CHAPITRE DIXIEME
LA SAINTE EUCHARISTIE ( SUITE ) LES INC0MPRÉHENS1BIL1TÉS LUMINEUSES DE LA PRÉSENCE RÉELLE
Arrivons maintenant à ce que j'appelle les incompréhensibilités lumineuses de la sainte Eucharistie. Toutes les œuvres de Dieu ont un côté obscur et un côté éclatant. Comme elles sont faites par Dieu, elles ont des parties impénétrables à l'esprit humain ; et comme elles sont faites pour l'homme , elles en ont d'autres qui le ravissent. Cela est vrai du grain de blé qui trouve sa fécondité en mourant dans la terre, comme de l'astre qui nous éblouit dans le ciel. Mais quand ces œuvres de Dieu, au lieu d'être simplement le produit de sa sagesse, de sa puissance, viennent de son amour, on y sent croître, dans une proportion immense, ce je ne sais quoi de mystérieux et d'éclatant qui est le propre de cette sublime passion. Sous ce rapport, rien n'égale la sainte Eucharistie. Que d'obscurités pour l'esprit! Mais il n'y en a point pour le cœur. On ne voit pas le comment; mais comme on voit bien le pourquoi ! Entrons avec respect, avec humilité, dans l'intime de ce splendide mystère. C'est le Saint des saints.
Avouons -le, les obscurités et les incompréhensibilités de la sainte Eucharistie sont immenses, mille fois plus impénétrables que nous ne le saurions dire. Comment Jésus- Christ est-il réellement présent sur mille autels à la fois? Je n'en sais rien. Comment est-il tout entier dans une petite hostie? Je n'en sais pas davantage. Comment, par la consécration, la substance du pain et du vin est-elle changée au corps et au sang de Jésus -Christ? Comment puisje, moi, infirme, misérable, prendre ce corps divin, ce sang précieux, et m'en nourrir et en vivre? Mystère, obscurité, incompréhensibilité ! La seule chose que je voie, c'est que de ces obscurités, de ces incompréhensibilités naît une institution encore plus indestructible qu'elle est impénétrable. La raison même la plus hostile a beau en sonder toutes les parties, elle n'y découvre ni une déraison, ni une contradiction, ni une absurdité, ni une impossibilité. Elle n'y trouve que l'incompréhensibilité. Or, l'incompréhensibilité, c'est le divin.
Je l'ai dit ailleurs, n'est pas incompréhensible qui veut. Faites une œuvre. Si vous la comprenez, je la comprendrai comme vous. J'y mettrai le temps peut-être, parce que mon intelligence n'égale pas la vôtre. J'appellerai à mon secours, s'il le faut, une raison plus haute que la mienne, un esprit plus pénétrant. Mais si vous voyez clair, vous, homme, dans votre œuvre, j'y verrai clair aussi. Je suis
de même race que vous , et je vous défie de monter assez haut pour que je ne vous suive pas, au moins de loin. On a compris Kant, on a compris Hegel, on a compris les plus obscurs; on les a si bien compris qu'on a fait le tri dans leur œuvre : d'un côté , ce qui est vrai ; de l'autre , ce qui est faux, absurde, contradictoire. Or, dès que l'homme comprend complètement une œuvre , c'est qu'elle est humaine, c'est qu'elle a été créée, inventée par l'homme. Il n'y a que l'incompréhensible qui n'a pu naître dans l'esprit de l'homme, qui vient nécessairement de plus haut, et qui par conséquent est divin.
Et ce qui ajoute à la force de cette preuve, c'est que dans cette obscurité, dans cette impénétrabilité, on n'a pas trouvé de contradictions. Voilà vingt siècles qu'on l'essaye, sans résultat. Il n'y a rien de plus clair qu'une contradiction. Cela saute aux yeux. Si on en avait trouvé une, tout le monde la verrait, la toucherait du doigt. C'en serait fini de l'institution eucharistique. Elle vit cependant depuis vingt siècles; elle continue à grouper autour d'elle, dans l'adoration et dans l'amour, des milliers et des millions de fidèles. C'est donc qu'elle n'est ni contradictoire ni absurde; elle n'est qu'incompréhensible , c'est-à-dire divine l
Pour y trouver de la contradiction, il faudrait savoir d'une part ce que c'est que la matière , quelles sont ses qualités essentielles, de quelles modifications elle est
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(susceptible. Or cela , on ne le sait pas. Et ce qu'on jait encore moins, et ce qu'il serait nécessaire cependant de connaître aussi pour établir une contradiction, c'est le mode de présence de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Ce mode de présence, tout le monde l'ignore, même l'Eglise , qui le proclame absolument incompréhensible.
