‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 13 sur 68 · DOIVENT ÊTRE DÉFINIES · texte numérisé non relu

DOIVENT ÊTRE DÉFINIES

Voilà la première définition dogmatique relative à la Papauté. Les patriarches de Constantinople voulaient fonder leur prééminence sur la primauté politique de leur ville. Le concile définit que cette prééminence ne vient d'aucune circonstance politique; qu'elle est d'institution divine ; qu'elle a été accordée par Notre-Seigneur à l'Eglise romaine dans la personne de Pierre et de ses successeurs. Le concile s'en tient là, au point précis qui est attaqué. Il ne parle pas des autres privilèges de saint Pierre, qui ne sont niés par personne et qui découlent nécessairement de la primauté. L'infaillibilité n'est pas plus nommée que les autres. Mais qui ne la sent s'échapper, comme une lumière éclatante, des paroles qui terminent la définition : « De même que cette Eglise est obligée au-dessus de toutes les autres de défendre la vérité de la foi : ainsi, lorsqu'il s'élève des questions sur la foi, c'est par son jugement qu'elles doivent être définies. » Si c'est par son jugement que doivent être tranchées toutes les questions de la foi , comment ce jugement pourrait-il être sujet à l'erreur ?

Aussi, à partir de ce moment, le concert des génies et

1 Ipsa quoque sancta Romana Ecclesia summum et plénum primatum super universam Ecclesiam catholicam obtinet: quem se ab ipso Domino in beato Petro apostolorum principe sive vertice, cujus Romanus Pontifex est successor, cum potestatis plenitudine, récépissé veraciter et humiliter recognoscit. Et sicut prss caeteris tenetur fidei veritatem defendere; sic et si quse de fide subortœ fuerint qusestiones- suo debent judicio défini ri. (Labbe, tora. XI, col. 966.)

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des saints recommence et s'accentue. Au chœur des Pères de l'Eglise succède le chœur des grands théologiens, et c'est à qui célébrera avec plus de netteté et de précision l'infaillibilité du Souverain Pontife. Le chef du chœur et comme le maître de l'orchestre, saint Thomas, est aussi explicite que possible1. Nommons avant lui saint Anselme', Lanfranc3, saint Thomas de Cantorbéry4, Pierre de Blois5, Ives de Chartres6, Albert de Grand7; et après lui, Jean de Paris8, saint Jean de Capistran 9, saint Antonin 10, Denys le Chartreux u et une foule d'autres.

1 2. 2». Quœst. I. Art. x. « L'unité de l'Église, dit saint Thomas, ne saurait se conserver, si, lorsqu'une question s'élève sur la foi, elle n'était pas décidée par celui qui préside à toute l'Église, afin que "par là même la sentence soit fermement gardée par tout? l'Église : par celui qui a le droit de déterminer finalement (determinare ea quse sunt fidei) les choses qui sont de foi , en sorte qu'elles soient tenues d'une foi inébranlable par tous. ">

2 Anselm., De fide Trinitatis. Proœm. — Epist. lxv, ad Humberlum comilem.

3 Lanfranc, De Corpore et sanguine Chrisli, cap. xvi.

4 Thom. Cantuar., Epist. ad suffraganeos. Migne, tom. CXG, col. 534 et 599.

5 Petr. Blés., Epist. ad Honorium Papam 7//(Bibl. Max. vel Palrum, tom. XXIV, p. 1017).

6 Iv. Carnut., Epist. ad Richerium. — Ad Hugonem, Lugd. archiep. — Ad Paschalem Papam.

7 Alb. Magn., In commentario ad cap. xvi S. Matthxi. — Ad cap. v S. Lucse.

h Joan. Parisiens., De Polestale regia et papali, cap. ni.

