DROITS DES SEIGNEURS SUR LES EGLISES
x^ et surtout au xi*" siècle comme régulier, normal, bien établi : qu'il s'agisse d'un évèclié. d'une paroisse ou d'un monastère, on le désigne du mot elecfio. Ce droit fait partie du patrimoine du seigneur au même titre que les autres droits régaliens enlevés au roi ou reçus de lui : justice, tonlieu, redevances fiscales, souveraineté politique. Le seigneur est propriétaire de Yelectio : il dispose de ce bien comme de tout autre, le partage, le lègue, le donne en dot, l'aliène par un contrat de donation ou de vente. L'élection se détache même peu à peu de la propriété : elle peut être exercée par le propriétaire ou par un autre seigneur que celui de lévêché. Dans certains pays du midi, le comté de Toulouse, par exemple, le marquisat de Gothie. ou la marche d'Espagne, l'élection a plus encore que dans le Nord le caractère d'un bien privé : pour qu'elle soit exercée, il faut l'assentiment de tous les titulaires : d'autre part, il n'est pas douteux que les femmes aient été capables d'en être revêtues. En Xormanche. au contraire, comme en Anjou et en Bretagne ou même en Aquitaine, le seigneur ne partage pas son droit, il l'exerce à l'exclusion des membres de sa famille. Lorsqu'une vacance vient à se produire, le chapitre de l'église avertit le seigneur par une ambassade solennelle. Tantôt celui-ci nomme directement, qu'il fasse ou non reconnaitre son choix par une assemblée populaire, tantôt il autorise l'élection par le clergé et
le peuple et se borne à confirmer relu. Mais la liberté du corps électoral n'est qu'un trompe-l'œil ; sa décision n'est qu'une petitio ; la contirmation du seigneur, au contraire, n'est pas une simple formalité, un droit théorique : elle crée l'évêque. La seule ambition de ces électeurs, c'est que le choix du maître ne tombe pas sur un indigne, sur un homme incapable de maintenir ou de défendre ce qui reste des droits, des libertés et des biens de l'église '.
La constitution de l'Eglise est donc atteinte, le droit transformé. Et, comme ce droit est né du désordre, il contribue à l'entretenir. Ce n'est pas seulement le pouvoir politique et social des seigneurs qui s'affermit par le choix d'un évêque dévoué ; c'est encore leur trésor cjui en profite. Comme tout autre droit à ce moment, l'élection est devenue un droit fiscal. Au vicomte de Xarbonne, l'élection de Guifred rapporte 100.000 pièces d'or ; à Frotaire et à Bernard d'Albi, celle de Guillaume en rapporte 50.000. A ce revenu, les seigneurs tiennent beaucoup. Dans ces deux évèchés, par exemple, si le marquis de Gotliie et le comte de Toulouse laissent aux vicomtes toute influence dans l'élection, ils n'entendent pas renoncer aux bénéfices qu'elle procure. Le premier partage les 100.000 solkli payés à Xarbonne ; le second en
1 Je résume ici Irabart de la Tour : Les élection,^ épiscopales. p. 71-133 et p. 177-377. Voir aussi Viollet: II. 342 et passim.