‹ Le christianisme et les temps présents (volume 3)Chapitre 4 sur 19 · DE LA VRAIE NATURE DE DIEU · texte numérisé non relu

DE LA VRAIE NATURE DE DIEU

Quel est-il maintenant, cet être après lequel l'humanité tout, entière soupire? Est-ce un Dieu sourd? Est-ce un Dieu muet? N'a-t-il ni cœur ni entrailles? L'homme aspire à monter jusqu'à Dieu; Dieu ne consentira-t-il pas à descendre jusqu'à l'homme? Le plus petit fait d'étranges efforts afin d'atteindre au plus grand; est-ce que celui-ci ne s'inclinera pas un peu, afin que l'embrassement soit possible?

Voilà la question. Pour la résoudre étudions la nature de Dieu, comme nous venons d'étudier la vraie nature de l'homme. Celle-ci se résout en une sorte d'ardente aspiration à Dieu; voyons si nous ne trouverons pas en celle-là une sorte de tendre inclination à l'homme. Pendant que l'homme monte à Dieu par toutes ses faiblesses, qui sait si Dieu ne descend pas à l'homme par toutes ses grandeurs? Belle et importante étude , bien digne de tenter un esprit élevé , et qui va nous faire faire un p^d° p]ns j^nc la connaissance de la Religion.

BIBUOTHECA

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Et d'abord, quelle concordance merveilleuse, quelle profonde et singulière harmonie entre la nature de l'homme et l'idée que je me fais de celle de Dieu I II y a en Dieu tout ce que je désire. Je désire la vérité, il est la vérité. Je désire la beauté, il est la beauté idéale. Je désire le bien, il est le bien absolu. Je désire la vie, il est la vie éternelle, immuable , infinie. Tout ce qui me manque , il l'a. Tout ce que mon cœur rêve , attend , espère , pressent , est en lui. Les magnificences de sa vraie nature répondent aux défaillances de la mienne, et y répondent dans la mesure même où je le désire. N'est-ce qu'un hasard qu'il a précisément tout ce que je cherche, et que moi, qui le connais à peine , je désire d'instinct et invinciblement tout ce qu'il a?

On me dira peut-être que cette idée de Dieu est une pure conception de mon esprit ; que je l'ai formée de tous les desiderata de mon âme; qu'aspirant à la vérité, à la beauté, à la vie, ne trouvant rien de tout cela ici-bas au degré où je le désire, je l'ai cherché ailleurs; et qu'ainsi, réunissant ce qui me manque : le bien , le beau , le vrai ; supprimant les limites, y ajoutant l'infini, j'en ai fait ce que j'appelle Dieu.

Oui, sans doute, c'est ainsi que je procède; mais que peut-on opposer à ce raisonnement? C'est celui de* plus grands esprits philosophiques. Suivez-en bien la chaîne.

Je dis d'abord : Je suis , donc Dieu est. Ceci est plus

qu'une démonstration : c'est de l'intuition directe. Aussi on n'a jamais pu arracher à l'humanité ce premier anneau. Pendant qu'on discute autour d'elle, qui au nom de la philosophie, qui au nom de la science, l'humanité écoute; puis, le débat fini, elle répète dans la même lumière, dans la même certitude qu'auparavant : Je suis, donc Dieu est.

Mais que suis-je? Je suis un être imparfait, borné, qui passe et s'évanouit. Donc il existe un être qui ne passe pas, un être parfait et sans bornes. « Car pourquoi, dit Bossuet, l'imparfait serait-il, et le parfait ne serait-il pas? C'est-àdire : Pourquoi ce qui tient du néant serait-il, et ce qui n'en tient pas du tout ne serait-il pas 1 ? »

En troisième lieu, si imparfait que je sois, si limité, si borné, j'aspire à quelque chose de plus grand et de meilleur, de plus grand que toute grandeur connue, de meilleur que toute bonté créée. Donc il existe un être plus grand que toute grandeur, meilleur que toute bonté, c'est-à-dire parfait et infini. Quelle folie, en effet, de supposer qu'une pareille aspiration , si belle et si invincible , qui fait le fond de l'âme humaine, ne corresponde à rien de réel? Il y aurait donc une attraction sans rien qui attire , des effets sans cause , des tendances qui n'aboutiraient pas ! Mon désir inquiet s'élancerait dans le vide; il ne trouverait pas l'objet qu'il cherche ! Ma soif de vérité, de beauté, de justice, d'amour, serait frustrée! Les élans les plus purs de mon cœur ne seraient qu'une amère dérision ! Cela ne se peut. L'esprit, le cœur, la conscience, la prière, la poésie, l'enthousiasme, la pureté, la douleur disent: Nous allons à l'infini; donc il y a un infini.

1 Bossuet, Élévations sur les mystères, !•• élév.

Ceci est clair, lumineux, sans ombre de discussion possible.

Mai? Qescartes, qui a posé les premiers anneaux de cette chaîne, .-.'est arrêté trop tôt dans ces magnifiques déductions. Si, de l'être imparfait qui est en moi, je remonte nécessairement, par une intuition infaillible, jusqu'à l'être parfait ■qui est Dieu, je dois aussi par la même méthode, de ma nature, de mes perfections, remonter jusqu'aux perfections, jusqu'à la nature même de Dieu.

Descartes disait : « Je suis, donc Dieu est. » Je continue et je dis : Je suis une intelligence, donc Dieu est une intelligence. Je suis un amour, donc Dieu est un amour. Je suis une force, donc Dieu est une force. Et ainsi de suite. J'affirme de Dieu toutes les perfections qui sont en moi , en ayant bien soin de vérifier si ce sont des perfections. Car comment y aurait-il en moi quelque chose de beau, de bon, de parfait, qui ne serait pas en Dieu ?

Je vais cacore plus loin. Ces perfections, j'en ôte les limites; je les agrandis jusqu'à l'infini, et je dis : Dieu est une intelligence infinie, un amour infini, une vie et une beauté infinies.

Ici encore il n'y a pas à discuter; car dès qu'on a prononcé ce grand nom d'infini, il le faut admettre avec toutes ses perfections. Infini d'un côté, il ne peut être borné d'aucun autre. Vous admettez que Dieu est une essence infinie, mais vous lui refusez l'intelligence 1 Dès lors qu'est-ce que Dieu? Une force aveugle, fatale, inconsciente d'ellemême; dès lors, moindre que l'homme, car l'homme la connaît; elle, au contraire, ne connaît pas l'homme. Vous admettez en Dieu une intelligence infinie, et vous lui refusez la liberté, l'amour! Mais cela est-il possible? Est-ce que la pensée, la pensée vivante, la pensée infiniment belle,

peut subsister sans liberté? Est-ce qu'elle ne crée pas l'amour ? Est-ce qu'elle n'en procède pas ? à la fois fille de l'amour et mère de l'amour. Vous l'anéantissez donc; car un Dieu sans amour, sans liberté, sans beauté, est audessous de nous. Nous sommes supérieurs à cette force vague, à ce ressort aveugle, d'une supériorité incontestable; puisque nous connaissons, nous aimons et nous voulons; et qu(! lui, ni il ne connaît, ni il n'aime, et il est incapable de vouloir.

