‹ Le christianisme et les barbares (395-1049)Chapitre 56 sur 70 · LA FIN DU 3I0.\DE · texte numérisé non relu

LA FIN DU 3I0.\DE

La superstition étoulFe la religion, parce que la légende étouffe la vérité : le désarroi religieux s'ajoute au désordre social. Les ànies désemparées s'abandonnent, parfois, au désespoir, interprétant une parole prêtée au Christ : <.< le monde ne durera « pas plus de mille ans. » Elles croient que la venue de l'Antéchrist coïncidera avec la séparation de r empire en une poussière de royaumes. Quelquesunes se persuadent ainsi que la fin du monde est proche : l'universelle dissolution n'a-t-elle pas, partout, commencé son œuvre '?

Juifs de Narbonce, par exemple, le droit de posséder des terres. Louis le Pieux, au nom de sa foi, fut parfaitement tolérant : " il exempta plusieurs Juifs d'impôts et de vexations, réglementa la procédure de leurs démêlés avec les chrétiens, défendit de les soumettre à l'épreuve de l'eau et du feu qui violentait leurs croyances ; il interdit aussi de bat tiser leurs esclaves sans leur consentement,... les chargea du recouvrement des impots » ; il envoya a Lyon, où Agobard les attaquait, un conservateur de leurs privilèges, Evrard. Eu conséquence Israël rayonne : une synagogue est bâtie à Lyon, des rabbins éloquents prêchent ; en 830, le diacre du palais Bodon se convertit au Judaïsme. Les évêques prennent l'éveil; peu à peu, ils épijusent les préjugés du populaiie: voir le concile de Meaux, S4S. Anségise de Sens chasse les Juifs ; à Béziers. à Toulouse, à >'arbonne, on les dépouille, on les brutalise 850-020. Hildouin de Limoges les expulse, iOlO, comme instigateurs de la destruction du saint Sépulcre ; à Orléans un entre d'eux est brûlé à ce moment, pour la même raison Adhémar. IIL 40, 52; cf. Tangl, dans le 2\eues Archiv. 100'^] Aussi émigrent-ils peu à peu, en Espagne et en Germanie : les ( alonymos s'établissent à Mayence au xi^ siècle, la synagogue de W'orms est bâtie en 1034; les empereurs les protègent : vers 1010 le chapelain de Henri II, Wecelin, se convertit au Judaïsme. Voir Seues Archiv- 1907. 197.

1 Voir 050. Ad-o moine de Montierender écrit pour la reine Gerberge une Vie de l'Antéchrist, PL. 101 : la fin du monde

La fin du monde n'est pas venue ; le Christianisme n'est pas mort ; l'Ej^'lise s'est ressaisie. C'est que la désorganisation sei«;neuriale n'a pas paralysé toute vie chrétienne, ni toute vie catholique ^

En Italie même, des hommes comme Atton de Verceil, ou même Rathier de ^ érone, contribuent à relever le niveau de la vie religieuse. L'archidiacre d'Aoste, Bernard de Menthon, parcourt sans se lasser, durant quarante-deux années, les hautes vallées de la Tarentaise et de la Maurienne, sans

arrivera quand les royaumes se sépareront de l'empire romain, c'est-à dire pa^^ en ce moment ; puis, après la victoire de l'Antéchrist, un Franc le domptera et soumettra les peuples à Dieu. — Abbon atteste, PL. 139, 471, que dans sa jeuuesse certains prédicateurs annonçaient la fin prochaine du monde en s'appuyant sur Apocal. 20. D'autres répandaient la mrme croyance, en Lorraine notamment, vers 970. parce que, cette anfu'e là, comme en 908 et en 9.^2, le vendredi saint coïncidait avec la fête de l'Annonciation, 25 mars. Abbon les combattit sur l'ordre de son abbé Richard Peut-ctre faut-il ajouter que, vers 960, un prêtre Bernard annon(;a à Wurzbourg la fin prochaine du monde [Trithème : Annalf^s Hirssavcj, a. 960J. Raoul (.îlaber dit que, après une famine terrible en 1033, « on craigiuiit la fin du genre humain » | iV, 4, Houquet. X. 49, A; lui-même « croit fermement à la venue prochaine de l'Antéchrist et à la fin du monde » [Molinier : Sources. II. p. 3]. — Voilà tout ce que l'on sait sur l'attente de la fin du monde à ce moment : c'est dire que la quasi unanimité de nos nombreux textes n'en souffle mot. [Pfister: op. laitd. p. 321.

> Sur les vies de saints écrites au x^ siècle, voir Zcrpf : Das Heiligenleben im X Jahrh, 1908, Leipzig.