9 Joan. Capistr., De Papas et concilii auctoritale. Passim.

10 Anton., In sua Summa, parte m, tit. xxn.

11 Dyon. Carthus., In Comment, ad cap. xxu S. Lucas. Voir, dans Bouix, De Papa, tom. I., tous ces textes et une

foule d'autres; car, comme dit dom Guéranger, il serait fastidieux d'insérer ici la liste de plusieurs milliers d'auteurs de tous pays qui ont soutenu cette même doctrine depuis saint Thomas. (Monarchie pontificale, page 209.)

Cent quatre-vingt-quatorze ans s'étaient écoulés depuis la définition du concile général de Lyon relative à la primauté divine de l'Eglise romaine et à sa pleine principauté sur l'Eglise catholique tout entière, lorsque apparut à l'horizon un second point noir. La translation du Saint- Siège à Avignon avait amené de grands malheurs; entre autres, cette déchirure apparente qu'on a impropre-' ment appelée le grand schisme d'Occident. On vit tout à coup apparaître deux Papes, et bientôt trois, se disant tous légitimes, et élus dans des circonstances si singulières, sortis d'élections si embrouillées, que les nations catholiques se séparèrent en trois obédiences, et que les saints eux-mêmes furent partagés : saint Vincent Ferrier d'un côté, sainte Catherine de Sienne de l'autre. On ne discutait pas sur l'unité de 1 Eglise , ni sur la nécessité d'obéir au Pape légitime , seul successeur de saint Pierre. Mais on ne savait pas quel il était. Le plus simple eût été que tous trois donnassent leur démission et qu'on en élût un nouveau. C'est ce qu'on finit par obtenir. Mais il y fallut du temps ; et on juge quelles passions , quelles angoisses durent agiter les âmes dans une crise que l'Eglise n'avait jamais traversée, et que probablement elle ne retrouvera plus.

Au milieu de ces perplexités, dans une foule d'hommes qui aimaient sincèrement l'Eglise , dans une foule de prêtres, de docteurs éminents qui cherchaient un remède,

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surgirent tout à coup, par la force même des choses, plusieurs questions délicates, difficiles, et que les passions émues empêchèrent de traiter sagement. La paix de l'Église dépendant de trois hommes qui pourraient donner leur démission, qui le devraient, qui ne le veulent pas, est-ce qu'on ne pourrait pas les déposer? Est-ce que, après tout, l'Eglise n'est pas supérieure au Pape? Est-ce que le Pape ne lui est pas donné in bonum ? Est-ce qu'elle n'est pas son juge? Le concile de Lyon a défini que l'Eglise romaine a sur toute l'Eglise catholique la plénitude de la puissance , la souveraineté spirituelle, soit; mais l'Eglise romaine et le Pape , c'est deux. L'Eglise romaine est infaillible , indéfectible; mais le Papel

On peut excuser dans l'âme d'un Gerson, d'un Pierre d'Ailly, ces propositions nées d'une sainte jalousie pour la paix, pour l'honneur et l'unité de l'Eglise; mais on ne peut pas les tolérer. Cette théologie est une théologie révolutionnaire, qui, laissée libre, aurait ébranlé l'édifice de l'Eglise, en en sapant la base.

Aussi quand cette crise fut finie et que Martin V eut , aux acclamations de la chrétienté tout entière, réuni sous son sceptre toutes les obédiences, on sentit le besoin de mettre un terme à toute cette ébullition de propositions fausses, téméraires, périlleuses, et le concile de Florence, réuni en 1439, reprit et fortifia la définition du treizième concile œcuménique tenu à Lyon en 1245. Là où le concile n'avait mis que l'Eglise romaine, puisque alors on ne discutait que du siège de la papauté , il mit le Pape. On les séparait, il les unit. Il déclara qu'ils ne faisaient qu'un ; et ces privilèges , qu'on acclamait dans 'Eglise romaine, il les fit resplendir sur la tête du Pape. Voici les termes de sa définition :

