‹ Le christianisme et les temps présents (volume 2)Chapitre 8 sur 36 · LA CONFESSION — INSTITUTION DIVINE DE LA CONFESSION · texte numérisé non relu

LA CONFESSION — INSTITUTION DIVINE DE LA CONFESSION

Si nous étions des anges, notre culte peut-être aurait pu se réduire à la prière, à l'adoration ; mais nous sommes des hommes, nous avons un vêtement de chair, nos pieds touchent la boue; et, par conséquent, à moins de n'avoir aucune notion du bien et du mal, il faut nous purifier. Car enfin le mal est-il un mythe? Croyez- vous qu'on puisse commettre dix actes, vingt actes coupables, sans qu'ils mettent sur l'âme une souillure? Croyez-vous qu'on puisse se relever de l'iniquité comme cette femme dont parle l'Ecriture : Et, tergens os suum, dicit : Non sum operata malum 1.

L'humanité ne l'a pas cru. Aussi partout, dans toutes les religions, vous trouverez des rites purificateurs, expiatoires, des actes par lesquels les âmes rentrent en pureté, en grâce avec Dieu. Et c'est pour la même raison que Notre-Seigneur a établi le tribunal de la pénitence , où, à travers les humiliations de l'aveu et les déchirements d^

1 Frov. xxx, 20.

la contrition , nous retrouvons les sécurités et les joies de l'innocence.

Ce tribunal, objet de l'admiration des uns, de la crainte des autres , du mépris -et des colères de plusieurs , il faut en étudier à fond les origines, l'organisation, les effets. Pour la conscience éclairée, nul doute n'est possible, ce tribunal est divin sous tous les rapports.

Il y a deux manières de le prouver. La première, tout extérieure pour ainsi dire, consiste à amonceler les textes des Pères, les témoignages des conciles et de l'antiquité ecclésiastique , et à montrer, par une succession non interrompue de monuments qui concordent entre eux , qu'en effet cette institution remonte à Jésus-Christ. Cette méthode est longue et pénible. J'en userai, mais je n'en abuserai pas. Il y en a une autre que je préfère.

On discutait un jour, devant M. de Chateaubriand, sur la question de savoir si une page célèbre qu'on attribuait au captif de Sainte -Hélène, cette page où il parle de l'amour que Jésus- Christ a demandé aux hommes et qu'il a obtenu, et qui se termine, après un torrent d'éloquence, par ces mots * « Je me connais en hommes et je vous dis que Jésus -Christ n'était pas un homme; » on discutait donc, devant M. de Chateaubriand, si cette page était de l'empereur Napoléon. Le grand écrivain la lut attentivement, et, la remettant à son interlocuteur, il lui dit : « Comment pouvez-vous en douter? Il y a là la griffe du lion. »

La griffe du lion ! c'est-à-dire ce je ne sais quoi dont les génies marquent leurs œuvres, une empreinte si puissante de leur esprit, une telle transpiration de leur grande âme à travers la parole , la toile , le marbre , que , quand môme toutes les preuves extérieures auraient disparu , on

n'hésite pas. Prenez un tableau de Raphaël, une page ae Bossuet, une statue de Michel -Ange, qu'elle soit signée ou non , qu'importe ? Vous la regardez et vous dites : Voilà qui est d'un grand maître. Il y a là la griffe du lion 1

Eh bien, étudions la Confession à cette lumière ; et, soit que nous considérions les éléments dont elle se compose, soit que nous contemplions sa structure intime et, pour ainsi dire, son architecture, soit que nous nous rendions compte de son efficacité divine pour la réhabilitation des consciences, noua arriverons toujours à la même conclusion : Il y a ici plus que la griffe du lion , il y a Ternpreinte et le sceau de la divinité.

Commençons.

Je ne sais pas si Jésus-Christ a jamais rien entrepris de plus périlleux que ce qu'il a fait le jour où il a créé la Confession. Sans doute c'était une chose bien hardie de prendre un homme, un vieillard, de le placer au centre du monde, et de lui dire : « Assieds-toi là, enseignes-y la vérité, la vertu, et, quelles que soient les révolutions qui s'agiteront autour de toi , si violentes que soient les passions qui chercheront à te fermer la bouche, ne te tais jamais ; reste jusqu'à la fin du monde la voix de la vérité, de la justice, du droit et de l'honneur. » Et quand aujourd'hui, après dix-huit siècles révolus, j'entre à Rome, que je monte les marches du Vatican, et que j'entends retentir

encore, autour de ce même vieillard, ce grand cri qui tomba autrefois des lèvres du Sauveur : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle; je ne résiste pas à Tétonnement d'un tel spectacle, et je me dis : Oui, encréant le Pape, Dieu a mis dans le monde un monument incomparable de sa divinité.

Et cependant, je le répète, cela était moins difficile, moins périlleux, moins exposé à périr misérablement, que ce qu'a fait Jésus -Christ le jour où il a établi la Confession.

Car avez -vous bien réfléchi à ce qu'exigeait un tel sacrement? 11 fallait deux choses humainement irréalisables. Il fallait créer le Pénitent. Et il fallait créer le Confesseur.

D'abord il fallait créer le. .Pénitent. Il fallait prendre l'homme dans son orgueil, dans çe__sjlence glacial dont nous savons si M^njenvelopper 'les avenues de nqtre âme quand nous ne voulons pas qu'on y pénètre ; il fallait lui dire : « Tu viendras, tu t'agenouilleras aux pieds d'un homme qui ne vaut pas mieux que toi ; et ce que tu caches à tes amis, à tes enfants, ce dont tu rougis en toi-même, tu le lui diras à genoux. » Voilà ce qu'il fallait faire, et ce que Jésus-Christ a fait, sans ménagement, sans habileté, sans finesse, je dirais volontiers brutalement, c'est-à-dire de la manière qui devait le plus facilement amener un insuccès.

Il a, en effet, posé deux lois impossibles : la première, que tous se confesseraient; la seconde, que chacun se confesserait de tout. Tous et de tout ! Quelle folie, si Jésus- Christ n'est pas Dieu !

Oui, tous, sans aucune exception 1 Quand on serait arrivé à la maturité de l'âge, à la plénitude du talent et

de l'expérience ; quand on ploierait sous le poids des honneurs , assis sur les marches du trône et sur le trône luimême; il faut s'agenouiller aux pieds d'un homme, pauvre, simple, sans génie, sans gloire, moindre que nous sur une multitude de points. Et, fût-on prêtre soi-même, fûton évoque, fût-on pape, illuminé de tous les dons de la sainteté, il n'y a point d'exception. Toute âme baptisée, en quelque état spirituel ou temporel qu'elle soit, eût-elle sur la tête toutes les couronnes et toutes les tiares, il faut qu'elle se mette à genoux aux pieds d'un homme et qu'elle lui dise : Mon Père, j'ai péché !

Encore, si on n'exigeait que l'aveu de ces fautes monstrueuses qui se commettent rarement, de ces péchés qui pèsent sur l'âme, qui troublent le sommeil , qui réveillent quelquefois le scélérat le plus endurci, qui le poussent au pied du magistrat pour lui dire : « Arrêtez -moi, je suis un misérable, un infâme; j'ai tué un homme, condamnezmoi! » Si on n'exigeait que l'aveu de ces fautes -là, à la bonne heure! Mais non, les moindres fautes, les plus cachées, les plus secrètes, celles qui nous humilient davantage, et, je le dirai, jusqu'à certaines indélicatesses plus difficiles à confesser que des crimes, il faut tout avouer, tout, sans exception ni réserve. Voilà la loi 1

Eh bien, avoir rêvé cela, n'avoir pas reculé devant de telles impossibilités, avoir réussi, je dis que c'est avoir mis sur cette œuvre le sceau de la divinité.

