‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 11 sur 68 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

le dépôt divin confie a l'église, — comment il fallait

que l'église fut infaillible pour garder ce dépôt divin,

l'interpréter et le communiquer

On entrevoit , d'après ce qui précède , quelle est la vraie fonction de l'Eglise. Dieu a créé les âmes pour qu'elles vivent éternellement dans la même lumière et dans le même amour que lui ; et, en attendant qu'il les en rassasie dans le ciel selon l'étendue de leur soif, il a chargé l'Eglise de les en faire vivre sur la terre.

Pour cela, deux choses étaient nécessaires. La première , que l'Eglise possédât la vérité , et la possédât avec une certitude absolue. La seconde, qu'elle ne pût pas l'altérer. Si l'Eglise n'a pas reçu de Dieu la vérité, ou si, l'ayant reçue , elle peut la perdre en route , la corrompre , l'oblitérer; si elle ne peut pas la communiquer intégralement et infailliblement aux hommes, de quoi sert l'Eglise et à quoi bon l'avoir créée?

Aussi, en même temps que Dieu instituait l'Eglise, il prenait soin d'établir sur la terre un foyer de lumière divine, un dépôt de vérités révélées, dont l'Eglise aurait la garde, et où toutes les âmes pourraient venir puiser.

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On distingue deux périodes dans la constitution de ce foyer confié à rÉglise : l'une où le foyer est créé ; l'autre où l'Église est mise en état de le conserver fidèlement, de le comprendre et de le communiquer. La première, qu'on peut appeler la période de Y Inspiration ; la seconde, la période de Y Assistance ; celle-là plus grandiose, qui a duré quatre mille ans, d'Adam à Jésus- Christ; celle-ci, plu* simple, non moins divine, qui dure depuis dix-huit siècles, de Jésus -Christ à nous, et qui ne finira qu'avec U monde.

Nous allons étudier successivement ces deux périodes. D'abord, pendant quarante siècles, la formation du foyer de lumière ; ensuite , la charge donnée par Jésus-Christ à son Eglise de garder fidèlement ce dépôt sacré, de l'interpréter infailliblement et de le communiquer à la terre entière.

Ces deux choses bien comprises ouvrent les plus beaux horizons sur le plan éternel de Dieu dans la création des âmes.

Que Dieu ait pu donner directement à chaque âme k vérité dont elle a besoin, qui pourrait en douter? Mais qu'il ait mieux aimé créer un foyer de lumière où toute* les âmes soient obligées de venir puiser sous peine de rester dans les ténèbres, cela n'étonnera aucun de ceus. qui ont réfléchi au plan général adopté par Dieu dans toutes ses créations.

Regardons d'abord le monde physique, et observons ce

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qui s'y passe. A peine né, l'enfant pousse un cri, ses entrailles s'émeuvent, il a faim. Or, qu'est-ce que la faim, sinon la preuve sans réplique qu'il n'a pas la vie en lui? Et où est-elle, cette vie qui tout à coup lui fait défaut? Hors de lui, dans ce que la sainte Ecriture désigne par cette parole : Posuit eum in paradiso voluptatis ; et dans ce que l'antiquité saluait de ce cri célèbre :

Salve, magna parens..i magna frugum.

En même temps , en effet , que Dieu mettait en nous la faim pour nous être une preuve évidente que nous n'avons pas la vie en nous , il dressait hors de nous la table : Aperis tu manum tuam. Il semait sur le sein de l'immortelle nature ces fleurs et ces fruits, ces eaux courantes, cette végétation amie, cette sève, et comme cette âme de la nature qui nous enveloppe et nous attire à elle pour entretenir en nous et y renouveler la vie. Et comme il y a une heure où l'enfant qui naît n'aurait pas assez de forces pour puiser dans cet immense foyer et mourrait sur le sein fécond de la nature, Dieu en a fait un autre , plus tendre , plus vivant, qui s'approche de l'enfant, puisque l'enfant ne peut pas venir à lui, et qui lui apporte la vie dans un lait attiédi par l'amour et sur un cœur fécondé par la maternité.

Voilà le plan du monde physique. Et déjà, s'il fa'lîv* discuter, je dirais à ceux qui repoussent le sein de l'Eg'iv Vous ne voulez point du grand foyer de vie divine. Vous trouverez bien, dites-vous, la vie tout seul, sans secours. Insensé! il fallait dire cela dans votre berceau , et repousser le sein de votre mère! Vous prétendez que l'homme n'a pas besoin de sortir de soi pour trouver la vie divine; et moi je vous dis gu'il en a besoin même pour trouver la vie

physique. L'Eglise n'est pas faite sur un autre plan, et pour vous en montrer la beauté je n'aurais besoin que de ces deux choses : le cri de la faim sur les lèvres du nouveau-né , et la coupe de lait sur le cœur de sa mère 1

Montons plus haut, jusqu'à cette seconde vie, autrement noble et grande, la vie intellectuelle et morale. Or cette vie, l'avons-nous dans sa plénitude? Pas plus que l'autre. Nous naissons avec une capacité de connaître, avec un besoin de vie intellectuelle ; besoin sublime , je le veux , mais enfin un pur besoin , une simple capacité. Et où donc se trouve cette vie qui nous manque? Comme la première, hors de nous; non plus dans la nature, mais dans la société , dans cette humanité qui a reçu de Dieu les premiers principes, les axiomes, les lois fondamentales, qui ne peut pas les perdre, mais qui ne les communique qu'à qui se met en rapport avec elle.