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« Nous définissons que le Saint-Siège Apostolique et le Pontife romain ont la primauté sur le monde entier; que le Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres; qu'il est le vicaire de Jésus -Christ, le chef de toute l'Eglise, le père et le docteur de tous les chrétiens; et que Notre-Seigneur Jésus-Christ lui a donné, dans le bienheureux Pierre, le plein pouvoir de régir et gouverner l'Eglise universelle , ainsi qu'il est contenu dans les actes des conciles œcuméniques et les sacrés canons 1 . »

Telle est la seconde définition dogmatique relative à la Papauté. Elle est plus explicite que la première. La première disait que l'Eglise romaine avait la pleine et souveraine autorité sur l'Eglise catholique tout entière; celle-ci ajoute : et le Pontife romain, pour bien faire entendre que l'Eglise romaine et le Pape sont inséparables. De plus, la première disait que c'était par le jugement de l'Église romaine que devaient se terminer toutes les questions de foi. Celle-ci va plus loin. Elle dit que c'est par le jugement du Pœoe; car le Pape est le Docteur de tous les chrétiens; il a le droit de les enseigner tous, et ceux-ci, par conséquent, le devoir de l'écouter. Or comment pourrait-on avoir le devoir d'écouter le Pape, s'il pouvait nous induire en erreur?

1 Item, defmimus sanctam Apostolicam Sedem et Romanum Ponlificem in universum orbem tenere prknatum , et ipsum Pontificem Romanum successorem esse beati Pétri principis apostolorum, et verum Christi Vicarium, totiusque Ecclesiae Caput et omnium christianorum Patrem et Doctorem existere; et ipsi in beato Petro pascendi, regendi, ac gubernandi universalem Ecclesiam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse; quemadmodum etiam in gestis œcumenicorum Conciliorum, et in sacris canonibus continetur. (Labbe, tom. XII, col. 515.)

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C'est ainsi que raisonnent Bellarmin l , Suarez * , saint François de Sales 8 , etc. A partir du concile de Florence , il y a comme une recrudescence de zèle dans les écrivains catholiques, pour proclamer et défendre l'infaillibilité du Pape.

Cependant l'Église ne peut pas vivre un instant tranquille. Luther paraît; il dogmatise ; il erre. Le Pape le condamne. Luther jette la bulle au feu sur la place publique de Wit-

1 Bellarm., De summo Pontifice, lib. IV, cap. h.

2 Suarez, De Fide, Disput. v, Lect. vm, n° 4.

3 Saint François de Sales, Controverses , IIIe partie, chap. xl. Ce petit chef-d'œuvre suffirait seul à expliquer pourquoi l'Église a décerné à ce grand saint le titre de docteur. Mais il faut lire ce livre dans le manuscrit, et non dans les éditions imprimées; car il y a été indignement défiguré et travesti. Par exemple, on lit au chapitre neuvième dans le manuscrit : « L'Église a toujours eu besoin d'un confirmateur infaillible. » L'édition de Biaise, Paris, 1824, porte : « L'Église a toujours eu besoin d'un confirmateur qui soit permanent. ■> Infaillible supprimé et remplacé par permanent! Le manuscrit continue : « Les successeurs de saint Pierre ont tous ces mêmes privilèges qui ne suivent pas la personne, mais la dignité et la charge publique. » L'édition Biaise dit : « Les successeurs de saint Pierre ont seuls {hors du concile général) ces privilèges, qui ne suivent pas la personne, mais la dignité et la charge de la personne. » Je ne parle pas, dans cette dernière phrase, du mot tous remplacé par le mot seuls; du mot mêmes supprimé* du mot charge publique changé pour le mot charge de la personne, et de tout ce style alourdi. Mais que dites- vous de cette parenthèse [hors du concile général) introduite dans la doctrine de saint François de Sales qu'elle défigure?

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emberg. Il déclare que lé Pape ne l'a pas compris; et, 'emportant, il affirme que l'Église catholique est dans 'erreur depuis mille ans, et que c'est le Pape qui en est a cause.

