‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 4 sur 70 · L'ÉPOQUE MÉDITERRANÉENNE · texte numérisé non relu

L'ÉPOQUE MÉDITERRANÉENNE

fsUITE

LA CHRETIENTE EUAXOUE

Le lo novembre 753, le pape Etienne II quitte r Italie pour aller demander aux Erancs le secours que lui refuse l'enq^jereur : il s'agit de préserver des atteintes des Lombards, Rome, le siège de l'Apôtre. Sa démarche symbolise la révolution qui s'est accomplie durant la précédente période ; après l'Orient, c'est l'Occident que F Evangile éclaire de sa lumière et que l'Egiise enfante à la vie : à la chrétienté romaine la marche à l'ouest du Christianisme fait succéder In chrétienté franque.

La situation géographique, la puissance politique, les traditions catholiques des Erancs ex-

o L liPOQUE MÉDITERRANÉENNE

pliquent comment ce peuple est devenu le peuple impérial appelé à recueillir l'héritage de Rome. La Gaule qu'il maîtrise est le centre naturel de ce monde que les dédains de l'Orient conduisent à faire ses allaires tout seul : elle jette aux quatre points cardinaux, comme autant de bastions avancés, l'Italie et rr^spagne, TAni^leterre et la Germanie ; c'est elle (pii relie ces quatre pays, elle qui les commande. — D'autant qu'en aucun d'eux, aucun peuple n'est de taille à lutter avec les Francs. Les Wisigoths, aux prises avec les Arabes, sont écrasés à la bataille de Xérès % et les flots de l'Islam viennent battre les pieds des Pyrénées. Les Lombards ont pu vaincre les Italiens: ils n'ont pas su gagner leurs cœurs ; les pires légendes courent sur leur compte ; on les hait j^artout et presque toute la côte leur échappe, et les cerne. Les Anglo-Saxons ont été plus heureux ou plus brutaux ; mais leurs sept royaumes divisent leurs forces et les atfaiblissent. La Germanie ne forme pas une unité politi({ue : elle s'est dépeuplée et elle consume dans des luttes intestines les forces qui lui restent. Les Francs, solidement campés entre la Loire et le Rhin, sont au contraire très redoutables parce (pi'ils se sont fondus avec la population indigène comme les Wisigoths, tout en conservant comme les Loml^ards leur valeur iiruerrière, sans diviser leurs forces au-

LES FP.ANCS

tant que l'ont fait les Anglo-Saxons. Ils les ont enlin concentrées, dans la main du duc des Francs vainqueur à Testry. Pépin IL II se trouve que ce peuple a enil)rassé la foi religieuse de l'empire ; Clovis et ses guerriers se sont faits catholiques. Saint Avit de Vienne a célébré comme un triomphe leur entrée dans l'Eglise ' : Vigile et Pelage invocpient leur assistance contre les Goths et les Lombards et Grégoire le Grand proclame que la royauté franque s'élève au-dessus des autres royautés de toute la grandeur qui sépare un roi d'un homme -.Les nouveaux chefs que les Francs se donnent en choisissant leurs ducs dans la famille de Pépin se sont attiré comme Clovis les bénédictions de Dieu : cette famille descend du pieux évèque de Metz saint Arnoul et de son ami. le légendaire Pépin P'" dont la fille Begga passe pour sainte. Les Francs et leurs chefs apparaissent donc au dé])ut du viH^ siècle comme les soldats naturels de l'Eglise, autrefois romaine. Catholiques, puissants, heureusement établis au cœur de l'Occident, ils sont appelés à ressusciter l'empirer

1 Epist. 46 (41 . Chevalier 19u ; Kurth . Clovis, 18QC, p. 352. La lettre du pope Anastase est apocryphe, Kurlh : Ojj. laud., append. Sur les circonstances du baptême de Clovis, en 496, Aoir Levillain : Le baptême de Clovis, dans la Bibliothèque de VEcolè des Chartes, 1906, 472; cf. infra, p. 30, n.

- Epist. à Childebert II, roi d'Ostrasie et de Burgundie, 595.

• Fiach, Origines de Vancienne France, III, p. 157, sq. ; Sohm, Fronkisches Becht und romisches Rechl [Ztft. Savigny- Stiftung. I, 1880], German. Abth. p. 69-70; Flach : I, 11-12.

10 l'époque méditerranéenne

Par malheur ils en sont peu capables. Un Franc diffère profondément d'un Romain ^ ; la vie chrétienne se développera donc dans d'autres conditions et présentera une autre physionomie à la période franque qu'à la période romaine. L'esprit abstrait des Romains définit la société par l'idée de l'état souverain, de la loi égale i^ourtous ; le citoyen romain est membre de l'empire plutôt que sujet de l'empereur. L'esprit concret des Francs sul)stitue à cette idée un système de relations personnelles d'homme à homme, des contrats : des serments lient les sujets au roi ; des liens analogues de protection et de recommandation forment de tous côtés, entre les hommes libres, des groupes spontanés d'association volontaire : le Franc est le fidèle d'un chef plutôt que le citoyen du royaume ; Charlemagne reconnaît officiellement l'autorité des seigneurs sur leurs vassaux. L'immunité se développe, qui supprime l'autorité des agents du pouvoir central, qui démantèle, par conséquent, l'autorité du roi lui-même sur les grands domaines : l'immuniste devient rapidement un roi véritable exerçant chez lui toute la puissance publique. Il s'ensuit imman-

» Cliaque joui-, pourlant, on découvre une nouvelle preuve des rapports qui unissaient le monde barbare au monde romain, et de l'influence de celui-ci sur celui-là. Voir II. Willers : Neue Untersuchtcnr/eii iiber die rijnxische Broncei i.fustrie von Cnpua und voii Tsiedergermanien, bpsonders au f die Funde aus Deutschland und dem Norden hin. Leipzig et llannover, 1907.

Page 1