RECUL DES 3IŒURS ET DE LA FOI
des mœurs, l'esprit de pénitence défaillent de plus en plus parmi les foules ; la famille se dissoute
' Le scandale de Lotliaire II chassant Theutberge pour épouser Waldrade symbolise exactement laffaiblissement de la moralité publique. Le duel Waldrade-Theutberge a duré 12 ans, >>57- 869 : contre les évèques qui ont trahi et condamné Theutberge se dressent Ilinkraar et Mcolas. Voir Parisot ; Le rcyaume de Lorraine sous les Carolingiens, 1898. Paris, p. 15l, sq. et Hefele-Delarc, V. 433-528. « A en juger d'après les témoignages du temps, le mariage, qui, étant Li base de la famille, est celle aussi delà société paraît fort éloigné de l'idéal chrétien. Trop souvent la vie commune s'ouvre par le rapt et se termine par le divorce; si elle est profanée par l'adultère de la femme, le mari, qui d'ailleurs ne se considère nullement lui-même comme tenu à la fidélité, ne se fait aucun scrupule de venger son honneur en tuant la coupable. L'opinion publique ne marque pas toujours avec netteté la distinction entre les enfants légitimes et les enfants nés hors dn mariage. ; les unions des personnes serviles ne sont pas respectées par les maitres, qui ne craignent pas de séparer arbitrairement les époux. Sur tous ces points la morale chrétienne est tenue en échec par les vices et la barbarie » \Vo\\vr['\ev : Hinkrnar de lieims. op. laud. 103]. — Le pénitent iel de pseudC'The'odore et ceux qui dérivent de lui « permettent un second mariage au mari, du vivant de sa femme, lorsque celle-ci s'est rendue coupable dadultère » Schmitz : Die Bussbvcher und das canonisch^ Bus-iverfahren, II, 1898. Dusseldorf, 119, 133. Même, il autorise la femme adultère ren- A'oyée à se remarier, après avoir fait pénitence, et après deux ans de solitude. Les canones Gregorii, dont il s'inspire, sont plus larges encore. Or, notre pénitentiel a exercé une. très grande influence jusqu'au \\^ siècle en pays franc et en pays anglo-saxon. Vacant 1, 495. — Les traditions germaniques ont contribué à affaiblir le mariage: elles n'admettent pas que le rapt soit une cause d'invalidité Kostler : Die vOterliche Ehebeloilligimg... Stuttgart. 190S. — Cf. déjà les conciles de Compiègne et de Verberie. — >'icolas I^i" a pourtant définitivement fixé la théorie chréiienne du mariage, formé par le consente ment, indissoluble [rescrit aux Bulgares, 866; Brissaud, 21; Roy, 89].
Les grands évèques Régimir de Turin, Hinkmar notamment, luttent pour régénérer la vie religieuse des foules. A l'occasion
238 LE CHRISTIANISME ET l'oRGAMSATïON IMPÉRIALE
La pensée chrétienne ne peut pas développer au milieu de ces circonstances tragiques les promesses qu'elle donnait naguère. Saint Augustin demeure, grâce à Raban, le grand maître et Boèce le grand initiateur des études philosophiques ; mais la doctrine ne progresse plus. Gottschalk enseigne qu'il y a une double prédestination, à la vie pour les uns. pour les autres à la mort ; et Loup de Ferrières, Hatranne de Corbie, les évê(]ues Prudence de Troyes, ^^\^nilon de Sens, Rémi de Lyon défendent sa théorie. Raban l'attaque néanmoins et Ilinkmar la condamne : il tient pour l'universalité de la rédemption. Mais ces discussions ne développent en rien la doctrine du concile d'Orange *.
de Pâques, Hinkraar pousse ses ouailles à la confession et à la communion ; il menace les délinquants des peines les plus sévères. 11 précise la théorie du mariage « union librement contractée entre deux conjoints qui n'appartiennent pas à la même parenté.., il le veut indissoluble... sans admettre les dérogations que la législation des capilulaires avait dû tolérer; ma's. par un tempérament sensé, l'indissolubilité ne commencera pas au jour de la célébration des noces; c'est seulement le mariage consommé qui ne peut être rompu », Inutile de dire qu'il proteste avec énergie contre le rapt et l'inceste [Fournier]. — Sur la théorie de la disj)ense élaborée par Hinkmar à l'occasion des ordinations d'Ebbon, qu'il fait casser, puis ([u'il doit admettre, voir Saltet: Les Réordùiations. p. 126 sq. En revanche, Ilinkmar s'est constitué, contre Agobard : de divinis senlenliis, PL. 104. 354, 6, contre Louis le Pieux, contre le concile de Valence 855, 12, contre les papes, l6 champion des ordalies, de divoitio Lotharii ; elles sont admises de même par les conciles d-^ Mayence. 847, et de Tribur, 895.
^ En 84>^, revenant de Rome. Gottschalk veut gagner à sa doctiine Noting (qui deviendra évèque de Brescia, et qui prévient Raban'. Il est condamné par les conciles de Mayence 848,