On peut discuter sur les idées innées dans chaque individu. Mais l'humanité est née ensemencée, et nul n'a la vie intellectuelle qu'à la condition de se mettre en communication avec ce foyer.

Je vois le rationaliste qui s'isole ,, qui déclare que , pour trouver la vérité, il faut se retirer de l'humanité, se concentrer en soi-même... Oui, à peu près comme un homme qui, pour mieux vivre, se séparerait de la nature! Et aussi que voit-on ? Après dix-huit siècles de Christianisme , en face de l'Évangile, en face de l'Eglise, en face de l'humanité qui croit en Dieu, à l'âme, à l'immortalité, ils n'aboutissent qu'à l'athéisme, au matérialisme: et ils descendraient plus bas encore, si ce foyer de vie intellectuelle, qu'ils méprisent et qu'ils repoussent, ne les enveloppait, malgré eux , de ses clartés.

/aisons un dernier pas ; arrivons à cette vie divine qui

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couronne les deux autres, à ce besoin de lumière infinie, d'amour infini, de béatitude infinie, qui est ma nature même, et qui atteste en moi la capacité et l'aptitude à la vie infinie.

Eh bien I cette vie , où est-elle ? Elle n'est pas en moi , puisque je la cherche; elle n'est pas dans l'humanité, puisque l'humanité la cherche comme moi. Où est-elle donc ? car elle est quelque part. Où est le foyer de la vie divine? Car il faut nécessairement qu'il y en ait un.

Et voyez , en effet , comment les choses s'enchaînent et se soutiennent. Apportant en moi l'aptitude à la vie corporelle , dès que mes entrailles s'émeuvent , je trouve en face de moi un immense foyer de vie corporelle , l'immortelle et féconde nature , et je n'ai qu'à étendre les mains pour y puiser la vie. C'est bien. Je reconnais ici la sagesse et l'amour infinis.

Apportant en moi l'aptitude à la vie intellectuelle, je trouve également en face de moi un magnifique foyer de vie intellectuelle , ce concile des grands esprits et des gens de bon sens, qui de siècle en siècle se sont transmis le flambeau de la pensée, de la science, de la raison, des grands principes , des éternels et impérissables axiomes de la vie de l'esprit. C'est bien. Je reconnais encore ici, et je salue avec reconnaissance la sagesse et l'amour infinis.

Enfin j'apporte en moi une troisième aptitude, l'aptitude à la vie divine; et pour satisfaire ce besoin, le plus noble, le plus invincible de tous, il n y aurait rien ! Point de foyer de vie divine'. Quoi! pour alimenter ma vie religieuse, pour la développer, pour lui donner un peu de cette lumière infinie, de cet amour infini dont elle a tant besoin; pour la défendre aussi, car, hélas! elle court mille dangers; tout le monde conspire contre elle, et, ce qui est

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plus affreux , je la tue moi-même à plaisir ; oui , il y a des temps, des heures, où je me fais un plaisir de couper mes ailes ; où je raille mes plus sublimes aspirations ; où cet être de lumière et d'amour qui est moi-même , je me surprends à le traîner dans la boue ! Eh bien , pour tout cela , est-ce qu'il n'y aura pas un grand foyer de lumière divinement gardé , une autorité chargée de le défendre , une paternité sainte ? Il le faut ; autrement , il y aurait dissonance , désharmonie dans le plan de Dieu. Or, il n'y en a point, il ne peut pas y en avoir. L'œuvre de Dieu est harmonique dans toutes ses parties, et ce que nous allons dire ne permettra pas d'en douter.

De même que Dieu a ensemencé la nature et l'humanité, afin que l'homme y trouvât l'aliment de sa double vie, physique et intellectuelle, à peine il a créé l'Eglise qu'il l'ensemence. Il y sème à flots la lumière. Il en fait un foyer de vie divine si éclatant que l'homme n'a qu'à étendre les mains pour y puiser l'aliment dont il a besoin.