Dieu est donc; et il est l'intelligence infinie, la beauté infinie, l'amour infini, la vie infinie; c'est-à-dire qu'il a, dans un degré infini, tout ce qui me manque. Dévoré de soif, consumé de désirs, je regarde autour de moi , sur la terre, dans les créatures, et je ne trouve rien de ce dont mon cœur a un si impérieux besoin. Je regarde en Dieu, et je trouve tout cela en lui, et je l'y trouve à ce degré illimité, inépuisable, infini, où me portait la folie de mes irréalisables rêves. Encore une fois, n'est-ce qu'un hasard? Et puis-je croire qu'ayant précisément ce qui me manque, et moi souffrant de ne l'avoir pas, il ne soit incliné à me le donner?

Car ici revient encore, et s'impose à nous, la puissante méthode de Descartes. Est-ce que les grands cœurs, débordant d'amour, n'aspirent pas à s'épancher? Est-ce que les grands génies, tout pleins de lumière, ne cherchent pas à rayonner? Est-ce que la beauté n'aime pas à se montrer? L'épanchement au dehors n'accompagne-t-il pas toujours la perfection ? Or, si cela est de ces ombres de la terre qu'on appelle lumière, vie, amour, que sera-ce donc de la lumière infinie, de la beauté infinie, de l'éternel amour, de la vie infinie? Urne toujours pleine, qui se verserait par le seul fait de sa plénitude, mais que la magnificence in-

cline pour qu'elle s'épanche plus facilement, et qui, du reste, s'épanche sans regret, puisqu'elle ne s'épuise jamais. Et voilà pourquoi ce grand génie philosophique, saint Thomas, n'hésitait pas à définir Dieu : Eus sui diffusivurn, un Etre qui s'épanche.

Dépose tes inquiétudes, ô mon âme! si tu ne sais pas monter jusqu'à lui, peut-êre trouvera-t-il quelque moyen de venir jusqu'à toi. A tous tes vides , pour les combler, correspondent toutes ses grandeurs,

Mais faisons un second pas. Non seulement en étudiant la nature de Dieu on aperçoit en lui un océan de beauté, de richesses, de vie qui surabonde et demande à s'épancher, mais quand on ouvre les yeux, on voit qu'en fait l'épanchement a eu lieu. Un jour Dieu est sorti de son repos, et il a jeté les mondes dans l'espace. Avec quelle profusion , avec quelle magnificence, pas plus la poésie que la science ne le diront jamais. Et un autre jour, quand tout fut prêt, il a créé l'homme; il l'a déposé sur ce globe, comme une mère qui met son enfant dans le berceau qu'elle lui a préparé.

Oui , celui qui a tout ce qui me manque , qui possède , dans les splendeurs de sa nature infinie, tout ce dont j'ai besoin, c'est celui-là qui m'a créé. Il est mon père. Seconde raison, plus pressante encore et décisive, pour s'incliner vers moi, non plus seulement par magnificence, mais par bonté.

Que Dieu ait réellement créé l'homme, c'est chose absolument certaine, et dont je ne puis douter. Car il n'y a ici

que deux hypothèses possibles : ou admettre un Dieu créateur, qui est un grand mystère sans doute; ou prétendre que le monde n'a pas eu de commencement, que la matière est éternelle, ce qui est absurde. Aussi personne ne l'ose dire clairement. On prend un biais, et tous les efforts pour nier la création se résolvent en deux systèmes louches et hypocrites : le système de la génération spontanée et le système de la transformation des espèces.

Je les appelle louches et hypocrites; non certes dans la pensée de leurs auteurs, mais en eux-mêmes; et on va voir pourqnoi je les appelle ainsi.

Qui dit génération spontanée, dit un être qui naît tout seul, sans père ni mère, sans parents, sans semence préalable. Et il y a, en effet, des savants qui prétendent qu'étant donnée une pure matière, où il n'y a point de germes cachés, enfouis, invisibles, il peut s'y développer, par le seul déploiement des énergies inhérentes à la nature , une série d'êtres vivants. Puis, ce prétendu principe posé, ils en concluent que si des animalcules ont pu naître ainsi , sans germes préalables, sans semences antérieures, rien n'empêche que l'homme ne soit né de la même manière. Un jour, au penchant d'un coteau merveilleusement exposé aux rayons du soleil , sous un certain coup plus puissant de lumière et de chaleur, les forces génératrices de la nature se développant, il sera né un homme. Cet homme sera né à l'âge de la maturité , en possession de sa taille, de sa force, de son intelligence, de toutes ses facultés. Car supposez qu'il fût né enfant, comme nous naissons tous, aveugle, sourd, ayant besoin d'un bras qui le porte, d'un sein qui le nourrisse, en fût-il né mille à la fois, de même âge, de même faiblesse, est-ce qu'ils n'auraient pas péri de faim, ou de froid, ou sous la dent des bêtes? Il sera

donc né à l'âge de la virilité, sans père, sans mère, a trente ans, d'un coup de soleil sur la terre; et comme la nature sentait qu'elle allait se refroidir, qu'elle ne pourrait pas continuer longtemps ce glorieux métier, en même temps qu'elle produisait spontanément un homme, elle engendrait spontanément aussi une femme; elle les faisait l'un pour l'autre , physiquement , intellectuellement et moralement; elle les inclinait l'un vers l'autre afin que leur mutuel amour lui permît de supprimer l'œuvre trop chanceuse de la génération spontanée. Et, en effet, depuis le jour où un homme et une femme se sont vus et aimés , la génération spontanée a disparu '.

Voilà le système, et je demande si ce n'est pas la rage de se passer de Dieu qui jette l'homme dans des rêveries pareilles. Car. enfin si la création de l'homme par Dieu est un mystère, qui ne sent que la création de l'homme par la matière est un mystère encore plus impénétrable? Mais surtout qui ne voit que cette prétendue explication n'explique rien ; qu'il reste toujours la question de savoir qui a mis dans la matière ces énergies créatrices; et que tout le résultat de ce système, c'est d'admettre la création par Dieu au second degré, au lieu de l'admettre au premier?

Oui, au lieu d'admettre que Dieu a créé la terre, et qu'ensuite sur la terre il a créé l'homme, vous dites qu'il a créé la terre et qu'il l'a rendue capable d'engendrer l'homme. C'est la même difficulté, avec une beauté de moins et un avilissement de plus.

1 « Ce qui me déplaît dans Strauss, dit Alexandre de Humboldt. c'est sa légèreté, pour ne pas dire plus, en histoire naturelle. Ainsi il l'ait naître sans difficulté les êtres organisés de la matière inorganique, voire même l'homme, qu'il fait sortir spontanément du limon de Chaldée. » (Lettre à Varnhagen.)

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Saint Augustin , saint Jean Chrysostome et beaucoup d'autres Pères admettaient de leur temps certains faits de génération spontanée. Ce qui prouve qu'à leurs yeux il n'était pas absolument impossible que Dieu, en créant la matière, l'eût douée de forces capables d'y produire la vie organique. Mais ces grands hommes auraient eu horreur de penser que ces animalcules, la matière les produisît par elle-même, et surtout qu'on pût conclure de la génération spontanée d'un infusoire à la génération spontanée d'un homme. Donc, quand même on arriverait à établir la vérité de 'cette hypothèse, c'est un excès de témérité impie dans les uns, de terreur religieuse mais peu scicnti que dans les autres, d'imaginer que cela entraînerait la ruine du spiritualisme et de la foi à un Dieu créateur.