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parler des plaines du Piémont : c'est l'apôtre des Alpes : l'idolâtrie y persistait encore. Jean de Parme se retire d'un monde dont la corruption r écœure, fait plusieurs fois le pèlerinage de Jérusalem avant de devenir l'abbé du monastère de Saint-Jean l'Evangéliste, où il réforme la vie des moines et d où il réchauffe la piété de ses concitoyens. Jean Gualbert quitte à son tour Florence pour fonder le monastère de ^'allombrosa et le ravennate saint Romuald abandonne de même sa patrie pour rejoindre les ermites de Camaldoli qu'il transformera bientôt en un ordre religieux, les Camaldules. Mais leur renommée pâlit auprès de la gloire de saint Nil : les pays latins, où le chasse l'invasion des Sarrasins, lui témoignent autant de vénération cpie les populations hellénisées de la Calabre : le prince de Gapoue, Paldolf Tète de Fer lui marque autant de confiance que le gouverneur Eupraxios ou l'émir de Palerme ; l'abbé du Mont- Cassin, Aligerne. le reçoit comme un pontife et lui donne le monastère de Saint-Michel au A alleluce ; il traverse Rome, d'où l'éloignent les violences des seigneurs, pour s'établir dans les monts Albains : les disciples qu'il a formés construisent sur le lieu de son ermitage le monastère de Grotta-Ferrata. Et les Paul et les Barthélémy y entretiennent un foyer vivifiant de piété et de foi *.

1 Saints d'Italie. Bernard de Menthon, mort en 1081 : voir sa

Le contact des Infidèles détestés ranime naturellement dans les âmes espag-noles l'amour ardent de la foi chrétienne. Jean de Gorze, envoyé par

vie dans les Acta Sanctorum, 15 juin, p. 1074 (ou 550\ 1072, 1082 ; cf. Archiv de Pertz. VII. 3«0.

Jean de Parme, mort vers 1)80 : voir sa vie dans les Acta Sanclorun), 22 mai, p. 179.

Jean deRavenne. ponssé par Homiiald, va vivre en eriuile au Mont Caprasio, Val de Suse, vers 1000.

Jean (lualbert, mort le 12 uillet 1073 : voir les liisloiros cle sa vie qu'ont écrites André, PL. 146, 765. Alton PL 149.671 et Grégoire de Passignano |Soldani : Queslioui isl. cvon. Vallombro- 5« '/(-'. Lucca 1731 1 ; cf. Davidsohn: Forschungen zur uUeren Geschichte von Fl>>ren:. Berlin. 1896. p. 55; Analecta Bollandiana, XI, 322 et XVII, 346. — Sur Raoul de Gubtiio. mort vers 1065, voir Pierre Daraien, PL. 144. 1009. — Romuald mort en 1027 ; voir sa vie car Pierre Damien PL. 145, 953, Millarelli, et Costadoni : Annales cauialdulenses oïd. .^ai)it Beneduli.\Gnetiis. 1755, tome I

De Romuald, il faut rapprocher le camaldule Thibaut de Vicence |Collina : Vita fi saint Teobaldo... Hologua 1752] ; Guillaume d-* Volpiano [Sackur : die ('luniacenscr. I. 263J ; deux moines apuliens, disciples du ravennate, qui feront connaitre à Farfa les coutumes de Cluni et évangéliseront les Slaves; Bononio de Piéaiont. Mabillon, Acta. VI. 1. 267.

L'abbé du Mont Cassin, Aligern. mort vers 985, est célèbre par sa piété: il a restauré le monastère de saint Benoit.

L'abbé de Silva Major Gerald, mort en 1095 favorise la réforme : PL 147. 1023.

Labbé Léon, chef du moi aslère de S. Alexis sur l'Avenlin. est un digne ami de saint Xil : il cherche à restaurer la vie monastique à Rome

Je dois citer aussi le fameux Bathier, évéque de Vérone, 931- 968 (PL. 136 : il était tout dévoué à la réforme, ainsi que Gaudence d'Istrie, mort en 1044 [Farlali, V. 1891,

Sur les efforts réformateurs de Théodose d'Oria, vers 890, voir Gay, p. 192

.\ partir de 876, fSyzance rétablit l'autorité impériale sur ritalie du sud : on crée 3 nouveaux diocèses dans la province métropolitaine de Reggio [Rossano, Amantea, Xicaslroj, on or-

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Otton à Abdërhaman III. constate leur docilité apparente et leur iidélité tenace, dans les provinces conquises ; les seigneurs et les rois des pays restés