Cet ensemencement de l'Eglise, cette formation d'un foyer de lumière et d'amour divin où peuvent et doivent venir puiser toutes les âmes, saint Paul les a peints en un mot célèbre , dans le début de l'épître aux Hébreux : Multifariam, multisque modis, olim Deus loquens patribus in Prophetis, novissime diebus istis locutus est nobis in Filio. « En beaucoup de circonstances, dit saint Paul, et de diverses manières , Dieu a parlé autrefois à nos pères par le minis-

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tère des prophètes ; enfin , en ces derniers jours , il vient de nous parler par son propre Fils 1 . »

Voilà comment a été fait le foyer; non pas d'un seul coup , par une illumination subite et complète , mais lentement, successivement, multifariam , multisque modis ; non pas par un enseignement direct de Dieu à chaque âme, mais par un enseignement public confié à certains hommes , choisis, envoyés, inspirés, pour porter à l'humanité la pure parole de Dieu.

De quelle manière Dieu la leur communiquait-il ? Au moyen d'un procédé divin, qu'on nomme Y Inspiration.

L'Inspiration est cette action mystérieuse que Dieu exerça sur les prophètes et , après la venue de Jésus-Christ , sur les apôtres, pour leur faire annoncer, sans péril d'erreur , toutes les vérités qu'il voulait enseigner au monde.

Gomment se faisait cette Inspiration? Gomment l'Esprit de Dieu , qui a parlé par les prophètes , qui locutus est per prophetas 2 , saisissait-il une âme, lui révélait-il telle ou telle vérité, et l'en voyait-il l'annoncer au monde? Quelle liberté gardait Ylnspiré d'exprimer la vérité dans un style qui fût le sien , et avec des émotions et un accent qui révélassent son âme? L'Eglise ne l'a pas défini. Ce qu'elle a défini, ce qu'elle propose à notre foi , c'est uniquement l'inspiration certaine de leur parole ; c'est la divinité des enseignements qu'elle en a reçus. D'Adam àNoé , de Noé à Abraham, d'Abraham à David , à Isaïe , à Jérémie , à Daniel , à Ezéchiel ; des Prophètes aux Apôtres , à saint Matthieu , à saint Marc , à saint Luc , à saint Jean , à saint Paul , voyez-les se lever en nombre considérable. Tout est divin en eux : l'heure à

» Hebr. i, 1.

* Symbole de Nicée.

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laquelle ils paraissent, lavéritéqu'ilsannoncent, les termes même qui leur sont dictés. Qu'ils racontent comme Moïse les mystères d'un passé plus ancien que l'apparition de l'homme sur la terre, ou qu'ils contemplent comme saint Jean un avenir plus lointain que les dernières pulsations du globe ; qu'ils nous annoncent majestueusement les desseins éternels du Très-Haut, ou qu'ils étudient délicatement et tendrement les secrets du cœur de l'homme ; qu'ils disent leurs souvenirs intimes comme saint Jean , ou que , comme saint Luc, ils consultent les traditions, les récits des anciens, les documents publics, je le répète, tout est divin en eux; tout leur est dicté d'en haut. Ce ne sont ni des historiens parvenus à force de recherches à l'exactitude absolue de l'histoire; ni des penseurs arrivés par la profondeur de leurs observations à connaître les secrets des âmes; ni des poètes sublimes en qui sont toutes les intuitions du génie avec toutes les émotions de l'humanité ; ce sont des Inspirés, des lyres qui vibrent sous la main du grand Artiste et qui ne disent que ce qu'il veut , comme il le veut, et à l'heure qu'il a choisie.

J'ai dit que tout était divin en eux, combien tout est humain cependant! Comme chacun d'eux a sa physionomie distincte , son caractère , son accent , son style ! Otez les noms propres ; lisez le discours sur la Gène ; puis ouvrez l'Épître aux Romains; est-ce que vous ne vous sentez pas en présence de deux hommes^ sublimes tous deux , mais absolument différents ? Qui songerait à dire que l'Apocalypse est l'œuvre de saint Marc ? Et quand les lettres de saint Pierre seraient dépourvues de signature , qui aurait l'idée de les attribuer à saint Paul ? Chaque écrivain sacré est là , avec son génie , son éducation , ses souvenirs , les conditions extérieures et intérieures de sa vie. Son intelli-

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gence est en jeu, son imagination en mouvement, son cœur en action, sa physionomie morale en lumière. C'est l'homme qui parle; oui, mais c'est Dieu aussi. C'est Dieu qui enseigne, mais c'est l'homme aussi. Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. La parole divine s'est faite parole humaine, et elle est arrivée à nos oreilles pleine de grâce et de vérité ; pleine d'une telle majesté qu'il a fallu nous agenouiller devant elle, et en même temps d'une humanité, d'une sympathie, d'une telle concordance avec le fond douloureux de notre être que nous en avons été séduits.

