‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 55 sur 70 · DÉCADENCE DE LA FOI DES FOULES · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE LA FOI DES FOULES

devient la foi des foules ? Est-elle aussi pure qu'elle est vive ? La populace des grandes villes se montre plus acharnée contre les hérétiques que les rois et les évêques ; plie ne comprend pas qu'on discute avec eux : à Orléans, c'est elle qui les dénonce, elle qui réclame à grands cris leur mort. ^lais ces fanatiques aiment à ouvrir les Ecritures au hasard, aiîn d'y lire la volonté de Dieu, ou tout simplement de connaître l'avenir. Ils achètent des « larmes du Christ » et ils scrutent des lettres « tombées du ciel ». Ils maintiennent ou répandent les ordalies, épreuves par le feu et par 1 eau, par la croix et par l'Eucharistie, qu'Innocent III condamnera plus tard expressément. Ils amplilîent les légendes de la pé-

lius und Vtdgariiis. Leipzig, 1>66], vers 908-911 et Vulgarius : rordination ni le baptême ne peuvent être réitérés. Voir Saltet : les lléordinalions. Paris, 1907, p. 149, et la littérature des Libelli de Lite Imp. dans les Mon. Germaniœ.

On ne counait, au x^ siècle, qu'un commeutaire de saint Paul: celui d'Atton de Verceil, PL. 134; il suit Augustin. — Les traditions juridiques romaines sont de plus en plus oubliées : Atton, PL. 134, 106; et Flacb in Melcmges FUting, 1,391-392, 415,421.

A cette décadence disciplinaire et thcologique répond souvent, est-il besoin de le dire, la ruine matérielle de ])eaucoup d'édifices : dans l'Anjou, par exemple, on constate la ruine de la cathédrale et de saint-Serge d'Angers, de saint Maur de Glanfeuil... I Halphen : le comté d'Anjou au xi^ siècle, Paris, 1906, 81 1. Fulcherius de Nantes doit fortifier sa cathédrale, vers 900. En Italie, en V66, Alba est détruite par les Sarrasins, et son évèque réduit, pour vivre, à travailler la terre (Fulcard) ; son diocèse est uni, 969, à celui d'Asti [Savio. I, 54] ; vers 900, les moines de Novalese sont chassés par les Sarrasins qui ruinent, 940, l'abbaye de Vendersi. Les Hongrois dévastent Verceil, vers

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riode barbare. Ils vivent dans d'all'reux désordres*.

Mais parmi ces légendes il en est qui sèment

rhcrésie. Les petits livres qui ont propagé le Xéo-

' Sur la fortune subite de vieilles légendes, dont l'invraisemhlance a jusque là paralysé l'essor, voiries discussions touchant l'apostolat (le saint Martial (évoque oublié de Limoges, transformé en un contemp irain de Jésus, lenfant qui lui porta les cinq jiains d'orge]. Tout le monde croit que .Martial a été un contemporain de Jésus ; les moines de saint Martial sont seuls à vouloir ([uil ait porté le titre d'apotre. Cf. conciles de Paris, 1024, Poitiers 1024 ; lettre de Jean XIX ; concile de Limoges, i02'J (PL. 141. sy^, Bourges et Limoges 1031 : est excommunié quiconque nie lapostolat de saint Martial [Pfister : p. 340]. De même, les moines de Vezelay font croire qu'il possèdent le corps de Marie-Madeleine, vers 1000-1037 [et la légende de la translaiion). [Ducbesne].

Les conciles de Thieure, 895 et de Seligenstad prescrivent l'usage des ordalies.

Sur la décadence de la vie morale et religieuse du peuple cbrétien h ce moment, voir les canons des conciles. A Ingelheim, en 948. on sévit contre les mariages incestueux; à Francfort, en 952, contre les seigneurs qui enlèvent les jeunes filles, de même à Trosl y, 909. Ce même concile de Trosly s'élève, canon 7, contre les vols innombrables : « pour ce motif, des milliers de personnes meurent tous les jours de faim. »

« La châtelaine de ce temps est presque toujours une virago au tempérament violent, aux passions vives, rompue, dès l'enfance, à tous les exercices du corps, partageant les plaisirs et les dangers des chevaliers de son entourage. La vie féodale, fertile en surprises et en périls, exigeait, chez elle, la trempe vigoureuse de l'âme et du corps, l'allure masculine, les habitudes presque militaires. Pudeurs et délicatesses sont encore inconnues. La jeune fille noble reçoit les nobles (jui se présentent au logis paternel, veille personnellement à leurs repas, à leur coucher, à leur bain. .Mariée, elle accompagne le châtelain à la chasse, le faucon au poing ...En temps de guerre ou lorsque le mari est en voyage, elle dirige la défense delà seigneurie Elle ne recule pas devant les pèlerinages les plus longs et les plus dangereux. Vivant au milieu des gens de guerre, comment n'arriverait-elle pas h contracter leurs habitudes? L'àpreté au gain, la perfidie, la cruauté (plus raffinée encore que chez eux) sont des vices

