‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 21 sur 68 · CHAPITRE nOUZIEM · texte numérisé non relu

CHAPITRE nOUZIEM

l'ame de l'église

Achevons de faire connaître cette merveilleuse création de l'Eglise catholique, en remontant des effets à la cause, et en parlant de son âme, c'est-à-dire de la réelle et permanente habitation de Jésus-Christ en elle. Comme mon âme est présente à mon corps pour l'animer , le gouverner, l'élever au-dessus de lui-même et le spiritualiser, ainsi Jésus-Christ est présent à son Eglise. 11 est son âme. Il la dirige, il la vivifie; il verse sur sa physionomie, jusque sur sa démarche, une sorte de splendeur divine incomparable.

Déjà nous avons vu la beauté du corps sacré de l'Eglise, de ce corps visible où brille la suprême harmonie; de cette puissante constitution où respire la souveraine autorité; de cette vie qui est toute lumière, toute sainteté, tout amour. Essayons maintenant de peindre l'âme invisible de l'Eglise, je veux dire la permanent et magnifique présence de Jésus-Christ en elle; et, à tant de traits d'un^ beauté parfaite, ajoutons ce dernier trait, le plus parfait de tous.

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0 Epoux divin de la sainte Église, montrez-vous jaloux de la beauté et de la gloire de votre Épouse ; et que , soutenu par vous , je n'en défigure pas trop l'image !

On dit généralement que les peuples ont une âme ; que ce qui fait une nation , ce n'est ni son territoire , ni son gouvernement, ni la beauté et la solidité de ses frontières : que c'est son âme. Et par là on entend je ne sais quelle résultante mystérieuse de toutes les volontés; quel unique et spontané battement de tous les cœurs , aux heures critiques ! C'est une grande chose que cette âme d'un peuple! et c'est par là , en effet , qu'il vit.

On dit aussi , en parlant d'un fondateur d'empire , qu'il lui a légué son âme. Après de longues années, on la sent encore vivante. Et cela est vrai quelquefois.

Cependant ce ne sont là que des manières de parler ; elles ne sauraient donner aucune idée de l'âme réelle de rËglise.Notre-Seigneurparlaitdecetteâmedel'Église, quand il disait : « Je vous enverrai l'Esprit de vérité. Il demeurera EN VOUS; il vous enseignera toutes choses, et il vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit 1 . » Et encore : « Je prierai mon Père , et il vous enverra un autre Consolateur QUI DEMEURERA ÉTERNELLEMENT EN VOUS, V Esprit de

vérité que le monde ne peut recevoir ; mais vous , vous le 1 Joan. xiv, 26,

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connaîtrez, parce qu'il demeurera avec vous et qu il sera en vous * . »

Et enfin : « Allez, enseignez toutes les nations , baptisezles... Voila que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles5. » Avec vous enseignant, pour vous aider de ma lumière ; avec vous baptisant, pour vous féconder de ma grâce; avec vous conquérant le monde, pour vous aider de ma toute-puissance.

Comme s'il eût dit : « Nous entreprenons ensemble une grande œuvre : éclairer, purifier, sanctifier les âmes. Vous, vous serez les instruments; moi, je serai la vie; vous, vous serez le corps; moi, je serai l'âme. »

Et l'Eglise se montrait consciente de cette réelle habitation de l'Esprit de Jésus-Christ en elle , lorsqu'au lendemain de la Pentecôte , dans sa première décision dogmatique et morale , elle disait : Visum est Spiritui sancto et nobis : « Il a paru bon au Saint-Esprit et à nous 3. » Voyez-vous le corps de l'Eglise, et voyez- vous sa sainte âme? Spiritui sancto, voilà l'âme; et nobis, voilà le corps.

L'âme de l'Eglise , ce n'est donc pas , comme dans les sociétés humaines, une certaine manière de concevoir leur vie collective; c'est la plus auguste des réalités. L'Église est un corps animé, dirigé par une âme vivante, qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ.

1 Joan. xiv, 16.

* Matth. xxvm, 19, 20.

» Act. xv, 28.

On demande où réside cette âme de l'Église. Ehl mon Dieu ! si on me demandait où réside mon âme , je répondrais : Je n'en sais rien. Elle est partout. Elle m'enve-loppe de sensibilité et de vie. Le moindre de mes membres sent; la moindre de mes fibres vit : Mens agitât molem et toto se corpore miscet.

Et pui&, à de certains endroits, en certains organes que Dieu a sculptés avec plus d'amour , je sens une présence plus vive , plus réelle de mon âme. Je mets la main sur mon cœur. 0 Dieu! quelle présence de mon âmel Là, elle est toute chaude; son rayonnement est un rayonnement d'amour. Je mets la main sur mon front. Et là , au sommet de mon être, sous ce bouclier transparent fait par la main du grand Artiste , oh ! que je sens aussi mon âme! Mais ici, ce n'est pas un rayonnement chaud comme tout à l'heure : c'est un rayonnement lumineux.