Mais, du reste, ce système de la génération spontanée ne se soutient pas. Après avoir brillé un instant comme un feu follet, accueilli avidement par le demi-monde de la science , il s'est évanoui devant les expériences les plus solennelles. 11 a été démontré que la nature n'a aucune vertu créatrice, et que partout où l'on a pu saisir les innombrables germes qui sont dans l'air, dans l'eau, sur toute matière , et les détruire, la nature s'est trouvée absolument stérile. C'est ce qu'ont établi Pasteur1, Flourens2, Longet3, Claude Bernard *, Liebig % Ehrenberg 6, Alex, de

1 Pasteur, Héiérogénie, ou Traité de la génération spontanée sur de nouvelles expériences.

2 Flourens, Ontologie naturelle, p. 84. Cours de physiologie, p. 40-47.

3 Longet, Traité complet de physiologie, p. 206.

4 Claude Bernard, Rapport sur les progrès de la physiologie générale en France, p. 114 et 217.

3 Liebig, cité par Ettinger, Apologie du christianisme, t. 1, p. 203.

6 Ehrenberg, ibid.

Humboldt1, Quatrefages enfin ', qui résume l'état de la science contemporaine par ce mot : « Nous regardons comme définitivement condamnée la doctrine des générations spontanées. » Il n'y faut donc plus penser. Mais, je le répète, quand même elle aurait quelque réalité, à moins de dire que la matière s'est douée elle-même de ces énergies créatrices, vous n'auriez pas élevé un seul argument contre la création de l'homme par Dieu. *

On en était là : l'hypothèse de la génération spontanée s'évanouissait comme un rêve, lorsqu'un savant anglais, M. Darwin, vint renouveler le combat en apportant une autre hypothèse, moins élémentaire que celle-là, plus complète, plus vaste, plus brillante aussi, au moins à son début : car depuis elle a fini par s'éteindre dans les dernières hontes du matérialisme le plus abject.

Selon M. Darwin, il n'y aurait eu, dans le principe, qu'un petit nombre de types primitifs (on a fini par dire : un seul), pourvu entièrement de puissantes énergies créatrices, tendant à se développer, à progresser surtout, à passer d'un état à un état supérieur. Simple minéral d'abord, aspirant à une vie plus grande, s' approchant du végétal, l'imitant, en prenant les formes, et, après des milliards de siècles, ayant franchi le pas et devenu végétal. Simple végétal, aspirant à s'animaliser, enviant le mouvement, l'instinct, et, après des siècles aussi, ayant réussi à franchir l'intervalle et devenu animal. Simple animal, aspirant à l'homme, en approchant par le lent travail des âges, ayant quelquefois des mains comme lui, des pieds qui posent à plat par terre, une échine droite, un

1 Alexandre de Humboldt, Lettre à Varnhagen.

* Quatrefages, Bévue des Deux Mondes, 1861 , p. 157.

visage qui regarde le ciel ; aspirant bien plus encore \ arriver à la même intelligence, y étant arrivé peu à peu, devenu singe d'abord, puis de singe devenu homme.

Comment s'est fait le passage? Le voici, selon M. Darwin. Entre ces espèces si infimes, ces individus aspirant à la vie et à une vie plus haute, une lutte s'est nécessairement engagée dès l'origine. Dans cette lutte, les moins bien organisés ont dû^disparaître. Les mieux organisés ont seuls survécu. En ceux-ci, la nature, luttant avec de si effroyables difficultés de durer, a fait des efforts désespérés pour y conserver la vie. Elle a modifié les organes selon les milieux. Elle les a aiguisés , perfectionnés selon les nécessités. Et après des milliards d'années, des tâtonnements infinis, laissant tomber tout ce qui était inutile ou nuisible, surveillant avec une sagacité merveilleuse et fixant tout perfectionnement , marchant de là à un perfectionnement plus grand , elle a fini par arriver aux immenses résultats que nous voyons aujourd'hui1.

Voilà le système. Il a pris rang dans l'histoire sous le nom de transformisme, ou de transformation des espèces.

La première chose que je veux en dire , c'est que cette hypothèse, fût-elle vraie, ne donnerait pas plus que le système de la génération spontanée, à ses inventeurs, la consolation de se passer de Dieu. Car, encore une fois, qui a fait la matière? qui a créé ces premiers types? qui les a pourvus de cette force ascensionnelle, de ces énergies créatrices? Rendons justice à M. Darwin : son premier mot a été Dieu. Mais ajoutons aussitôt que tous ses amis se sont récriés : quelles uns ont laissé entendre finement

1 Ce lent travail de la nature, choisissant ce qui est utile, laissant tomber le reste, est appelé par M. Darwin la sélection aturelle.

qu'en parlant ainsi il n'était pas sincère, et qu'il n'inscrivait je mot en tête de son livre que pour ne pas trop épouvanter id public et avec intention de le retirer plus tard; que d'autres lui ont prouvé que cette inscription du nom de Dieu ôtait à son système toute originalité; que c'était même une contradiction, car si l'on admet que le Créateur est intervenu pour produire un type, il a pu tout aussi bien intervenir pour produire toutes les espèces. Bref, M. Darwin a baissé la tête; et la petite phrase incidente, qui disait dans la première édition que le type primitif avait reçu la vie du Créateur , a été biffée dans la seconde. Mais alors reparaît notre question : D'où vient ce type primitif, .cette simple cellule, cet être infime qui était au commencement, sans aucune cause connue, et d'où tout procède? Etrange chose que des hommes qui ont tant de peine à admettre l'in uniment parfait, et qui en ont si peu à admettre l'infiniment imparfait I

Du reste, ce système, que cette seule considération suffirait à renverser, a subi, au cours de la discussion, de bien autres avaries. Il a échoué aux quatre grandes difficultés que voici :

1° La fixité des espèces depuis les temps les plus reculés. Pour que ce type primitif, imaginé par Darwin, ait pu à la longue produire les innombrables variétés d'espèces qui couvrent aujourd'hui le monde, il faut évidemment admettre dans les êtres vivants une variabilité illimitée et indéfinie. Or c'est le contraire qui est vrai. On a fait les plus curieuses recherches dans les hypogées et les temples d'Egypte. On y a trouvé des momies de toutes sortes non seulement d'hommes, mais de chiens* de chats, de bœufs, d'ibis. Eh bien, ces êtres, momiliés depuis des milliers d'années, sont exactement et absolument semblables aux

animaux actuels. On: est arrivé à la même conclusion par des observations les plus précises faites sur les fougères , les mollusques et les reptiles antédiluviens. Le professeur Van-Beneden en particulier, qui a comparé les chauvessouris de l'époque du mammouth à celles de l'époque actuelle, n'y a pas trouvé la moindre différence. Tout se réunit donc pour établir que la loi des êtres vivants, ce n'est pas la variabilité illimitée et indéfinie , c'est la fixité des espèces. Premier fait où échoue le système.