On me dispensera de citer Leibnitz, Malebranche, Newton, Haller, de Iïumboldt, avouant leur ignorance des principes constitutifs de la matière. Est- elle nécessairement étendue ou inétendue ? Les accidents peuvent-ils être séparés de la substance ? De quelles modifications est-elle susceptible ? Qui le sait ? La matière, qu'on croyait immobile autrefois, varie sans cesse. Le même morceau de matière passe en un instant des dernières limites de la condensation aux excès inimaginables de la vaporisation. Tel gaz peut être condensé , réduit à rien , devenir un corps dur. Le globe et tous les astres , si on en avait la puissance , pourraient tenir dans le creux de la main. D'autre part, prenez une goutte d'eau, mettez -la sur le feu, elle acquiert immédiatement une telle puissance d'extension qu'elle occupe quatorze mille fois plus d'espace. Elle, si douce, si calme, elle devient une force terrible, capable de faire sauter des montagnes. Prenez du marbre, du quartz, c'est de la matière; mais combien froide, inerte! Et à côté de cela, voyez la lumière : elle fait soixante-quinze mille lieues à la seconde. Prenez l'éther, ou tel parfum de l'Orient ; la lumière paraît, à côté d'eux, un corps lourd. Or, si telle est la matière à l'état naturel , qui dira ce qu'elle pourrait devenir, quand Dieu voudra la sublimer? Saint Paul, parlant du corps glorifié des bienheureux, dit: « Seminalur corpus animale, surget corpus spiritale. On sème un CORPS animal, il en sort
un corps-esprit1. » Voilà l'état du moindre des bienheureux. Que sera-ce donc du corps de Jésus-Christ, mille fois plus spiritualisé que le plus élevé des bienheureux ? Bref, vous ne savez pas ce que c'est que la matière, ni de quelles modifications elle est susceptible; et par conséquent le premier élément, dont vous auriez besoin pour établir une contradiction dans le mystère eucharistique, vous manque. Le dernier des paysans, auquel on dit que deux millions de petits êtres , parfaits , complets , capables de vivre, d'aimer, de se reproduire, tiennent sur la pointe d'une aiguille, rit d'un rire niais, qui ne vou3 est pas permis.
Le second élément qui vous manque pour asseoir la contradiction dont vous parlez, c'est la connaissance exacte du mode de présence de Jésus-Christdans la sainte Eucharistie. Que dit l'Eglise sur ce point? Dit-elle que le corps de Jésus- Christ y est dans son état naturel? Nullement. Dit-elle qu'il y est dans son état surnaturel, glorifié? Pas davantage. Elle dit qu'il y est selon un mode unique, mystérieux, qui n'appartient qu'à lui, et dont personne n'a aucune idée. Il y est substanticllement ; cela est certain; mais qu'est-ce que la substance ? Il y est spirituellement, c'est-à-dire à la manière des esprits ; à peu près comme l'âme est dans le corps ; mais comment l'âme est-elle dans le corps? Qui le sait? Cherchez donc, dans ce fond d'obscurités mystérieuses , obscurités naturelles , aussi profondes , aussi impénétrables que les obscurités surnaturelles, cherchez, dis-je, un point d'appui pour donner une base à vos prétendues contradictions. Les éléments vous échappent. Donc impossible à la raison droite, à la vraie philosophie, d'élever une objection
1 1 Corinth. xv, 44.
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sérieuse contre la présence de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. On ne peut constater que l'incompréhensibilité. Mais l'incompréhensible n'est pas la contradiction. L'incompréhensible, uni à la beauté et à la fécondité, je le répète, c'est le divin !
Si la sainte Eucharistie est, par un côté, incompréhensible, défiant l'esprit humain de percer ses obscurités, il n'est pas cependant impossible, en interrogeant la nature, en écoutant la science et la raison, d'y faire pénétrer un peu de lumière. Dieu a fait le monde de la nature sur le plan du monde supérieur de la grâce, et il a semé dans le premier des images, des symboles qui aident à entrevoir les merveilles plus hautes du second.
Reprenons donc par le détail les principales difficultés qu'on oppose au mystère de la sainte Eucharistie, et essayons, au moyen de quelques analogies de la nature, d'en entrevoir la possibilité.