C'était la première fois qu'on niait l'infaillibilité du }ape. On avait nié la primauté divine de l'Eglise romaine. )n avait nié la supériorité du Pape sur l'Eglise catholique \X sa qualité de chef irresponsable devant elle. On niait naintenant son infaillibilité, c'est-à-dire ce privilège hvin sans lequel il ne peut enseigner l'Eglise, ni dans .'ordre de la foi , ni dans celui de la conscience.

Le protestantisme peut être défini : un développement îxagéré de l'indépendance humaine, ayant pour effet la négation de l'autorité divine de l'Eglise , et pour but principal le renversement du Pape, représentant suprême de cette autorité.

Or c'est une loi fondamentale de l'Eglise que toute négation opiniâtre d'une vérité divinement révélée oblige d'abord à une vigoureuse défense de cette vérité , conduit ensuite à son développement le plus complet, et amène enfin sa définition dogmatique.

Nous venons d'en voir deux exemples remarquables, La négation de la primauté divine de l'Eglise romaine a amené sa définition au treizième concile œcuménique (Lyon, 1245); et la négation de la supériorité du Pape sur toute l'Eglise a amené sa définition au dix- septième concile œcuménique (Florence, 1439). Il était donc impossible que la négation de l'infaillibilité du Pape n'amenât un jour ou l'autre la définition dogmatique de cette infaillibilité.

Luther déclarait que le Pape était l'Antéchrist; l'Église catholique devait nécessairement affirmer ou'il est le Vi-

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caire de Notre -Seigneur Jésus -Christ, son représentant suprême.

Luther stigmatisait la Papauté comme une source d'erreur. Cela devait conduire l'Eglise à déclarer que le Pape est l'organe infaillible de la vérité.

Le concile de Trente y songea en effet. Après avoir condamné les erreurs principales du protestantisme, et défini les vérités opposées, il se trouva naturellement conduit à définir aussi celle-là. Le décret fut même préparé et rédigé. Mais on rencontra, au sein du concile, une opposition qu'on n'attendait pas. Cantonnés dans leur presqu'île, séparés du reste du monde, n'ayant pas connu le protestantisme, les évêques espagnols s'opposèrent énergiquement à la définition. Ils ne niaient pas l'infaillibilité du Pape. Ils la proclamaient même bien haut ; mais ils ne voyaient nulle raison de la définir. Ils y trouvaient même d'immenses inconvénients. Ils firent tant et si bien que, sur cette question de l'opportunité, ils ébranlèrent le concile; et la Papauté, donnant ici une nouvelle preuve de cette longanimité et de cette sagesse qui distinguent le Saint-Siège, ordonna de retirer la proposition.

Osons dire, sans manquer de respect au concile, que ce fut un malheur. Si on eût défini l'infaillibilité pontificale au concile de Trente, nous n'aurions eu probablement ni le Gallicanisme en France, ni le Joséphisme en Allemagne, ni le Régalisme en Italie, ni ce spectacle étrange des Eglises nationales, arc-boutécs au roi pour mieux résister au Pape. Etudiez l'état de l'Eglise catholique depuis trois siècles ; vous serez étonné et affligé. Nul acte du Souverain Pontife, encyclique, bulle, bref, rescrit, ne peut parvenir aux évêques avant d'avoir été examiné, étudié, |

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mis en quarantaine, comme s'il pouvait apporter la peste. Nul évêque ne peut aller à Rome sans la permission du voi; et du reste nul n'y songe.