Et cependant, si difficile que ce fût de créer le Pénitent, il y avait quelque chose de plus difficile encore, x'était de créer le Confesseur, de le créer et de le faire accepter. Car le cœur de l'homme, ce cœur qui est t la fois si beau et si laid , ce cœur qui aime si peu ou qui aime trop, ce cœur qui est quelquefois si égoïste, souvent si passionné, il fal-

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lait commencer par le mettre en poussière. Il eût été un embarras et un péril. Et que fallait -il mettre à la place? Un cœur nouveau, qui ne fût plus de la terre et qui en fût toujours , qui portât dans un vase humain des vertus qui n'appartinssent pas à l'humanité !

Car vous comprenez bien que, pour ce ministère auguste, il fallait d'abord au Confesseur une intensité d'amour que rien ne pût fatiguer, ni les fautes, ni les faiblesses, ni les crimes, ni les vulgarités, ni les mille répétitions des mêmes choses ; que rien ne pût arrêter, ni les souffrances, ni les périls, pas même la mort; qui lui fît tout quitter, ses affaires, ses études, ses plaisirs ; ou plutôt le prêtre ne devait plus avoir d'affaires, plus d'affections, plus de iamille, afin d'être tout entier, jour et nuit, au service de tous ceux qui le demanderaient.

Encore n'est-ce que le commencement? A cette intensité il fallait joindre une universalité d'amour tout à fait sublime. Il fallait aimer le pauvre autant que le riche, le vieillard autant que l'enfant, l'âme d'un bandit et d'un scélérat autant que celle d'un saint, et être aussi heureux de descendre au fond d'une prison pour sauver l'âme d'un supplicié que de monter sur le3 marches du trône pour sauver l'âme d'un roi : c'est-à-dire qu'il fallait une universalité d'amour, une latitude de cœur, qui manifestement ne sont pas de la terre.

Et puis , il fallait y joindre une pureté d'un ordre nouveau. Il fallait un cœur qui aimât sans aimer, un cœur qui fût à la fois de feu et de glace. Car quel malheur pour les âmes , s'il n'était pas de feu 1 Et quel péril pour luimême , s'il n'était pas de glace I

Eh bien, prendre l'homme dans son étroitesse, dans sa vulgarité , dans ses emportements , et lui donner cette in-

tensité d'amour, cette universalité d'amour, cette pureté idéale : voilà ce que j'appelle le signe de la divinité.

Et ce qui compliquait les choses, c'est qu'il ne fallait pas opérer sur quelques âmes seulement, très nobles, très délicates , de ces âmes exquises qui sont si rares. Non , il fallait opérer sur une échelle immense. Il s'agissait de semer les confesseurs dans le monde comme Dieu a semé les grains de sable au bord de la mer ; de sorte que, pendant les siècles des siècles, sur tous les points du globe, tout Pénitent pût trouver un Confesseur, et le trouver dans un état où il pût l'accepter.

Et l'ajouterais-je ? Tout cela n'était rien. A ces dons il fallait joindre un don de discrétion qui surpassât tout, des lèvres qui ne s'ouvrissent jamais, un cœur inaccessible à la curiosité, à la vanité, à la peur, dans lequel pussent s'enfouir des abîmes de tristesses et d'iniquités, sans que jamais il en sortît rien , comme ces puits immenses que l'on trouve quelquefois dans les montagnes. On y jette une pierre, mais jamais aucun bruit ne revient de ces profondeurs à l'oreille qui se penche pour écouter.

Voilà ce qu'exigeait la Confession pour être possible. Avais-je raison de dire que jamais Jésus -Christ n'avait rien entrepris de plus périlleux ? Ah ! si Dieu m'eût fait naître aux jours où il parcourait les bords des lacs de Judée , je lui aurais dit : « Mais , Seigneur, vous ne connaissez donc pas l'humanité ? L'humanité est orgueilleuse, vous n'aurez pas de Pénitents ; l'humanité est indiscrète, vous n'aurez pas de Confesseurs ! »

Et cependant elle vit, cette institution impossible! Elle a traversé le monde depuis dix -huit cents ans. Elle s'est établie sous tous les climats, dans toutes les civilisations et elle n'a pas péri ! Elle n'a pas été écrasée sous nos fautes,

ai sous les fautes des Pénitents, ni sous les fautes des Confesseurs 1 Concluez avec moi qu'elle est divine.

Oui , voilà dix-huit cents ans que l'Eglise dit à cette humanité si orgueilleuse : Agenouille-toi et confesse tes fautes. Et depuis dix-huit cents ans, malgré mille résistances individuelles dont on vient à bout un jour ou l'autre, l'humanité s'agenouille et confesse ses fautes. Voilà dix -huit cents ans que, de ce fond médiocre et vulgaire de l'humanité, l'Eglise tire des jeunes gens qu'elle élève, qu'elle forme, et auxquels un jour elle dit : « Asseyez -vous là, et écoutez avec l'esprit de Dieu, avec le cœur de Jésus-Christ, tout ce qu'on viendra y verser de secrets , de douleurs , de tristesses et de hontes, et que jamais ni une indiscrétion, ni une faiblesse, ni le péril, ni la mort ne vous arrachent le secret que vous avez reçu. » Et depuis dix -huit cents ans, le prêtre, malgré toutes ses laiblesses, porte ce fardeau impossible.

• Ah 1 nous ne sommes pas tout ce que nous devrions être ! Je le sais aussi bien que vous, mieux que vous. Nous n'atteignons pas notre idéal divin. A qui le dites-vous? Est-ce que ce n'est pas l'objet de nos gémissements de chaque jour ? Oui , nous avons fait bien des fautes 1 Si nous l'avions oublié, l'incrédulité nous l'aurait remis en mémoire. Elle a compté nos plaies, elle a analysé nos blessures, non pas sans doute pour les panser avec l'huile du Samaritain ! Oh 1 non ; elle les aurait exagérées plutôt ; elle les a enflammées tant qu'elle a pu ; mais enfin elle les connaît, et nous pourrions dire comme le Sauveur : Ils ont compté tous nos os, et sondé toutes nos plaies.

Eh bien , qu'ont-ils trouvé ? Que résulte-t-il de tout leur examen ? Ils ont trouvé des prêtres qui n'avaient pas assez cette intensité , cette universalité d'amour dont je viens de

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parler, qui étaient trop froids, trop personnels ; à la bonne heure !

Ils en ont trouvé d'autres en bien plus petit nombre, malgré le bruit qu'ils en ont fait, qui n'avaient pas toujours conservé la virginale tendresse de leur âme ; soit ! et personne n'en a plus pleuré que nous.

Mais ce qu'ils n'ont jamais trouvé, c'est un prêtre qui ait violé le secret de la Confession. Jamais, ni dans les orgueils de l'hérésie ou du schisme, ni dans les saturnales de la Révolution, ni même dans le délire de la fièvre et de la folie, l'impiété n'a pu nommer un prêtre qui ait fait une révélation authentique de la Confession.

Et voilà pourquoi, malgré toutes nos fautes et toutes nos faiblesses, le monde amène à nos pieds, selon l'expression d'un grand orateur, « des enfants de seize ans, des cœurs de seize ans, des aveux de seize ans ; il y amène la mère avec la fille, les chagrins précoces avec les chagrins vieillis; ce que l'oreille de l'époux n'entend pas, ce que l'oreille du frère ne sait pas, ce que l'oreille de l'ami n'a jamais soupçonné, » et il proclame ainsi, par cette confiance miraculeuse, qu'il y a des Pénitents parce qu'il y a des Confesseurs , et qu'il y a des Pénitents et des Confesseurs parce que Jésus-Christ est Dieu !

