‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 51 sur 70 · LA SITLATION RELIGIEUSE EN GERMANIE · texte numérisé non relu

LA SITLATION RELIGIEUSE EN GERMANIE

devoirs de leurs charges : les richesses tentent les âmes et le roi ne s'inquiète pas toujours du zèle religieux des candidats. « Un grand nombre d'abbés sont mariés et vivent dans le cloitre avec femme et enfants, passant leurs journées à boire, prenant part aux exercices militaires des chevaliers. Les moines imitent leur exemple. Les vœux de pauvreté, d'obéissance et de chasteté sont devenus lettre morte ; TEvangile et la règle sont l'objet de grossières plaisanteries. « On veut nous faire croire, (( disent les moines, que nous ne jDossédons rien en

Branthog à Halberstadt, etc.Rupert deDeutz a raison de dire: noyi electione sed dono régis episcopus fiebat. Et l'on doit re connaître que ses choix n'ont jamais fait arriver un indigne : mais, à ses yeux, le droit du roi prime tout. — Maître de 1 épiscopat. Henri délimite les diocèses, attribue Gandersheim à Hildesheim, restaure révêché de Mersebourg, fonde l'évêché de Bamberg. Il convoque et préside les conciles : en 1012 à Bamberg, il somme Dietrich de Metz de renoncer à son appel à Rome, et lui interdit de dire la messe jusqu'à ce qu'il se soit justifié; en lOlV, à Goslar, au rebours de la tradition, il fait décréter que les enfants d'une libre et d'un clerc non libre ue seront pas libres, il pousse le pape Benoit Vlll à faire chanter le credo à la messe, il fait établir le formulaire de consécration de Tévêque de Cambrai. Sans jamais rompre ouvertement avec la papauté Henri II tend à s'ériger en maître abs.du de son Eglise nationale La collection canonique que rédige à ce moment Burckard, évèque de Worms, avec l'aide de Brunicho. de v» ai'er de Spire, d'Olb^-rt de G-mbloux, reconnaît au roi un pouvoir illimité sur 1 Eglise [XV 22. 2y, 2.), 19. 43 ; Vlll 3. 57 J.

Noter que. depuis Otton l^»", les rois de Germanie devenus empereurs ont mis la main sur la papauté : 1 Eglise de Germanie n'a plus aucune garantie de liberté. Voir infra. p 32-5.

Les comtes on le voit, n'ont pas réussi en Germanie, comme ils l'ont pu faire en France, à mettre la main sur les evêchés.

262 CHRISTIANISME ET DÉSORGAMSATION SEIGNEl RIALE

« propre. Qui a donc acquis ces bijoux et ces livres, « sinon les frères de ce couvent? » A Lobbes, l'abbé Erluin veut rétablir la discipline et vendre quelques récoltes pour éteindre les dettes criardes : il est surpris par ses moines ; on lui arrache la langue et les yeux et on le laisse mort sur la place. Les guerres privées font rage partout, qui mettent aux prises avec les évêques les seigneurs laïques, jaloux de leur influence et de leurs biens. Ce ne sont que surprises, brigandages, meurtres. C'est un clerc que ce Walter qui a perdu sa journée quand il n'a pas incendié une église ou égorgé un homme. Et malheur à ceux qui résistent à ses pareils : les évêques d'Utrecht, de Liège et de Cambrai en savent quelque chose. Thiédrich ravage leurs terres, et peu s'en faut qu'il n'égorge l'évéque Athelbod. Près de là, la fille d'un comte de Gand, de race saxonne, empoisonne une abbesse, sa sœur, afin d'avoir son monastère. Les chanoines de saint Ghislain courent les routes, exhil)ant leurs reliques à qui sait ouvrir sa bourse. L'archevêque de ^Lagdebourg est en conflit avec l'évéque d'Halberstadt, l'archevêque de Mayence avec l'évéque d'IIildesheim, l'archevêque de Cologne avec l'évéque de Liège : les terres qu'ils ont ou qu'ils convoitent, les droits auxquels ils prétendent, tels sont les motifs de leurs querelles. Un peu partout, la corruption naît de la richesse ; et Henri songe, peu de temps avant sa mort, à réu-

