‹ Le christianisme et les temps présents (volume 2)Chapitre 3 sur 36 · PROLOGUE f · texte numérisé non relu

PROLOGUE f

humain jusqu'à la fin des siècles. Notre troisième volume est consacré à poser et à développer cet argument.

Mais ce n'est pas encore assez qu'un homme soit religieux, chrétien. Il faut qu'il soit catholique, qu'il fasse partie de cette grande et sainte société qu'on appelle l'Église. Car, pour continuer l'œuvre de sa vie , pour perpétuer son enseignement sans l'altérer, pour le porter à la terre entière, Jésus-Christ a fondé une société qu'il a douée du privilège de l'infaillibilité, qu'il a décorée des caractères divins de l'unité, de la catholicité, de la sainteté et de l'apostolicité ; dans laquelle il a déposé, avec des trésors de lumière et de grâce , le dépôt unique de la vie divine destinée à l'humanité. L'obligation d'entrer dans cette société et d'y demeurer naît moins du commandement formel que Notre- Seigneur nous en a fait, que de l'impossibilité de trouver ailleurs la vérité et la grâce dont nous ne pouvons pas nous passer. Les origines de l'Eglise catholique , sa constitution , ses caractères divins , sa vie impérissable, sa différence avec les fausses Églises, ses rapports avec les sociétés humaines sont exposés dans notre quatrième volume.

Si Jésus-Christ n'eût été qu'un philosophe, ou s'il n'eût voulu apporter au monde qu'une explication sensée et sublime des éternels problèmes qui tourmentent la conscience humaine, notre tâche serait finie. Mais bien autres étaient les desseins du Sauveur. Il ne voulait éclairer l'esprit et fortifier la volonté que pour amener l'homme à mener une vie supérieure aux sens, même à la raison ; une vie qu'on appelle justement divine, parce qu'elle ne trouve ni son principe, ni ses moyens, ni sa fin dans les exigences de la nature humaine, même la plus parfaite. C'est par là que le vrai chrétien est si grand, commençant sur la terre

la même vie qu'il doit mener un jour dans le ciel. Notre cinquième et dernier volume traitera de cette vie, non pas au point de vue théorique, mais d'une manière toute pratique. Au point de vue théorique, nous en avons déjà parlé vingt fois. Aurions-nous pu traiter de Jésus-Christ sans dire quelle vie il avait apportée dans le monde ; les caractères divins de cette vie ; comment elle avait relevé la nature humaine, éclairé l'esprit, purifié le cœur, fondé la conscience, et, après l'individu, renouvelé la famille et la société? Aurions-nous pu surtout ne pas montrer quelles vertus inconnues avaient germé du sang versé par l'Homme- Dieu : l'humilité, la chasteté, l'apostolat, le dévouement à Dieu et aux hommes? Tout cela, nous en avons parlé assez pour n'y pas revenir. Mais la partie pratique n'a pas même été effleurée. Comment cette vie divine entret-elle dans l'âme et s'y deveioppe-t-elle? Par quelles institutions Dieu la soutient-il quand elle faiblit, la ressuscite-t-il quand elle est morte ? De quelle manière l'élève-t-il à sa perfection? Comment cette vie, persistant dans l'âme malgré tant de périls, protégée, défendue, alimentée, accrue divinement, nous conduit-elle au ciel, à la béatitude éternelle ? Voilà les questions qui nous restent à traiter. Nous serions bien heureux si, en particulier, nous pouvions verser une pleine lumière sur les deux institutions capitales de la vie chrétienne : la Pénitence et l'Eucharistie. Combien nous avons rencontré d'hommes, des meilleurs, à qui il ne manquait que la pratique de ces deux sacrements pour être des hommes parfaits, et auxquels il ne faudrait qu'un peu enhardir le cœur en leur donnant davantage de lumière ! Et combien d'autres qui se détacheraient davantage de la terre si on faisait mieux resplendir à leurs yeux la pensée de l'éternité I C'est ontre

dernière ambition. Nous nous estimerions payés de toutes nos peines, si, après avoir essayé, dans nos premiers volumes, de faire des chrétiens éclairés, nous contribuons, par ces dernières pages, à en faire des chrétiens pratiquants.

Page 1