‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 12 sur 68 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

L INFAILLIBILITE DU PAPE

L'Eglise est donc infaillible. Elle l'a toujours cru; elle Ta toujours affirmé; et, ce qui est digne de remarque, de toutes les religions qui ont paru sur la surface du globe , elle est la seule qui ait eu la naïveté ou la sublimité de le croire et de le dire.

Infaillible, c'est-à-dire incapable d'errer! L'antiquité ne connaissait même pas ce mot. On ne le trouve ni dans Platon, ni dans Gicéron; et je vois d'ici le sourire finement railleur qui aurait effleuré les lèvres d'Horace, si on lui avait parlé d'infaillibilité. Même après Jésus-Christ, quand cette chose superbe et nécessaire eut été révélée , toute secte qui se sépare de l'Eglise abandonne cette prétention, comme un poids trop lourd. Ni Luther, ni Calvin, ni Henri VIII, ni la reine d'Angleterre, ni l'empereur d Russie n'ont jamais osé se dire infaillibles; on en aurait trop ri. L'Eglise le dit, et on n'en rit pas. Grande preuve de divinité.

Si je m'étonne, en effet, que l'Eglise ait osé et ose encore, après dix-huit siècles, se dire infaillible, il y a une

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chose qui me surprend davantage, c'est qu'il y ait des sociétés religieuses qui se disent divines et qui ne se disent pas infaillibles ! Car enfin être une religion , une religion divine, qu'est-ce donc, si ce n'est descendre du Sinaï, le front dans la lumière , les tables de la loi dans la main ; si ce n'est sortir du Cénacle avec la flamme de la Pentecôte sur la tête; si ce n'est dire à l'humanité : « Tu as besoin de vérité, en voici ; tu as besoin de sainteté, en voici; tu as besoin d'aller à Dieu, donne-moi la main, je sais le chemin qui y conduit. » Mais pour tout cela, est-ce qu'il ne faut pas l'infaillibilité ? Si vous pouvez me tromper, me donner l'erreur à la place de la vérité; si vous ne savez pas le chemin, et qu'au lieu de me conduire sûrement, certainement, il soit possible que vous me meniez aux abîmes, allez-vous-en; je n'ai pas besoin de vous; je tâcherai de trouver ma route tout seul.

Ce premier point de l'infaillibilité de l'Eglise établi, une seconde question se présente : Comment s'exerce cette infaillibilité ? Où en est le siège et l'organe ? Je réponds : Le siège de l'infaillibilité est à Rome ; c'est le Pape qui en est l'organe.

Voilà, en effet, ce que l'Eglise vient de définir. Elle s'est interrogée elle-même; elle s'est scrutée dans les dernières profondeurs de sa conscience; elle s'est dit : « Où est en moi cette puissance de définition infaillible ? » Et elle a répondu : « Elle est dans le Pape. »

On lui disait : « Ne définissez pas ; prenez garde ! » Et je conçois qu'on lui ait parlé ainsi ; car cette déclaration de l'infaillibilité du Pape est si hardie , j'allais dire si téméraire, que je ne m'étonne pas que des hommes en aient pâli d'épouvante. L'Eglise a passé outre, et je n'en voudrais pas davantage pour la saluer divine, divinement assistée.

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Avant, on pouvait croire que cette infaillibilité était comme diffuse dans tout le corps de l'Eglise enseignante. C'était plus prudent, plus humain. On ne séduit pas mille évêques; on ne les tue pas non plus. Aujourd'hui l'Eglise enseigne que l'infaillibilité réside dans une seule tête. Mais une seule tête ! on peut la couper d'un coup de sabre. Une seule tête ! Venez , rois , empires , républiques , on pourra peut-être l'intimider par des menaces ou la séduire par des promesses.

Et combien l'admiration augmente quand on voit que l'Eglise a défini une telle question en plein XIXe siècle, au milieu des rationalistes, des révolutionnaires et des impies, quand tout semblait commander la réserve ! Mais l'Eglise n'agit pas à la manière des hommes. A tout instant on la voit, comme emportée par les coups subits d'une force cachée, déconcerter jusqu'à ses amis et s'étonner ellemême.

Cependant, à y regarder de plus près, l'infaillibilité du Pape n'est pas une doctrine nouvelle. Ce n'est que la conséquence logique de sa souveraine autorité sur les âmes. Or ces deux privilèges ont toujours été admis dans l'Eglise. Ils font partie du dépôt de la révélation. Seulement ils se sont, avec le temps, précisés, approfondis, jusqu'au jour où, par suite de circonstances que nous allons dire, les conciles œcuméniques de Lyon et de Florence ont cru devoir définir solennellement le premier; et le concile œcuménique du Vatican le second.