l'église anglo-saxonne 263

nir un grand concile pour mettre iin aux abus '. La situation des églises anglo-saxonnes paraît encore plus troublée. Si Athelstan triomphe dune coalition des Bretons et des Danois, Suénon et Cnut le Grand écrasent les Saxons, mais leurs enfants se laissent écraser à leur tour : Edouard le Confesseur reconquiert son royaume avec l'appui des Normands et restaure la royauté saxonne. La guerre ne cesse donc pas de ravager la grande île au x*^ et au xi^ siècle : les hommes libres se recommandent aux seigneurs comme sur le continent, et les seigneurs se groupent autour des comtes et des ealdornien ; le roi est sans pouvoir, et la féodalité souveraine. Elle envahit l'EgUse et lui communique ses tristes habitudes : les clercs mènent la vie des camps et suppriment le célibat ; les abbayes sont occupées de force par les évèques, les grands confisquent les sièges les plus importants. La métropole d'Armagh, qui surveille toutes les églises

1 Voir Pirenne I. 73-74 Haiick et Zeller, passiûi. En Bavière particulièrement, l'Eglise était fort dissolue. — Le barbare reparaissait parfois en Henri II : un de ces grands plaisirs était d'enduire de miel un malheureux qu'on livrait ensuite à la gourmandise des ours. L'avidité du roi était célèbre: << S'il faut en croire Dithmar, au milieu des désordres déchaînés par les guerres privées, les vieillps mœurs germaines .. reprenaient le dessus. .Jamais, dit-il, le soif de l'or et la convoitise de la terre n'avaient été si insatiables ; les vices passaient des hommes aux femmes et propageaient la corruption La luxure et l'adultère étaient péchés d'habitude et leur pente menait à tous les crimes: Combien de femmes allemandes livraient, nouvelles Médées, au poignard de leurs amants, leur mari et leurs enfants .. >- [YUI. 2; Zeller II. 473].

d'Irlande, tombe, en 927, entre les mains d'une famille qui l'occupe pendant deux cents ans. Dès la fin du ix*' siècle, le pape Formose juge la situation si grave qu'il veut excommunier en bloc tous les évéques anglais ' .

« Athelstan, 924-940, peLit-fils (.rAlfred, est vainqueur en 937. — La tentative de Suénon (Sweyn) et (Je son allié Olaf Tryggvason date de i'94 : ils se sont fait verser une énorme rançon. Du reste, le nombre des Danois augmente en Angleterre : c'est en vain que, le 13 juillet 1002, jour de saint Brice, Kthelred ordonne un massacre général. Les invasions danoises redoublent: Cantorbéry est enlevé, et sou archevêque Elphège massacré; en 1013, Suénon revient, conc^uiert toute l'île, et chasse Ethclred en Normandie. Le fils de Suénon, Cnut règne de loH h 1035, Edouard le Confesseur de 104^; à 1066.

Sur les désordres de ce temps, voir la lettre de Forraose aux évéques anglais, Labbe t. L\, p. 430 et ^^■ulfs^an : Lnpi Sermo ad Anglos. Des Saxons trahissent leurs compatriotes et les vendent comme esclaves aux Danois : on les embarque sur le continent à Fîristol. La démoralisation du peuple est universelle. — Les monastères et les évèchés sont moins riches qu'autrefois ; mais l'ignorance et la brutalité n'en sont pas, pour cela, moins répandues parmi les clercs; Elphla de Cerne doit leur rappeler qu'ils ne doivent pas porter les armes, mais prêcher chaque dimanche ; il doit écrire pour eu.x (S'O homélies, tant ils sont incapables de parler (983-990;. — De plus en plus, les évêques deviennent des chefs politiques [943. Wulfstan soutient le danois Anlaf, en 947 il soutient Edred, il se révolte en 948 ; emprisonné en 952, il e?t rétabli en 954] et l'Eglise est absorbée par l'état : l'évèque Sigeric est le vrai chef du Kent — Beaucoup sont nicolaïtes et simoniaques, cumulent les évécliés et se les transmettent héréditairement |Stigand de CantorbéryJ — Beaucoup d'évêchés disparaissent, surtout au nord [Ilexham, Whithern, Dunwich, Lindsey[. — Pour trouver des évêqu'-s acceptables, force est d'aller les quérir à létranger Robert de Jumièges, Guillaume de Londres, Ulf de Dorcbesler sont normands, 11erraan de Ramsbury et Gautier de Ilereford lorrains...] Surtout, « // y a peu de ineiitions, H même il y en a, d'asssemblées nettement ecclésiastiques réunies en Angleterre au x^ siècle »» ; les witenagemots nationaux, selon toutes les vraisemblances,

