus d'autre principe ni d'autre garant que la charité fraternelle qui lie les chrétiens entre eux. Les évéques les invitent tous, puissants et pauvres^ à s'amender et à s'unir: ils s'adressent en particulier aux rois et leur demandent de revenir à cette paix fraternelle qui est commandée par la nature et la religion : enfin, rassemblés en synodes à Coulaines. àXhionville. à Ver, ils montrent leur volonté de maintenir la chrétienté impériale en remplaçant par le lien religieux le lien poHtique disparu. A Thionville notamment, les évêques reprochent aux rois d'avoir affligé et brisé cette Eglise que leurs prédécesseurs ont unie avec tant de peine : ils les exhortent à pratiquer la charité. « cette charité que l'Apôtre enseigna d'un « cœur pur, d'une honnête conscience et d'une foi « sincère...: il faut, ajoutait Drogon de Metz, que « vous renonciez aux machinations secrètes, que « vous ne cherchiez pas à vous nuire et que vous « vous secouriez les uns les autres. Au peuple cjui (( vous est confié, donnez cette paix sans laquelle « personne ne verra Dieu » . Et les rois se laissent persuader : ils s'engagent à ne jamais violer « les c< droits de la charité et de la fraternité » ; sans s'attaquer jamais, ils s'honoreront et se soutiendront mutuellement et régleront leurs affaires communes dans de grandes assemblées. Leur bonne entente
2'20 LE ciirvisTiAMs:\iE et l'otigamsation nirÉniALE
sera imitée par le peuple cpii formera, lui aussi, des associations fraternelles cliaro'ées de conseiller et d'aider le roi, afin de faire rég-ner la justice et la sécurité ; les fidèles qui les composent placent à leur tète des missi (lofuinici, vrais officiers de concorde et de paix '.
' Sur ce système social et politique, dont l'idée morale et religieuse veut être le seul ap;^ui, voir Faugeron : de fraternit'ite seu conlofjuiis inter filios et nepotes IHudovici pii, 842-884 Rennes, 1868 ; Emile Bourgeois: Le Capitulaire de Kiersy-sur- Oise. Paris, 1885 ; Kleinclausz, p. 343,351. « Voir dans Krause : Cap. p. 253, 112, 382 les actes .. des synodes réunis à Coukiines près du Mans... nov, 843, à Thionville en oct. 844, à Ver au mois de décembre de la même année. La communauté des inlérèts de lEglise avec ceux de l'Etat est dès lors constamment affirmée. » Voir aussi Ann. Berlin, a 844 ; Ann. Fttlda. a. 847 : An7i. Xanten. a. 850; le procès-verbal de l'assemblée de Meersen, fév. 847 .Krause, p. 89); les lettres d'Hadrien li à llinkmar et à Charles le Chauve, PL. 122, 12-J5, 1298 ; le serment prêté par Louis le Germanique à Coblence, 8("0 (Krause, p. 154 . Les pactes de fraternité conclus parles rois sont garantis par les seigneurs: ainsi, pacte de Tuesey (Aiin. Fulda, 864^ ; ils sont fortifiés par d'autres pactes analogues conclus entre rois, évoques et abbés i^Krause, p. 299, 185..,).
La concorde ré;.nant à l'intérieur de la chrétienté, celle-ci reprendra naturellement son œuvre conquérante ; ainsi pense Audradf Modicu-, chorévêque de Sens, auteur du Liber revelationum, écrit vers 843, PL. 115, 23-30.