Dynastie incomparable des Inspirés! Dieu, voulant donner à l'humanité un foyer de lumière qui l'attirât en l'émouvant, a fait composer ce foyer par l'humanité ellemême; par des bergers, par des rois, par des guerriers, par des prêtres , par des hommes du peuple , afin qu'on y sentît la fibre humaine et qu'ici comme partout nous fussions enveloppés par ce que l'Ecriture a si bien nommé a les liens d'Adam l » ; et en même temps il a tellement dirigé leurs plumes, éveillé leurs esprits, inspiré leurs âmes, que, quels qu'aient été les écrivains, historiens, poètes, orateurs , leur parole a toujours été la pure parole de Dieu. Cest toi y Seigneur, qui as parlé par ma bouche, moi, ton serviteur », dit Isaïe. Et David : L'Esprit de V Éternel a parlé par moi, et sa parole a été sur ma langue *. Et saint Paul : Toute l'Écriture a été divinement inspirée *.

En même temps que ce foyer se crée successivement, d'une manière à la fois si divine ot si humaine, Dieu l'ap-

1 Osée xi, 4.

* Isaiae xvn, 21.

» II Reg. xxm, 1, 1.

* II Tim. m, 16.

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proche de l'humanité ; il le met à sa portée ; il le proportionne à sa taille ; pas trop haut pour les petits, pas trop bas pour les plus grands. C'était l'émerveillement de saint Augustin. « Ce qui me jetait dans l'admiration, dit -il, et me rendait cette doctrine de l'Eglise catholique vénérable et digne de foi, c'est que, simple d'une part, afin d'être proportionnée à l'intelligence des plus petits, elle garde pour les autres, sous l'écorce de la lettre, des secrets sublimes. Accessible à tous par la clarté de l'expression et l'humilité du style , elle exerce et satisfait l'esprit de ceux qui ont un plus grand génie et une vue plus perçante. Et si elle reçoit tous les hommes en son vaste sein et les y retient par l'humble simplicité de son langage, cela ne l'empêche pas d'ailleurs d'élever les puissants esprits jusqu'à la plus haute lumière1. »

Les Inspirés, en écrivant, virent -ils toujours toute la portée de ce qu'ils écrivaient? On n'en sait rien. Il est permis d'en douter. Car, d'une part, ce n'était pas nécessaire à l'accomplissement du dessein providentiel; et, de l'autre, la parole qu'ils annonçaient dépassait absolument la portée de l'esprit humain. Plus un génie est grand , plus il met d'infini dans ses aperçus ; si bien qu'il faut quelquefois plusieurs générations de commentateurs pour découvrir tout ce qui se cache sous la parole du Maître. Que dire donc de ce livre dicté par Dieu et pour l'humanité , où c'est Dieu qui parle, qui raconte, qui enseigne, qui ordonne, et qui, pour le faire humainement et dans une mesure que nous pussions comprendre et accepter, emploie des personnalités humaines ? L'écrivain garde son style ; mais sous ce style se cache l'immense Esprit de Dieu, mettant sous

t Confess. lib. VI, cap. v.

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chaque forme limitée, précise, des sens illimités, infinis.

Voilà les livres saints. Voilà comment ils ont été composés ; en apparence dans un désordre absolu , en réalité dans un ordre, une mesure, une progression, une harmonie, une unité merveilleuses. Gomme un grand maître qui dirige un chœur de musiciens fait signe d1abord à l'un , puis à l'autre, à ceux-ci, puis à ceux-là, et n'arrête ses signes que quand l'hymne harmonieux s'est complètement déroulé ; ainsi de toute éternité Dieu avait sous les yeux toutes les touches humaines qu'il avait choisies, préparées, ordonnées en vue de l'éternelle beauté de son œuvre. Ses yeux embrassaient dès l'origine ce clavier de quarante siècles ; il y posait la main , non au hasard , mais dans l'ordre voulu par sa sagesse. Quand il s'arrêta, tout était fini. Il avait dit dans une langue incomparable, pendant une durée de quatre mille ans, non pas tout ce qu'il sait, mais tout ce qu'il voulait faire savoir à l'humanité, tout ce dont elle a besoin pour vivre, pour se guérir, pour se gouverner, pour se sanctifier, pour aimer, pour mourir, pour arriver à Dieu. A la dernière ligne de Y Apocalypse finit la période de Y Inspiration. Dieu a parlé en mille manières, multifariam , multisque modis, par les patriarches, par les prophètes, olim Deus loquens inprophetis; en dernier liewil a parlé par son divin Fils, novissime autem in Filio. Il a tout dit, non pas, je le répète , tout ce qu'il sait, mais tout ce qu'il faut que l'homme sache. Il ne parlera plus. Le livre est clos, le foyer est allumé, l'Eglise est ensemencée. Approchez- vous de ce foyer, lisez ce livre sacré , écoutez cette autorité divine. Tout est là ; tous les secrets du temps et tous ceux de l'éternité.

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Le dépôt créé, Dieu le confie à l'Église. En droit, l'Eglise existait avant le dépôt ; il n'a même été créé que pour elle.