A cette impossibilité métaphysique que la Confession ait été créée par un autre que Jésus -Christ, se joint une impossibilité historique encore plus grande. Car enfin si cette

institution n'est pas de Jésus-Christ, de qui est-elle? A quel moment â-t-elle fait son apparition dans l'histoire? Elle n'a pas dû y entrer incognito. Comment croire qu'une institution, d'un côté si belle, si profonde, œuvre d'un génie sans égal, mais de l'autre, la plus blessante pour l'orgueil, la plus humiliante pour l'homme, la plus opposée à ses passions; comment admettre qu'une telle institution ait pu s'établir, s'imposer, devenir universelle, sans avoir excité aucune émotion, pas plus d'admiration que de colère? Tout a dû se soulever, ou pour l'acclamer, ou pour la combattre. Or, on ne trouve de cela aucune trace dans l'histoire; rien que le silence, un triple silence absolument inextricable.

La Confession est une des grandes forces de l'Eglise. C'est le diadème du prêtre. Elle le sacre roi des âmes. Il aurait donc dû y avoir dans l'Eglise, pour celui qui l'a inventée, une explosion d'admiration et de reconnaissance. L'Eglise n'a pas oublié l'évêque qui a institué les processions des Rogations. Elle a gardé le souvenir du pape qui a établi les grandes solennités de la Fête-Dieu. Elle sait les noms de ceux auxquels elle doit le scapulaire , le rosaire. Elle vénère la vierge qui a révélé au monde la dévotion au Sacré-Cœur. Et celui qui a institué la Confession, cette œuvre autrement divine de la satisfaction des âmes, elle n'en aurait gardé nul souvenir ! C'est cependant , au point de vue de l'Eglise, le plus grand homme du christianisme, l'esprit le plus profond ; il a fait une chose incomparable, d'une beauté, d'une fécondité surhumaine ; et on ne trouve son souvenir nulle part dans le cœur si délicat de l'Eglise 1 Je le répète, c'est inexplicable! Telle est cette mémoire reconnaissante de l'Eglise que, quand on rencontre une institution sainte, bienfaisante, qui vit dans son sein sans

qu'on puisse dire comment elle est née, on a le droit, dit saint Augustin, de croire qu'elle remonte à Jésus -Christ ou aux apôtres, tant il est impossible que l'Église en ait oublié l'auteur. Or, non seulement l'Eglise ignore quel a pu être le créateur de la Confession, ce qui permettrait déjà de conclure qu'elle vient de Jésus -Christ; mais elle affirme très haut, et sans interruption depuis dix- huit siècles , qu'aucun homme n'a créé la Confession ; qu'elle l'a toujours possédée dans le trésor de ses moyens de sanctification ; que c'est Jésus-Christ qui la lui a confiée, et qu'elle n'a pas cessé d'y reconnaître et d'y admirer l'empreinte de sa main divine. Voilà qui donne déjà à réfléchir. Mais, si extraordinaire que soit ce premier silence, le silence de l'admiration et de la reconnaissance de la part de l'Eglise, et des âmes saintes dont la Confession est la consolation et la force, il y a un silence qui m'étonne davantage encore, c'est le silence des protestations et des colères. Quoi 1 voilà une institution qui m'oblige à m'agenouiller aux pieds d'un homme qui n'est pas plus que moi ; qui m'oblige non pas seulement à m'agenouiller devant lui , mais à lui dire tous mes péchés , tous mes crimes , ce que je n'ose pas m'avouer à moi-même, et ce dont je rougis! Et quand cette institution s'est présentée, l'humanité l'a acceptée sans protester 1 Que la chose se soit faite subitement ou simultanément, il y a un jour où, moi homme, j'ai dû m'agenouiller pour la première fois. Et je n'ai pas crié ! Et je n'ai pas dit au prêtre : « Qui es -tu? Qui t'a donné ce pouvoir? D'où me vient cette obligation? Je ne l'avais pas hier, comment l'ai-je aujourd'hui ? » Et même en admettant qu'on a courbé plus facilement sous ce joug odieux le troupeau des femmes, des petits enfants, des êtres vulgaires, est-ce qu'il n'y a pas des âmes (ières

qui ont dû se révolter? Ces rois si despotiques, si voluptueux , ces seigneurs , ces châtelains si orgueilleux , quand on leur a demandé de s'agenouiller aux pieds de ces pauvres prêtres qu'ils traînaient à leur suite , de ces pauvres moines qu'ils rançonnaient à merci , est-ce qu'ils n'ont pas dû éclater? Il est bien étrange qu'il n'y ait pas eu un de ces cris , assez fier, assez venu des entrailles , pour traverser l'histoire et émouvoir l'humanité 1

Et ce qui m'étonne encore plus que la soumission des rois, des seigneurs, des génies, c'est la soumission des prêtres. Ils ont dû résister plus que les autres. Ils ont dû dire : « Pour qui nous prenez -vous? Est-ce que nous ne savons pas le fond des choses? Nous confessons, mais nous ne nous confessons pas. Une telle loi n'est pas faite pour nous. » Mais non , tous les prêtres se confessent. La Confession est plus stricte pour eux que pour les autres. Ils se confessent plus souvent, d'une manière plus humiliante, à des confesseurs qui sont leurs égaux, souvent leurs inférieurs. On a entendu des prêtres trouver que l'Église était trop indulgente envers les pécheurs, qu'elle pardonnait trop facilement aux tombés , aux récidivistes ; mais nier son droit divin de pardonner et d'absoudre, aucun prêtre, avant Luther, ne l'a jamais fait. Papes, évêques, prêtres, rois, seigueurs, peuple, tous se sont soumis à la Confession, et d'une manière si simple, si naturelle, qu'il n'en est resté aucune trace dans l'histoire.

Qu'ajouterais-je ? L'Eglise a des ennemis qui la guettent d'un œil jaloux, qui enregistrent d'un air de triomphe ses moindres innovations apparentes dans le dogme ou dans la morale, ne cherchant au fond qu'un prétexte pour l'accuser ou se séparer d'elle. A qui la Confession a-t-elle été ce prétexte-là? Au IXe et au XIe siècle, les Grecs rompent

avec TEglise catholique, mais ils conservent la Confession comme une institution divine qu'ils ont encore aujourd'hui. Aux Ve et VIe siècles, les Nestoriens et les Eutychéens abandonnent la communion de l'Eglise ; ils suppriment beaucoup de choses, mais pas la Confession, qu'ils regardent encore de nos jours comme un sacrement institué par Jésus -Christ. Il en est de même des Ariens au ive siècle, et de toutes les sectes qui les ont précédés. Que d'accusations contre l'Église 1 Que de reproches d'avoir falsifié, corrompu la doctrine de Jésus-Christ! On cite les articles ; mais de la Confession il n'est jamais question, pas plus aux IXe et XIe siècles qu'au IVe et au m6. Jamais, à aucune époque avant le xvie siècle, ce qui est bien tard, personne ne s'est séparé de l'Eglise à l'occasion de la Confession ; que dis-je? sans emporter la Confession dans sa valise, comme une partie incontestable du trésor de Jésus- Christ. Donc l'hypothèse que la Confession aurait été instituée, non par Jésus- Christ, mais par un inconnu quelconque, dans un siècle inconnu quelconque, est une hypothèse insoutenable que rejettent également la foi et la raison, l'histoire et le bon sens.