L'influence de saint Augustin [Cité de Dieu^, montrant clans le péché, la source du uial social, a conlr.I)ué à faire naître ces théories. — Elle.^ aboutissent facilement à la suppression de la royauté (voir déjà le df institutione regia de Jouas d'Oi'léans) et au régime des instiiulions de paix (voir infra, p. 316) : les vrais chefs de celte société unanime, ce sont les prêtres ; les rois sont et doivent être leurs dociles instruments. D'où toute une littérature : le traité de Jonas, la T'/a j-egia de Smaragdc, le de rectoribus c/tri.sdayi's de Sedulius Scottus (vers 857 , le de régis 2icrsona d'IIinkmar. [Noter les fonctions judicaires et policières du curé : Cap. missorum 857. 8; et le cap. Karolomanni de 884
IIINK^IAR 22 1
Les devoirs politiques se définissent donc par les devoirs moraux : respecter les droits d'autrui. oublier les injures reçues, voilà l'obligation commune aux fidèles et au roi. L'Eglise chrétienne, gardienne de la morale, devient par là même la grande influence politique en même temps que la papauté, qui en est la tête, de\ient la suprême puissance sociale. Archevêque de Reims, l'un des premiers primats des Gaules, comme il s'intitule lui-même, ardent, passionné pour la défense de ses idées 'et le prestige de son église, Hinkmar a personnifie à merveille l'épiscopat de ce temps ». « Les évêques, « dit-il, sont les égaux et les conseillers du roi ; (( bien plus, ils leur sont supérieurs, puisqu'ils les (( sacrent ; ils ont le pouvoir de les déposer, puisce qu'ils ont le privilège de les oindre. Un vieux « proverbe le dit : « Tu seras roi si tu fais bien ; si « tu ne fais pas bien, tu ne seras pas roi '. » Ce sont
Boretius. p. 292 et 273J et celles de l'évêque [cap. 876. i2 ; S57; 3. 8, et. déjà 782-36, 6 ; cf. les causée synodales, d'après Réginorij. 1 Hinkmar « né vers 806, élevé à Saint-Denis sous Tabbé Hilduin, travaille en 829 à la réforme du monastère. Xe prend part aux affaires publiques qu'à dater de 843, remplace Ebbon à Reims en 845 », meurt en 882. « On ne peut lui refuser beaucoup de clairvoyance et une grande énergie, mais il ne fut exempt ni d'acrimonie, ni de passion. * — On lui doit : 1. un traité théologique contre Gottscbalk, le de prœiestinaiio7ie Dei et libero arbitrio; 2. quatre ouvrages de politique : le de régis persona et regio ministerio écrit à la demande de Charles le Chauve), lad proceres regni pro institutione Karlomani i^egis {SS2), le de divortio Lotharii régis, le de ordins palatii (rédigé eu partie d'après un traité perdu d'Adalard : voir Waitz : III, 412) r 3. des livres d'histoire [vita Remigi', suite des Annales de
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les mêmes idées que proclame avec plus de vigueur encore Nicolas P*'.
La papauté romaine sort avec Nicolas I*^'' du rôle secondaire où^ malgré les elforts d'Hadrien, l'a reléguée Cliarlemagne, où l'a maintenue Wala. « Dépouillant la mansuétude apostolique, Nicolasadresse aux rois des lettres pleines de malédictions terribles, inouïes, et telles que le saint siège n'en avait jamais écrit » : c'est un auti*e VAie. ressuscité (( de nos jours à la voix de Dieu ». 11 veille à ce que tous travaillent à instaurer ici-bas le règne du Père Céleste et, d'abord, à ne jamais troubler la paix; il surveille notamment l'œuvre des rois. Car il est le vicaire du Qirist, le chef de l'Eglise et par conséquent de la terre: « dans la maison de Dieu, dit-il, et par « sa grâce, nous avons été constitué prince sur la «terre » : « il se fait l'empereur du monde entier '. »
Prudence de Troycs et des Lettres iri'S pn'cieuses. — Lire le texte PL. 125 et 126 : voir Xoordeii : I/inkmar, KrzbiscJiof von Reims... 1S03. Bonn ; Sclirœrs ; H. E. v. li. Fribourg. 1884 ; Gundiach dans la Ztft. f k. G. X 93, 258 ; le Neues Archiv., XJI, 455 ; XVllI, 303 ; Arrigo Solmi : op. latid. ; Ebert, Watlenbacb-Diimmler, Molinier, et les encyclopédies.
« II n'est [)a3 le moins du monde un théoricien... : récrit n'est pour lui qu'une des formes de l'action .. 11 était fait pour agir, pour gouverner, et partant pour lulter. » Voir un résumé de ses théories politiques dans Kleinclausz : op. laud. 374, ou dans Fournier : Uinnnar arc/ievèqne de Reims [la Franco chrétienne dans l'histoire 189(3. p. ll'ij : pour lui, les rois dépendent de l'Evangile et de l'Eglitte à un double titre : comme hommes, dans leur vie privée, comme rois, dans leur gouvernement.