Entrons dans l'étude de ce grand fait doctrinal, qui commence aux dernières paroles de Jésus-Christ et qui finit au concile du Vatican. Nous allons voir, dans un exemple frappant, comment les dogmes se développent, BO précisent, s'éclairent sous la direction de l'Esprit de

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Dieu; et comment cet Esprit de lumière et d'amour, qu' fait tout avec ordre , poids et mesure , avait ici préparé les choses pour le moment opportun de la suprême définition.

Rappelons d'abord à notre mémoire toutes les paroles de l'Évangile qui concernent le Pape. Soit qu'on étudie chacune d'elles en particulier , soit qu'on les rapproche et qu'on les soude, pour ainsi dire, ensemble, c'est comme un foyer intense de lumière. Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle 4. Je te donnerai les clefs du royaume du ciel; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel i . Simon , Simon, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Quand donc tu auras été affermi, affermis tes frères*. Pais mes agneaux ; pais mes brebis *.

Voilà les paroles constitutives de la Papauté. Prenez chacune d'elles en particulier; essayez d'en tirer toutes les conséquences. Réunissez-les ensuite ; éclairez-les l'une par l'autre. Vous serez ébloui. Qu'est-ce qui n'est pas contenu là dedans ? Quoi de plus difficile de dire ce que le Pape est, ou de dire ce qu'il n'est pas? Prenez cette parole : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église; mon Eglise une, mon Eglise sainte, mon Eglise infaillible,

1 Maith. xn, 18.

2 Ibid., xn, 19.

3 Luc. xxii, 32.

4 Joann. xxi, lo-17.

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mon Eglise étemelle. L'esprit se perd dans l'infini en se demandant ce que sera le fondement d'une Eglise pareille l Prenez cette autre parole : Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel. Hors de là, qu'y a-t-il ? Et cette autre : Affermis tes frères. Et celle-ci : Pais mes brebis. Je te donnerai les clefs du royaume du ciel. Prenez-les toutes; pesez-les. A chaque mot, un éclair. A chaque mot, quelque chose d'illimité. Nulle réserve; on donne à pleines mains. Le Pape est le remplaçant de Jésus-Christ, le fondement de l'Église, le porte-clef du ciel, le eonfirmateur de ses frères dans la foi, le pasteur des agneaux et des brebis, c'est-àdire de tout le bercail. Je le répète, cherchez ce qu'il n'est pas dans l'Eglise. 11 est immortel comme elle; il est indéfectible; il renaît de ses cendres. Il ne peut pas lui manquer. Il ne saurait nourrir de poison ni d'erreur les agneaux et les brebis. Il ne peut pas ouvrir les portes du ciel à qui ne mérite pas d'y entrer. Bref, il continue Jésus-Christ sur la terre.

Sans doute bien des points d'interrogation se posent. A côté de chacun de ses titres, de ses privilèges, pour préciser le pouvoir du Souverain Pontife , en fixer l'étendue , les limites, on pourrait faire mille questions. Mais au début, dans les catacombes, on ne les fait pas; on répugnerait à les faire. La foi et l'amour vivent de confiance et d'abandon. Ce qui est éclatant et ce qui suffit, c'est qu'il est le premier de tous , le plus haut représentant de Jésus- Christ; qu'on lui doit le respect, l'obéissance; qu'il faut le traiter comme on traiterait Jésus-Christ lui-même. Cela suffit. Assez tôt viendront les tristes luttes, les affreuses nécessités de distinguer et de définir. On ne distingue que quind on conteste; et, pour qu'on définisse, il faut qu'on ait nié.

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De fait, quand on remonte aux premiers âges du Christianisme, avant toute définition et distinction, il y a deux choses éclatantes.

La première , c'est que les Papes ont la conscience claire, lumineuse, des pleins pouvoirs qu'ils ont reçus. Ils en usent discrètement, délicatement; ils n'interviennent que quand il le faut absolument ; mais alors ils le font avec une netteté et une force qui ne souffrent pas de réplique.

La seconde, c'est que l'Eglise a, elle aussi, la conscience claire,- lumineuse, des pleins pouvoirs d'enseignement et de gouvernement qu'a reçus le Pape. Par condescendance pour les hérétiques, quelquefois pour des évêquestrop ardents, elle évite de mettre le Pape en avant. Pour ne pa^ ïe compromettre inutilement, elle a l'air de s'en passer. Elle en use avec lui simplement, familièrement, avec cette hardiesse des enfants vis-à-vis d'un père; mais jamais elle n'excède la mesure. Dans ces deux immenses IVe et ve siècles, où ont été agitées tant de questions, réunis tant de conciles, le jeu de ces deux consciences, avec des égards réciproques, des délicatesses exquises, est quelque chose d'ineffablement beau et d'absolument lumineux. Je ne puis pas entrer dans tous les détails ; quelques faits suffiront.