2° La stérilité immédiate ou très prochaine qui affecte les croisements entre espèces, voisines. Il ne suffit pas, en effet, pour expliquer le monde actuel à partir de quelques espèces primitives, d'admettre leur variabilité illimitée; il faut encore qu'elles soient douées d'une faculté indéfinie de croisement entre les espèces voisines. Or rien n'est plus démenti par l'expérimentation scientifique. On peut sans doute, en variant le milieu physique ou le milieu organique, ébranler l'espèce et y amener des modifications qui paraissent d'abord considérables. Mais ces déviations du monde végétal et surtout celles du monde organique ressemblent aux oscillations d'un aimant qui revient toujours à sa vraie direction. Dès que l'espèce est ébranlée, elle cess<j d'être féconde. L'impuissance la frappe. « La stérilité, a dit le botaniste Lindley, est une maladie ordinaire aux plantes cultivées. » A force d'art, on obtient des fleurs doubles ou pleines : roses, anémones, primevères, camélias, chrysanthèmes; véritables fleurs de luxe, enrichies, opulentes, mais stériles; comme ces étalons que l'homme crée en forçant la nature, mais qu'il ne peut pas perpétuer. Il n'y a d'éternellement viable, d'inépuisablement fécond que les races naturelles.

3° L'absence des intermédiaires, vivants ou fossiles , exigés

par la théorie. Comme, d'après l'hypothèse de Darwin, la sélection naturelle doit nécessairement agir avec une lenteur extrême, par suite de modifications presque imperceptibles, il s'ensuit qu'entre les êtres actuels et leurs ancêtres perdus dans le lointain des âges, il a dû exister des intermédiaires en nombre véritablement prodigieux. Or où sont-ils ? Il a bien fallu avouer qu'ils n'existent pas aujourd'hui. On a prétendu alors que ce sont des espèces éteintes; et on a fait des efforts inouïs pour les retrouver dans les âges fossiles. On n'a pas réussi. La découverte de quelques espèces éteintes n'est rien en présence des immenses lacunes qu'il faut combler, en sorte que, s'il est aujourd'hui une vérité démontrée en géologie, c'est que les formes intermédiaires qu'exige le système n'existent pas. Force a été aux darwinistes d'en convenir. Pour se tirer d'embarras, ils n'ont rien trouvé de mieux que de dire que le monde est un grand ouvrage en plusieurs tomes; que nous n'avons que le dernier; et que les formes intermédiaires qui manquent sont dans les autres tomes, aujourd'hui perdus. Mais ceci n'est plus de la science : c'e.<t de la fantaisie.

4° L'impossibilité d'expliquer, par la sélection naturelle, des transformations qu'aucune sélection artificielle ne peut opérer aujourd'hui. Gomment ! voilà six mille ans que nous manions la nature, et, en l'aidant avec tout notre esprit, nous ne sommes pas parvenus à lui faire une seule fois sauter le pas, du minéral à la plante, de la plante à l'animal, pas même du singe à l'homme; et la nature aurait fait cela, toute seule, sans aide, des milliers de fois! C'est absurde. « Essayez donc, dit M. Vitet, de faire un homme. C'est une affaire de temps, dites- vous; soit : commencez toujours; qu'on vous voie à l'œuvre, et met-

tez-y le temps; mettez-y des milliards de siècles; jamais du plus intelligent des singes vous ne ferez un homme même le plus borné1. »

Donc l'hypothèse de la transformation des espèces ne se soutient pas. D'autre part , la doctrine de la génération sp'ontanée ne repose sur rien. Il reste donc que l'homme a été créé par Dieu. Mais si cela est, est-ce que vous ne sentez pas, même avant d'avoir approfondi ce mystère, qu'un tel acte n'a pu avoir lieu sans mettre au cœur de Dieu un poids qui le fait pencher du côté de l'homme?

Du reste, il s'en faut bien que tout soit faux dans ce système. Jamais le faux ne pourrait subsister, s'il n'avait à sa base une vérité qu'on méconnaît. Ce qui a fait l'illusion ici, c'est que ces deux systèmes ne sont que les deux plus sublimes lois de la création, entrevues par des myopes. Oui, il y a eu une génération spontanée; mais ce n'est pas d'un coup de soleil sur la terre que le premier homme a reçu la vie; c'est d'un rayon d'amour parti du cœur de Dieu. Oui, il y a une loi de transformation ou plutôt de la continuité des espèces; mais il faut la comprendre, et ne pas abuser contre !e grand artiste d'une des plus merveilleuses beautés de son œuvre. Regardons tout cela de près, à la lumière de la science contemporaine. Nous allons voir apparaître dans un nouvel éclat l'adorable physionomie de Dieu.

1 Vitet, De la Science et de la Foi.

C'était une belle chose, pleine de poésie, de majesté et de grandeur, que le récit de la création , tel que Moïse le racontait. Ce fiât lux était sublime. Cette préparation du globe, en vue de l'homme, était d'une tendresse infinie. Qu'il était bon et grand , ce Dieu qui se recueille avant de créer l'homme, qui pétrit son corps dans ses mains vénérables et tire de son cœur le souffle d'amour qui le va animer I Comme on sentait bien qu'après un tel acte Dieu resterait éternellement incliné vers l'homme]

Je laisse néanmoins cette page toute pleine de la magnificence et de la bonté de Dieu , où l'on voit Dieu intervenir librement, amoureusement en faveur de sa créature1; et je n'interroge que la science contemporaine , la plus exacte et la plus autorisée.

Au commencement, aussi haut que la science peut remonter, que voit-elle? La terre roule dans l'espace comme un roc désert et incandescent. Sa surface est brûlante , et dans une combustion immense. Rien n'y peut vivre. Son atmosphère, chargée d'électricité et de magnétisme, est pleine à la fois de splendeurs brillantes et de prodigieux orages. D'épaisses vapeurs l'enveloppent et ne lui permettent pas de connaître les vicissitudes du jour et de la nuit Elle n'est éclairée que par sa propre flamme. Qui la ver-

1 Nous retrouverons cette question quand nous traiterons, au troisième volume de notre ouvrage, de la création au point de vue de la foi.

rait passer et tourner dans l'espace la classerait parmi les astres lumineux par eux-mêmes. Voilà le premier âge, le premier état du globe. Combien a-t-il duré? La science ne se hasarde pas à le dire. Elle calcule seulement qu'un boulet de même dimension que la terre , chauffé au rouge et abandonné au refroidissement dans des conditions semblables, mettrait plusieurs millions d'années pour descendre au degré de température qui règne actuellement sur la terre.

Cependant ce feu s'apaise. Un certain refroidissement commence. L'eau, qui est montée en vapeur et qui entoure le globe comme un nuage, retombe en rosée sur la masse enflammée. À mesure que la température s'abaisse, cette eau se précipite plus abondante et l'enveloppe d'une couche liquide dont nos eaux thermales représentent assez bien la constitution et la chaleur. Çà et là quelques éminences, premiers indices des continents futurs, apparaissent au-dessus des flots. De temps en temps d'épouvantables fracas retentissent; on voit surgir du sein de cet océan les chaînes des montagnes, se soulever les îles, se dessiner les golfes, apparaître enfin et s'organiser la terre. Et à mesure qu'elle se refroidit et se sèche à l'air, les masses d'eau pendantes achevant de se précipiter, on voit apparaître le soleil, la lune, les étoiles, les astres voisins et fraternels , les planètes sœurs , toutes ces merveilles enfin qui existaient probablement déjà, mais qu'une atmosphère chargée de vapeurs et d'eau ne permettait pas de voir.