D'où était venue, dans les nations catholiques, une si étrange défiance du Vicaire de Jésus -Christ? En partie, du protestantisme. Comme on voit, aux jours des grandes inondations, que, le fleuve ne pouvant renverser ses digues, il se fait une sorte de suintement qui se trahit le long de son cours par des flaques d'eau croupissantes , ou comme on voit que quand une épidémie ravage un pays, il y a tout autour et au loin une influence périlleuse; ainsi le protestantisme n'ayant pu renverser les barrières qui le séparaient de la France, de la Belgique , de l'Autriche, de l'Italie, de l'Espagne, son esprit de révolte contre le Saint- Siège filtra à travers les digues. De là, depuis trois siècles, dans toutes les nations catholiques, cet étrange éloignement du Pape , cette crainte de son autorité , ces déclamations sur les abus possibles de son pouvoir, ces relations avec lui, sinon interrompues, du moins réduites au strict nécessaire. La définition de l'infaillibilité aurait mis tout cela à néant, et nous aurait épargné trois siècles d'affaiblissement de la foi et de l'unité catholique.

Probablement le Jansénisme eût été impossible. Du moins il n'aurait pu durer si longtemps , ni séduire tant d'âmes, ni échapper si subtilement aux coups que lui portaient incessamment les successeurs de saint Pierre, gardiens incorruptibles du dépôt, mais gardiens enchaînés, et dont la parole se heurtait à mille barrières.

On peut croire que la Révolution elle-même, moins bien préparée par tant de divisions , aurait rencontré , au milieu de la France catholique unie au Pape, de moins fragiles obstacles.

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Pour avoir causé, au temps du concile de Trente, quelque agitation et quelque dépit parmi les évêques espagnols, la définition de l'infaillibilité du Pape aurait produit dans l'Eglise entière un grand apaisement.

Cependant si l'Église avait ajourné par prudence la définition de l'infaillibilité pontificale, elle n'y avait pas renoncé. Les grands docteurs et les grands saints ne cessaient d'acclamer cette doctrine. Bien loin de s'éteindre au milieu de conditions si défavorables, elle s'alimentait de tous nos malheurs. Plus le monde était agité par l'hérésie et la révolution , plus on sentait le besoin d'un point fixe et lumineux. C'est ce que proclamaient en particulier saint François de Sales et saint Alphonse de Liguori, les deux derniers docteurs de l'Eglise.

Il est vrai qu'en France la crise de 1682 fît un instant pâlir cette doctrine. Mais il ne faut pas oublier que nulle nation n'avait proclamé plus haut et en plus beaux termes l'infaillibilité du pape; notamment par saint Bernard1, Hincmar de Reims2, Pierre de Blois, Ives de Chartres, Jean de Paris , etc. Il ne faut pas oublier non plus que tout i'épiscopat français, réuni en assemblée générale, n'avait pas cessé de l'enseigner aux fidèles sans réticence et sans

i Bernard, Epist. ccxxm, ad Papam Innocentium ; — cm, ad Mediolanenses ; et in multis locis.

2 Hincm. Rhem., De Prxdeslinatione , cap. xxiv. — De Divorlio Lotharii, cap. i.

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ambages, même après les malheurs Ae Constance et de Baie 1. Il ne faut pas oublier enfin que, pendant les agitations de l'assemblée de 1682, en plein règne de Louis XIV, les plus grands hommes de France et les plus grands saints lui restaient fidèles : saint Vincent de Paul, M. Olier, le cardinal de Berulle , Fénelon , etc. Et depuis , qui comptera le nombre des évêques, des prêtres, des orateurs, des théologiens qui, en France, pendant le xvin0 et le xix° siècle, se sont fait un bonheur de proclamer leur foi à l'infaillibilité?