Voilà l'âme complète, l'âme vivante; le rayonnement chaud du cœur ; le rayonnement lumineux du front.

Faibles images, splendides cependant, de l'habitation permanente de Jésus-Christ dans l'Eglise! Lui aussi, il est partout. Il enveloppe toute l'Eglise de vie divine, de lumière, de sensibilité et d'amour. Il n'est pas une âni3 baptisée où ne palpite l'âme de l'Eglise; pas une action de prêtre, d'ëvêque, où, sous la forme, on ne doive adorer la présence réelle de Jésus-Christ. Au saint baptême, qui

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imprime le sceau ineffaçable? Jésus-Christ. Au saint autel, qui anéantit la substance du pain et du vin ? Jésus-Christ. A la Confirmation , au sacrement de l'Ordre , qui agit , qui opère? Jésus-Christ. C'est une série d'actes qui font circuler la vie divine par toute l'Eglise , jusque dans ses dernières fibres. Mens agitât molem et toto se corpore miscet.

Et puis, dans ce corps harmonieux de l'Eglise, toujours ému par l'âme sainte , il y a , comme dans le corps de l'homme , les centres lumineux, les foyers augustes où la vie afflue, comme dans sa source. Je regarde l'autel; voilà le cœur de l'Eglise ; là Jésus-Christ est réellement présent avec tout l'amour dont il brûla sur la terre. Vous me direz : Il est bien caché ! Oui , sans doute ; mais mon cœur , est-ce qu'il n'est pas bien caché aussi , au fond de ma poitrine; caché, mais chaud, mais vivant et vivifiant tout le corps? Ainsi de Jésus-Christ au saint autel. C'est là qu'il fait l'Eglise, ou plutôt qu'il la commence; car si chaud que soit ce foyer, toute la vie n'est pas là. Le cœur, c'est beaucoup ; mais il y a le front , le lieu auguste où s'illumine la pensée, d'où elle jaillit, par les lèvres, en verbe enflammé. Ainsi dans l'Eglise. C'est beaucoup que l'autel ; mais ce n'est pas tout : il y a le Vatican.

Voilà l'âme complète de l'Eglise, l'âme vivante. Ici, aux profondeurs sacrées du tabernacle , une source d'amour; là, aux sommets radieux du Vatican, une source de lumière. Et en l'un et en l'autre , jamais séparés et absolument inséparables , la source complète , intarissable de la vie divine.

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Du reste, quand même l'Évangile ne nous attesterai! pas cette réelle et magnifique habitation de Jésus-Christ dans l'Eglise , nous en aurions , par une autre voie , la révélation éclatante. Une société animée et dirigée par le Saint-Esprit se conduira-t-elle comme une société humaine? N'y aura-t-il pas, à travers ses éléments terrestres , comme une transpiration visible de la divinité qui est en elle ? L'âme montera au visage et jettera sur sa physionomie un reflet divin. Et c'est ce que nous allons voir.

Considérons d'abord un premier caractère de l'Eglise. Quelle possession de la vérité! quelle certitude, entière, absolue, inébranlable, que la vérité lui a été confiée, et à elle seule l Quel calme, quelle sécurité dans cette possession ! Qu'on parle autour d'elle de découvertes historiques qui mettent en péril le récit de Moïse , ou de systèmes philosophiques qui vont renverser tel ou tel dogme ; qu'on la menace d'un développement scientifique ou d'un progrès social qui l'enseveliront dans les ruines; les hommes s'émeuvent, elle pas. Elle a la vérité. Hors d'elle, il n'y a que le faux , l'erreur , qui passe vite.

Une telle manière de raisonner et d'agir paraît d'abord étrange, quelques-uns diraient outrecuidante. Supposez cependant que la vérité vînt habiter la terre, la vérité mathématique ou géométrique, par exemple; comment se conduirait-elle ? Est-ce qu'elle n'aurait pas , elle aussi , la

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certitude , entière, absolue, que deux et deux font quatre ? Est-ce qu'elle se troublerait de ceux qui voudraient lui prouver le contraire? Avec quel mépris elle écarterait celui qui prétendrait que du moins , plus tard , avec le progrès et la civilisation, deux et deux feront cinq, et que le chemin le plus court d'un point à un autre ne sera plus la ligne droite? Ainsi fait l'Eglise, avec la charité de plus.