Regardez maintenant la distribution de toutes ces choses, l'architecture et la structure de ce globe. Oh ! je veux bien que tout cela ne soit que le produit du hasard, des forces cachées qui ont soulevé ici les os de la terre, qui là ont

dgssiné des golfes charmants, des falaises sublimes, de mystérieuses vallées. Quelle beauté! que de grâces 1 mais quelle variété de spectacles ! et quelle harmonie surtout entre ces spectacles et les émotions de joie, de tristesse, de mélancolie ou de douleur qui agitent mon âme! Vraiment le hasard est un grand maître, et il faut le bénir, aveugle comme '1 est, d'avoir si bien réussi.

Mais voici quelque chose que ni le hasard, ni l'électricité, ni la chaleur, ni le magnétisme n'expliqueront jamais. La roche était nue; le bloc était incandescent. Il chauffait à plus de mille degrés. Le voilà maintenant qui se couvre de feuilles, de fleurs, de fruits. C'est un jardin. Où donc étaient les graines? où les semences? Interrogez la science, et tâchez de m'expliquer ce fait. Ni plantes, ni graines, ni semences d'aucune sorte n'étaient tout à l'heure sur la terre. Si elles y eussent été, elles auraient été consumées. A cela il n'y a aucun doute. « Il faut absolument ici, dit Becquerel, l'intervention d'une puissance créatrice. » Il faut que quelqu'un ait semé ces plantes, quelqu'un de divinement, de tendrement puissant. Car quelle variété et quelle beauté! quels parfums et quel éclat! Voilà la rose qui réunit tout, l'odeur, le coloris, le dessin, et qui serait le dernier mot du monde végétal, si elle portait un fruit. Voilà le lis, si élancé et si pur. Voilà la violette qui embaume en se cachant. Vuilà le grand chêne avec son majestueux ombrage. Et ces deux plantes, si chétives, si délicates, si sublimes, le blé et la vigne. Elles portent l'aliment royal de l'homme. Et comme toutes ces plantes sont bien faites pour lui! Les unes le nourrissent; d'autres le guérissent; celles-ci l'ombragent, le récréent et le charment. Et il y en a qui contiennent dans leurs frêles corolles de quoi le vivifier , lui

donner de la gaieté, de l'esprit, de la force. Et tout cela sort d'un roc brûlant, où hier encore nulle graine, nulle semence n'aurait pu subsister. Encore une fois, qui a fait cela? Pourquoi ce pain et ce vin? Pourquoi ces paysages si frais, ces vues si vastes, ces pics si élevés, ces ombrages mystérieux, tant de choses si douces, si pénétrantes, si harmoniques à notre âme, que quelquefois nous nous suprenuns à dire avec le poète :

Objets inanimés, avez-vous donc une â,me Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?

Mais continuons à regarder ce globe, tout à l'heure rocher brûlant, masse incandescente où nul être vivant ne pouvait prendre pied, maintenant rafraîchi, arrosé, ombragé, embaumé, couvert de fleurs et de fruits qui ont poussé là, sans père, sans mère, sans semences ni graines préalables. Voici une bien autre merveille. Dans Pair, au milieu des eaux, sur terre, les animaux apparaissent. Ils apparaissent après les plantes. La raison le dit, la science le prouve. Or d'où viennent-ils? Si les graines des plantes eussent été consumées dans ce brasier que la science nous a décrit, combien plus les germes des animalcules, les œufs des oiseaux, les éléphants, les chameaux, le cheval, le bœuf, le chien? D'où viennent-ils donc, encore une fois? Du minéral? mais il était en fusion. De la plante? mais d'où vient-elle elle-même? Et puis, quel passage de la plante à l'animal! Voici un être qui bondit, qui marche, qui vole, qui agit, qui aime, qui hait. Quel rapport à la plante? Nature nouvelle, incommensurable avec ce qui précède, séparée par un abîme, et qui exige une seconde et plus puissante intervention

de la main créatrice. Examinez ces animaux, et dites si ce monde n'est pas mille fois plus beau que celui des plantes, plus merveilleusement préparé pour l'homme. Quelquesuns lui font peur; mais combien le servent ! Voilà le chien qui garde son foyer et qui lèche sa main, quand personne ne la baise plus. Voilà le cheval qui le porte, bouillant et fier, au milieu des batailles. Voilà le bœuf qui traîne sa charrue et qui laboure son champ. Et combien sur la terre, au milieu des airs, au fond des eaux, servent à sa nourriture! Et quel plus grand nombre encore l'égayent de leurs chants, de leur vol , animent la nature et y mettent avec le bruit du vent dans les feuilles, avec le murmure des eaux, ce mouvement et cette vie qui en achèvent la beauté! Ah! aux yeux de la science comme aux yeux de la raison, pour qui sait voir, il y a là une magnifique préface, un palais préparé, un jardin odorant, des serviteurs qui attendent , quelque chose qui semble dire : Le maître va venir.

Il vint enfin. Un jour l'homme parut sur ia terre. Quel fut ce jour? La science ne le sait pas. Mais ce qu'elle sait, ce qu'elle doit déclarer sous peine de se mentir à ellemême, ce qu'elle déclare , du reste, très haut, c'est qu'il y a eu un jour, et des séries de jours, où l'homme n'était pas, où il ne pouvait pas être, où il eût été calciné, dévoré par le feu; et un autre jour, comparativement très récent, où, après des siècles, le sol s'étant refroidi, l'homme a apparu. Et ce qu'elle doit encore dire, sous peine de trahison, c'est que, si grandes que fussent les merveilles qui avaient précédé, rien n'avait préparé le monde à celle-ci. Entre le rocher et l'homme, entre la plante et l'homme, entre l'animal et l'homme il y a un abîme. Voici un être nouveau, radicalement, absolument distinct de tout ce

qui précède, et, plus encore que tout le reste, inexplicable, si ce n'est par une intervention nouvelle et plus haute de la puissance créatrice. Cet être si grand , qui fut sa mère? qui fut sa nourrice? qui lui apprit à marcher, à parler, à se tenir debout, à regarder le ciel, à trouver la terre trop petite, à aimer la vérité, la justice, l'honneur, jusqu'à leur sacrifier sa vie; à confesser Dieu et à lui crier : « Père! Père! » qui lui a appris tout cela? Il n'y a pas à hésiter, c'est Dieu!

Malheur à qui penserait sans émotion et sans adoration à ce moment unique et merveilleux de l'histoire, à ce jour de la naissance du genre humain , et qui ne verrait pas Dieu poser l'homme sur le globe aussi réellement qu'une mère prend son enfant et le met dans son berceau! oui, malheur à lui! Il est plus que myope; il appartient à ces infortunés presque inguérissables, dont on a dit : « Le pire de tous les aveugles, c'est celui qui ne veut pas voir. »

Voilà la première loi dont abusent Darwin et ses disciples, la loi de la génération de toutes choses , sous le souffle de Dieu. Mais ce n'est pas là la seule loi qu'ils méconnaissent.