Et sous quelle forme ce dépôt lui a-t-il été confié ? Sous différentes formes : Multisque modis; sous deux surtout : la forme orale, et la forme écrite.

Au début , quand l'écriture n'existait pas , comment l'enseignement divin a-t-il été donné à Adam , à Noé , aux patriarches antédiluviens? comment à Abraham et aux justes qui ont précédé Moïse ? Sous la forme orale ; il n'y en avait pas d'autre.

Plus tard, quand l'écriture a été inventée, on s'est servi de l'écriture. C'est moins vivant , mais plus stable. Ainsi ont fait les Prophètes ; ainsi ont agi les Apôtres. Mais ils n'ont pas pour cela abandonné la forme orale. Ils n'ont pas tout écrit; ils n'auraient pas pu tout écrire, surtout les Apôtres. Mis pendant trois années en face de Jésus-Christ, le contemplant, l'écoutant, ravis de cette doctrine qui inondait la Galilée, qu'il versait à flots sur Jérusalem, comment auraient -ils tout écrit? « Le monde, dit saint Jean , n'aurait pas contenu tous leurs livres * . » D*ailleurs, Jésus -Christ ne les avait pas envoyés pour écrire, mais pour prêcher. Euntes docete. Ils ont prêché toujours ; ils n'ont écrit que tard et par occasion. Aussi quand ils parlent

i Joann. xxi, 25.

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du dépôt divin , quand ils y renvoient les fidèles, c'est au dépôt tout entier, sous ses deux grandes formes. « Restez donc fermes , mes frères , et gardez les traditions que vou9 avez reçues de nous , soit par notre parole, soit par notre lettre 1. »

Les Pères parlent de même. Ils en appellent indifféremment à l'enseignement oral et à l'enseignement écrit. Il y a des choses qui sont plus claires dans l'enseignement oral, et d'autres qui sont plus nettes dans l'enseignement écrit, mais c'est le même et unique dépôt1.

On peut même soutenir, à cause de la vaste et profonde unité qui règne dans toute la doctrine , qu'il n'y a pas un seul point dans la tradition qui ne soit au moins insinué par l'Ecriture ; comme il n'y a pas dans l'Ecriture un dogme , un article de foi qui ne plonge ses racines dans la tradition. Sous l'une ou l'autre forme, on respire un même esprit, on entend la même voix.

C'a donc été une idée étroite des protestants de n'avoir vu dans le dépôt divin que la partie écrite ; et une idée encore plus étroite et absolument fausse d'avoir voulu que l'Eglise fût fondée sur elle. En droit, l'Eglise est antérieure à l'Ecriture. Elle a été créée d'abord ; puis on lui a remis le dépôt. En fait, elle existait avant la publication de toute écriture. C'est ce qu'un des premiers génies littéraires de l'Allemagne protestante, Lessing, a lui-même aperçu. « Toute la religion de Jésus -Christ, dit-il, était déjà crue

1 Thessal. n, 14.

* Cf. Brugère, de Ecclesia Chrisii praelectiones novae, p. 8. Il cite des textes absolument concluants de saint Basile, de saint Épiphane, de saint Chrysostome ; et des faits non moiri3 concluants attestés par Origène, Tertullien, saint Augustin, saint Jérôme. Voir aussi Franzelini, De diviv.a Traditione, th. xix.

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et pratiquée ; cependant aucun des évangiles n'avait encore été écrit 1 . »

Quand David, Isaïe, Daniel, Jérémie, parlaient ou écrivaient leurs psaumes, leurs lamentations, leurs vues de l'avenir, l'Eglise judaïque était là vivante pour les recueillir. De même, il y avait longtemps que l'Eglise catholique existait quand parut le premier évangile. 11 y avait longtemps que saint Paul prêchait à Gorinthe , à Athènes , à Ephèse, à Rome, quand parut le second ; et lui-même n'avait encore rien écrit. Il y avait soixante à quatre-vingts ans que l'Eglise vivait quand saint Jean scella par l'Apo-

» Lessing. Œuvres. Berlin, 1825. Tom. VII et VIII. Il faut incliquer ici les très curieuses thèses, très importantes et très catholiques, établies par le protestant Lessing contre Gœtze :

1° La Règle de foi, établie par les Pères, n'est pas tirée des écrits du Nouveau Testament.

2° Cette Règle de foi existait avant qu'il existât encore un seul livre du Nouveau Testament.

3° Cette Règle de foi, non seulement les premiers chrétiens du temps des Apôtres s'en sont contentés, mais les chrétiens des quatre premiers siècles l'ont encore tenue pour complètement suflisante.

4° Cette Règle de foi est donc le roc sur lequel est bâtie l'Église du Christ, et non l'Ecriture.

5° Démontrer que les Apôtres ont composé leurs écrits dans l'intention d y faire entrer toute la religion chrétienne , est chose impossible.