Et dans ce calme unique, incomparable, dans cette sécurité intellectuelle qui n'admet pas l'ombre d'un doute, quelle pénétration absolument divine! comme elle vol: clairement la vérité! comme elle la distingue de l'erreur! comme elle la suit dans ses dernières conséquences! comme elle sépare la lumière des ténèbres ! Pour faire éclater aux yeux cette merveille, il faudrait raconter une de ces controverses doctrinales dont son histoire est pleine : celle de l'Incarnation , par exemple. Elle a duré trois cents ans; l'erreur paraissant, se cachant, semblant morte, puis revenant sous une autre forme pour disparaître de nouveau; et cela avec des habiletés, des stratagèmes, des sophismes impénétrables. Quarani; Papes ont pris part à cette discussion ; quatre Conciles généraux , plus de vingt Conciles particuliers , des Pères , des Docteurs innombrables. « Un seul faux pas , écrit un théologien protestant, aurait jeté toute la théorie de la doctrine dans une confusion inextricable ; mais il semble qu'une intelligence individuelle et perspicace , pour parler le langage des hommes , dirigea la discussion théologique depuis le commencement jusqu'à la fin. L'Eglise la soutint pendant des siècles avec un sentiment clair, simple et vrai de cette doctrine , malgré des échecs apparents qu'éprouvèrent sur des points de détail les Pères et les saints les plus capa-

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©les; et grâce à sa persévérance, elle fonda la seule théorie raisonnable qu'on puisse établir sur cette question 1 . »

Cette intelligence individuelle et perspicace qui dirige pendant trois siècles un tel débat, qu'est-ce donc, sinon la réelle habitation de Jésus-Christ dans son Eglise, et comme la transpiration visible de son Esprit à travers l'esprit humain?

Ajoutons un autre trait. Dans ces controverses si embrouillées , si subtiles , en matières quelquefois si délicates, l'Eglise, du premier coup, décide si bien les questions, qu'elles n'est jamais obligée d'y revenir. Ce qui a été défini à Nicée, à Ephèse, l'est pour l'éternité. Le monde durerait dix mille ans , que dans dix mille ans on enseignera, on croira ce qui a été proclamé au concile du Vatican. Quelle sûreté de coup d'oeil! quelle absolue, immédiate et divine intuition I Les hommes se trompent, et aussi se réforment. Saint Augustin écrit ses Rétractations; saint Thomas désavoue certaines doctrines professées autrefois par lui. L'Eglise, jamais. Elle se réforme dans ses mœurs; elle ne se réforme pas dans ses jugements. Du premier coup, sans tâtonnements, sans hésitation, elle dit ce qu'il faut dire; et ce qu'elle a dit l'est pour toujours.

Mais voici le comble de la merveille. Quand la science étudie ces définitions, données à des siècles de distance, par des Papes et des Conciles si différents sous tant de rapports, elle y trouve des harmonies singulières. Manifestement ce sont les membres d'un même tout. Ces dé-

1 Newmann, Conférences prêchées à l'Oratoire de Londres, 3* Conférence.

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cisions sortent les unes des autres et rentrent les unes dans les autres avec une perfection d'emboîtement que les auteurs des décisions n'ont pas vue , n'ont pas pu voir. Et , de ces décisions , découlent des lumières précises qui vont tout éclairer , la science de l'âme , la science du corps, la science de l'univers, la science de la société, des sciences qui n'étaient pas encore nées en ce temps-là , et auxquelles, assurément, les Papes ne pensaient pas.

Je ne dis rien du style dans lequel viennent s'enchâsser ces formules divines, style simple, sobre, clair, aussi calme qu'il est transparent, n'empruntant rien aux passions de la terre , ne portant aucun des caractères du temps , et manifestement fait de ce granit qui dure toujours.

Nous venons d'étudier l'esprit de l'Église ; sondons maintenant sa conscience; j'entends par là son sens intime. Ce qui le caractérise, le voici : l'Eglise se sent éternelle. Les peuples n'ont pas ce sens-là. Rome seule en eut une ombre. Elle se faisait appeler la Ville éternelle , sans se douter qu'elle ne le serait que parce qu'elle était le piédestal d'une statue qui demeurerait éternellement debout. L'Église, au contraire, a pleinement ce sentiment-là. Elle sait que, sous sa forme actuelle, sans changements ni transformation, elle durera toujours. Il n'est pas en son pouvoir de mourir. Les persécutions ne peuvent l'entamer ; les rois , les révolutions ne peuvent la détruire. Elle les

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ensevelira tous. De là un nouveau trait de sa physionomie : une sorte de paix divine au milieu des plus violents orages. Elle en est agitée; elle n'en est pas émue. Elle se sent à l'épreuve de toutes sortes d'attaques.