Quand un concile général se réunit à Ephèse pour condamner Nestorius et proclamer la maternité divine de

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Marie, le pape Célestin envoie des légats pour présider le concile; il leur donne des instructions, et comment se terminent-elles? « Si les opinions sont divisées, souvenez-vous que vous êtes là , non pour disputer , mais pour juger1. » Voilà en un seul mot la délicatesse, et voilà la force. Si les opinions sont unanimes, laissez faire; effacez-vous. L'unanimité d'un concile œcuménique aura plus de puissance pour ramener les dissidents. Mais au moindre signe de division, intervenez et souvenez-vous quevous n'êtes pas là pour disputer , mais pour juger.

Vers le milieu du Ve siècle , le pape saint Léon écrivait au concile général de Chalcédoine : « Il ne s'agit plus sur ce point de discuter, mais de croire ; ma lettre à Flavien, d'heureuse mémoire, ayant pleinement et très clairement décidé tout ce qui est de foi sur le mystère de l'Incarnation». » Et parmi les six cents évêques qui étaient là, aucune réclamation ne se fit entendre, en présence' d'une affirmation si absolue de l'infaillibilité pontificale. Au contraire , un cri , une acclamation unanime : « Pierre a parlé par la bouche de Léon ; Pierre est toujours vivant dans son siège. »

Et Innocent Ier aux évêques d'Afrique réunis à Carthage et à Milève : « ^uand on agite des questions qui intéressent la foi , je pense que nos frères et coévêques ne doivent en référer qu'à Pierre , c'est-à-dire à l'auteur de leur nom et de leur dignité 3. »

Et saint Agathon : « Jamais l'Eglise apostolique de* Rome ne s'est écartée de la vérité; toute l'Eglise catholique, tous les conciles œcuméniques, ont toujours em-

1 Epist. 17. Migne, tom. L , col. 503.

2 Epist. 93. Migne, tom. LIV, col. 937.

3 Epist. 29 et 30.

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brassé sa doctrine comme celle du prince des Apôtres '. » Et tout le concile de Constantinople d'acclamer cette lettre et de répondre au Pape qu'il accepte les lettres envoyées par le Pape à l'empereur comme des lettres divinement écrites par le prince des Apôtres.

Voilà bien cette double conscience dont je parlais plus haut : le Pape sachant ce qu'il est , ce qu'il peut en vertu de l'institution divine; l'Eglise le sachant aussi, et tous deux agissant d'un même mouvement : tantôt le Pape paraissant plus que l'Eglise, tantôt l'Eglise paraissant plus que le Pape, selon le besoin des âmes et la direction de l'Esprit de Dieu.

Les faits que nous venons de citer pourraient suffire, car on y entend toute l'Eglise assemblée et avec une solennité qui se rencontre rarement. Mais à côté de ces témoignages publics, éclatants, dont on pourrait multiplier le nombre , on aime à en indiquer d'autres , plus intimes , non moins précieux. Ce sont les plus grands génies et le:s plus grands saints lisant à la fois l'Evangile et en tirant les mêmes conséquences. Ajoutons que leurs témoignages ont cela de précieux qu'ils jaillissent d'eux-mêmes, spontanément ; tantôt comme des actes de foi en face de la négation des hérétiques ; tantôt comme des actes d'amour , de vénération, de saint enthousiasme à la vue de cette beauté de l'Eglise unie à son chef, et infailliblement en-

» Labbe, tom. VI, col. 635.

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seignée et dirigée par \ui. Je citerai seulement saint Irénée 1 , Origène*, saint Cyprien3, saint Grégoire de Nazianze*, saint Basile 5, saint Éphrem 6, saint Épiphane7, saint Jérôme8, saint Ambroise9, Prudence 10, saint Astère d'Amasée11, saint Augustin12, saint Pierre Chrysologue 13, Théodoret1*, saint Maxime <5, saint Théodore le Studite t6. On pourrait tripler , quintupler ces témoignages ; ce qui s'en détache, ce que je prie de remarquer, c'est le ton,

i Iren., Adversus Hsereses, lib. III, cap. ni.

« Orig., In Matthxum, tom. XII, n° 11. — Migne, P. G., tom. III , col. 1003.

3 Cypr., De unitate Ecclesiœ, cap. iv.

* Greg. Naz., Carmen de vita sua, v. 562-572.

5 Basil. Epist. xcn, Ad Italos et Gallos.

« Ephrem., In Josue, cap. xxiv. — Encomium in Petrum, etc.

7 Epiph-, Ancorat. , cap. ix.

s Hieron. Epist. xv, ad Damasum. — Epist. cxxx, ad Demetriadem.

» Ambros., Enarralio in Psalm. xl, cap. xix. — Epist. xi, ad Imper atores. ' ■

i° Prudent., In sanctum Laureniium.

m Ast. Amas., Homil. vin, in sanctum Petrum.

