SAINTS DE LANGUEDOC
Les églises des Gaules voient se lever toute une légion de saints évêques et de saints abbés.
Le comte Gérard d'Aurillac contribue, sans sortir de la vie séculière, à entretenir la vie chrétienne autour de lui : sa frugalité, son esprit de justice, sa générosité envers les pauvres le font vénérer comme un saint, et le monastère de Saint-Pierre, qu'il a fondé dans sa ville, perpétue dans les montagnes d'Auvergne sa chanté et sa foi. Les macérations du jeune Fulcran et son esprit de pénitence attirent sur lui lattention publique, au point que les seigneurs et le peuple le choisissent comme
Asturies franchit les m ntagnes avec Alfonse III, 802 910, transfère sa capitale à Léon 914. et organise le comté de Castille vers 960. bientôt transformé en royaume, 1033; la Navarre, au centre, guerroie vigoureusement avec les Gardas.
Les églises et les monastères reçoivent souvent d'importantes concessions de terres, à eux faites par les rois, à titre féodal : évêques et abbés sont de vrais seigneurs ; ainsi se forme Santiago de Compostelle. Les gu»-rres incessantes contrarient évidemment l'œuvre de la réforme. Celle-ci néanmoins se poursuit : la cirlture de l'âge wisigothique se ranime [dons de livres faits par les rois aux monastères ; hymnes : chroniques] : simonie et nicolaïsme sont moins répandus qu'ailleurs ; la liturgie wisigothique est corrigée et conservée (^ liturgie dite mozarabe ; le roi de Navarre Sanche le Grand envoie Paterne à Cluni, le nomme à son retour abbé de Saint-Jean de la Pena qui se réforme aussitôt ; Tévéque Sanche de Pampelune appuie l'effort du roi, qui fonde l'abbaye de Leyre : bientôt les Cluniciens s'établissent en Castille, 1033, oii ils réforment le monastère double de Ofia : partout ils prêchent la lutte contre l'Infidèle ; le monastère de Ripoll, l'école de Vich. où se forme Gerbert, entretiennent ou raniment le goût de la théologie et des sciences [le mathématicien Oliva de Ripoll.^
Sur la mission de Jean de Gorze. mort en 974, voir sa vie, pï f^7 'Ui.
évéqiie de Lodève : il visite chaque annés son diocèse, n'épargnant pas sa peine pour ramener à la pratique de l'Evangile les seigneurs du pays : le vicomte lui-même apprend à le craindre, et les malheureux qu'il console et qu'il nourrit pleurent son absence chaque fois qu'il part en pèlerinage, l/abbé de l'Esterp. Gautier, n'esl pas moins populaire dans la Marche et le Limousin ; il a été formé à Dorât par le pieux Israël, et lorsque, à la mort de son maître, la jalousie du prieur le contraint de se retirer à Confolens. le peuple chrétien l'arrache vite à sa retraite ; les chanoines réguliers de VK<>terp le mettent à leur tète ; et Ton croit, dans tout le pays, (pie ses prières peuvent arracher à la mort éternelle les plus grands pécheurs '.
' Saints de Lanj^uedoc riéra'd dAiirillac, né en 855, mort en <>0^ : voir sa vie |iar Odon de Cluni, PL. 133. <;3*.>, et Bouange : Saint (iéraud (TAinillac et non illustre ahbaye, 1870, Paris.
Fulcran, ne en 941^ mort en 1006 : voir ce qu'en raconte iîernard Gui dans son Sanctoral ; Ado S S. 13 février, p. 717.
Gaulhior de l'Ksterp, mort en 1070 : voir sa vie, par Marbod peut-rtre, PL. 171, 1565.
Ponce, abbé de saint .Vndré, près d'Avi.^non : voir Mabillon : Acfa, VI, 2. 494. et Acta S. S. '26 mars. p. 683.
Etienne, évrque d'Api, mort vers 1046. Voir Bédos : Vie de saint Etienne d\Adf/e... Montpellier, 1808.