6° Non seulement l'histoire de Jésus-Christ était connue avant que lès Evangélîstes l'eussent fait connaître, mais toute la religion chrétienne était déjà, en marche avant qu'aucun d'eux eût écrit. — Le Notre Père était, récité avant d'être lu dans saint Matthieu. Jésus-Christ l'avait appris à ses disciples. — La formule du baptême était usitée avant que le même saint Matthieu l'eût' mise par écrit, car Jésus -Christ l'avait prescrite à ses Apôtres. — De même pour toutes les autres choses qui sont essentielles au Christianisme, etc. etc. (Voir l'énoncé plus complet de ces belles thèses dans le très important ouvrage du docteur Hettinger, Apologie du Christianisme , 5 volumes in-8*.)

72 I/ÈGL1.-3

calypse le livre divin. On prêchait, on baptisait, on communiait, on disait la sainte Messe, on ordonnait des évêques, des prêtres, quand il n'y avait encore aucun évangile, aucune épître, aucune ligne sortie de la main des Apôtres.

Aujourd'hui, avant de créer une œuvre quelconque, la moindre confrérie, on écrit ses règlements. L'antiquité aurait souri de cette marche. Elle écrivait peu. Elle avait plus foi à la parole vivante, à l'action, qu'à l'écriture. Elie mettait la vie au fond d'une œuvre, avant de mettre l'œuvre sur le papier. En tout cas, c'est ainsi qu'a fait Jésus-Christ. Ce que l'Eglise annonce, elle l'a reçu de sa bouche, et elle le prêche ; elle ne l'écrit pas. Elle est fondée , non sur la tradition ni sur l'Écriture. Elle est fondée sur Jésus- Christ. Ce n'est pas son dépôt qui la porte ; c'est elle qui porte son dépôt.

TV

A quoi eût servi cependant d'avoir constitué un foyer de lumière et de vie, et de l'avoir confié à l'Eglise, si l'Eglise n'était pas investie d'un pouvoir divin pour en sauvegarder l'existence et en protéger l'intégrité ? L'humanité est mobile, changeante. Elle brise aujourd'hui ce qu'elle adorait hier, et, sans même le briser, elle le laisse tomber de ses mains, désenchantée. De plus, elle a horreur de tout ce qui la gêne. Toute vérité pratique, un jour ou l'autre, est niée, conspuée , et nulle vérité ne se défend toute seule. Il fallait donc une sentinelle invincible préposée à la garde

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du foyer divin, une autorité vigilante, incorruptible, assistée d'en haut, qui le conservât fidèlement jusqu'à la fin et ne permît à personne d'y toucher. Aussi , à la période de Y Inspiration qui a duré quatre mille ans, de la première ligne de la Genèse à la dernière ligne de l'Apocalypse , vraie période des semailles divines et de la constitution du foyer de l'Eglise, succède une seconde période, très différente, et que nous nommerons la période de l'Assistance,

L'Eglise a reçu de Jésus-Christ dans son berceau des dons sublimes; mais il y en a un qu'elle n'a pas reçu, c'est celui de l'Inspiration. Mille fois supérieure à l'Eglise mosaïque, qu'elle achève et perfectionne, elle n'est cependant pas capable, comme elle, d'ajouter une seule ligne au Livre divin. Je le repète, le Livre est fini. L'Eglise n'a qu'une mission , un privilège sacré : elle est assistée d'en haut pour le conserver.

Non pas que Dieu n'eût pu lui continuer le don de Ylnspiration comme aux Prophètes , et la charger, elle aussi , d'annoncer des vérités non encore révélées. Il faudrait être triplement fou pour s'imaginer que, dans l'horizon infini où se repose et se promène le regard de Dieu, il n'y a plus rien qu'il pourrait nous apprendre. Mais il ne le veut pas. Il a dit pendant quatre mille ans ce qu'il voulait nous dire. Tout ce qu'il nous importe de savoir est là. Il ne nous reste qu'à méditer ses paroles, à les ouvrir comme on ouvre une fleur, et à y trouver le parfum caché. Et afin que ce trésor nécessaire ne nous manquât jamais, il assiste son Eglise dans la garde infaillible de la révélation.

Assister, c'est aider dans les choses difficiles ; c'est éclairer dans les choses obscure* ; c'est empêcher les erreurs et

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les faux pas. Est-ce qu'en matière si délicate ce n'est pas juste? Est-ce que ce n'était pas nécessaire? Est-ce que Jésus -Christ ne le devait pas à l'Eglise, à l'humanité, ne se le devait pas à lui-même? Il le devait, et il l'a fait. Allez, enseignez toutes les nations; apprenez-leur à garder tout CE QUE je vous Ai appris. Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles.