12 August., Epist. cv, ad Donatistas, cap. xvi. — Epist. cxc, ad Oplatum.

« Petr. Chrysol., Epist. ad Euhjchetem.

" Theodor., Epist. cxvi, ad Renatum presbylerum.

is Maxim. Chrysop., Opuscula Theologica. Migne, II, 138.

isTheod. Studit., Epist. xxxm, Leoni Papx. — Epist. xm, Paschal. Papae.

Tous ces textes, et beaucoup d'autres, sont cités, discutés, commentés dans les ouvrages suivants : Bouix, De Papa, 3 vol. in-8°, Paris, Lecoffre, 1869. W* de la Tour d'Auvergne, La Tradition catholique sur l'infaillibilité pontificale, 1 vol. in -8°, Paris, Palmé, 1875. M*» Dechamps, archevêque de Malines, L'Infaillibilité et le Concile général, 1 vol. in -8°, Paris, xMagnin, 1870. Dom Guéranger, La Monarchie pontificale, 1 vol. in-8°, Paris, Palmé, 1870. Je renvoie à ces ouvrages le lecteur qui voudrait approfondir ce point de la question. La discussion de ces textes nous entraînerait trop loin.

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c'est l'accent, non pas timide, hésitant, comme en présence d'une chose controversée, obscure; mais chaud, ardent, abondant, une sorte d'enthousiasme à la vue de cette présence de Pierre , toujours debout et vivant dans sa chaire pour enseigner le monde. J'ose dire qu'à qui sait lire , cette abondance un peu diffuse, où, si l'on veut, la précision manque, prouve plus que toutes les nettetés correctes qui viendront plus tard. On y sent l'infaillibilité, comme la primauté, l'indéfectibilité et tous les autres privilèges , au sein de cette intensité lumineuse où l'Eglise n'avait encore rien distingué et rien défini.

Cependant il y avait un point noir à l'horizon. Constantin, en transportant sa capitale sur les rives du Bosphore, en avait fait la seconde Rome. L'évêque de Constantinople aspira dès lors à avoir dans l'Eglise le second rang. C'était un faux principe, car les circonscriptions administratives de l'Eglise ne suivent pas nécessairement celles de l'empire. Mais rien ne put ni l'éclairer ni l'arrêter. Quand à force de temps, d'habileté, appuyé par les empereurs, il eut pris le pas sur les patriarches d'Àntioche, d'Alexandrie, de Jérusalem et conquis enfin le second rang, objet d'une si indomptable ambition , il voulut avoir le premier. La dignité de l'évêque, disait-il, devait suivre celle de la ville, et puisque Constantinople était devenue la capitale et la première ville du monde, son évêque devait avoir par là même la suprématie sur tous les autres. De là

ce schisme désastreux de l'Eglise grecque, qui subsiste encore aujourd'hui; commencé par Photius (857-886), interrompu après lui (886-1054), repris par Michel Cérulaire (1054-1059), et qui a fini par entraîner une partie de l'Orient.

Jusque-là l'Eglise n'avait rien défini sur les prérogatives du Siège Apostolique. A quoi bon, puisque rien n'avait été contesté ? On avait vécu de foi, d'obéissance, de dévouement, d'amour, sans rien distinguer ni délimiter, sachant que le Pape était le vicaire de Jésus-Christ, le successeur de saint Pierre , le chef de l'Eglise , chargé de paître les brebis de Notre- Seigneur. On s'en était tenu là, et assurément c'était assez. Mais maintenant qu'une prétention se présentait, continue, persévérante, croissante, menaçant l'Eglise d'un schisme et l'ayant déjà commencé, il n'y avait pas à hésiter; il fallait une définition dogmatique, d'une grande netteté, qui éclairât l'Orient, et qui l'arrêtât, s'il était possible, dans la voie funeste où l'ambition des évêques de Gonstantinople et l'orgueil des empereurs menaçaient de l'entraîner. Ce fut l'œuvre du treizième concile œcuménique réuni à Lyon en 1245. Les Grecs y assistèrent, et les deux Eglises d'Orient et d'Occident souscrivirent d'une même voix et d'un même cœur la définition du dogme de la primauté de l'Eglise romaine.

Voici les termes de cette définition. Il est important de les peser.

« La sainte Eglise romaine possède la souveraine et pleine primauté et principauté sur l'Église catholique tout entière , et elle reconnaît avec vérité et humilité l'avoir reçue, avec la plénitude de la puissance, du Seigneur luimême, dans le bienheureux Pierre, prince et chef des

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Apôtres, duquel le Pontife Romain est le successeur. Et de même que cette Eglise est obligée au-dessus de toutes les autres de défendre la vérité de la foi : ainsi, lorsqu'il s'élève des questions sur la foi, c'est par son jugement qu'elles

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