Mais la question est de telle importance, qu'on ne peut pas s'en tenir à un argument négatif. Le silence, quelque concluant qu'il soit, ne suffit pas. Il faut faire parler les siècles. Il faut que chacun d'eux vienne témoigner de sa foi à l'origine divine de la Confession.

Luther ! c'est toi qui , le premier, as nié cette origine divine ! Cependant tu t'es confessé dans ta jeunesse ; tu as confessé dans ton âge mûr. Il y a eu un jour où un évêqme a mis la main sur ta tête et t'a dit : Accipe Spiritum sanctum. Quorum remiseris peccata, remittuntur eis. Et tu as usé de ce pouvoir !

Autant en est il arrivé à Mélanchihon , à Zwingle, à Théodore de Bèze , à la plupart de tes disciples ! Comme toi, ils se sont confessés, et plusieurs même ont confessé !

Et quand le moment fut venu de rejeter la Confession, car on n'avait pas commencé par là, on y fut entraîné pour jouer pièce à l'Eglise, pour acquérir de la popularité, pour attirer au protestantisme la foule des faibles et des coupables; quand, dis -je, vint l'heure de la négation, si audacieux que tu fus, Luther, si hardi dans tes affirmations, tu hésitas. On sent que ta main tremble. « La confession secrète, telle qu'elle se pratique aujourd'hui dans l'Eglise, écrit Luther, encore quelle ne puisse se prouver par l'Écriture, convient d'une manière admirable; elle est utile, même nécessaire. Je ne voudrais pas qu'elle n'existât pas ; au contraire, je me réjouis qu'elle soit pratiquée dans l'Eglise1. » Aussi, dans la Conférence d'Augsbourg (1530), rédigée sous la direction de Luther, l'article XI déclare « qu'il faut retenir dans la Confession Vabsolution privée; que cette absolution est un sacrement véritable et proprement dit; et que la puissance des clefs remet les péchés, non seulement devant l'Eglise, mais devant Dieu». » Et dans l'Assemblée de Smalcalde, où Luther, sept ans après (1537),

1 Occulta autem confessio, quae modo celebratur, miro modo placet, et utilis, imo necessaria est, nec vellem eam non esse in Ecclesia Ghristi. (De capliv. Babyl., Opp., tom. II, fol. 292.)

2 Bossuet, Hist. des Variations, liv. 111, parag. 46 et 47.

mot la dernière main à son système , on lit encore : « Jamais il ne faut abolir dans l'Eglise la Confession et l'absolution, si nécessaires aux consciences timides et craintives, et aux jeunes gens ardents et emportés l. » Et enfin, dans le petit catéchisme qu'il rédigea lui-même pour apprendre aux enfants la doctrine nouvelle, on lit les interrogations suivantes : « Croyez -vous que la rémission des péchés donnée par le prêtre est la rémission de Dieu ? — Oui. — Et moi, par l'ordre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je vous remets les péchés au nom du Père, du Fils} et du Saint- Esprit*. » Ce sont les paroles mêmes de l'absolution catholique.

Mélanchthon parle de même. A la conférence d'Augsbourg, voici en quels termes il donna son avis : « Je crois qu'on peut bien admettre trois parties de la pénitence : le repentir, la confession, et dans la confession on doit placer avant tout l'absolution ; et enfin la satisfaction. » Et dans V Apologie qu'il écrivit de la Conférence d'Augsbourg , il dit que « le Baptême, la Qbne et Y Absolution sont trois sacrements3 ».

Il n'est pas jusqu'à Calvin, si connu par sa haine contre la Confession , qui n'hésite aussi et ne laisse échapper des aveux significatifs. « Que l'absolution privée soit fort utile, je ne prétends pas le nier, dit Calvin; au contraire, ainsi que je l'ai fait dans plusieurs endroits de mes ouvrages , je la recommande, pourvu qu'elle soit libre et pure de superstition *. »

1 Part. III, cap. vm.

2 Bossuet, Hist. des Variations, liv. III, parag. 48.

3 Id., ibid.

4 Instil., liv. III, c. iv, n. 7. — Defens. H, ad WestphaL, t n. VIII.

Mais voici quelque chose de non moins merveilleux. Au moment de son apostasie et de son schisme, l'Eglise anglicane a rédigé, pour l'organisation de son culte, un livre intitulé : Livre de la prière commune et de l'administration des Sacrements et des Rites de l'Église anglicane. Or, au chapitre : De la visite des malades, on trouve ceci : « Si le malade se sent la conscience troublée de quelque faute de grande importance (with any weinghty matter), il doit être engagé (moved) à faire une confession particulière de &îs péchés (a spécial confession); et cette confession finie, si le malade le demande humblement et de tout son cœur, le ministre doit l'absoudre de cette manière : Que Notre-Sëqneur Jésus-Christ, qui a légué à son Église le pouvoir d'absoudre tout pécheur vraiment repentant et croyant en lui, daigne, pcc sa grande miséricorde, te remettre tes péchés. Et moi, par l'autorité qui m'a été conférée, je t'absous

DE TOUS TEL PÉCHÉS AU NOM DU PÈRE, ET DU FlLS, ET DU

Saint-Esprh Ainsi soit-il •. » C'est ici encore, comme on le voit , la formule de l'absolution catholique.

Il est évident , par tous ces textes , que la Réforme est née en plein rcrne de la Confession. Comment se fait -il qu'après de tels veux elle ait fini par l'abandonner ? Mais sa nature l'empotait. Depuis qu'elle avait supprimé le sacerdoce, elle n'avit plus de Confesseurs ; et depuis qu'elle avait marié ses prtres , elle n'avait plus de Pénitents. La Confession tombait *ute seule. Personne n'en voulait plus. Le mieux était de l«déclarer d'invention humaine. Seulement il fallait le priver. Les catholiques sommaient les

1 The Book of comme prayer, and administration of the Sacrements , and other res and cérémonies of the Church, according to the use unité Church of England and Ireland. Oxford, 1825.

docteurs protestants de nommer le temps, le lieu, l'auteur de cette invention papiste. Alors les voilà qui fouillent les annales de l'histoire ecclésiastique. S'ils rencontrent au xme siècle un Concile qui , pour réveiller le zèle qui s'endort, ordonne, sous peine d'excommunication, la Confession et la Communion annuelle *, ils essayent d'en faire l'inventeur de la Confession. Confondus par les témoignages éclatants des siècles qui ont précédé immédiatement Innocent III , ils reculent jusqu'au vi° siècle. Puis, déboutés de là encore , ayant reculé en vain jusqu'au IVe, au moment où saint Léon abolit la Confession pubique, ne pouvant s'accrocher à aucune époque historioue, ils essayent de se cacher dans les ténèbres des deux rremiers siècles, dans les obscurités des catacombes. Or voilà les catacombes qui s'éclairent à leur tour, et qui lef obligent, bon gré mal gré, à remonter jusqu'à Jésus^hrist. Ce spectacle est curieux et plein de lumière. Or nous permettra de nous y arrêter un peu.

On dit donc que la Confession aurs^ été inventée au xme siècle, ou du moins au VIe, ou du <oins au iv° ; car il a fallu reculer jusque-là. Commences par indiquer les principaux textes qui ont obligé le fotestantisme à cette reculade. Ceux que nous choisissor sont d'une clarté et d'une authenticité incontestables.