Gomment d'abord Jésus-Christ, sans cesser d'être au ciel, peut-il être présent sur l'autel, sur mille autels à la fois ? Pour répondre à cette première question , il faudrait savoir ce que c'est que l'espace. Car la présence réelle, considérée en général, n'est qu'une question d'espace. Vous êtes chez moi, dans ma chambre; je vous parle, je vous écoute ; c'est la présence réelle. Vous sortez de ma chambre, vous passez dans une chambre voisine dont vous fermez la porte; je ne vous vois plus, mais je vous entends; nous parlons ensemble à travers la muraille ; c'est encore la présence
réelle, sous un voile. Vous quittez la maison, vous vous éloignez par la grande route ; je vous suis du regard ; vous vous retournez pour me faire signe ; c'est encore la présence réelle. La route s'allonge, bientôt je ne vous vois plus, vous ne me voyez pas davantage ; la présence réelle va cesser ; mais la science met dans mes mains une lunette d'approche ; vous en avez une aussi; nous nous revoyons; nous nous faisons signe ; c'est la présence réelle qui renaît. Vous voyez bien que c'est l'espace qui, en s'agrandissant ou se diminuant, crée ou détruit la présence réelle. Cet espace est immense entre le ciel et la terre, entre Jésus-Christ et nous; mais si Dieu le supprimait ! Est-ce que Dieu ne le peut pas ? Leibnitz ne trouve pas cette suppression impossible. Alors nous serions mis, Jésus-Christ et nous, par la simple suppression de l'espace, dans ce rapport qu'on appelle la présence réelle.
Vous me direz : « Est-ce que Dieu peut supprimer l'espace entre deux êtres ? » Pourquoi pas ? Nous le faisons bien tous les jours; et, par une série de découvertes incomparables, la science nous permet d'opérer aujourd'hui, sur la plus grande échelle , cette suppression de l'espace.
Voyez d'abord le télégraphe. Avec lui, je puis envoyer ma pensée en une seconde à tous les points du globe. Supposez que j'aie un cabinet télégraphique complet tel qu'on pourrait déjà le créer aujourd'hui ; car qui peut savoir ce qu'on fera dans l'avenir ? Rien qu'en posant les mains sur un clavier, je ferais rayonner ma pensée en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Amérique, à travers les montagnes, sous les océans, à tous les points du globe. Et non seulement ma pensée, mais ma volonté. Imaginez un roi universel ; en une seconde il fera mouvoir toutes les volontés du monde entier avec la sienne. Et pour que l'expression de ma pensée, de ma volonté, ait son cachet
d'authenticité irrécusable, voilà qu'on est en train de trouver le moyen d'envoyer par le télégraphe mon écriture, c'est-à-dire le corps matériel dont ma pensée s'enveloppe. Et si on envoie l'écriture , pourquoi pas le portrait? Et qui peut dire, le principe trouvé, où on s'arrêtera?
Voyez maintenant le téléphone. Supposez- le établi partout comme il le sera dans vingt ans. Ce n'est pas seulement ma pensée, mon écriture que j'enverrai à tous les points du globe; c'est ma parole, mon accent. Du fond de l'Amérique, mes parents, mes amis diront : C'est lui, je reconnais sa voix.
Après le téléphone, voilà le phonographe. Vingt ans, cent ans, mille ans s'écoulent. Où suis -je? Que suis-je devenu? De moi , tout a péri , excepté la partie la plus fragile de mon être, ma voix. La voilà saisie, emmagasinée, rendue éternelle. Elle brave maintenant le temps , comme tout à l'heure elle bravait l'espace. Dans cent ans, dans mille ans, on pourra l'entendre, telle que l'entendirent les contemporains. Supposez que cette invention admirable eût eu lieu il y a dix-huit cents ans, et qu'on s'en fût servi au moment où Jésus- Christ, sur la montagne, disait : Bienheureux les cœurs purs; nous pourrions entendre aujourd'hui sa voix, son accent, le timbre de sa parole. Ce sérail à tomber à genoux, dans l'extase et dans l'adoration.
Mais quoi ! la science crée en ce moment à l'homme une sorte de présence réelle ; elle lui donne le moyen d'universaliser et de perpétuer sa pensée, sa parole, son écriture, son accent, sa voix ; c'est-à-dire une partie de luimême, et vous ne voulez pas que Dieu, la puissance infinie, le réalise au profit de son amour 1 c'est absurde. La lumière fait soixante-quinze mille lieues à la seconde , quatre millions de lieues à la minute t deux cent soixante-dix
millions de lieues à l'heure. Appliquez seulement cette vitesse aux inventions dont je parle , le globe n'y suffit plus ; c'est la présence réelle débordant tous les temps et tous les lieux.
Vous me direz : « Mais ce n'est là encore que le rayonnement, à travers l'espace, de votre pensée, de votre volonté, de votre écriture, de votre voix; ce n'est pas le rayonnement de votre substance. » A la bonne heure! Interrogeons maintenant d'autres sciences : laphysique, la chimie, la physiologie. Elles nous apprendront d'autres secrets non moins merveilleux. Tous les êtres rayonnent. Ils émettent tous au dehors quelque chose de leur substance. La lumière, le calorique, le magnétisme sont des forces rayonnantes. L'homme l'est plus qu'aucun être. Il se renouvelle incessamment par le rayonnement. Au bout d'un temps plus ou moins long, il ne lui reste pas un seul atome du corps qu'il avait précédemment. Rayonnement partiel, successif, limité, comme il convient à un être aussi fragile que l'homme ; pourquoi ne serait-il pas intégral et incessant en Jésus-Christ ? Ce serait le même phénomène, poussé à l'infini.
