‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 46 sur 70 · STAGNATION DE LA PENSÉE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

STAGNATION DE LA PENSÉE CHRETIENNE

De même, si la polémique que provoque Fabbé de Corbie. Paschase-Radbert. en soutenant l'identité du corps historique de Jésus et du corps eucharistique, amène llaban à préciser cette notion d'identité, elle nabuutit pourtant pas à dégager 1 idée des accidents spécifiques ni à élaborer la notion de la transsubstantiation. Loin de s'en approcher, il en est même qui s'en éloignent, avec Ratramne. et considèrent comme purement spirituelle la présence du corps de Jésus dans le sacrement '.

Kiersy, 849. — La controverse se ranime quand Hinkmar y prend part : de là, le concile de Kiersy de 853. celui de Valence 855, ceux de Lanares et de Savonnières, 85'<*, de Toucy, 860 : Vepistola synodalis d'Hinkmar termina la controverse. — Voir Mansi XIV,' 914, XV, 1. 537 ; PL. 112, 1.530* 122, 355 ; 125; 126, 122: Ztft. f. K. G. 1890. 258, et Gaudard : Gotts'halk moine d'Orbais... Paris. 1887: Sch^A-ane. V 149; Harnack : IIP. 269; Hefele-Delarc V. 333-433 : Turmel : La controverse prédestinatienne au ix^ siècle, dans R. H. L. R. 1905, p. 47.

1 Voir PL. 120, 1267 et PL. 112, 1510; 124: 121, 125. 403: Revue Bénédictine, 1908, et Ernts : Die Leh'e des Pa-schasius Radbertiis von der Eucttaristie : 1816, Fribourg ; >'aes?le : Eatramnus und die h Eucharistie. 1903. Wien. — Des théories plus ou moins franchement symbolistes, au sujet de l'Eucharistie, ont été soutenues par Amalaire, PL. 105, 1141, 289, par Florus PL. 119, 77 : celle de la Ratramne a eu un retentissement considérable, 844 : très lumineusement déduite, elle nie la notion de conversion, de la distinction de la substance et de? accidents : elle affirme que le corps est présent spivitoliter dans le pain. qu"il n'est pas le corps né de Marie, mais quelque chose d'incorporel et d'incorruptible. Paschase Radbert (qui écrit en 831, publie en S44, meurt A-ers 865 , avait reproduit et précisé les thèses de saint Ambroise, au point que. au jugement de Harnack, Paschase a formulé la transsubstantiation. D. G. III, 27S: contra Batiffol : Etudes d'histoire et de theolof/ie positive, IL 1905, p. 369. ^Christian de Stavelot, vers 850. dépend de Saint Augustin par Bède, non de Ratramne. Rec. H. Eccl. 1908. 495).

240 LE CIiniSTIAMS:siE ET l/ORCAMSATlON IMPÉRIALE

Un cerveau puissant, dont Tceuvre fait regretter Tavortement de cette fin de siècle, exerce sur ceuxlà un notable ascendant : Scot Krig-ène ressuscite la philosophie de Plotin et raconte le procès divin du monde ; il traduit Denys TAréopagite, tandis que Manon traduit le Timcc \ Si la cour de Charles