1 Le Concile de Latran, sous lnno/nt M, en 1215.

Au XIIe siècle, cent ans avant Innocent III, le vénérable Pierre de Blois1, Richard de Saint -Victor8, Godefroi de Vendôme3, Hugues de Saint-Victor4, saint Anselme5, Ives de Chartres6 et saint Bernard 7.

1 Pierre de Blois. Traité de la Confession. « Que personne n'ose donc se dire à lui-même : Je me confesse en secret à Dieu, et je fais pénitence devant lui seul; car, si une telle confession suffisait, c'est en vain que Jésus -Christ aurait donné à Pierre les clefs du ciel. » (Bibliolh. PP., tome XXIV.)

2 Richard de Saint -Victor. De poleslate ligandi alque solvendi, c. v et vin. « La vraie pénitence consiste dans la détestation du péché unie au propos de l'éviter et de se confesser, et d'accomplir la pénitence qui lui sera imposée. Le pécheur qui néglige tout cela n'échappera pas à la damnation éternelle. »

3 Godefroi de Vendôme. « C'est une chose certaine et il n'y a rien de plus incontestable : que le péché ne se remet que par la Confession et la pénitence. (Bibliolh. PP., tome XXII.)

4 Hugues de Saint- Victor. En expliquant ce passage de l'apôtre saint Jacques : confessez-vous l'un à l'autre vos péchés, il dit : <« Ces paroles doivent s'entendre en ce sens : confessez -vous non seulement à Dieu , mais encore à l'homme qui tient la place de Dieu; confessez-vous, ceux qui ont des péchés, à ceux qui ont le pouvoir de les remettre. Et pourquoi faut-il se confesser? L'apôtse l'a dit, afin que vous puissiez être sauvé : Confitemini ut salvemini; ce qui est nous dire que si nous ne nous confessons pas, nous ne pouvons pas être sauvés. (Lib. Il de Sacrament.)

5 Saint Anselme. Ce grand docteur, dans son Homélie sur les dix lépreux, commentant cette parole de Notre - Seigneur : Allez vous montrer aux prêtres, dit: « Manifestez sincèrement, par une humble Confession, toutes les taches de votre lèpre intérieure, afin d'en être purifié. Et pour cela, c'est aux prêtres qu'il faut vous adresser et leur en demander l'absolution. »

6 Ives de Chartres parle de même. (Serm. XIII in cap. Jejun.)

7 Saint Bernard : « Il faut que vous confessiez humblement, purement et fidèlement tout ce que la conscience vous reproche. {Serm. XVI in Cantic.) A quoi servirait-il de ne dire qu'une partie de ses péchés et d'en cacher le reste? tout est manifeste eux yeux de Dieu. Pourquoi cacherais-tu donc quelque chose à

Aux XIe et Xe siècles : saint Pierre Damien •; Réginon, abbé de Brunn ', Rodolphe a et Smaragde 4.

Au IXe siècle : Paschase 5 ; Jonas , évêque d'Orléans6, Raban-Maur7, le concile de Paris en 829», le

celui qui tient la place de Dieu dans un si grand sacrement? ( De sept, grad, Conf.) Que les prêtres se gardent bien d'absoudre un pécheur, tout repentant qu'il leur paraisse, s'ils ne l'ont pas entendu en confession. •> [Serm. ad milit. Temp.,

c. XII.)

1 Saint Pierre Damien. « La Confession doit se faire intégralement. On ne peut pas se borner à avouer une partie de ses péchés et négliger l'autre; confesser les lautes légères et cacher les graves. Quant au prêtre, qu'il se garde bien de jamais manifester à qui que ce soit ce qu'il a entendu sous le secret sacramentel de la Conlession. » (Serm. de S. Andrsea.)

2 Réginon, abbé de Brunn. De Ecoles, discipl., lib. I.

3 Rodolphe de Flaviac. « On n'obtient le pardon de Dieu que par l'absolution de ceux à qui ont été confiées les clefs, selon ce qui leur a été dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Il faut donc aller à leurs pieds, leur découvrir ses fautes dans la Confession et les pleurer, afin que nos péchés soient remis par leur pouvoir. » (Lib. III in cap. i Levitic.)

4 Smaragde. In Psalm. xxxvi.

8 Paschase. « D'après saint Jacques, lorsqu'un chrétien est malade, il faut d'abord exiger de lui la Confession de ses péchés, et ensuite lui donner la sanctification de l'Extrême- Onction. » (De corp. et sang. Christi, c. vm.)

6 Jonas , évêque d'Orléans. « On remettra aux malades les péchés, s'ils se sont confessés : les péchés ne pouvant être pardonnés sans une confession qui les corrige. » (Lib. III de Institut, laie, c. xiv.)

7 Raban-Maur. « Celui qui se laisse entraîner au mal ne peut guérir, à moins qu'il ne rejette la souillure du péché par la Confession et ne se condamne à la pénitence. » ( Lib. VII in cap. vu Eccles., v.)

8 Le concile de Paris en 829. Il interdit les prêtres qui ne résident pas dans leur paroisse et qui, par là, sont cause que les enfants meurent sans avoir reçu le baptême, et les adultes sans avoir pu se confesser.

concile de Pavie en 850% et le concile de Ghâlons». Aux vme et vu6 siècles : le vénérable Bède 3 ; Paulin, patriarche d'Aquilée4; Théodulphe , évêque d'Orléans*, Alcuin6, le concile de Kent en 787 7 ; Krologan, évêque de Metz 8 ; Egbert, évêque d'York 9 ; Isaac, évêque de Lin-

1 Le concile de Pavie en 850. Retenant la confession publique pour les péchés publics, ce concile exige que ceux qui ont péché en secret . o confessent en secret aux prêtres désignés par l'évêque.

2 Le concile de Chalons. Il traite de la nécessité de la Confession pleine et entière, « sans quoi, dit-il, les péchés ne sont pas remis. » (Labb., tom. IX, col. 366.)

3 Le vénérable Bède. Opp., tom. V, in v Jac.

4 Paulin, patriarche d'Aquilée. « Nous devons faire nos confessions en toute vérité et accomplir de dignes fruits de pénitence, selon les ordres que nous donnera le prêtre. Quant à lui, il lui est interdit de rien dire des confessions qu'il a entendues. » (De Salutar. docum. c. 52.)

5 Théodulphe, évêque d'Orléans. « Il faut se confesser de tous les péchés qu'on a commis par les actes et même par les pensées. » (Labb., Conc, tom. IX, col. 191.)

6 Alcuin. Dans une lettre à un malade, il lui dit : « Afin de te bien préparer à la mort, tu dois te purifier avec le plus grand soin des péchés de pensées, de paroles et d'actions auprès d'un confesseur prudent et fidèle. » Et dans une autre lettre: <• Qu'aucun chrétien ne rougisse de confesser ses péchés. Il vaut mieux avoir un seul homme pour témoin de ses fautes, pour le salut de son âme, que de s'exposer à être accusé un jour devant le Juge de tous les siècles, en présence de tout le genre humain.» ( Opp., tom. I , pass.)

7 Le concile de Kent en 787. Ce concile a défendu qu'on priât pour ceux qui, par leur faute, seraient morts sans se confesser. (Labb., tom. VIII, col. 642.)

8 Krologan, évêque de Metz. « Que les chrétiens fassent trois fois par an leur confession aux prêtres. Celui qui la fera encore plus souvent fera mieux, et que nul ne se laisse arrêter par la honte, car sans confession il n'y a pas de pardon. » (Spicil., tom. I, c. 32.)

9 Egbert, évêque d'York. « Douze jours avant Noël, les chrétiens, hommes et femmes et toute leur famille, devront aller

coin1; Hincmar, archevêque de Reims2; Charlemagne, instituant dans ses capitulaires des confesseurs pour l'armée s.