Je donne ces explications pour ce qu'elles valent : des hypothèses, des analogies, comme il y en a dans toutes les sciences, des à peu près qui vont à certains esprits, et que, pour cette raison, il ne faut pas omettre. Mais, à mes yeux, tout pâlit devant ce grand et simple argument : Dieu a voulu la présence réelle, et il l'a faite. Il l'a voulue, parce qu'il est l'amour infini; et il l'a faite, parce qu'il est la puissance infinie. Que peut-on répondre à cela?
Regardons maintenant le voile sous lequel Jésus- Christ est caché; d'autres obscurités, d'autres lumières.
Comme Jésus-Christ, dans la sainte Eucharistie, voulait être invisible, il fallait quelque chose qui nous le montrât; et comme il ne pouvait pas ne pas y être à l'état glorieux qui est son état naturel , il fallait quelque chose qui nous le cachât. Un indicateur et un voile, voilà ce qu'exigeait la présence réelle.
Mais de quoi allait être composé ce voile indicateur ? Assurément Dieu pouvait y employer quelque être que ce fût. 11 paraissait néanmoins convenable que ce fût quelque chose de très léger, presque d'immatériel. Il ne fallait, pour ainsi dire, que le strict nécessaire, afin qu'entre Jésus-Christ et nous il n'y eût rien, le moins possible.
Jésus-Christ prit donc un peu de pain , du pain sans levain, quelques gouttes de vin. Ce choix se référait au dessein qu'il avait d'être notre nourriture; ce que le voile indicateur devait dire aussi. Qu'y a-t-il d'ailleurs de plus léger, de moins matériel qu'un peu de pain et quelques gouttes de vin? Encore cette hostie si légère, Jésus-Christ l'a trouvée trop épaisse , trop opaque. Il l'a évidée.
Il y a dans le pain, comme dans tous les êtres, deux choses : la substance invisible et la forme visible; la substance, c'est-à-dire ce qui porte et soutient tout; et la forme, c'est-à-dire la couleur, le goût, la visibilité, ce qui tombe sous les sens et sert à montrer la substance invi-
sibîe. C'est cette seconde chose, la forme, que Jésus-Christ garda ; il en avait besoin pour frapper et diriger les yeux. Quant à la substance, à quoi bon? Elle se mêlerait inutilement au corps de Jésus -Christ, qui ici devait être seul. Elle a pour effet de nourrir la vie matérielle de l'homme ; on n'en avait pas besoin. Pour ces deux raisons, il arracha la substance du pain et du vin. Il enleva tout ce qui, dans le pain, est solide, tout ce qui est corps. 11 enfonça, pour ainsi parler, la muraille. Il ne garda que la pure visibilité, sans laquelle il n'y aurait pas eu de voile indicateur.
Si même, après avoir arraché la substance, il avait pu encore enlever la forme, le goût, l'odeur, les dimensions, il l'aurait fait, afin qu'il n'y eût plus rien entre lui et nous ; mais, comme il ne le pouvait pas, il ne laissa subsister que de pures apparences , et les fît flotter comme un voile sur sa personne adorable présente au sacrement. Ainsi, cherchant Jésus -Christ sur l'autel, nous ne palpons pas inutilement dans les ténèbres ; nous savons exactement où il est ; et l'ayant trouvé, nous ne sommes pas accablés par sa gloire. Nous l'adorons et nous en jouissons sous un voile.
Que sont ces apparences qui subsistent seules après la consécration ? Il est difficile de le dire. Peut-on croire, avec saint Thomas, que ces qualités sensibles des êtres, ces accidents , sont absolus; c'est-à-dire qu'ils subsistent tout seuls, en vertu de leur propre nature, et indépendamment de la substance qui les porte? ou bien, faut-il dire que Dieu , ayant enlevé la substance , continue à affecter nos yeux, notre odorat, notre goût, comme si la substance existait encore? Au fond, peu importe. La substance n'y est plus; Dieu l'a enlevée; car elle était ici inutile, gênante, sans emploi. Et, par la toute -puissance
de Dieu, les qualités sensibles, les apparences, sont seules restées. Elles enveloppent, comme d'un voile indicateur, le corps réellement présent de Jésus-Christ.