Les conciles de Fiourgcs el de Limoges, 1031 ordonnent à tous les clercs de raser leur l>arl)e et de porter la tonsure ; de ne rien recevoir pour b's l)aptrmes, enterrements, confessions, ordinations ; le mariage est interdit, même aux sous-diacres, sous peine de dégradation ; tous les fils de prêtres seront répulé-i bà lards et exclus de la prêtrise. — Interdiction aux laïques de nommer à une cure sans le consentement de l'évêque ; de se marier entre parents jusqu'au 7* deijré. — Ordre de consacrer tous les liuit jours de nouvelles lioslies.
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Dans les pays où grandit le roi de France, les saints personnages ne sont pas plus rares. C'est à la cour du comte de Champagne que se forme le jeune Thibaut, son lils : infatigable pèlerin, on le retrouve en Souabe. à Rome, à Saint- Jacques de Compostelle. avant de le voir se fixer dans un ermitage près de ^'icence : ascète intrépide, ardent, lorsqu'il meurt, sa chair est rongée d'ulcères. Thierry de Provins travaille directement à Fédification de ses frères : moine à Saint-Pierre,, sa réputation parvient aux oreilles du roi Robert qui le nomme évèque d'Orléans : et les etl'orts de son rival Odalric ne réussissent pas à donner le change au peuple : ses vertus sont si célèbres qu'à sa mort le seigneur de Tonnerre ne veut pas se dessaisir de son cadavre. Son contemporain, l'évèque de Chartres. Full^ert. exerce une intluenee plus profonde et plus étendue. Après avoir étudié à lécole de Reims, il fonde lécole de Chartres : il y « forme un o-rand nombre d'hommes distino^ués, fournissant d'écolàtres. d'archidiacres, de doyens de cathédrale et même d'évêques, les églises de France et des pays voisins. » Ses élèves le chérissent : ils rappellent « leur Socrate >» : il leur enseigne la dialectique et l'arithmétique, le droit canon, la médecine et les belles-lettres. 11 leur communique sa science dans les promenades familières qu il fait avec eux autour de la cathédrale. Sa réputation le met en rapport avec les plus grands personnages : le duc V. 19
290 CIIIUSTIAMSMK ET DÉSORGANISATION SEKSNKL RIALE
d'Aquitaine, Guillaume V, tente en vain de l'attirer à Poitiers, et le roi de Hongrie, Etienne I", ne dédaigne pas de lui demander avis ; c'est l'arbitre habituel des comtes d'Anjou et des comtes de Blois, comme aussi l'homme de confiance du roi Robert. Le peuple, de son côté, ne lui marchande pas les témoignages de vénération : ses vertus sont aussi éclatantes que ses lumières. L'abbé de Fleury, Abbon, joue à peu près le même rôle : sa science et sa sainteté le désignent à l'évéque de Winchester qui veut réformer ses abbayes, et au roi Robert qui doit négocier d'importantes affaires en cour de Rome. 11 a étudie les Pères ; et c'est en leur nom qu'il attaque le nicolaïsme et la simonie : il se plaint même de l'inféodation des terres ecclésiastiques, des dîmes et des autels ; et il a le bonheur de mourir en Gascogne, victime des idées qu'il défend '.
» Saint de Languedoil.
Fulbert évoque de Chartres, 1007 i029, a élé vénéré comme un saint par le peuple : voir la fresque découverte à saint Hilaire en 1873. Luchaire, p. U3-114 ; Pfister : De F. vita et scriptis. Paris, 1885 ; Clerval : Ecoles de Chnrtres.
Le conseiller d'Hugues Capet, Bouchard de Vendôme, mort en 1007, est presque vénéré comme un saint |de la Uouclère : Vie de Bouchard l'i Vénérable, Paris, 18',^2j. — Thibaut de Champagne, 1017-1066 est ce disciple de Romuald dont on a parlé, p. 284, note. — Sur Thil)aut le chanoine, mort en 1070, voir Labhe : liibl. Manus. lib II. Paris. 1657, p. 683.
Tierry de Provins ou d'Orléans, mort en 1022 : voir Mabillon : Acla. VI. 1, 194 ou 173 et 197.