Ainsi la négation de l'autorité du Pape en avait amené peu à peu le complet développement. A chaque attaque avait correspondu une affirmation plus accentuée et une application nouvelle. On ne discutait plus, et déjà depuis des siècles , sur la primauté de droit divin et sur l'indéfectibilité de l'Eglise romaine. On ne contestait plus , et depuis longtemps aussi , la souveraineté spirituelle du Pape et sa juridiction divine et immédiate sur chaque évêque , chaque prêtre, chaque fidèle. Son infaillibilité doctrinale ne faisait plus de doute pour personne * ; elle approchait de

1 Assemblée des évêques de France, à Paris, en 1625. « Us respecteront aussi notre saint -père le Pape, chef visible de l'Église universelle, évêque des évêques, auquel l'apostolat et l'épiscopat ont eu commencement, et sur lequel Jésus -Christ a fondé son Église, en lui baillant les clefs du ciel avec l'infaillibilité de la foi, que l'on a vue miraculeusement demeurer immuable en ses successeurs jusqu'à aujourd'hui. » Assemblée des évêques de France, en 1653: « Les jugements du Pontife romain en matière de foi jouissent d'une autorité divine autant que souveraine dans toute l'Église. »>

2 Suarez. « C'est une vérité catholique que le Pontife définissant ex cathedra est une règle de foi qui ne peut errer, savoir : quand il propose authentiquement quelque chose à l'Eglise comme devant être cru de foi divine. Ainsi enseignent aujour-

la foi, disaient les meilleurs théologiens 1 ; et si quelques contradictions s'élevaient encore, c'était moins sur le privilège en lui-même que sur la manière dont il devait s'exercer.

Les sentiments répondaient au développement des doctrines. Quelques gouvernements maintenaient encore les barrières qu'ils avaient élevées contre la parole et l'action du Pape ; mais les catholiques en souriaient , et l'autorité comme la parole du Souverain Pontife traversaient sans peine ces fragiles obstacles. A la défiance d'autrefois avait succédé un amour sans bornes ; et le trait caractéristique d'un vrai catholique était de plus en plus une obéissance filiale à la voix du Souverain Pontife, et un dévouement enthousiaste à tous ses privilèges.

C'est dans ces conditions que s'ouvrit le concile du Vatican. Etait- il probable qu'on allait recommencer la faute si déplorablement commise à l'époque du concile de Trente? Hésiterait -on à cueillir un fruit que trois siècles avaient mûri, et qui était prêt à s'échapper? N'était-il pas évident que l'Eglise allait profiter de sa réunion œcuménique , si

d'hui tous les dodeurs catholiques, et je pense que celte doctrine est certaine en matière de foi. Et censeo esse rem de fide certam. » (De Fide, Disput. v, Lect. vin.)

1 C'était l'opinion de saint Alphonse de Liguori. Il affirme que la doctrine de l'infaillibilité pontificale touche à la foi : noslram sentenliam esse sallem fidei proximam; et que la doctrine contraire paraît tout à fait erronée et touchant à l'hérésie : Contrariant vero videri omnino erroneam et hseresi proximam. [De Legibus, Dissert, de Rom. Pontif.) Melchior Cano jugeait de même. La doctrine contraire à l'infaillibilité pontificale était hérétique à ses yeux; et s'il s'abstenait de la qualifier ainsi, c'est, dit-il, que nous ne voulons pas prévenir le jugement de l'Eglise. Sed nolumus iïcclcsix judicium inlerverlere. (De Locis thcologicis, lib. Vil, cap. vu.)

difficile en tout temps, si inespérée en celui-ci, pour faire deux choses : 1° briser toutes les barrières élevées entre les Çglises particulières et l'Eglise mère et maîtresse de toutes les autres; de manière que le Pape retrouvât toute la liberté de son action ; 2° faire resplendir l'infaillibilité doctrinale du Souverain Pontife, de telle sorte que nui faux- fuyant ne fût possible, nulle résistance de l'autorité séculière ou ecclésiastique; et qu'ainsi le Pape retrouvât, non seulement la liberté de son action, mais la pleine souveraineté de son enseignement.

Ce fut ce qui eut lieu. Avec quelle mesure et en même temps avec quelle autorité, nous Talions voir. Lisons les termes mêmes de la définition de l'infaillibilité pontificale. Cette simple lecture achèvera, je l'espère, de iaire évanouir toutes les difficultés.

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