Il y a donc entre Jésus -Christ et nous, dans la sainte Eucharistie, un voile qui sert en même temps à nous le montrer et à nous le cacher. Maintenant posons une question plus difficile. Comment Jésus -Christ est -il sous ce voile? L'Eglise répond : « Vere, realiter, et substantialiter. Vraiment, réellement, et substantiellement. » Elle accumule les adverbes, les synonymes, comme Jésus- Christ qui disait à ses apôtres après sa résurrection : « Touchez mes pieds, touchez mes mains; mettez le doigt dans la plaie de mon cœur, et voyez que je ne suis pas un fantôme. »
Jésus-Christ non plus n'est pas un fantôme dans la sainte Eucharistie. Il y est vraiment, réellement et substantiellement, tel qu'il est dans le ciel. Ou plutôt il n'y a pas deux Christs , un dans le ciel et un sous le voile. C'est celui qui est dans le ciel qui est en même temps sous le voile, glorieux ici et là , mais ici invisible.
N'allez pas croire cependant que le corps adorable de Jésus-Christ soit réduit aux proportions du voile. Il y est, non pas à l'état des corps grossiers , mais à l'état des corps glorieux ; ce n'est pas assez dire , à l'état des esprits. Il y est comme mon âme est dans mon corps. Déborde- 1- elle les limites de mon corps ? ne les déborde-t-elle pas ? qui le
sait. Ainsi de Jésus -Christ sous la sainte hostie. Pas plus grand dans les grandes hosties, pas plus petit dans les petites. Jamais rompu ni divisé. Nonconfractus, non divisus, integer accipitur*. Le prêtre, qui divise la sainte hostie, divise le voile; mais il ne divise pas Jésus-Christ. Le prêtre, qui multiplie les saintes hosties, multiplie les voiles; il ne multiplie pas Jésus-Christ. Le prêtre, qui change la sainte hostie de place, ne meut pas Jésus -Christ, qui étend ou retire sa présence, sans se mouvoir ni être mu.
Et non seulement Jésus-Christ est présent dans la sainte Eucharistie vere , realiter et substantialiter, mais il est sous le voile avec tous les organes de son corps adorable, avec toutes *es facultés de sa sainte âme , avec toutes les splendeurs de sa divinité. C'est par ses yeux qu'il nous voit, par ses oreilles qu'il nous entend. Ses sens sont physiquement affectés par notre présence, quand nous nous agenouillons à ses pieds devant le tabernacle.
Je sais que tous les théologiens n'admettent pas cette doctrine. Ils croient que Jésus-Christ ne jouit pas au saint autel de ses organes corporels ; qu'à cause de l'inextension de son corps adorable, ses yeux, ses organes, ses sens demeurent sans fonctions; qu'il ne nous voit que par sa science infuse , ou sa vision béatifique. Tout au plus admettent-ils que les objets extérieurs peuvent se mettre en contact avec l'âme sainte de Jésus par d'autres moyens que par l'intermédiaire de ses sens. « Rien n'empêche, disent-ils, que Notre-Seigneur soit doué, comme les hommes le sont en certains états extraordinaires, de nouvelles puissances vitales qui, divinement mises en jeu, le mettraient à même d'entretenir des relations avec nous par des ca-
1 Prose de saint Thomas : Lauda Sion.
naux plus directs, et le dispenseraient du concours dos organes extérieurs de la sensation1. »
Tout cela est assurément possible. Et cependant, combien je trouve plus simple, plus naturel, plus touchant, plus humain de penser que, quand nous prions aux pieds de Notre -Seigneur au saint Sacrement, c'est par ses yeux qu'il nous voit, par ses oreilles qu'il nous entend, comme il voyait et entendait ses apôtres aux bords des lacs de Galilée, ou dans les secrets épanchements de la Cène! Pourquoi en serait-il autrement? Est-ce la question d'espace qui embarrasse ? Mais il est en dehors des lois ordinaires de l'espace. Est-ce la question du miracle ? Mais les miracles sont multipliés ici; celui-ci ne dépasse pas les autres. Et combien l'amour y gagne! Puisque Jésus-Christ créait la présence réelle de l'Eucharistie pour nous dédommager de n'avoir pas connu celle de l'Incarnation t il a dû les faire, l'une et l'autre, aussi semblables que possible. Or n'est-il pas plus près de nous si le mince voile des c 4pèces n'est un obstacle que pour notre vue, non pour la sienne; et si, au lieu de rester séparé de nous, dans un état d'ignorance physique auquel il n'échapperait que par l'action de sa science infuse, il peut être humainement en rapport avec nous par ses yeux qui nous voient, par ses oreilles qui nous entendent, par son cœur qui bat en nous sentant près de lui.