Aux VIe et Ve siècles : saint Grégoire le Grand 4 et saint Léon 5, pour ne pas multiplier les citations.

En tout, trente témoignages antérieurs à Innocent III, que nous n'avons cités qu'en notes, par peur d'accabler le lecteur, mais qui suffiraient déjà à attester la divinité de la Confession. Arrivons maintenant, avec plus de détails, aux quatre premiers siècles de l'Eglise ; serrons de près la question , et essayons d'établir, dans une clarté parfaite,

trouver leur confesseur, afin de se préparer à recevoir, avec une conscience pure, le corps de Notre-Seigneur. » (Ann. bencd., liv. XXIV.)

1 Isaac de Lincoln. Parmi les ordonnances de ce grand é-^êque, il y en a une que l'on croirait écrite de nos jours, où il trace aux confesseurs la manière d'interroger leurs pénitents pour savoir si le péché a été secret ou public, habituel ou passager, etc. (Labb., tom. X.)

2 Hincmar, archevêque de Reims. Il note la coutume des grands seigneurs ayant auprès d'eux un aumônier, afin qu'ils puissent se confesser en danger de mort, et les recommandations faites par d'autres à leurs enfants et à leurs domestiques d'aller chercher un prêtre aussitôt qu'ils les verraient malades.

3 Charlemagne. Voici une de ses ordonnances : <« Que chaque chef d'armée ait auprès de lui un prêtre qui puisse entendre ses soldats en confession. » ( Cayrol. Magni Capil. eccl., c. 3.)

4 Saint Grégoire le Grand : « Autant il est certain qu'on doit révéler tout son péché dans la Confession, autant il est évident qu'on ne doit pas l'augmenter par le mensonge. On doit le dire tel qu'il est. Pécheur, va confesser ton péché, et cherche encore bien moins à l'atténuer. » (Comm. in I. Reg. et in Joan.)

5 Saint Léon. « Je défends qu'on force à réciter en public la déclaration détaillée que les pécheurs auront faite de toutes leurs fautes et qu'ils auront écrite sur un papier. Car il suffit de découvrir au prêtre, au moyen de la Confession secrîte, les péchés dont on se trouve coupable. » [Episl. 136 ad Ep. Campan.)

que la Confession, secrète, détaillée, faite à un prêtre en vue de recevoir l'absolution, non seulement existait au IVe, au me, au IIe siècle, et jusque dans les Catacombes, mais était enseignée par les docteurs , pratiquée par les fidèles , et reçue par tous comme une institution divine, nécessaire, comme un précepte absolument obligatoire. Ceux qui croient peuvent passer rapidement sur les textes que nous allons citer. Mais je prie instamment ceux qui cherchent la lumière de braver ces longueurs. Veulent-ils , oui ou non, se faire une conviction sur cette question capitale, où il va, pour un chrétien, de la vie et de la mort?

IVe SIÈCLE

1° Saint Augustin. « Que tout pécheur qui veut se réconcilier avec Dieu aille trouver les prêtres , par lesquels les clefs de l'Eglise lui seront appliquées ; qu'il accepte de ceux qui sont les ministres des sacrements la manière de faire sa pénitence; et qu'il se garde bien d'ajouter, par une fausse pudeur, l'enflure à sa plaie funeste 1 . » Et encore : « Celui qui ne se confesse pas n'en est pas moins pour cela chargé de dettes ; seulement ces dettes ne lui sont pas remises. Ce qui nous guérit, c'est la Confession d'abord, et ensuite la vie modeste et humble, la prière avec la foi, la contrition du cœur et les larmes sincères, coulant de la source du cœur. La Confession nous guérit vraiment *. » — 11 est bien téméraire le chrétien qui, s'étant rendu coupable de péchés mortels, ose espérer son salut sans recourir aux clefs de l'Eglise, par lesquelles seu-

1 August. Serm. 151 , n° 9.

* Serm. 351.

lement, délié sur cette terre, il peut être délié dans le ciel. » — « Que nul pécheur ne se dise à lui-même : J'ai péché en secret; je traiterai aussi mon affaire en secret auprès de Dieu ; il suffit que je pleure dans mon cœur pour que Dieu, qui voit tout, me pardonne; car il suffisait de se confesser à Dieu , c'est en vain que Jésus-Christ aurait dit aux Apôtres : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel i . » — « Que tu sois triste avant de te confesser, c'est naturel ; mais après la Confession tressaille; tu vas être guéri. Ta conscience était remplie d'un sang corrompu ; un abcès s'était enflé ; il te torturait ; tu ne pouvais reposer. Le prêtre est un médecin qui brûle avec sa parole et qui, quelquefois, coupe. Reconnais la main du médecin. Confesse-toi. Qu'elle sorte par la confession et qu'elle s'en aille, ta corruption 1 Alors tressaille, réjouistoi ; ce qui reste sera facilement guéri 2. » On pourrait citer d'autres textes de saint Augustin. Mais ceux-là suffisent. Tout y est : la Confession , son caractère de sacrement, sa nécessité, l'obligation de la faire, non pas à Dieu, mais à un prêtre, sans craindre la confusion; ses merveilleux effets. Je le demande, qu'est-ce qui manque ici ? 2° Saint Jérôme. « Si quelqu'un, ayant été secrètement mordu par le démon, s'obstine à se taire et ne fait pas pénitence, et qu'il ne veuille pas avouer sa blessure à ce Frère et à ce Maître qui a reçu la parole de la guérison, de quoi ceux-ci pourront-ils lui servir ? A quoi bon d'avoir un médecin, si le malade a honte de lui avouer sa blessure ? Ce qu'elle ignore, la médecine ne le guérit pas3. » — « De même que, dans l'ancienne loi, c'était le prêtre qui décla-

i Serm. 392.

5 In Psalm. lxvi.

3 In cap. x Ecoles.

rait le lépreux pur ou impur ; de même , à présent , c'est lYvêque ou le prêtre qui lie ou délie. Non pas qu'il fasse l'homme innocent ou coupable; mais c'est que, en vertu de ses fonctions , après qu'il a connu la variété des péchés, il déclare ceux qui doivent être absous et ceux qui ne doivent pas l'être '. » La Confession, la Confession secrète faite au prêtre, la Confession détaillée, n'est- elle pas évidente dans ces deux textes ?

3° Saint Ambroise. Notons d'abord ce petit tableau peint par son secrétaire, devenu son historien : « Chaque fois qu'un pécheur venait lui confesser ses péchés pour recevoir la pénitence, il pleurait tellement, qu'il l'obligeait à pleurer ; de sorte qu'on eût pris l'évêque pour le coupable1. » Ecoutons maintenant ce qu'il dit de la Concession : « Montre-toi au médecin ; présente-lui ta blessure, pour qu'il puisse te guérir. Dieu , sans doute , connaît ton mal ; mais il veut en attendre l'aveu de ta propre bouche. » — «N'attends pas qu'on t'accuse; si tu t'accuses toimême, tu n'auras pas à craindre un autre accusateur; car l'humble confession des péchés nous délivre de tous nos crimes. » — « Personne ne peut prétendre à être justifié de son péché, si d'abord il ne l'a confessé. Les péchés sont remis par la parole de Dieu, dont le prêtre est l'interprète et comme l'exécuteur. Ils sont remis par le prêtre et la puissance de son ministère sacré 3. » Et enfin : « Ce n'est pas en son propre nom, mais au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, que le prêtre remet les péchés 4. »

1 Jn xvi Mail h.

9 Baunard, Hist. de saint Ambroise, p. 62.

* ld., ibid.y 429, 430.