Bossuet nous la représente interrogée par ses enfants qui tremblent : « 0 Eglise , il y a longtemps que l'on frappe sur vous! Dieu vous a-t-il oubliée? Si ce n'eût été qu'en passant, mais tant de siècles 1... Les vents grondent, les flots se soulèvent; vous flottez deçà delà battue des ondes et de la tempête; ne craignez- vous pas d'être abîmée ? »

La réponse que Bossuet met sur les lèvres de l'Eglise est superbe : « Mes enfants, je ne m'étonne pas de tant de traverses; j'y suis accoutumée dès mon enfance : S«pe expugnaverunt me a juventute mea. Ces mêmes ennemis qui m'attaquent m'ont déjà persécutée dès ma jeunesse. Mais qu'ont-ils pu? Numquid non ideo perveni ad senectutem? Par conséquent, toi, mon fils, ne t'étonne pas de ces violences. Regarde mon antiquité; considère mes cheveux gris. Ces cruelles persécutions, dont on a tourmenté mon enfance, m'ont-elles empêchée de parvenir à cette vénérable vieillesse ? Sœpe expugnaverunt me a juventute mea; numquid ideo non perveni ad senectutem? . . . Quoique je semble toujours flottante, la main toute-puissante qui me sert d'appui saura bien m' empêcher d'être submergée1. »

Voilà le sens intime de l'Eglise. A la différence des hommes, qui, en descendant dans les dernières profondeurs de leur être, y entendent ce que saint Paul appelk responsum mortis 2, le sourd travail de la mort qui déjà

1 Bossuet, Sermon sur l'Église- Impartie. * II Cor. 1,9.

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désagrège leurs éléments , l'Eglise n'entend jamais en elle que le travail de la vie , la jeunesse qui s'épanouit , même sous les coups les plus violents, et qui se renouvelle à chaque siècle comme celle de l'aigle.

Si l'Eglise était humaine, elle en aurait de la fierté. Elle serait portée à braver ses ennemis. Mais son éternité ne vient pas d'elle. Elle ne le sait que trop. Son éternité vient de Jésus-Christ. C'est lui qui la conserve sans elle , quelquefois malgré elle, du moins malgré les fautes de ses enfants. De là , je ne sais quel humble ravissement dans sa paix , une sorte de sérénité attendrie qui est de la plus haute beauté morale.

On arrive à des conclusions pareilles en étudiant la conduite de l'Eglise, sa manière d'être et de faire. « En tout, dit le Père Faber, et même pour les choses les plus vulgaires en apparence, il semble y avoir, dans la conduite de l'Eglise et dans ses rapports avec le monde, une sorte d'inspiration qui se connaît et s'ignore à moitié. Cela ne peut pas se définir ; cela ne peut pas être réduit en formule ; mais l'histoire de l'Eglise , dans les matières mêmes qui ne sont pas relatives à son infaillibilité, est pleine de ces marques d'une illumination surnaturelle. Lorsque nous nous trouvons placés à une assez grande distance pour bien juger de l'ensemble des faits , nous ne pouvons nous empêcher d'admirer comment l'Eglise a toujours fait ce qu'il y avait à faire et dans le temps con-

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venable; avec quelle sûreté elle a suivi la ligne droite au milieu des ténèbres et de la confusion des événements, comme si elle était animée de quelque prophétique instinct. Ce qui paraissait être de l'obstination aux contemporains peu croyants paraît maintenant avoir été la sagesse même de la droiture. Ce qui semblait de la faiblesse, ou une concession faite à contre-cœur, est ensuite reconnu pour avoir été la prudence opportune d'une condescendance apostolique. Qu'est-ce que tout cela, sinon une preuve de l'énergique et efficace présence du Saint-Esprit dans l'Eglise 1 ? »

Cette sorte d'inspiration surnaturelle semble se retrouver quelquefois jusque dans les ennemis de l'Eglise. On dirait qu'une force secrète les pousse à intervenir, même dans ses affaires les plus intimes, au moment où cela est nécessaire.. Pie VI est arraché par la Révolution à la chaire de saint Pierre. Il meurt à Valence. Comment se fera l'élection de son successeur? Et c'est la Russie, un empire schismatique et persécuteur , qui , agissant sans savoir ce qu'il faisait, convoque les cardinaux à l'ombre dû son drapeau, et les aide à élire Pie VII. L'histoire est pleine de ces surprises.