C'était la pensée de saint Bonaventure, de ce grand docteur qu'on a appelé le docteur séraphique, parce qu'il avait toutes les intuitions , surtout celles du cœur. Il lui semble si évident que Notre -Seigneur se sert de ses sens cor-
1 La sainte Communion , par le R. P. Dalgaims; 2 vol. in-8°; Paris, Ambroise Bray, 1868, t. 1, p. 182.
porels dans la sainte hostie, nous voyant de ses yeux, nous entendant de ses oreilles, qu'il apporte cela comme un argument pour prouver que le corps de Jésus-Christ est tout entier sous le voile eucharistique1.
Suarez, le plus grand peut-être de la seconde génération des scolastiques, est du même avis. « Il n'y a pas de difficulté, dit -il, à supposer que, par le pouvoir de Dieu, les sens extérieurs de Notre-Seigneur dans le saint Sacrement, ses yeux, ses oreilles, agissent comme lorsqu'il était au milieu de ses apôtres5. »
Un autre grand théologien jésuite, Lessius, exprime plus fortement encore la même opinion. « Il est très probable que le Christ dans l'Eucharistie, par son pouvoir divin, voit, par les yeux du corps, le prêtre et les autres personnes présentes, et qu'il entend leurs voix. Puisque Notre- Seigneur, dans ce sacrement, réside avec nous corporel lement, il est convenable qu'il puisse entretenir commerce avec nous par ses sens corporels, et qu'il ne soit pas là d'une manière endormie et morte8. »
Citons encore un théologien qui peut être appelé le dernier des scolastiques , mais qui recueille toujours avec un soin remarquable l'opinion des théologiens des écoles anciennes et du moyen âge. « On peut croire, dit le savant théologien Viva, que, dans l'Eucharistie, le Christ Notre- Seigneur se sert de ses yeux d'une manière naturelle pour voir tout ce qui environne l'autel. Autrement, il serait semblable à une chose morte ou à une pierre; ce qui serait indigne de Notre-Seigneur4. »
i Bonavent., In 4« distinct., xix, art. 1, 2.
* Suarez, De Sacramentis, lui, 3.
3 Lessius ap. Cienfuegos, Vita abscondita, disp. 2, lect. 1 , 2.
* Viva, part. 7, disput. 4, 2, 7.
Terminons par une belle citation d'un savant cardinal espagnol, Cienfuegos. Il a consacré une grande partie de sa Vita abscondita à établir que Jésus- Christ use de ses sens corporels dans la sainte Eucharistie. « J'affirme, ditil, que Notre -Seigneur, dans la sainte Eucharistie, fait usage de ses sens. Bien que je ne détermine pas si c'est naturellement, par un miracle, ou par la puissance divine immédiate, j'affirme que ce fait, si extraordinaire qu'il puisse paraître, est mille fois plus convenable et môme nécessaire, tant pour l'honneur de Notre-Seigneur là présent que pour notre avantage, et à cause des fins pour lesquelles la sainte Eucharistie a été établie. » Puis il ajoute que Notre-Seigneur nous voit de ses yeux, nous entend de ses oreilles, parce que « de savoir qu'il le fait, il résulte un grand accroissement dans l'amour des fidèles, dans leur confiance et leur vénération pour lui. Leur commerce avec lui devient presque divin. Ils prendront plus de soin de purifier leur conscience. Ils seront plus préoccupés de le recevoir dignement, et feront pour cela de plus grands efforts. Car, quand je songe moi-même que, de l'hostie, le Seigneur Jésus me voit de ses yeux corporels; qu'il entend de ses oreilles extérieures les prières que je lui adresse, comme ma foi grandit à cette pensée ! comme mon amour s'enflamme ! tandis qu'une révérence profonde me remplit de stupeur, et que les plus douces consolations coulent dans mon âme '. »
Voilà ce qu'est la présence réelle de Jésus-Christ sous le voile eucharistique. Assurément nul esprit, même le plus pénétrant, même aidé de toutes les lumières de la science, n'écartera jamais les ombres qui enveloppent ce profond
1 Cienfuegos, Vita abscondita, disp. 2, lect. i, 1.
LA VIE CHltÉTiENiNE 225
mystère. Mais assurément aussi, nul esprit, même le plus hostile, n'y découvrira jamais ni une impossibilité, ni une contradiction; rien qui ne soit facile à la Toute -Puissance, et qui ne sorte, comme un torrent, des profondeurs de l'Amour infini. C'est ce que disait la princesse Palatine, revenue à Dieu après tant d'erreurs. « Il est bien croyable, disait- elle, ^u'un Dieu qui aime infiniment, en donne des preuves proportionnées à l'infinité de son amour et à l'infinité de sa puissance : et ce qui est propre à la toutepuissance d'un Dieu passe de bien loin la capacité de notre faible raison. Depuis qu'il lui a plu, ajoutait -elle, de me mettre dans le cœur que son amour est la cause de tout ce que nous croyons, cette réponse me persuade plus que tous les livres. — C'est là, continue Bossuet, que la princesse Palatine a trouvé la résolution de ses anciens doutes : Dieu a aimé : c'est tout dire I S'il a fait, disait-elle, de si grandes choses pour déclarer son amour dans l'Incarnation , que n'aura-t-il fait pour le consommer dans l'Eucharistie , pour se donner, non plus en général à la nature humaine, mais à chaque fidèle en particulier? Croyons donc , avec saint Jean , en l'amour d'un Dieu : la foi nous paraîtra douce, en la prenant par un endroit si tendre1. »