J Jean Scol Erigène est certainement né en Irlande, il y a sans doute été élevé. Venu en Gaule avant 650, il con(iuiert la faveur de Charles le (Chauve, se lie avec llinkniar. llatramne, Loup de Ferrières. On ne sait s'il a été prêtre; il ne semble pas avoir été moine. L'enseignement qu'il donna le fit remarquer. Il na sans doute écrit aucun traité sur l'Eucliarislie, mais il a composé un de divina prœdeatinafioiie. On perd sa trace, aprrs 877-8S2 II semble que, presque seul en Gaule, il ait su admirablement le grec Outre Denys l'Aréopagite, il connaît Origène, saint Basile, les deux saint Grégoire, saint Ambroise, saint Augu-lin, Roèce, Macrobe, iMarcianus Gapella ; mais dans (}uelle mesure a-t-il connu les philosophes giecs ^ — L'Etre éternellement subsistant, inconnu, inconnaissable àsoi-iiicmc {Dieu le Prre) fait éternellement jaillir de soi « rUniversali'é » de la créature, c'est à-dire l'ensemble des « anses primoi-diales des choses qu'il contient dans son entité abyssale, c'est-à-dire le Verbe de la théologie, absolument un et simple puis([u'il est toutes choses, infiniment multiple pour la même raison; à un troisième stade, ces causes primordiales s'extériorisent dans les genres, espèces, individus, vraies et réelles llu'ophanies, où s'épanouit la substance divine, une ; ces êtres, généraux et individuels, finiront par se résorber en Dieu, grâce à la rédemption opérée par Jésus-Christ. Gar tel est le vrai sens, cosmologiquo autant qu'anthropologique, du sacrifice rédempteur accompli par Jésus sur la croix. Au point de vue anlhropologique, qui nous est le plus accessible, ce sacrifice aune valeur telle queDieu «ne nous demande plus rien pour nos fautes » ; l'incarnation nous a arrachés à la corruption et à la mort, et vraiment divinisés |PL. i22. 1221-1226. 1240; 981, 1007, 899,310; Rivière: op. laud. 287|. Voilà la métaphysique qu'expose Scot dans son grand ouvrage, les de divisionc naturae lihri quinque. FL. 122. Voir Histoire littéraire, V. 416; S. Hené Taillandier: /. 5. Er. 1843; Th. Chri.^lieb : Leben und Lehre des J, S. Er.

SCOT ERIGÈ^E 241

le Chauve groupe tous ces savants, Rome devient un second centre d'études : le conseiller du pape Nicolas, Anastase, est aussi érudit qu'habile, et du reste peu scrupuleux : il fait passer en latin plusieurs ouvrages grecs, espérant ainsi secouer la torpeur où tant d'esprits semblent s'endormir. Il écrit la vie de Nicolas P^, Agnellus rédige les annales des évèques de Ravenne, et le diacre Jean Hymonidès prépare une grande histoire de l'Eglise. Comme Augustin dans la première partie du ix'^ siècle, c'étaient donc les Grecs qui aiguillonnaient maintenant la pensée chrétienne. Les travaux exégétiques de Drutmar de Corbie ou d'Alfred le Grand ' montrent qu'un tel stimulant n'était pas

Gotha, 1860; Stockl : Gesch. der Ph. des 2d. A. I 1864 , 31; Brilliantoff : Influence de la théologie oriejitale aur J. S- Er. (en russe). Pétersbourg. 1898 ; Draseke : J. Scotiis.. Leipzig. 1902 ; M. Deutsch. dans Herzog-Hauck. XVIII '. 86 ; K. Rand : Johannes Scottu<. Munich. 1906. Un commentaire des Opuscula Sacra de Boèce est rattaché à Scot'. Pour Jacquin IR. Se. Th. oct 1907], ?cot ne connaît encore le néo-platonisme que par saint Augustin, quand il écrit le de pvœdestinatione. — Héric d'Auxerre, 841-876, est son plus fameux disciple, Molinier : Sources. I. p. 256, comme peut-être Macarius Scotus de Corbie.

A la prière d'Odon. évèque de Beauvais, Ratramne, mort après ?'<d^, combattit le panthéisme de Jean Scot et de Macarius Scotus. (Mabillon : Acta Sanciornra Ord. S. B. s. IV. pars. II, prsef. ; p. LXXVI et Anyiales 0. S. B. III. 139; Renan : Averroès et V A verrais me, Paris. 1852, p. 101-102].

1 Voir Cabrol : 1' Angleterre chrétienne avant les Xormands p. 227. (Alfred. 871900, jouit quelque temps de la paix. 878- 892 : il a traduit en saxon, ou fait traduire, la Régula pastoralis de saint Grégoire, Orose, Boèce ; il a fait rédiger la Chronique Saxonne, un Code Saxon qui débutait par le Décalogue ; Plegmond s'associe à ses travaux).

inutile. Par malheur, les pillages des Normands laissaient peu de loisir au noble roi du Wessex, — et personne n'était plus heureux que lui.

Dans tous les domaines, la chute de l'empire franc coïncide avec un ralentissement de la vie.

Page 1