En général , quand il s'agit de l'Eglise , il ne faut pas se hasarder à prévoir ce qu'elle fera. On y est trompé. Ce qu'on attendait n'arrive pas. Il arrive des choses singulières, imprévues, qui, après le premier moment d'étonnement, paraissent inspirées. Quel écrivain n a pas dit que, le pouvoir temporel supprimé, le pouvoir spirituel s'en irait à l'eau? Frédéric II et Voltaire l'ont dit plus haut que de Maistre et de Bonald. Mais, ô vanité des

1 Faber, De la Dévotion à l'Eglise.

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conceptions humaines! telle est Ja présence de Jésus- Christ dans son Eglise, que l'élection de Léon XIII est aussi libre qu'aucune élection pontificale , et que nul Pape n'a plus souverainement plané sur l'Eglise que ces deux illustres captifs, Pie IX et Léon XIII 1. Etudiez le concile de Trente, la naissance du protestantisme, le grand schisme d'Occident , où les hommes furent quelquefois si faibles, si inférieurs aux circonstances, compromettant par de si mesquines passions les intérêts de Dieu et des âmes, vous y verrez à chaque instant des marques d'une illumination surnaturelle, et comme la transpiration visible de l'Esprit divin qui est dans l'Eglise.

Mais c'est au cœur qu'il faut aller pour voir apparaître dans toute sa beauté l'âme vivante de l'Eglise. Ses affections ne sont pas de la terre , et elle y cède avec une sorte de passion naïve qui fait sourire les politiques. Rien que pour sauver une âme , l'âme d'un enfant , elle s'expose a toutes les persécutions, et, qui pis est, à tous les quolibets.

Le pouvoir civil , pour grandir d'une coudée , sacrifierait cent mille hommes. L'Eglise, pour conquérir le monde , ne sacrifierait pas une âme.

i Ce qui ne veut pas dire que la destruction du pouvoir temporel n'ait pas été un crime, et que ce pouvoir ne soit pas nécessaire à la Papauté. Cela veut dire seulement que l'Esprit qui anime l'Église triomphe des difficultés.

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Les hommes sont fous de commerce, d'industrie, de chemins de fer, de télégraphes. L'Eglise ne dédaigne rien de tout cela ; mais elle donnerait tout cela pour le salut d'une seule âme.

Pauvre, dépouillée, misérable, l'Eglise a besoin des puissances humaines. Cela ne l'empêche pas, dès qu'il s'agit des âmes , de les contredire , de les révolter , de les exaspérer par des actes que le monde juge déraisonnables. A quoi bon, par exemple, rétablir la hiérarchie en Angleterre, en Hollande? Humainement parlant, politiquement parlant, c'est absurde. Oui; mais les eaux de la vérité, de la grâce, arriveront plus facilement aux âmes. C'est assez pour l'Eglise.

Cela revient à dire que l'Église est mère. Sancta Mater Ecclesia. Voilà, en effet, son nom. Il y avait des noms plus pompeux : Roi, César, Maître. Mais lequel pouvait convenir à l'Église? C'était trop haut 1 Cela ne sentait pas assez les entrailles! Aussi, par une sorte d'inspiration divine , sur le front de cette humble Eglise , si humble et cependant si royale , les premiers chrétiens écrivirent ces trois mots : Sancta Mater Ecclesia. Chose délicate et touchante! ce pouvoir souverain, le plus grand de tous les pouvoirs , de qui relèvent toutes les nations , à qui tous doivent obéissance, son nom n'est pas un nom d'homme; c'est un nom de femme!

Et ce n'est pas là un hasard; c'est une inspiration, je le répète. Car l'Eglise n'est pas seulement mère, elle est épouse. C'est du Christ que lui vient sa fécondité. Elle a des saints ; mais leur sainteté est le fruit du sang de Jésus-Christ. Elle a des docteurs; mais leur lumière est la lumière de Jésus-Christ. Elle a des pontifes qui gouvernent dans la douceur et l'autorité; mais cette autorité n'est

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pas la leur; c'est l'autorité de Jésus-Christ. Sortie du côté ouvert de Notre-Seigneur , toujours unie à lui dans l'amour, cette nouvelle Eve du divin Adam puise en lui cette fécondité sainte qui lui mérite, mieux qu'à la première, le nom de Mère des vivants : Mater viventium.

Comme elle a la fécondité de l'épouse , elle en a l'amour, l'indomptable jalousie. Elle ne voit que Jésus- Christ; elle n'aime que lui. Dans les âmes , c'est lui encore qu'elle aime. Qui a touché à Jésus-Christ sans la voir oondir? Avec quelle passion elle a combattu pour l'honneur de son nom, l'intégrité de sa doctrine, la sainteté de sa loi, la diffusion de son règne! Elle y a tout sacrifié, son repos, ses richesses, jusqu'à la vie de ses enfants. Après dix-huit siècles révolus, elle porte dans ses bras, sur son cœur, le Christ intact, inviolé ; ce qu'aucune des sociétés qui se disent a la vraie Eglise » n'a su faire ; et , l'ayant sauvé de tant de périls , elle le présente , dans une fierté modeste, à l'amour et à l'adoration du monde entier.