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Manichéisme n'ont pas tous également péri ; à moitié corrigés, conservant à moitié leur venin, ils se passent de génération en génération et circulent de main en main : de même, les traités de théologie manichéenne. Leur lano-a^'e semble chrétien ; leur

habituels aux dames nobles, capables parfois d'en remonter aux plus rudes barons. A Ivri. la châtelaine Aubréa... est tellement satisfaite de son architecte qu'elle lui fait couper la tête pour Tempècher de mettre son art au service d'autrui... Mabille, femme de Roger, comte de Montgommeri, prend son plaisir à dépouiller les nobles de la seigneurie... A Suissons, la comtesse Adélaïde, pour avoir la libre jouissance du comté, fait empoisonner son frère par un juif... Pendant que Godefroi, comte de Namur. est à la guerre, un voisin, Enguerran de Couci, se i^résente dans la tour de Porcien oîi s'était retirée la comtesse Sibylle, s'aperçoit qu'elle est chagrine de la longue absence de son époux et offre de le remplacer. Sibylle accepte, et Enguerran s'empare du château A son retour, le comte de >'amur réclame sa femme et son domaine. Il s'ensuit une guerre effroyable dans laquelle les prisonniers ont les yeux crevés et les pieds coupés. Le seigneur de Couci, vainqueur, reste en possession de l'héritière. Il trouve même un évoque pour l'absoudre et mettre sa conscience en repos... Aux yeux du seigneur, la femme représente surtout une terre et un château On gagne à se marier souvent: aussi un baron ne reste-t-il jamais veuf. Les répudiations ont lieu pour le plus léger motif : un degré de parenté plus ou moins éloignée ou imaginaire, le moindre défaut physique, une simple maladie même, sont des causes fréquentes de divorce. Les dames trois ou quatre fois répudiées abondent dans la France du xi^ siècle .. : la féodalité eut sur le mariage une influence malheureuse », autant que sur la moralité générale. Le pouvoir du seigneur repose le plus souvent sur « l'usurpation violente et la conquête brutale » : la force brutale domine tout. Tous les services d'intérêt commun (meunerie, boulangerie, boucheiie...), la justice elle-même deviennent des « moyens d'extorsion. - [Luchaire : Histoire de France, II. 2, 20-21 et passim . — Dans le Christianisme, ces âmes obscures n'aperçoivent que le moùtier voisin et son patron ; ils lui font des aumônes ; pour mourir, ils revêtent une rolje de moine.

psychologie simpliste plaît au lecteur ; qui ne sent en soi la chair rebelle? Peut-être, en Italie notamment, les hérétiques trouvent-ils une nouvelle force dans l'arrivée des Manichéens chassés d'Orient par l'empereur byzantin Zimiscés. Toujours est-il que, au XI'' siècle, un peu partout, on surveille soigneusement les Néo-Manichéens. On accuse de Manichéisme les Orléanais (pie l)rùle le roi Robert ; ne prétendent-ils pas que les impuretés de la chair ne nuisent pas au salut de l'àme, et que la Création, la Rédemption, la Trinité ne sont (|ue des métaphores ? Au même moment, l'évêquc d'Arras Gerhard découvre des « Manichéens » dans son diocèse ; l'hérésie apparaît au sud de la Gaule et, pour enrayer ses progrès, le duc Guillaume convocpie le concile de Charroux ; elle fait encore irruption en Italie, aux environs de Turin : lléribert de ^lilan s'en occupe '.

1 Sans doute le Manichéisme est-il aussi conibntlu en Germanie dès 1012: Ilauck III. 731. note 3. — En 991, Gerbert va chercher dans pseudo-lsidor, ([uand il est élu rvoque une profession de foi anti-manicht'enne. (jauzlin de Hourges l'imite 1013. Leutard de Vertus, ([uc ondarune Gébuin, évtMjue de Ghàlon, vers 1000, est manichéen. En 1022, on découvre (jue les chefs de l'école Sainle-Groix d Orléans, l-Uieniie et Lisois. sont affiliés à la secte, comme lléribert qui dirige l'école de Saint- Pierre le Puellier : i/s sont bridés, le 28 décembre, ("est. la premiin-e joh que pareil fait se produit ■■ cf. pourtant l'e.xécution de Priscillien. Les .Manichéens sont encore signalés en 1023 à Limoges, à Toulouse, en Aquitaine [.\dhémar. III. 49, 59, 69; concile do Charroux], à Arras t025, HL. 142. 1270.

Cependant, que devient l'Eglise .luive .' |Th. Reihach : //^<. des Israélites, ^30 \. Charlemagne l'avait protégée, donnant aux

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