1 Bossuet, Oraison funèbre d'Anne de GonzagueL princesse Palatins.
Prise en effet « par un endroit si tendre », la foi à l'Eucharistie n'offre presque plus d'obscurités. Combien déj elles avaient diminué devant le regard de la raison et de la vraie science ! Mais placez -les en face de l'amour, et voyez ce qu'elles deviennent !
Il y a des difficultés sans doute, des obscurités dans le mystère de la présence réelle ; mais d'abord celui qui aime serait bien fâché qu'il n'y en eût pas; car savez- vous à quoi servent ces difficultés? à faire triompher son amour. Il regarde le tabernacle : comment Jésus-Christ est-il là? Dieu a tant aimé le monde! comment sous mille hosties? Dieu a tant aimé le monde! comment dans mon cœur? Dieu a tant aimé le monde! Quel bonheur de fermer les veux et de dire : Mon Dieu , je vous aime , et je me fie à vous !
Et non seulement le cœur ne sait pas comment Jésus- Christ a pu s'y prendre pour demeurer dans la sainte Eucharistie; mais il ne veut pas le savoir; il serait bien fâché qu'on le lui dît; car, s'il le savait, il perdrait un des plaisirs les plus doux, les plus délicats de l'amour. J'entre dans un souterrain obscur; enfant, je tremble un peu. Mais ma mère me tient la main ; mais mon vénérable père me donne le bras. Quelle joie de m'enfoncer dans l'obscurité, soutenu par de si tendres appuis !
D'ailleurs, comment Jésus-Christ vient-il à moi? En
se dépouillant. Quel bonheur donc d'aller à lui, en me dépouillant aussi! Il quitte sa gloire, sa puissance extérieure, sa majesté. Quelle joie de renoncer aussi à me3 sens , à ma raison , à ce qui fait ma fierté et mon orgueil 1 Pour venir à moi, il se fait tout cœur, pour ainsi dire. Quel bonheur de me faire tout cœur aussi, pour aller jusqu'à lui !
Voilà comment, quand on aime, les difficultés, les obscurités de la sainte Eucharistie, au lieu d'être un obstacle, sont un charme et un attrait de plus.
Mais que me parlez -vous d'obscurités, de difficultés? Il n'y en a point quand on aime! Dès qu'on a prononcé ce grand mot, on nage en pleine lumière.
Vous vous étonnez, par exemple, que Jésus -Christ ait voulu demeurer réellement présent dans la sainte Eucharistie, et j'avoue que, quand on n'aime pas, c'est absurde, impossible. Mais quand on aime, ah 1 c'est bien différent. Moi, je ne suis qu'une pauvre créature, froide, égoïste. Mais quand j'aime quelqu'un, c'est mon bonheur de demeurer près de lui. S'il faut le quitter, je souffre; si l'absence doit être longue, si elle devait durer toujours, ce serait une douleur inexprimable. Et vous ne comprenez pas que Jésus-Christ, qui aime mille fois plus que nous, n'ait voulu ni absence ni séparation , mais une éternelle
demeure avec ceux qu'il aime! C'est le contraire que je n'aurais pas compris.
Vous vous étonnez que Jésus-Christ, ayant voulu demeurer sur la terre , ne se soit pas contenté de rester en un seul lieu, mais qu'il ait voulu être en mille endroits, sur mille autels à la fois. Vous vous étonnez de cela? C'est que vous n'aimez pas 1 Vous êtes père, je suppose, vous êtes mère. Dieu vous a donné quatre ou cinq enfants. Ils grandissent autour de vous comme de jeunes plants d'oliviers qui abriteront un jour votre vieillesse. Tout à coup, je ne sais quel vent se lève et vous les emporte à tous les coins du monde. Dites-moi, est-ce que vous ne souffrez pas? Est-ce que vous ne voudriez pas demeurer avec tous et avec chacun? Vous vous en allez, pauvre mère, passer un mois près de l'un, un mois près de l'autre, pour essayer de tromper votre cœur. Mais si tout à coup ces chers enfants avaient besoin de vous en même temps; si vous les saviez tristes, malades; s'ils se mouraient à la même heure, vous cherchant de leurs derniers regards; ditesmoi, est-ce que votre supplice amer ne serait pas de ne pouvoir vous mettre en deux, en quatre, en dix, afin d'être partout où souffrent ceux que vous aimez ! Eh bien ! ce que vous voudriez faire, Dieu l'a fait; Dieu qui est père, Dieu qui a des enfants partout, Dieu qui n'a pas seulement an cœur pour rêver l'impossible, mais qui a une puissance sans limites pour le réaliser. Ah 1 ne blasphémez pas le miracle de la présence réelle étendue à toutes les âmes ; c'est la plus divine des inventions de l'amour. Vous l'auriez créée, si vous aviez pu.