Dans ce manifeste et magnifique travail de Dieu, établissant successivement tous les règnes et comme les étages de ia création, il y a une autre loi qui les aveugle aussi. Admirable et profonde loi qui devrait, au contraire, les ravir et achever de leur expliquer l'œuvre de Dieu! C'est cette loi dont Linné disait qu'à mesure que nos musées deviendraient plus riches, plus complets, on verrait bien que la nature ne fait rien brusquement, mais par des transitions douces et insensibles que les anciens avaient entrevues et formulées dans cet axiome célèbre : « La nature ne

fait rien par saut. » Oh ! non, elle est trop grande artiste pour cela! Entre la nuit noire et la splendeur du midi, elle met l'aurore; entre l'éclat radiaux du jour et l'épaisseur des ténèbres, elle met les teintes décroissantes et si douces du crépuscule. Il en est de même partout.

Il y a un abîme entre le minéral et le végétal ; savezvous ce que fait la nature? Elle y jette une foule d'êtres qui tiennent à la fois du minéral et du végétal, et qui conduisent harmonieusement de l'un à l'autre par d'insensibles transitions. Et de même entre le règne végétal et le règne animal. Regardez l'immense famille des polypes. Animal-plante, plante-animal, le polype est un petit palmier attaché au rocher par la racine, et qui a une bouche, un estomac comme un animal. Il y a des milliers d'êtres semblables, flottant entre les deux règnes, rangés par les uns au nombre des plantes, par les autres au nombre des animaux, servant à conduire doucement d'un règne à un autre.

Même spectacle dans le monde des animaux. Entre cet être timide qui rampe par terre et cet aigle majestueux qui plane dans les airs, quel abîme! Eh bien! ici encore la nature ne fait rien par saut. Entrez dans ce splendide musée d'histoire naturelle de Paris, le plus complet de tous ceux du globe; faites- vous montrer la série des êtres que la nature a pourvus d'une aile, vous serez étonné. Ce n'est d'abord, dans telle espèce, qu'un rudiment, un soupçon d'aile; puis la voilà qui s'étend, timide encore, faible, aidant à peine à voleter. Un peu plus loin, elle prend du nerf, de la vigueur; elle porte l'oiseau très haut, très longtemps. Puis la nature s'enhardit: l'aile prend des dimensions , des énergies. pr<idigieuses. Tel oiseau, d'une aile hardie et sûre, fait des voyages in-

croyables , plus de cent lieues à l'heure , et du sommet des glaciers de la Sibérie tombe au rivage brûlant du Pérou, traversant en quelques heures toutes les températures du globe. Et tel autre monte si haut, que nul regard ne peut l'y retrouver, et s'endort dans les airs , bercé par les orages. Et tel encore, comme le coiibri , J'oiseaumouche, a un battement d'ailes si vif, que l'œil ne le perçoit pas : il semble immobile dans l'air, fleur ailée, diamant animé.

Même merveille pour combler l'abîme qui sépare le poisson vivant au fond des eaux, et l'oiseau qui vole dans l'air, et l'animal qui rampe sur la terre. Qui ne connaît l'immense série des êtres amphibies, qui nagent et volent, qui volent et rampent, à la fois poissons, oiseaux ou mammifères? Non, nulle part la nature n'agit par saut. Où nous croyons voir une lacune, un vide, un passage brusque et inharmonique, accusons-nous nous-mêmes : cette lacune c'est notre ignorance.

Il ne faut donc pas s'étonner si la même loi se trouve entre le monde des animaux et l'homme. Plus l'abîme est immense, plus Dieu a ménagé avec art la transition. Entre l'animal qui rampe par terre et l'homme qui dresse sa tête vers le ciel, voici des animaux qui essayent de se tenir debout; en voici d'autres qui ont des ébauches de parole, et ceux-ci des ébauches de physionomie humaine. C'est ainsi que la nature remplit la lacune, et mène, par des nuances insensibles, le monde des animaux jusqu'à l'homme. Il ne sert à rien de nier une pareille loi; mais il ne faut pas la dénaturer. Toutes choses sont ainsi dès l'origine, et persévéreront de même jusqu'à la fin. Cet atome animé^et infusoire , ne dites pas que, montant de rang en rang, devenant polype, corail ou perle, il

arrivera peut-être, en dix mille ans, à la dignité d'insecte; car, dans dix mille ans, dans cent mille ans, cet infusoire sera encore infusoire, ce polype sera toujours polype. 11 en est de même de cette pauvre chauve-souris avec son aile en germe et en aspiration : au bout de dix mille ans elle sera toujours chauve-souris; elle ne deviendra jamais un aigle. Ce singe, enfin, il sera toujours singe, même après des milliers d'années; onques il ne deviendra homme. La loi du monde, ce n'est pas la transformation des espèces au sens où l'entend Darwin , ce sont quatre règnes superposés, quatre étages grandissants; et entre eux, pour que les passages ne soient pas trop brusques, pour que les couleurs ne soient pas trop tranchées, des demi-tons, des transitions douces et harmoniques, un ensemble ravissant, mais permanent, fixé dès l'origine, et où l'observation la plus précise n'a pas remarqué , depuis six mille ans, un mouvement autre que celui de la vie obéissant à ses lois éternelles.

Voilà la création telle que la science la voit aujourd'hui. Je n'y insiste pas, devant un jour aborder ce magnifique sujet sous tous ses aspects; et je me hâte de tirer la conséquence qui en résulte.

C'est donc Dieu qui a lout créé : il a créé la terre , il a créé l'homme. Je ne demande pas encore pourquoi ; je dis simplement : Peut-il avoir créé l'homme sans l'aimer, sans s'intéresser à lui , sans éprouver le besom de le protéger, de venir à son aide? Car enfin dites-moi : avezvous jamais créé quelque chose? et ce que vous avez créé ne l'aimez-vous pas? N'auriez- vous créé qu'un petit jardin, avec quelques allées bordées de buis, quelques œillets et quelques roses; est-ce que vous ne sentez pas pour ces fleurs un attrait? est-ce que vous n'aimez pas à les arro-

ser, à enlever les insectes qui pourraient les faire périr? Dites-moi encore : dans un jour de ravissement et d'angoisses, avez-vous écrit un livre? y avez-vous mis de votre esprit, de votre âme? Ne l'aimez- vous pas? Ne vous interressez-vous pas à son sort? n 'avez-vous pas la faiblesse d'aimer ceux qui le lisent et qui vous en parlent? Ditesmoi, ohl dites-moi surtout: dans une heure plus poignante encore et plus heureuse, avez-vous mis un enfant au monde, un petit être qui a votre sang dans ses veines, votre physionomie sur le front, vos qualités et vos défauts dans l'âme? Est-ce que vous ne l'aimez pas? et cet amour si fort, si ardent, ne sentez- vous pas qu'en vous ce n'est pas une faiblesse , que c'est une beauté morale , une grandeur, le principe de toute élévation comme de toute vertu? et quand vous en cherchez les sources , est-ce que vous ne sentez pas que cet amour vient de plus haut que vous; qu'il n'est pas né de l'étude, de la réflexion, de la nécessité, qu'il est tombé sur vous d'en haut, complet, sublime, achevé? Àh 1 oui, cet amour vient de plus haut que l'homme : il vient de Dieu, qui a créé l'homme, et qui, en le créant, en a le premier subi le charme; qui n'a pu devenir son père sans sentir s'émouvoir en lui les entrailles de la paternité; et qui, l'ayant placé sur une terre pleine de périls, n'a pas cessé de s'intéresser à lui, de le protéger, de le défendre, de s'incliner vers lui, non - plus seulement par magnificence, mais par bonté, par amour l

124 La RELIGION

Faisons un troisième pas.