DÉGRADATION DU DROIT 26o

Devenus un peu partout grands propriétaires, les évêcpies et les abbés se sont donc laissé envahir par l'esprit féodal : l'évéque de Rome a donné l'exemple. Mais il ne suffit pas d'avoir jeté un coup d'œil sur les faits qui montrent la décadence, il faut montrer quel droit nouveau ces faits engendrent peu à peu : 1* envahissement de l'Eglise par les seigneurs aboutit à la « simonie ». l'abaissement de la moralité au « nicolaïsme », et, chez les fidèles, en raison du désordre ecclésiastique, on n'a plus à constater qu'une caricature de la vie religieuse.

Le terme f« simonie » désigne la faute des clercs qui doivent leur office, non à une élection régulière, mais à largent qu ils ont su répandre pour se faire nommer : ils se sont ravalés au rang de Simon le Magicien qui crut pouvoir acheter de saint Pierre le pouvoir d'imposer les mains et de donner le Saint-Esprit ^ Ces pratiques se sont généralisées parce que le droit des fidèles à nommer leur évèque et des moines à nommer leur abbé a été peu à peu absorbé par le roi et le comte. Le premier élément du droit royal est la souveraineté territoriale et politique : le roi nomme parce qu'il est théoriquement le chef de l'état et qu'aucun

jouent le rôle des conciles disparus : c* les codes royaux contiennent de longues prescriptions ecclésiastiques >'. Hunt : The engl. Church., 597-1Û6Ô, p. 289; Stubbs : Hist. const.. éd. fr., I. 1907. 298. 296-303.

1 Actes, 8, 18 sq

pouvoir ne s'exerce sur lui. Le caractère chrétien de la royauté franque. lunion de l'Eglise et de l'Etat, ont, un peu plus tard, légitimé le fait. Enfin, la protection donnée par le roi à l'évêque qui se recommande à lui et lui fait hommage donne le droit, au roi son seigneur, de saisir Févêché s'il manque à ses devoirs de vassal ; en disposant de l'évêché, le roi tend à s'en considérer comme le propriétaire ; il s'en attribue le dominium et du dominium sort la po testas. C'est le troisième élément du droit royal. — C'est en même temps le germe d'où sort le droit seigneurial : et celui-ci n'a pas d'autre cause. Ce n'est pas, en général, comme souverain politique, que le seigneur nomme à l'évêché : comté et évêché sont, le plus souvent, deux organismes distincts, et la souveraineté du comte peut être moins territoriale que personnelle. Ce n'est pas comme chef de la société chrétienne : la royauté maintient intacte toute la théorie de ses droits. Le seul titre du seigneur à nommer l'évêque ou l'abbé se tire de son pouvoir sur l'église cathédrale ; il en désigne le titulaire parce qu'il l'a fait entrer dans son domaine. A tous les degrés, dans le monastère comme à l'évêché et dans la paroisse, le droit détection a la même origine : il n'est que la conséquence de la prise de possession de l'église par l'aristocratie laïque \ Le droit de nomination du seigneur apparaît au

1 Voir supra, p. 134, n. 1.

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