ganise une nouvelle province autour de Santa Severina, avec 4 diocèses, vers SSd. L'hellénisme se propage peu à peu sur le versant ionien de la Lucanie : Nicéphore Phocas prétend T appuyer en développant l'organisation ecclésiastique byzantine ; vers 968, il organise autour d'Otrante une nouvelle métropole avec cinq diocèses ; peut-être même a-t-il proscrit la liturgie latine en Italie. Alors l'Eglise latine riposte : à la requête du prince de Capoue. Paldof Tête de Fer. Jean XllI crée des métropoles ecclésiastiques à Capoue: Bénévent, Salerne, Naples et Amalfi obtiennent ensuite le même titre; noter que Bénévent et Salerne, les plus importantes, sétendent à la fois sur territoire byzantin et sur territoire lombard ; l'évéque de Lucera. soutenu par Byzance, refusera de reconnaître l'autorité de Bénévent et prendra vers 1000, le titre cVnrchiepiscopus ; de même les évéques de Bari et de Trani. Peut-être, du reste, y a-t-il eu des évêques grecs en Apulie, sur le littoral. — Les principaux agents de riiellénisrae ecclésiastique sont, outre les fugitifs chassés par l'Islam, les moines : « la Calabre est au x^ siècle une nouvelle Thébaïde. » Au début du siècle, Reggio est le grand centre monastique : de ce côté, brillent les deux saints Elle Elle le Sicilien [830] a d'abord évangélisé les chrétiens d'Afrique, parmi lesquels les Sarrasins l'ont vendu comme esclave, il a erré 30 ans avant de se fixer au monastère de Salinas : c'est un ascète et un thaumaturge. Elie de Reggio [S50] groupe des anachorètes dans de sauvages cavernes, du côté de Palmi. A la fin du xe siècle, fleurissent saint Chiistophore et ses deux tils Macarios et Sabas. Luc d'Arraento, Vital et Léon-Luc, qui ont tous passé par le célèbre monastère de saint Philippe d'Agyre. au sud de l'Etna, et qui ont fui les Sarrasins vers 950, du côté de Rossano et du Monte Pollino : Sabas meurt à Rome vers 990, Luc en 984, Vital vers 1000, après avoir fondé de nombreux monastères. Tous sont éclipsés par saint Nil de Rossano, 910- 1005, qui arrive au mont Cassin, fugitif, vers 970 : son austérité extraordinaire lui a attiré de nombreux disciples [d'où le monastère Saint-Adrien J, mais il cherche avant tout la solitude, condition nécessaire du progrès intérieur Sa brutalité du reste, est extraordinaire. Il combat l'oisiveté, il aime les livres

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OU redevenus libres sentent que la force de l'Eglise fait leur force ; ils encouragent les Cluniciens et les pieux abbés '.

et les chants et forme ses moines eu conséquence. Il aime passionnémoni les pauvres et les misérables et les révoltés. Réfugié près du Mont Ciissin, il y fonde, vers 980, le monastère de Saint Michel in Valleluce, où il reste 15 ans, puis celui de Serperi, près Gaëte. — Voir les vies de tous ces saints dans les ActcL Sancioruni |cf Gay. p. XIV-XV] et Jules Gay : L'Italie tnéridionale et l'Empire byzantin depuis l'arènenient de Basile I^'^ jusqu'à la prise de Bari par les Normands (867-1071). 1904, pp. 184 et 350. 254 et 37(3.

Sur l'histoire des diocèses, voir Savio. op. laud.. et Groner : Le diocesi dltalia dalla metàdel X secolo fino a tutto il XII. Melfi. 1908.

Noter encore la fondation de monastères : Saint-Pietro di Savigliano, 1028 diocèse d'Alba), Fruttuaria vers 1003 par Octavien d'Ivrée, Solutor par Gezon de Turin vers 1000, Cavour par Landolf de Turin 1037 ; — et d'évrchés : Bobbio, 1(M4-1017 [Savio. I. 158] ou d'hôpitaux jG. Pisani : La beneficema in Lucca prima del mille : Lucca, 1907] ; — les translations de reliques [saint Sabinus, 952 à Ivrée] et les inventions |SS. Tegulus et Hessus. vers 1000, par Varraondo d'Ivrée). Sur la situation de l'Italie alors, voir R. Caggese : Classi e eomuni rurali net mediœvo italiano, 1907. Firenze.

' Saints d'Espagne. Sur la situation de l'Espagne aux x^ et .\ie siècles, voir R. Altamira y Crevea : Histoire de Espaîia... I, 1900, Barcelona. Au x^ siècle le Khalifat de Cordoue atteint son apogée avec Abderrhaman III 912-9(J1, avec El Uakkam le Pacifique 961-976 et avec Al Manzor 976-998, ministre hadjeb toujours vainqueur du Khalife : il a détruit Léon, |)ris Bercelone, brûlé Saint-Jacques de Compostclle. r— Mais il est vaincu et tué à Calalanazor, 998 ; et le Khalifat se démembre en plusieurs royaumes arabes, 1002-1031 (Murcie, Badajoz, Grenade, Saragosse. Valence, Séville, Tolède, Carmona). En même temps grandissent les états chrétiens : à lest, le comté de Barcelone, qui se sépare de la France au w^ siècle, s'agrandit avec Rainon Beren«er I. I035-107r. et s'appuie bientôt sur le royaume d'Aragon créé par le roi de Navarre Sanche le Grand, 1035, étendu par Ramir et Sanche Kamir ; à l'ouest, le petit royaume des

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