Au milieu de ce monde si beau, dont les harmonies témoignent d'un si grand artiste, quelle est précisément la position faite à l'homme? Il y vient en maître, disionsnous toul à l'heure. Est-ce en maître absolu? Tout ce qui est sous ses pieds doit lui obéir; mais au-dessus de lui, sur sa tête, n'y a-t-il personne à qui il doive l'obéissance? La science nous montrait tout à l'heure la création qui monte incessamment : du minéral au végétal , du végétal à l'animal, de l'animal à l'homme. Tout cela est faux sans doute au sens de Darwin; mais en soi tout cela est vrai et beau; et tout cela nous dit que l'homme n'est pas le dernier mot de la création, et qu'arrivée à lui, elle doit monter jusqu'à Dieu , principe et souverain 'maître de tout. Et voilà pourquoi l'irréligion scientifique fait de si grands elForts pour nier le Dieu créateur. Car ayant admis lo Créateur, comment ferait-elle pour ne pas reconnaître le Législateur et le Souverain?

Il suffit du reste d'un simple regard sur l'homme pour comprendre le vrai plan des choses, pour voir que Dieu est le maître, et à quel point, en dépit de ses admirables découvertes scientifiques, l'homme reste une humble, faible et dépendante créature. Les théologiens définissent Dieu, l'être par lui-même : Ens a se. On pourrait définir l'homme, l'être par un autre: Ens ab alio. Car quand est-ce que l'homme vient en ce monde? quand on l'ap-

pelle. Et quand est-ce qu'il en sort! quand on le chasse. Et entre ce berceau, dont il n'a choisi ni le lieu, ni l'heure, ni la forme, et sa tombe, plus involontaire encore, quelle est cette terre sur laquelle il vient pleurer un instant? une terre qui ne lui appartient pas, une terre qui existait avant lui et qui existera après, une terre qui manifestement appartient à un autre, une terre enfin dont à force de génie nous parvenons seulement à rayer l'épiderme, et qui nous emporte légère à travers l'espace , non pas comme un roi qui la gouverne , mais comme un enfant qu'elle berce sur son sein. Venir quand Dieu nous appelle, partir quand il nous renvoie, habiter en pleurant une terre qui n'est pas à nous : voilà l'homme tel qu'il était hier, tel qu'il est aujourd'hui. Je ne vois pas que nos progrès scientifiques y aient rien changé.

Il est vrai que nous avons découvert les forces de la nature, ses incalculables et mystérieuses énergies. Les voilà domptées et mises à notre service ; mais elles ne nous obéissent qu'à une condition : c'est que nous leu. obéirons les premiers. 0 homme! tu es beau sur ta locomotive en feu! J'admire la douceur, l'harmonieuse force de tes immenses leviers, mus par la vapeur. Ne t'avise pas cependant de toucher à une seule des lois constitutives de la nature : la chaudière volerait en éclats, et toi avec elle. Pauvre roi , tu apprendrais à tes dépens que tu n'es le maître de la nature qu'à la condition d'obéir aux lois de Celui qui l'a faite.

Et combien ce caractère de dépendance s'accentue quand on étudie le détail de nos actions de chaque jour! Je commence tout, je ne puis rien finir. Je sème, mais il me faut le soleil, la pluie, la rosée. Je plante, mais il me faut le temps. J'agis, et quand j'ai tout prévu, pour réussir il

12fi LA RELIGION

me faut quelque chose qui ne dépend pas de moi. Et ce quelque chose qu'est-ce? Les hommes n'en savent rien. Ils l'appellent la chance, le destin, le hasard, la fortune, le bonheur. Fénélon a dit le vrai mot : « L'homme s'agite, et Dieu le mène. » Et le bon sens populaire a dit aussi : « L'homme propose, et Dieu dispose. » Je cherche ce que nos progrès scientifiques ont changé à cela.

Et que dire maintenant de la vie! 0 l'étrange faiblesse de l'homme! Je vis; mais que faut-il pour me tuer? Une fenêtre entr'ouverte , une porte qu'on n'a pas fermée,; le moindre petit courant d'air , me voilà mort. Comme on traverse une cour, protégeant de la main contre le vent la petite lueur d'une lampe qui vacille et va s'éteindre, je traverse le monde, occupé à défendre ma pauvre vie, et je n'y réussis pas. Les sciences les moins sûres, les plus conjecturales, celles auxquelles on croit le moins, sont celles qui sont les plus nécessaires. Où en est l'art de guérir? Quels progrès a faits la médecine? En six mille ans, la science n'a pas su ajouter une heure à notre vie, ni un pouce à notre taille, ni ôter une ride à notre front. Il est vrai que vous comptez sur l'avenir pour réaliser ce progrès. « Qui sait, dites-vous, si la science, maîtresse de la vie, n'en va pas modifier les conditions; si une biologie omnisciente ne nous fera pas vivre toujours 1 ? » Voilà à quels rêves vous pousse le fol orgueil de la science. Mais comme vous demandez, pour réaliser ce progrès, cent millions d'années de développement de la chimie, l'humanité vous remercie de votre bonne volonté. Elle meurt, elle n'a pas le temps d'attendre.

Oui, elle meurt; elle s'écoule comme l'eau. Où étais— je

1 Renan, Revue des Deux Mondes, 1861.

hier? qu'ai-je fait? Je ne m'en souviens déjà plus. Où étaient, hier, mon père, mon grand-père, mon aïeul? Je cherche leurs traces, elles sont effacées. Il y a un nuage qui, à mesure que j'avance, roule derrière moi et sur moi ses flots chargés d'oubli. On oublie tout; on s'oublie soimême. On se perd d'une minute à l'autre. Voilà la vie. Et demain, où serai-je? Serai -je heureux ou misérable? grand ou petit? riche ou pauvre? Où mourrai-je? Et quand sera-ce? Qui peut répondre d'une journée, que dis-je, d'une heure? Manifestement, nous sommes dans la main d'un Autre.

Eh bien, si cela est, est-ce que cet Autre ne doit pas nous diriger, nous gouverner? Au fond, pourquoi fait-on de si grands efforts pour établir que Dieu ne s'occupe pas de nous? N'est-ce pas pour nous créer le droit de ne pas nous occuper de lui? Et de fait, les deux choses se tiennent. Nous ne lui devons rien, s'il ne daigne pas nous gouverner. Et comment pourrions nous être obligés à nous conduire comme des sujets, si lui-même ne daignait pas se conduire en souverain ?