' Nicolas !<='■, pape de 858 à 807 est un Romain, le fils du défen-
MCOLAS I^^ 223
Au ciel, le système de la charité fraternelle suffit, sans doute, à maintenir Tordre. Mais les Francs du ix^ siècle ne sont pas des anges, et Charlemagne
seur Théodore : il a été poussé à la tiare par le parti qui soutient l'empire et que dirigent l'évèque d'Orta. Arsenius, et ses deux fils, Anastase le bibliothécaire et Eleuthère. Mcolas créera pour Arsène la charge d'apocrisiaire du S. Siège 'a sorte de ministère d'état », qui aura disparu à la fin du ix^ siècle, de par l'amoindrissement de l'autorité impéricde sur Rome . Arsène est fameux par son faste et sa cupidité ; son fils Eleuthère enlèvera, puis assassinera la fille que le pape Hadrien II 867-872) a eue avant son entrée dans le clergé. La nièce du pape rsicolas est épousée par un noble ruiné, Sergius, qui l'ËLbandonne ensuite. Nicolas lui a aussi donné, d'abord, le titre de maitre de la milice. — Entouré de gredins, Nicolas I^^" fut un modèle de vertu : « il alliait la douceur et la charité à l'énergie et à la fermeté ». Lors de l'inondation du Tibre du 30 octobre 858, il s'appliqua à soulager la mi sère du peuple et ouA-rit un hospice près de Sainte- Marie; il fit porter à domicile les secours donnés aux aveugles, boiteux et paralytiques. Sur Ni(3olas l^^", voir ses lettres-. PL. 119 (et, pour celles qui. perdues, sont résumées dans les ehroniques, Jaffé 20 IS, 2019, 2025, etc ; sa vie, par Anastase, dans ie LP. éd. Duchesne. II, p. 151-172; les Ann. Bevtin etc... Voir aussi Hauck : n, 491 ; Jules Roy : Saint Nicolas I. Paris. 1S99 : Duchesne : Les premiers temps de l'état pontifical, 1898 ; Lapôtre : De Anastasio bibliothecario. 1885, Parisiis ; Greinacher : Die Anschauungen des Papstes Xikolaus ùber das Verhaltniss von Staat und Kirche, 1909, Berlin.
Il est certain qu'Anastase, le secrétaire du pape, a connu et utilisé les fausses décr étales: il est aussi certain que Linfiuence de cet apocryphe sur le développement de la primauté romaine a été très faible : les progrès qu'elle accomplit à ce moment tiennent à la tradition chrétienne et à l'anarchie où se débat la chrétienté à la fin du ix^ siècle. Tournier, dans la Revue d'histoire Ecoles. 1907, p. 19\ Sur la primauté romaine en général, voir la lettre de Nicolas^ à Photius, PL. 119, 735 cf. 813 et 1H9). — Sur la théorie de Mcolas touchant les rapports de rEgÙse et de l'Etat, voir la lettre 86, PL. 119, 960 ,où il reconnaît à l'Etat quelque autonomie), et les lettres où il affirme l'absolue indépendance de la papauté par rapport à
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n'est plus là, tenant sa lourde épée. Au dehors, au dedans de chacun des trois royaumes, le droit est foulé aux pieds, le désir de la vengeance enflamme ceux qui ont souffert. Deux ans après la paix de Verdun, le duc d'Arles Fulcrade se révolte en Provence, tandis qu'un certain Giselbert enlève une fille de Lothaire. Les Aquitains se rebellent à leur tour. C'est de toute part, chez tous les seigneurs, une soif de vol, une maladie d'avidité ; l'anarchie se déchaîne et bouleverse la chrétienté. La mort de Lothaire en précipite les progrès ; son passé faisait de lui, malgré qu'il en eût. un champion de l'unité impériale et chrétienne : il avait pardonné à Charles le Chauve, il lavait reconcilié avec Louis le Germanif[ue, il avait multiplié les grandes assemblées
l'empire, PL. 119, 795, où il affirme la subordination des Etats, PL. 119, 815, 882, 914, 942. leur interdisant autant que possible la guerre PL. 119, 998 ; 924 : 1118, 964, leur enjoignant de protéger l'Eglise, PL. 119,817, 836 (842). La paix, la protection de l'Eglise, ce sont, pense Nicolas, les deux obligations soci-des que l'Evangile impose aux rois — Et naturellement, ils sont soumis, comme les autres hommes, aux commandements de la morale individuelle évangélique PL. 119,1115-1116. Sur l'affaire Waldrade, voir infra).