Apprenez- leur à garder tout ce que je vous ai appris. Que nul n'y ajoute ; que nul n'en retranche. Gardez tout. Omnia. N'y changez rien, quand même un ange du ciel vous le demanderait. Gardez le dépôt intact. Dcpositum custodi l. Et comme l'esprit humain, sujet à l'erreur, emporté par la nouveauté, ne suffirait pas à cette garde immuable : Voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles.

Donc ne disons pas que l'Eglise est inspirée pour enseigner la vérité. C'est une erreur. Elle n'est qu'assisse pour la conserver. Ne disons pas davantage que l'Eglise enseigne des dogmes nouveaux. Elle l'aurait pu , si Dieu l'eût voulu. Mais elle ne le -peut pas ; elle ne le fera jamais. A la dynastie des Inspirés qui, pendant quarante siècles, ont enseigné aux hommes des vérités non encore révélées, a définitivement et pour toujours succédé la dynastie des Assistés, qui n'enseignent rien de nouveau, mais qui gardent infailliblement, jusque dans ses moindres détails, ce qui

été enseigné. Voilà le plan divin. Les premiers ont créé ie foyer de lumière ; les seconds le gardent.

» 1 Tim. vi, 20.

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Mais il ne suffit pas, pour le service religieux de l'humanité, de garder le dépôt divin. Il faut l'ouvrir ; il faut lire ce qui y est contenu ; il faut le comprendre ; et s'il s'élève des interprétations diverses, il faut en donner le vrai sens , et au besoin l'imposer aux âmes avec l'obligation d'y croire. Pour cela* encore, Y Assistance divine est nécessaire.

Le comte de Maistre a dit une parole profonde. Il a dit que l'infaillibilité n'était autre chose que la souveraineté, et il a ajouté qu'en demandant pour l'Eglise l'infaillibilité, on ne réclamait pour elle aucun privilège, si ce n'est celui de toutes les souverainetés, qui toutes agissent nécessairement comme infaillibles.

Cela est vrai. Il n'y a pas une souveraineté, pas un tribunal suprême, pas un juge en dernier ressort dont les arrêts puissent arrêter les esprits émus et mettre la paix dans la société, s'ils ne jouissent pas d'une sorte d'infaillibilité ! Dans toute juridiction, il faut arriver à un jugement qui juge et ne puisse être jugé. Devant cela seulement on s'arrête.

Je dis : « une sorte d'infaillibilité ; » et la raison de ce mot est visible. Je parais devant un tribunal. J'ai un procès. Ni mon adversaire ni moi ne pouvons rejeter la sentence. Elle est censée infaillible. Elle termine tout. Res judicata pro veritate habetur. Mais si je suis obligé de m'arrêter, de me taire , de cesser les démarches, d'obéir, je ne

suis pas obligé en conscience de croire à la vérité du jugement. Voilà pourquoi une quasi-infaillibilité suffit.

Mais supposez qu'au lieu d'une obéissance extérieure, je sois obligé à une foi intérieure , supposez que pour que la société pût vivre, accomplir ses destinées, je fusse obligé de dire : « Je crois que ce jugement est la vérité même ; » estce que, au lieu d'une quasi-infaillibilité, il ne faudrait pas j une infaillibilité absolue ?

Or, c'est le cas de l'Eglise. Elle ne nous demande pas seulement une obéissance extérieure. Elle ne se contente pas d'un silence respectueux. Elle ne peut pas s'en contenter. Elle veut une foi entière, une adhésion d'âme absolue. Et il le faut bien. Il s'agit de la vérité. Il s'agit de la pure parole de Dieu, dont elle certifie l'existence et le sens. Mais comment dire : « Je crois, » s'il y a la moindre possibilité d'erreur ? Quand je dis : « Mon Dieu, je crois fermement tout ce que vous nous avez révélé et que l'Eglise nous ordonne de croire ; » quand je dis : « Mon Dieu , j'aimerais mieux mourir que de douter d'un seul article de ma foi ; » si l'Eglise n'est pas infaillible, c'est de la bêtise. Mieux vaudrait être Turc.

Voilà la seconde raison do l'infaillibilité de l'Eglise ; le second sens de cette parole : Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles ; avec vous, non seulement gardant le saint dépôt, mais l'ouvrant, et annonçant avec certitude aux peuples ce qui y est contenu.

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-Il y a une troisième raison de l'infaillibilité : celle-là trop belle, trop profonde pour être complètement développée ici, sur laquelle nous reviendrons plus tard, mais qu'il faut indiquer au moins en quelques mots.