Et, avec cela, elle a la touchante faiblesse de la femme. Elle ne porte pas de cuirasse; elle ne tient pas d'épée, Elle a de meilleures armes : sa douceur, sa patience, sa tendresse, ses larmes. Quand elle pleure, elle est invincible. C'est la différence de l'Eglise d'avec les puissances de la terre. Une nation qui pleure est une nation perdue. On vous foule aux pieds, on vous insulte, on vous oppresse, ô peuple! Ce n'est pas le moment de pleurer. C'est le •( moment de bondir; c'est le moment de rugir; c'est le moment de prendre un fusil et de dire : Tant qu'il y aura une goutte de sang dans mes veines, vous n'avancerez pas! Mais que l'Eglise est différente! Elle est femme; elle est mère ; elle n'a pour ennemis que ses propres en-

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fants. Elle ne peut pas les frapper. Elle ne peut que pleurer, prier, espérer, tendre les bras, aimer. Sa faiblesse est sa force, cette faiblesse auguste d'une femme, d'une mère, dont le charme est irrésistible. Les hommes n'y peuvent tenir. Leur conscience s'émeut; leur honneur s'irrite. Ils disent aux puissants, aux forts : En voilà assez. Vous ne voyez donc pas que vous avez affaire à une femme? Or, à frapper une femme, on se déshonore. Et à frapper une mère , on s'excommunie !

Et avec sa maternité, l'Eglise est vierge, vierge et mère; vierge incorruptible! Elle aime tendrement les âmes ; elle les aime avec passion ; elle les aime , je l'ai dit, comme jamais mère n'a aimé ses enfants. Mais ne touchez pas à la virginité de sa foi, à la pureté de ses traditions. Elle sacrifierait cent mille mondes plutôt que de toucher à une âme; mais elle sacrifierait cent mille âmes plutôt que de toucher à un seul iota de la loi , à un seul point, à une seule virgule de l'Evangile. Elle est plus épouse que mère; elle est plus vierge qu'épouse; elle est l'humble iille de Dieu, sa servante fidèle. Ou, plutôt, elle est tout cela, uni, mêlé, fondu ensemble, dans le plus grand éclat de bonté , d'humilité , de grandeur, de force, de dignité. Il n'y a jamais rien eu de pareil sur la terre; et de cette fusion résulte une physionomie qu'on ne sait comment dépeindre, tant il y a de nuances diverses qui se fondent dans l'unité. Le poète, voyant apparaître une déesse , la reconnaissait à sa dé marche. On reconnaît de même l'Eglise; il suffit d'écou 1er battre son cœur pour sentir qu'il y a de la divinité en elle.

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Nous n'avons pas fini. Et voici, dans le corps même de l'Eglise, une transpiration plus touchante de l'esprit de Jésus -Christ. Ce corps immense, composé d'hommes qui ont gardé leur liberté morale, se désagrège quelquefois, se couvre d'ombres sur certains points. Cela fait-il pâlir l'âme vivante qui l'anime? Au contraire , elle apparaît plus belle.

De même que Noire-Seigneur, en s'incarnant, n'a pas pris un fantôme de corps, mais qu'il a pris l'humanité avec toutes ses faiblesses, de même aussi, en établissant l'Église, il n'a pas pris des fantômes d'hommes pour la composer et pour la gouverner; il a pris l'humanité tout entière , hardiment , en maître -, qui sent bien que , quelles que soient les défaillances des hommes , elles n'altéreront jamais la divine beauté de son Eglise; car il est là pour réparer ses brèches, et il se servira même de ses plaies pour en faire resplendir îa divinité. Il a été plus loin. A ces hommes, soit à ceux qui composent l'Eglise, soit à ceux qui la gouvernent , il a laissé ce que la sainteté de sa personne adorable n'avait pas permis dans le mystère de l'Incarnation : la liberté du bien et rlu mal, les entraînements et les passions d'une nature viciée. Sans doute il leur fait des grâces éminentes ; mais la liberté reste entière, et, la fragilité humaine étant donnée, une foule de chutes sont inévitables.