Anastase, filsd'.Vrsène et secrétaire de Nicolas I, est aussi cultivé et adroit que dépourvu de scrupules. Prêtre de Saint-Marcel, il abandonne son église et il est de ce chef fra [)é d'anatbème, 19 juin 853. En juillet 855, daccord avec l'empereur et avec Arstne, il renverse le pape Irgitime Benoit 111 et veut se faire nommer à sa place ; mais les Romains résistent, délivrent le p.ipe : Anastase est dégradé. .Nicolas U'- le gracie et le nomme bibliothécaire 85^. il joue un grand rôle encore sous Hadrien II, 867-872 (affaires d'Orient, et meurt vers 878-880. Il a traduit en latin beaucoup de livres grecs. Voir Lapôtre : de Anasta'io bibliothecario, Paris, 1885
PROGRÈS DE l'anarchie 225
OÙ s'échangeaient les serments de fraternité mutuelle. L'unité, à sa mort, se fragmente de plus en plus ; ses états forment les trois royaumes distincts d'Italie, de Provence et de Lorraine ; ceux de ses frères s'éparpillent insensiblement en groupes locaux, serrés dans chaque pays autour du seigneur le plus puissant ; c'est la France, la Xeustrie. la Bretagne. l'Aquitaine, la Gascogne, la Navarre, la Gothie, la Bourgogne, la Franconie, l'Alamanie, la Bavière, la Saxe ; sur les ruines de l'empire brisé, c'est une poussière de principautés qui se jalousent, se surveillent, se mangent les unes les autres. L'autorité royale s'effondre, déchirée par les seigneurs : à la place du roi. c'est eux qui mettent désormais la main sur les évêchés. Et l'unité religieuse souffre de cette disparition de l'unité politique ; comme l'empereur se résigne à n'être plus que le roi d'Italie, le pape semble abdiquer cette magistrature suprême que revendiquait Nicolas : Louis II refuse de s'occuper effectivement d'autres pays que les pays italiens au moment où, malgré lui du reste, Jean VIII restreint à la même Italie son action pontificale.
Voici enfin qui met le comble à la désolation de la chrétienté : elle est assaillie de toutes parts par des invasions furibondes : Slaves et Sarrasins l'attaquent au nord et au sud, Hongrois et Normands la ravagent à l'est et à l'ouest. Les Obotrites et les Wilzes franchissent l'Elbe, les Sorbes et les V. 15
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Bohèmes envahissent ki Thuringe. Boleshw de Moravie rejette l'autorité des Francs. — Les Sarrasins infestent la ^léditerranée ; ils se sont emparés de la Sicile et maintenant ils prennent pied en Italie : Louis II les arrête à grand'peine à Bénévent et à Bari. Grégoire l\ ne parvient pas à maîtriser l'embouchure du Til)re, l'armée franque est battue à Gaète et les Inlîdèles détruisent la basilique vénérée du prince des Apôtres : ils emportent même l'autel élevé sur son tombeau ! Il faut que Léon l\ fortifie Saint-Pierre des remparts de la cité Léonine et (jue Jean VIII s'improvise amiral ! — Pendant ce temps, d'autres pirates venus du Nord remontent les larges vallées de la Germanie, de la Gaule et de l'Espagne ; ils saccagent la Frise, brûlent Jumièges. Rouen et Saint-Denis, viennent à bout de Robert le Fort qui leur tient tête un moment entre la Seine et la Loire ; les vallées et les cotes, ils mettent tout à feu et à sang. — Fnlhi, et Y^ouv mettre le comble au deuil universel, les Hongrois approchent par la vallée du Danube ; leurs escadrons pillards commencent de porter la terreur en Italie et en Germanie'.
1 C'est en 855 qu'est mort Lolhaire !«' : à Meersen, 847 et 85i, ?i Valenciennes 853, à Lif'ge854 il avait tenu quelques grandes assemblées afin d'affermir la concorde Lorsque Louis le Germanique avait traîtreusement soutenu les Aquitains révoltés contre son frère Charles le Chauve, Lolhaire avait soutenu Charles, 85i. Noter que, en 843-844, d'accord avec le pape Serge, Lolhaire avait essayé de se subordonner ses deux frères de