Vous vous étonnez que Jésus -Christ, voulant rester parmi les hommes, n'y ait pas du moins conservé sa grandeur, sa majesté, et qu'il se soit fait si petit. Ah! per-
mettez -moi de vous le dire, la grandeur, la majesté, c'est bon avec ceux qu'on n'aime pas. Vous savez l'histoire de Henri IV. Il jouait avec ses petits enfants, lorsqu'on lui annonce les ambassadeurs de la République de Venise. Il les fait entrer ; et il se relevait à peine de ce tapis sur lequel il faisait ces charmants enfantillages que les pères font avec leurs petits enfants, lorsqu'il aperçoit sur le visage des graves ambassadeurs un étonnement qu'ils n'avaient pas eu le temps de dissimuler. « Ah I dit le roi, on voit bien que vous n'êtes pas pères I » Eh bien ! Dieu est père ; et voilà pourquoi il a laissé sa grandeur, sa majesté, afin que nous puissions nous approcher de lui, simplement, familièrement, comme font des enfants, même avec les plus graves magistrats, quand ces magistrats sont leurs pères.
Vous vous étonnez qu'après avoir souffert et être mort pour nous, Jésus -Christ ait voulu perpétuer son sacrifice, et demeurer à jamais dans la sainte Eucharistie à l'état d'immolation et de victime. C'est que vous ne savez pas quel bonheur c'est de souffrir et de mourir pour ceux qu'on aime. Il n'y a rien de plus grand sur la terre. Seulement, ô infirmité de la nature humaine! ce bonheur ne dure pas. Quand on a donné son temps, ses biens, son âme, on peut encore donner sa vie; quand on a donné sa vie, c'est fini; on ne peut plus rien pour ceux qu'on aime. Il n'y aurait qu'une ressource, ce serait de la leur donner mille fois, de la leur redonner toujours I « Souffrir, toujours souffrir, et ne jamais mourir ! » Parole sublime , sortie du cœur d'une femme, d'une sainte 1 On n'en imagine qu'une qui puisse être plus belle : « Mourir, mourir toujours , et après être mort mille fois , remourir encore ! » Mais il n'y a qu'un Dieu qui ait pu la prononcer; et il en a fait le nœud et
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comme le cœur de la sainte Eucharistie, afin qu'il fût le maître dans l'amour comme en tout 1
Vous vous étonnez , car tout vous étonne dans ce mystère, que Jésus-Christ se soit mis dans la sainte Eucharistie sous une forme où nous pouvons le manger, nous l'incorporer, nous en nourrir 1 Cela vous étonne ! Mais non, cela ne peut pas vous étonner. « Dans les transports de l'amour humain, dit hardiment Bossuet, qui ne sait qu'on se mange , qu'on se dévore, qu'on voudrait s'incorporer en toutes manières ; et , comme disait ce poète , enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre. Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel , est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus. Prenez et mangez, ceci est mon corps : dévorez , engloutissez , non une partie, non un morceau, mais le tout1. C'est à ce sentiment qu'obéit un jour cette femme, cette mère, cette fille affolée de douleur, qui, voyant son vieux père défaillir d'inanition, découvrit audacieusement sa poitrine, et lui fit sucer son lait. Et c'est ce même sentiment qui éclaire d'une lueur si sublime ce sombre épisode d'Ugolin dont j'ai parlé ailleurs ; ces petits enfants qui se traînent, défaillants eux-mêmes, aux pieds de leur père qui meurt de faim ; qui lui tendent leurs petits bras, et qui lui disent : Père, mange de nous, mange de nous !
Voilà la sainte Eucharistie. Prenez tous les sentiments du cœur de l'homme; unissez-les; broyez -les ensemble; vous aurez cette institution adorable. Je comprends que celui qui n'aime pas n'y comprenne rien. Mais quand on
1 Rossuet, Méditalion sur l'Évanaile., la Cène, Ir« partie, § xxiv.
aime, et qu'on voit ce que Jésus-Christ a fait pour contenter son cœur; comment il est venu à bout d'en réunir toutes les aspirations, tous les élans sublimes, de les condenser dans un seul acte, et de les faire durer toujours; c'est à en mourir de jalousie 1