1 Libr. de Spir. Sanc, cap. xix.

4° Saint Jean Chrysostome. « Aux prêtres a été confié un pouvoir que le Dieu très bon n'a confié ni aux anges ni aux archanges ; car ce n'est pas à eux qu'il a dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Les princes de la terre ont le pouvoir de lier et de délier, mais seulement les corps; les prêtres seuls peuvent lier et délier les âmes; et leur pouvoir seul atteint môme les cieux; en sorte que ce que fait le prêtre , Dieu le ratifie dans le ciel ' . » — « Dans la confession des péchés que nous avons commis, nous ne devons pas avoir honte de l'homme, mais seulement craindre Dieu. Cependant c'est le contraire que je vois. Nous ne craignons pas Celui qui nous jugera un jour , et nous tremblons en présence de ceux qui ne sauraient nous faire de mal, et nous redoutons la honte qui nous attend devant eux. Crainte dangereuse ; car celui qui rougit de déclarer à un homme ces péchés qu'il ne craint pas de commettre devant Dieu, qui ne veut pas se confesser et faire pénitence, sera, au dernier jour, jugé, non pas devant une ou deux personnes, mais en présence du monde entier'. » — « Pécheur, pourquoi rougis -tu de confesser tes péchés? Ce n'est pas à un homme que tu les confesses , et qui ira les révéler au public? Ce n'est pas à un confrère qui se prépare à t'accabler de honte ; c'est à Celui qui est le Seigneur même, à Celui qui a soin de toi, à Celui qui est humain , à Celui qui est médecin; c'est à celui-là que tu montres tes plaies 3. » — « Ah 1 quelque grands que soient vos crimes, il y a remède, si vous courez à la Confession, si vous montrez vos plaies à ce médecin qui donne des soins et pas des reproches, et si vous lui dites tout, à lui seul, nul autre

1 De Sacerdot., Iib. II, c. m.

* Homil. XXIII in Joan.

3 De Lazar., cons. IV, n. iv.

présent; car LA CONFESSION DES PÉCHÉS EN EST LA DES- TRUCTION1. »

5° Saint Anastase-le-Sinaite. « Pécheur, va confesser à Jésus-Christ, dans la personne du prêtre, tous tes péchés. » — « Si vous aviez les mains sales, vous n'oseriez pas toucher les mains d'un roi de la terre. Gomment osez -vous donc recevoir le Roi des rois, le cœur entaché de péchés? Confessez donc vos péchés au Christ par le moyen des prêtres, et ne vous laissez pas arrêter par la honte ; car il y a une confusion qui apporte la gloire et la grâce *. »

6° Saint Basile. « Il est absolument nécessaire de confesser nos péchés à ceux auxquels la dispensation des mystères divins a été confiée. Mais est-on obligé, mettant de côté toute honte, de les confesser aussi à tout le monde? Est-ce assez de les manifester à quelques-uns? Et, dans ce cas, à quelles personnes ? et de quelle manière ? Je réponds : Il en est de la Confession des péchés comme de la manifestation des maladies du corps. Comme on ne découvre pas indifféremment à tout le monde les maladies du corps, mais à ceux seulement qui connaissent l'art et la science de les guérir ; de même on ne doit confesser ses péchés qu'à ceux qui ont le pouvoir de les effacer. Nécessairement les péchés doivent être confessés à ceux à qui a été confiée là charge de dispenser les mystères du Christ3. »

7° Saint Athanase. « Examinons- nous. Tous nos liens sont-ils brisés? Si non, mettons -nous dans les mains des disciples de Jésus-Christ. Il n'y a qu'eux qui puissent nous délier, en vertu du pouvoir qu'ils en ont reçu du Sauveur,

i H omit. XX in Gènes, u, ni.

2 De sacra Sinax.; in Actuar. Combesis, tome I, p. 890.

3 In regul. Brev. interrog., 228 et 229.

lorsqu'il a dit : Tout ce que vous délierez sera délié dans le ciel; tous les péchés que vous remettrez seront remis ' . »

8° Saint Jacques de iNisibe. « Il ne convient pas que le pécheur rougisse d'avouer ses crimes, et de demander le remède de la pénitence ; car celui qui a honte de manifester au médecin ses blessures, s'expose à les voir grandir, dégénérer en pourriture et en gangrène... Et vous, prêtres, qui, en qualité de disciples de notre Médecin commun Jésus-Christ, possédez la vertu de guérir les âmes, si vous voyez que quelqu'un éprouve de la répugnance à manifester son mal, exhortez-le, encouragez-le à ne pas vous le cacher. Et quand il vous l'aura découvert, gardezvous avec le plus grand soin de le produire en public*. »

9° Saint Grégoire de Nazianze. « Oh I que nous sommes heureux, si, dans ces jours de Pâques, nous, évêques. prêtres, nous ramenons au Seigneur non seulement ceux qui vont être transformés en d'autres hommes par le baptême, mais ceux qui, dans ce même temps, passent de la mort à la vie par la Pénitence et la Confession*. » — « Courage, mon ami, va montrer au prêtre tes péchés, avec îa franchise que l'on met à montrer au médecin ses plaies. Ne crains rien; le prêtre aura également soin de ta guéri son et de ton honneur*. »

10° Saint Hilaire de Poitiers. « Afin de maintenir les âmes dans une espèce de frayeur salutaire pendant cette vie, Jésus-Christ a commencé par établir ce haut tribunal inébranlable de la sévérité apostolique, par lequel tous ceux qui se seront laissé envelopper dans les nœuds de

» Serm. XII, p. 32.

2 Serm. VII, part, h; édit. rom.

3 Epistol. ad Episc. Mitylen. Bibl. PP., îom. I.

4 Orat. in Mulier. peccatr.

leurs péchés, et tous ceux qui seront déliés, c'est-à-dire ceux qui, à la suite de la Confession, seront admis au pardon, seront, en vertu de cette sentence apostolique, liés et déliés , même au ciel i . »

Arrêtons ici ces citations déjà trop nombreuses, et posons à la bonne foi, à la gravité sérieuse, une seule question : La Confession est-elle ici, au IVe siècle, existante, vivante ; la Confession, faite à un prêtre, à un seul prêtre; faite la rougeur au front , mais à condition qu'elle restera secrète et que , sous aucun prétexte , on ne pourra la produire en public; la confession obligatoire, nécessaire, tellement que, sans elle, il n'y a nul espoir ni de guérison, ni de salut ? Parle-t-on, au XIXe siècle, dans les chaires de Paris, autrement que le faisaient saint Augustin en Afrique, saint Ambroise à Milan, saint Jean Chrysostome à Constantinople , saint Athanase à Alexandrie , saint Hilaire à Poitiers ? La conscience éclairée , la bonne foi répondront : C'est le même langage , parce que c'est la même foi.

IIIe SIÈCLE

Enfonçons - nous maintenant dans les profondeurs obscures des IIIe et IIe siècles ; et , avant d'apprécier les textes que nous allons citer, souvenons -nous de trois choses : 1° la destruction , par la persécution , de la plupart des documents écrits des premiers temps ; 2° la loi du secret qui, par peur d'une inévitable profanation et raillerie, ne permettait pas plus de parler de la Confession que de la sainte Eucharistie; 3° l'existence de la Confession publique, dont l'éclat fait pâlir à ce moment la Confession secrète. quoiqu'il soit établi que jamais il n'y eut de Confession

1 Canon, in Matth.

publique qu'elle n'ait été précédée de la Confession secrète, et réglée, ordonnée ou conseillée en conséquence de celleci. Ces points établis, les textes que nous allons citer auront toute leur lumière.