Beaucoup s'imaginent que Dieu a semé les vérités dans son Eglise comme on sème des pierres inertes dans un champ ; sorte de blocs archéologiques autour desquels elle monte la garde. Détestable erreur, contraire à l'Écriture, aux paroles expresses de Notre- Seigneur, au bon sens, à la nature intellectuelle et morale de l'homme. Si les vérités révélées avaient un tel caractère, il y a longtemps que l'humanité s'en serait détournée, sinon avec mépris, du moins avec indifférence. Aussi Dieu, qui connaît l'homme puisqu'il l'a créé, a procédé autrement. Il a semé la vérité dans son Eglise, non pas comme des blocs de marbre, immuables et durs , mais comme des germes vivants qui doivent s'épanouir ; comme des semences d'une richesse infinie qui doivent peu à peu lever de terre , s'entr'ouvrir, développer leurs feuilles, leurs fleurs, leurs fruits. Et qui a-t-il appelé à ce magnifique travail de cultiver la vérité, de la faire fructifier ? L'esprit humain. Et comme l'œuvre est délicate , périlleuse , pour le guider, pour le soutenir, pour l'empêcher de tomber, il lui a donné l'infaillibilité de l'Église.

J'ai déjà touché ce point f ; je me propose de l'approfon-

i Le Christianisme et les temps présents, tom. III. Les Dogmes du Credo, Ire partie, ch. i, § 5.

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dir en traitant de la vie de l'Eglise ; mais je tiens à l'indiquer ici, parce que la grande beauté du dépôt divin est dans ce développement doctrinal , dans ce progrès accompli par l'esprit de l'homme sous la direction infaillible de l'Eglise de Dieu. C'est parce que l'homme entre dans l'Eglise, non pas passif, inerte, mais actif; parce qu'il est chargé, pape, évêque, prêtre, fidèle, d'étudier les dogmes, de les développer, d'en tirer les conséquences , d'en faire les applications dans tous les ordres possibles; c'est parce que l'Evangile lui a été confié comme un germe qu'il ne doit pas ensevelir dans un tombeau, d'où il doit tirer tout ce qu'il renferme d'ineflablement beau , de bon , de vrai , d'utile, de juste, que Jésus -Christ a dit à son Eglise : Allez, enseignez toutes les nations; je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles.

0 Église, enseigne-leur tout ce que je t'ai appris : les principes d'abord, éclatants, évidents, mille fois répétés dans l'Evangile ; puis les premières conséquences qui s'en échappent comme des traits de feu, et qui viennent de moi aussi ; car qui révèle le principe révèle la conséquence ; ensuite les conséquences des conséquences , plus difficiles à démêler, mais que tu démêleras infailliblement, et que tu enseigneras aussi; autrement mon œuvre s'arrêterait à michemin ; elle n'atteindrait pas au dernier fond des choses; elle n'irait pas, de siècle en siècle, irradier le monde et le renouveler. Et comme une tâche pareille est impossible à un seul homme et à plusieurs, et que les erreurs ici feraient périr les âmes et détruiraient l'Eglise : Voici que je suis avec vou jusqu'à la consommation des siècles.

On peut torturer les textes, dépenser beaucoup d'esprit, et même du grec et du syriaque, pour échapper à la clarté lumineuse de cette parole. Mais à l'homme calme, probe

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et droit, l'Évangile comme l'histoire à la main, je demanderai : Pour garder le dépôt divin, pour le comprendre, pour l'enseigner, l'Eglise avait-elle besoin de l'infaillibité? et Jésus-Christ a-t-il voulu la lui donner ? On me répondra : Oui.

Oui, il l'a voulu, comme tout ce qu'il a voulu, par amour pour le repos, pour le bonheur, pour la glorification de l'humanité. Quoi ! je travaille, je gagne ma vie, la vie, bien autrement chère à mon âme , de ma temme et de mes enfants ; je n'ai pas une minute à moi ; et je n'aurai pas la vérité, parce que le temps me manque pour la trouver ! Ou bien , je l'aurai de la main des hommes, étroite, vacillante, obscure! Eloignez-vous, ô hommes; je suis d'assez noble race pour n'être enseigné que par Dieu !

Eh! quoi encore! Quand j'ai travaillé avec ardeur, avec passion pour ceux que j'aime, je sors et je trouve le soleil qui m'enveloppe de ses chauds rayons, et la nature qui m'enivre de ses harmonies; et pour mon âme lassée, altérée, pour mon esprit, pour mon cœur, qui ont besoin de vérité, d'amour, d'espérance, je ne trouverai rien! Magnifique dans les petites choses, Dieu aura été parcimonieux dans les grandes! Cela est impossible, et aussi cela n'est pas. Le soleil de la vérité est plus brillant que l'autre. Il se lève avant lui; il se couche plus tard. Il irradie non seulement mes jours, mais mes nuits. Même au milieu des ombres de ce monde , on sent dans l'Eglise , on respire le bien-être d'une clarté paisible et pure. On s'y repose; on y vit plein d'espoir, consolé. Je n'ose pas dire que ce soit déjà le soleil de l'éternité. C'est une lumière douce et pâle comme celle de l'astre des nuits, mais elle pré pare à l'autre; et l'âme ravie se demande ce que sera donc la clarté des jours éternels si le demi-jour de la terre est déjà si beau!

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