Ou voit quelle situation résulte pour l'Eglise de ce plan

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hardi. Dans sa marche vers l'éternité, l'Eglise traîne après elle des faibles, des infirmes qu'elle ne peut pas abandonner. Elle soutient dans ses bras une foule de pécheurs qui retombent sans cesse, et dont les rechutes perpétuelles font douter d'elle et de ses sacrements. Elle conserve dans son sein des morts , un nombre immense de morts, que son amour ne parvient pas à ressusciter et qui répandent partiellement sur sa robe blanche les ténèbres de leur vie coupable. Sa beauté ne meurt pas pour cela; jamais même elle ne s'éclipse; mais souvent elle est voilée par des ombres. Sa démarche n'est pas arrêtée; mais combien difficile quelquefois! Elle reste pure et absolument sans tache, et cependant ses vêtemants sont bien souvent souillés. A de certains siècles, en de certaines contrées, elle apparaît semblable à son divin Epoux, qu'on vit un jour couvert de soufflets et de crachats , dépouillé de toute gloire et ressemblant à un lépreux. « Nous l'avons vue, dit le Prophète, et nous ne l'avons pas reconnue. » Est-ce là cette Vierge chaste, unie au Christ, dont parle l'Apôtre : Virginem castam exhibere Christo*. C'est elle, n'en doutez pas; c'est l'Eglise immaculée !

De même, en effet, que les humiliations du Sauveur n'ont pu obscurcir sa divinité, de même aussi les défaillances et les crimes même des enfants de l'Eglise ne sauraient voiler sa splendeur. On a bien pu déchirer la chair du Christ, le battre de verges, l'attacher à la croix ; mais le Prophète a dit : « Vous ne briserez aucun de ses os. » Os non comminuetis ex eo*. Ainsi de l'Eglise. Elle

* II Cor. xi, 2.

* Joan. xix, oC.

peut recevoir des crachats au visage , des plaies dans ses membres, des ulcères sur quelques parties de son corps sacré. Cela n'atteint pas sa substance. Vous ne toucherez pas à ses os. Sa doctrine sera toujours pure, sa discipline toujours sainte, son gouvernement dans les choses essentielles toujours inattaquable; et, de ce fond de faiblesses et de corruptions humaines qu'on ne peut pas éviter , sortiront incessamment les plus beaux fruits d'humilité, de chasteté, d'amour de Dieu et des hommes. On s'arrête ému devant cette magnifique composition. Le corps est de re, mais l'âme est du ciel.

Dernière preuve de la réelle et permanente habitation de Jésus-Christ dans son Eglise. Ce corps immense, désarmé, nu, sur lequel s'acharnent depuis dix-huit siècles toutes les épées, comment ne périt-il pas? Couinent n'a-t-on pu encore lui faire une blessure mortelle? Venez, rois, princes du monde, porteurs d'épée, ruezvous sur l'Eglise. Dieu vous la livre, désarmée par lui. 11 ne se réserve qu'un droit : celui de l'arracher à vos mains quand vous croirez la tenir; et, par la splendeur de son intervention , de vous obliger à avouer sa divinité.

Souvent , dans ce but , Dieu laisse^ aller les choses au pire. 11 jette l'Eglise à la mer. La barque semble prête à s'engloutir. Pierre en a déjà aux genoux. Cum cœpisset mergi i . Les ennemis de l'Eglise battent des mains. Encore

i Matth. xiv, 30.

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un eflbrt, Pierre en aura à la poitrine, au-dessus de la tête. Mais leur illusion est courte. Pierre est bientôt relevé, et la main que lui tend Jésus n'est pas tellement cachée que tous , amis et ennemis , ne la voient.

Même spectacle à toutes les époques. En est-il une qui n'ait cru à la mort prochaine de l'Eglise? En est-il une qui ne l'ait vue se relever miraculeusement? On dirait qu'à chaque siècle Dieu laisse mourir son Eglise , pour se donner à chaque siècle le plaisir de la ressusciter !

Mais elle ne jouit pas de son triomphe. Dans ces luttes d'où elle sort toujours victorieuse, elle est toujours en larmes. Ses adversaires sont ses enfants; ses persécuteurs sont ses fils. Elle est plus touchée du mal qu'ils se font à eux-mêmes , que de celui qu'ils essayent de lui faire. A elle , ils n'en font point ; mais combien à eux I et combien à d'autres , aux petits , aux faibles , aux ignorants ! Ils les scandalisent; ils les font douter, tomber. Chaque champ de bataille , d'où elle se lève triomphante , est jonché des cadavres de ses enfants. Aussi elle ne chante jamais de Te Deum pour ses victoires. Les sanglots étoufferaient sa voix.