1° Saint Cyprien. « Combien sont louables ceux qui, sans avoir sacrifié aux idoles, rien que pour en avoir eu la sensée, vont simplement et avec douleur confesser ce péché aux prêtres du Seigneur, leur font une entière révélation de leur conscience, et leur demandent une pénitence convenable ! Je vous en conjure , frères bien-aimés , que chacun de vous aille confesser son crime , tant qu'il est encore en cette vie , où seulement la Confession peut être reçue , et où la pénitence qu'il fera et la rémission qu'il obtiendra des prêtres peut être agréable à Dieu '. » Ailleurs saint Cyprien raconte l'histoire d'une jeune fille, coupable d'idolâtrie, qui fut immédiatement punie de Dieu pour avoir osé recevoir l'Eucharistie sans s'être confessée de son crime ; et il ajoute que beaucoup d'autres ont été sévèrement punis de Dieu, en diverses manières, pour n'avoir pas confessé leurs péchés et n en avoir point fait pénitence !.

2° Origène. « Ceux qui ont l'estomac rempli et oppressé d'aliments indigestes ne peuvent être soulagés qu'en vomissant. Il en est de même des pécheurs. Tant qu'ils cachent et retiennent en eux le péché, ils sont en quelque sorte suffoqués et étouffés par le mal. Mais à peine ils se décident à devenir leiirs propres accusateurs, aussitôt qu'Us s'accusent et se confessent, aussitôt ils vomissent leurs crimes, et mettent dehors la cause même de la maladie 3. » — ■ « Si nous confessons nos péchés, non seulement devant

1 Lib. de lapsis.

2 De laps., p. 189, 190.

8 IJomil. II in Psalm. xxxvn.

Dieu , mais encore devant ceux qui peuvent panser nos blessures, alors nos péchés seront effacés par Celui qui a dit : « Je ferai disparaître vos iniquités comme une nuée, et vos péchés comme un nuage1. » — « Ceux qui ne sont pas saints meurent dans leurs péchés ; mais ceux qui sont saints se repentent de leurs fautes, sentent leurs plaies, ne se dissimulent pas leurs chutes, cherchent un prêtre, et tâchent de se purifier avec son concours*. » — « Lorsque vous aurez trouvé cet homme , ce médecin savant et compatissant , quelque conseil qu'il vous donne , vous devez le suivre. S'il juge que votre maladie est de telle nature qu'on doit la publier en présence de toute l'Église, afin que les autres en soient édifiés, et vous-même plus facilement guéri , c'est une chose qu'on doit traiter avec beaucoup de réflexion, et par le conseil expérimenté d'un tel médecin ». » Voilà encore ici, dans ces textes de saint Gyprien et d'Origène , la Confession , la Confession même des péchés de pensées, la Confession secrète faite au prêtre, confession qui peut devenir publique si le prêtre l'exige ; mais qui ne doit être publique que si le prêtre l'exige, et après mûre réflexion de la part de celui-ci.

IIe SIÈCLE

1° Tertullien. « La Confession des péchés est aussi efficace à les enlever que la dissimulation à les augmenter. La Confession est une pensée de satisfaction ; la dissimulation une pensée d'obstination. Cette seconde pénitence, la seule qui reste (après le baptême), ne doit pas seuîe-

1 Homil. XVII in Luc.

2 Homil. X in Num.

* Homil. II in Levit.

ment s'opérer dans le secret de la conscience, mais dans un acte extérieur. Cet acte extérieur, c'est la Confession, l'Exornologèse , d'après son nom grec, par laquelle nous avouons nos péchés à Dieu , non comme à quelqu'un qui les ignore, mais comme par mode de satisfaction. L'Exornologèse est le moyen de prosterner et d'humilier l'homme, de le mettre dans une posture qui appelle la miséricorde de Dieu'. » On pourrait croire que, d'après Tertullien, il suffit de se confesser à Dieu. Le grand docteur va s'expliquer : « Plusieurs pécheurs, plus préoccupés de leur honte que de leur guérison, cherchent à éviter ou à différer cette confession d'eux-mêmes. Ce sont des malades qui, n'osant pas découvrir au médecin leurs maladies secrètes, périssent plutôt que de consentir à rougir un peu. Mais est-ce trop d'un peu de confusion , quand il s'agit de satisfaire le Seigneur qu'on a offensé? Belle pudeur, en vérité, que celle qui porte le front haut quand il s'agit de faire le mal, et qui n'est timide que quand il s'agit de le réparer 2 l » — « Et , d'ailleurs , oh ! le grand et bel avantage que promet à la honte l'occultation du crime! car, par notre silence, nous pouvons bien cacher notre conscience à l'homme, mais nous ne pouvons pas la cacher à Dieu. Et que nous importe de conserver l'estime des hommes, ayant perdu l'estime de Dieu! Ne vaut -il pas mieux découvrir notre conscience et recevoir l'absolution, que nous taire pour être condamnés 3 ? » — a Sachant donc qu'après la perte de la première grâce que vous aviez reçue au lavage du Seigneur (le Baptême), vous n'avez d'autre moyen d'échapper à l'enfer que la Confession, pourquoi dédaignez- vous ce

1 De Pœnitentia, cap. u.

2 Ibid.

* Ibid.

moyen de votre salut ? Pourquoi hésitez-vous à embrasser résolument la médecine, qui seule peut vous guérir? Beaucoup d'animaux, quoique privés de raison, savent reconnaître les remèdes qui leur ont été divinement préparés. Et le pécheur négligera la Confession , qui a été instituée par le Seigneur , pour lui rendre la santé ' ! »

2° Saint I renée. En parlant des femmes que le fameux imposteur Marc avait séduites au moyen de philtres et d'incantations, saint Irénée les divise en trois catégories: « Les unes, revenant à l'Eglise, se confessaient de s'être laissées corrompre et emporter par un fol amour de leur séducteur ; les autres , ne se contentant pas de cette Confession secrète, se confessaient encore en public : enfin il y en avait qui, détournées de la Confession par la honte, s'obstinaient à cacher leurs péchés, et finissaient par se livrer au désespoir et par se perdre '. »

3° Saint Clément, deuxième successeur de saint Pierre, nommé par saint Paul dans ses épîtres : « Que les fidèles reviennent à Dieu pendant qu'ils sont encore en cette vie et dans la chair, parce que, quand on est sorti de ce monde, il n'y a plus de Confession ni de pénitence possibles 3. »

Saint Jacques, apôtre. « Confessez donc vos péchés les uns aux autres4. » (Et non pas seulement à Dieu.) Les uns aux autres, comme il est dit dans l'Epître aux Ephésiens ( v. 21 ) : Soumettez-vous les uns aux autres, c'est-à-dire les inférieurs aux supérieurs, et non réciproquement.

Saint Jean, apôtre. « Si nous confessons ttos péchés,

1 De Pœnilentia, cap. xn.

2 Advers. Haeres., lib. 1, c. ix.

3 11 Cor. vin.

* Jac. v, 16.

Dieu, qui est fidèle et juste, nous les pardonnera et nous purifiera de toute injustice 1 . »

6° Saint Luc, dans les Actes des Apôtres : « Une foule de croyants venaient confesser et avouer leurs fautes5. >> Après la Confession, voici la satisfaction : « Et plusieurs d'entre eux qui s'étaient livrés à de vaines curiosités, apportaient leurs livres et les brûlaient publiquement*. »

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