Aussi il le fait. Il surveille, il dirige l'humanité. L'humanité le sait et le sent. Seulement le gouvernement de Dieu est un chef-d'œuvre de douceur, de patience, de discrétion , de respect pour la liberté. L'homme s'impatiente et brise. Lui, jamais. Il attend sous le voile. Content devoir divinement entrelacé sa loi aux destinées de l'humanité et même au sort de chaque âme, il laisse l'homme se punir lui-même. Chaque violation de ses ordres a un invisible contre-coup jusque dans notre vie physique. Poussez un peu plus loin la révolte : voilà la famille qui se désorganise. Ne vous arrêtez pas; c'est maintenant la société qui chancelle. Des catastrophes sans nom, des guerres

intestines, des défaillances inexplicables se chargent d'apprendre aux sociétés comme aux âmes qu'on ne désobéit pas impunément à Dieu. Il gouverne le monde, et son premier ministre , c'est la logique.

Voilà déjà bien des attributs de Dieu qui l'inclinent vers l'homme : la magnificence, la bonté, la paternité, la souveraineté. J'en invoque encore un, le plus auguste de tous : la sainteté.

Dieu est saint; il est le Saint des saints. Or, ce qu'il est par nature, il a voulu que nous le -fussions par libre choix. Il a bâti le monde sur ce plan; et c'est par là qu'il a donné à sa création un couronnement digne de lui, et qu'il a fait de la vie de l'homme un drame si émouvant.

Vous savez ce que c'est qu'un drame. C'est la beauté, la justice, le courage, l'honneur en face d'un obstacle. Puis l'obstacle franchi par le sacrifice, c'est le triomphe; c'est le repos dans le bonheur, dans la lumière et dans l'amour.

Or tel est le plan de Dieu. L'homme marche au bien, au bien éternel et infini, qui est en même *emps et nécessairement le bonheur. Mais à peine il a fait un pas, que voilà l'obstacle. Voilà la souffrance, la coupe amère , au fond de laquelle est la grandeur. Voilà la tentation odieuse, occasion de la vertu. L'homme hésite, pleure, lutte. Et pendant ce temps, Dieu le soutient, l'aide, le console; puis, la lutte linie, l'introduit dans le repos, dans le bonheur.

Il y a des hommes qui ne veulent pas de ce plan. Ils préféreraient que le drame du monde fût laid, ridicule, odieux : une lutte sans raison , un sacrifice sans récompense, des efforts sublimes de courage qui s'abîmeraient dans le néant. Le dernier des artistes ferait mieux.

Si du moins ils supprimaient la souffrance; mais non, ils ne suppriment que ce qui la console. En réalité, et quelque système qu'on adopte, il y a des hommes qui souffrent. Nous naissons dans les larmes, nous grandissons dans le travail, nous mûrissons dans la responsabilité et le souci, nous vieillissons dans le désenchantement, nous mourons dans la douleur. Voilà la vie, pour eux comme pour nous.

Et puis, sur cette triste terre, pour nous aider à en porter le poids, nous cherchons des âmes sympathiques à la nôtre. Nous aimons, nous sommes aimés. Nous nous bâtissons un petit nid; nous le remplissons d'autres nousmêmes. Et un jour, un vent froid se levé, un de ces tristes vents d'automne qui font tourbillonner les feuilles mortes; et quand nous comptons la petite famille, ces petites têtes blondes, notre orgueil, notre espoir, il en manque I Ou bien, s'ils arrivent à l'âge d'homme, ces êtres chéris, nous les donnons à la patrie, nous les sacrifions à l'honneur.

Voilà notre sort à tous. Et quand le spectacle de nos infortunes attendrit les hommes; quand les bêtes ellesmêmes nous regardent en pleurant; quand nos arbres ^ont tout tristes en nous voyant errer, mornes, sous leurs, ombrages, on veut que Dieu reste impassible dans les profondeurs de son éternité ' U ne nous aidera ni à vaincre cette douleur, ni à nous transfigurer par elle! Quel Dieu imaginez- vous donc?

D'ailleurs, dans ce rude combat de la vie, ce n'est pas

seulement la douleur, le sacrifice qui arrêtent l'homme, qui le font s'asseoir désespéré sur la route, c'est le mal; ce sont les passions, charmantes et odieuses, qui l'emportent dans leur tourbillon , loin du but vers lequel il devait marcher.

En réalité aussi, il y a des hommes qui succombent au mal, qui se laissent enchanter par de brillants fantômes. Je les plains. Et il y en a d'autres qui font le mal sans pudeur, qui insultent à tout ce qu'il y a de sacré sur la terre. Ceux-là, je les hais; et l'horreur qu'il m'inspirent n'a d'égal que l'enthousiasme de mon âme en présence de ces êtres, purs et forts, qui s'immolent en pleurant à la vertu. Voilà ce que j'éprouve, chair et sang que je suis! Et Dieu, la sainteté infinie, n'éprouverait ricnl Ne voit-il pas ce bien, ce mal, ces vices odieux, ces sublimes vertus? Alors où est son infinité? Et s'il les voit sans frémir d'indignation et d'amour, il est donc moindre que moi!

Vous dites : Qu'importe à Dieu? Je réponds: Et que m'importe à moi-même? cela m'empêche-t-il d'être ému?

Ce qui fait la beauté supérieure d'une nature, c'est sa sensibilité. Prenez un grand musicien; la moindre note fausse le fait tressaillir. Voyez un homme d'honneur; il bondit d'indignation devant une lâcheté. Et qui dira les larmes des cœurs purs en présence du mal, même léger? 11 n'y a que Dieu que vous exemptiez de cette noblesse, auquel vous vous croyez le droit de supprimer cette grandeur! Source de justice et de sainteté, auteur de la loi morale et du bien, principe de cette auguste liberté qui mène à la vertu par le sacrifice! que l'homme imagine le monde aussi vaste qu'il le voudra., il ne le fera jamais assez grand pour que tu ne voies pas ce qui s'y passe; et il ne te

concevra jamais assez indifférent, assez dépourvu de sensibilité et de justice, pour que tu assistes, froid et impassible, à de tels spectacles! Toujours les exigences de ta sublime nature t'obligeront à intervenir dans le grand drame de l'humanité, comme législateur, comme juge, comme appui, comme rémunérateur et quelquefois comme vengeur. Et déjà la paix, le délicieux contentement qui accompagne ici -bas la vertu, le remords qui poursuit le coupable, et le pardon qui le relève, la force qui naît si souvent de la prière, et la consolation qui visite pendant les nuit» i es cœurs brisés, que sont-ils que la preuve évidente, ininterrompue de K tendre inclination de Dieu vers U l'homme?

VV Résumons- nous et concluons.

Nous avons vu, au chapitre précédent, que l'homme aspirait invinciblement à Dieu. Il y monte par son esprit, par son cœur, par sa conscience, par ses joies, par ses douleurs, par ses faiblesses; sa vie tout entière n'est qu'une incessante aspiration à Dieu , comme vers le seul être qui puisse répondre à ses besoins et satisfaire ses désirs.

D'autre part, nous venons de voir, dans ce chapitre, que tous les attributs de Dieu l'inclinent vers l'homme : la magnificence, la bonté, la paternité, la souveraineté la justice, la sainteté, l'amour.

Dieu et l'homme sont donc deux êtres qui se cherchent.

Je me demande dès lors pourquoi la rencontre n'aurait pas lieu, et qui pourrait empêcher l'homme qui cherche Dieu, et Dieu qui cherche. l'homme, de se rejoindre et de s'embrasser.

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