Ces larmes, ces souffrances perpétuelles achèvent de nous révéler la présence de Jésus-Christ dans son Eglise. C'est par là qu'il l'associe à son sacrifice ; qu'il l'attache à sa croix; et qu'il continue, en elle et par elle, à souffrir \& à mourir pour nous. La premièro Eve était sortie du

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flanc d'Adam, endormi dans l'extase, parmi les fleurs de l'Éden. La seconde est sortie du cœur de Jésus-Christ, endormi aussi,, mais sur la croix, dans une extase aussi, mais de douleur et d'amour. Son flanc s'ouvre... Ohî s'écrie saint Jean Chrysostome, n'imaginez ici rien de vulgaire. Ce qui sort du.flanc percé de Jésus-Christ, de son cœur ouvert, c'est l'eau du baptême; c'est le sang de l'Eucharistie ; ce sont les sacrements de l'Eglise ; c'est la nouvelle Eve qui naît sur le Calvaire et qui n'en descendra plus. Car , après qu'on aura détaché Jésus-Christ de la croix , elle prendra sa place , et la Passion continuera en elle. Jésus-Christ a été haï , elle sera haïe ; Jésus-Christ a été calomnié, elle sera calomniée; Jésus-Christ a été frappé, battu de verges, couvert de crachats et d'ignominies, l'Eglise le sera aussi. Elle le sera seule, elle le sera toujours. Il y a d'autres sociétés religieuses qui se disent la vraie Eglise , l'Epouse de Jésus-Christ. Aucune d'elles ne sera haie. Se rappelant qu'elles portent, comm« l'Eglise catholique , ce grand nom du Christ dont il a été dit qu'il serait un signe de contradiction i ; lisant dans l'Evangile cette parole solennelle : Si me persecuti sunt et vos persequentur* : a S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi , » elles se prennent à envier la haine qui poursuit l'Eglise; elles sollicitent humblement l'honneur de la persécution. On ne daigne pas la leur accorder. Toute la haine est réservée à la seule Eglise catholique. Et quelle haine? Une haine universelle, implacable, jamais assouvie; une haine qui, dans certaines âmes, se confond avec la haine même de Dieu. Les impies, les

« Luc. ii , 34.

* Joan. xv, 20.

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athées qui méprisent toutes les religions, ne méprisent pas celle-là ; ils la haïssent. Vainement l'Eglise multiplie ses bienfaits : elle détruit l'esclavage, relève la femme, ennoblit le mariage, sacre le pouvoir, crée le peuple. Ses bienfaits n'aboutissent qu'à faire lever autour d'elle des haines plus intenses. On se sert contre elle des forces qu'on lui doit; on la soufflette avec les libertés qu'elle a créées; on l'accuse de faire obstacle à la civilisation, qui vient d'elle; on chasse, comme des ennemis, ses religieux; comme un opprobre, ses vierges consacrées à Dieu; on menace ses évêques et ses prêtres ; on emprisonne son Souverain Pontife; bref, il n'est rien qu'on lui épargne, et elle y succomberait mille fois , si son divin Epoux , qui l'abandonne à tant d'outrages pour la rendre rédemptrice du monde par la douleur, ne lui venait enfin en aide et ne la relevait, juste au moment où elle semble plus abattue.

Avec des variantes, voilà l'histoire de chaque siècle. C'est par là que Dieu a fait de son Eglise l'objet d'une foi toujours éprouvée , toujours humiliée , mais toujours consolée et, en définitive, toujours triomphante. Credo Ecdesiam. Je crois à la sainte Eglise.

Je crois que quels que soient les passions , les médiocrités , les vulgarités , les défauts de ses membres , de ses chefs, elle sera toujours élevée , toujours noble, toujours sainte, toujours digne des respects et de l'amour de l'humanité. Credo Ecclesiam.

Je crois que quels que soient les ruses, les violences, les hypocrisies, les triomphes de ses ennemis, elle sera toujours forte, toujours vivante et vivifiante, le seul salut des âmes et le seul appui des peuples. Credo Ecclesiam.

Je crois que pour éprouver ma foi, pour révéler la gran

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deur et la divinité de l'âme vivante qui anime l'Eglise, Dieu laisse souvent à ses ennemis le pouvoir de l'humilier, de la fouler aux pieds , de la couvrir de mépris, de k chasser dans les catacombes, dans les caves et dans les greniers; et je crois aussi que, pour mieux faire éclater notre foi, Dieu ne se hâte pas de la délivrer. Mille ans sont pour lui comme un jour. Mes pauvres petites années , si courtes, pourront donc être finies avant l'heure du triomphe. Mais qu'importe? Je crois. Credo Ecclesiam.

Gomme les saintes femmes, je m'assiérai sur la pierre du tombeau. Mais je ne me demanderai pas, comme elles, qui soulèvera cette pierre. Celui-là je le connais. Il est habitué à cette besogne, et il s'en est trop bien tiré depuis dix- huit siècles pour que je doute de lui aujourd'hui. II apparaîtra à son heure, cet Esprit tout -puissant de l'Eglise, cet Epoux adoré, qui ne la laisse ainsi humiliée , anéantie, qu'afin qu'elle sache mieux qui il est. Je l'attends et ne suis pas pressé.

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