Herluin, abbé du Rec, mort en 1078 : PL. 150. 095.
Abbon, abbé de Fleury sur Loire, tué le 13 novembre 1004 :
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Guibert de Gembloux, après avoir mené la vie des barons, fonde un monastère sur sa terre patrimoniale ; puis, pour se soustraire à l'honneur de le dirig'er, il se retire à l'abbaye de Gorze diocèse de Metz . sous la discipline du pieux Agenold. C'est un grand seigneur aussi que Gérard de Broigne, neveu de l'évéque de Liège et conseiller du comte de Xamur : au cours d'une ambassade qui l'amène à Paris, il visite l'abbaye de Saint- Denis et s'y découvre le goût de la vie religieuse. Il se retire dans le monastère qu'il fonde près de Xamur ; sa réputation d'ascétisme provoque un pèlerinage ; bientôt sa sainteté engage évéques et
voir le récit de sa mort PL. 13'J, 417 et de sa vie par Aimon, PL. 130, 387. Voir Pfister : Robert le Pieux, 1885, p. 9.
Géran, évèque d'Autun, mort en 914 : PL. 138. 259. Adalgarius, évèque d'Autun, 875-893.
Piobert. abbé de la Chaise-Dieu, meurt en 1067 : lire sa vie dans les Acta sanclorum, 24 avril, p. 317 et PL. 171, 1517.
Le roi Robert le Pieux, 996-1031 soutient décidément Cluni; il entreprend un grand pèlerinage dans le midi de la France et à Home ; il aime à chanter au lutrin et à y diriger les clercs et les moines ; il se pique de théologie, prend part aux conciles [Pfister. p. 35-37;. Sur ses longues et retentissantes aventures conjugales, voir ibidem.
Noter que de sauvages seigneurs, comme Foulque .Nerra, aideront au relèvement de l'Eglise : il crée l'abbaye de Beaulieu. vers 1002, et la fait consacrer, 1007, par Pierre évèque de Piperno, légat de Jean XVIII ; Geoffroi Martel crée la Trinité de Vendôme et la collégiale de saint Laud d'Angers : saint Aubin d'Angers atteint bientôt un haut degré de prospérité Halphen]. — C'est la politique nécessité de donner des terres à ses yn dites) qui oblige le plus souvent le comte à voler les terres d'église : « Régnier au Long Col s'entoure de clercs pieux ». Béranger de Namur recueille Rathier chassé le Liège Pirenne .
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seigneurs à le prier de réformer les abbayes : et le mouvement réformateur, secondé par l'enthousiasme du peuple, par Fappui moral et matériel des seigneurs, s'étend peu à peu juscpi à la Flandre, jusqu'à la mer. La règle de saint Benoît est rétal)lie dans sa pureté primitive ; la liberté des élections est rendue aux abbayes. De tous côtés, on en élève de nouvelles, en Flandre, en Brabant, en Ilainaut, dans le C.ambrésis et le pays de Liège. RéchauiTé par les moines, le sentiment religieux s'empare si fortement des âmes (pie pendant longtemps les églises de ces pays se distingueront par l'ardeur de leur foi. — L'évêque de Toul, Gérard, ne rencontre pas la même bonne volonté chez les seigneurs cpii l'entourent ; mais, s'il est en butte à leur violence, il ne se lasse pas de condamner leurs excès ; et sa charité envers les pauvres égale son indomptable énergie. Voici une autre àme, aussi ardente, (pii travaille à réveiller la foi en Bouriroijne. Ce n'est pas contre les brutalités des seigneurs, c'est contre la tenace mollesse des moines que Robert de Molesme doit infatigablement guerroyer ; et l'on ne saurait dire en vérité lacpielle de ces luttes entraîne à sa suite le plus de découragements et de déboires. Chassé de Saint-Michel de Tonnei're (hnix lois, chassé de Molesme. rpi'il a pourtant fondé, saint Robert résume l'histoire de ces âmes aimantes et impuissantes au milieu de la décadence générale : ce n'est (juà la lin de sa vie, ce' n'est qu'avec le