ENCORE, ET N'AIT PAS ÉTÉ DÉVORÉE PAR SON PRINCIPE
Posons d'abord le problème religieux. L'arianisme a duré quatre cents ans et n'est plus qu'un souvenir. Le mahométisme a duré douze siècles , et , si l'Europe ne gardait son cadavre dans des vues politiques , il s'en irait en poussière. L'étonnement n'est donc pas que le protestantisme ait duré trois cent cinquante ans pour disparaître ensuite. L'étonnement, c'est qu'il subsiste ayant dans les entrailles un tel poison que le libre examen. L'étonnement, c'est que ce principe, destructeur de toute religion, ait si peu engendré ses vraies conséquences. Qui l'en a empêché? Voilà la première partie du problème, et ce qu'il faut étudier d'abord avec toute l'attention possible.
l'église 273
Jusqu'à l'époque du protestantisme, quand on se séparait de l'Eglise catholique, on ne niait pas son autorité, son droit de juger souverainement et infailliblement de la foi. On déclarait seulement qu'on n'avait pas été compris, ou que le Concile n'était pas libre , ou que le Pape avait été mal informé. On en appelait au futur Concile, au Pape mieux éclairé et plus impartial ; mais le principe de l'autorité de l'Eglise restait indiscuté. Luther, le premier, a été d'un bond à cette dernière extrémité. Il a nié l'Eglise. J'ai tort de dire qu'il y est arrivé d'un bond ; car, au contraire , il semble n'y être venu que peu à peu , en tâtonnant , forcé par la logique ; mais enfin il y est arrivé , et le premier il a inscrit, au frontispice de son œuvre, ce mot périlleux et charmant qui en a fait l'originalité et le succès, mais qui en sera la ruine : liberté d'examen.
Le pape Léon X avait convié toute la catholicité à s'associer à lui pour la construction d'un temple magnifique qui, s'élevant sur le tombeau de saint Pierre, serait le symbole du triomphe de l'Eglise, enfin victorieuse après quinze siècles de luttes. C'était une grande pensée, digne des applaudissements de l'Europe chrétienne. Et comme ce qu'il demandait était une aumône , une œuvre de foi et de charité , le Pape y avait attaché des indulgences ; c'est-à-dire que celui qui, repentant de ses péchés, les détestant dd tout son cœur, contribuerait à cette religieuse entreprise , recevrait la rémission totale ou partielle des peines qu'il
274 l'église
avait méritées pour ses fautes passées. S'il n'y avait rien de plus juste que le projet, il n'y avait rien de plus légitime que le moyen , et on n'eût pas soupçonné que ce qui devait être le couronnement de la paix et de l'unité catholiques allait en être le déchirement.
Il se peut que les dominicains , chargés seuls de publier la bulle, ce qui est peut-être la seule faute commise, — car pourquoi tous les ordres religieux , tous les prêtres séculiers n'auraient-ils pas été investis de ce ministère? — il se peut, dis-je , que les dominicains n'aient pas toujours gardé la mesure, et qu'ils aient attribué quelquefois l'indulgence à la seule œuvre matérielle, sans préoccupation suffisante des dispositions du cœur ; il se peut aussi que les augustins, jaloux d'une mission qu'ils avaient sollicitée, aient incriminé plus qu'il ne fallait la parole des dominicains. Quoi qu'il en soit, une dispute s'éleva. Des écrits se croisèrent, vifs, ardents, passionnés, impérieux, qui mirent l'Allemagne en feu. Léon X, très occupé des chefs-d'œuvre de l'antiquité, des merveilles dont Raphaël et Michel-Ange ornaient son palais, ne donna d'abord à cette querelle lointaine qu'une attention insuffisante. « Querelles de moines , » disait-il en souriant. Mais bientôt il fallut lever la tête. Dans la foule des moines qui dissertaient sur les indulgences , il s'en trouvait un d'un esprit hardi , d'une volonté indomptable , d'une éloquence triviale et sublime , faite pour passionner les masses et pour les soulever.
De la question des indulgences, Luther avait été amené à pénétrer peu à peu dans les insondables profondeurs de la grâce et du libre arbitre. Il s'y était égaré; et l'éclat qu'il donnait à ses erreurs, la passion avec laquelle il les soutenait, l'enthousiasme de ses disciples, obligèrent Léon X, bien malgré lui , car il aurait voulu que ce feu s'éteignît
l'église 275
sur place, à prononcer contre ce moine trop hardi une cou* damnation solennelle.
Jamais l'Eglise n'a imputé l'erreur à crime. Elle ne flétrit que l'opiniâtreté. Luther s'était trompé en croyant voir dans l'Ecriture et dans la tradition ce qui n'y était pas. Jusque-là il était encore innocent, et un humble aveu pouvait devenir un piédestal où il eût apparu plus grand aux yeux de l'Eglise et de l'humanité. Mais l'orgueil l'emporta. Il convoqua ses amis , ses disciples , des foules de curieux, et , descendant sur la place publique , il y fit allumer un bûcher, et, avec des paroles méprisantes, il jeta dans le foyer ardent la bulle du Pape. C'était un coup périlleux où il jouait sa tête , car derrière le Pape il y avait l'Empereur qui tenait l'épée pour faire respecter les décrets de l'Eglise ; mais il y jouait bien davantage encore la paix et la sécurité de l'Europe. Et en effet, l'incendie, n'ayant pas été étouffé , ne s'est plus éteint. Il est en train de consumer tous les trônes.
Ayant creusé entre Rome et lui un tel abîme , qu'allait faire l'ardent réformateur ? C'est ici qu'éclata la grandeur de son génie. 11 aurait pu agir comme tous les hérétiques des âges passés , comme Àrius , comme Eutychès , comme Jean Hus ; épiloguer sur tel ou tel texte de l'Ecriture ; incidenter sur la forme du jugement ; nier que le Pape fût suffisamment instruit de sa doctrine et en appeler au Concile, à l'Eglise universelle. Mais, s'il eût fait cela, il n'eût été qu'un révolté vulgaire. 11 aurait péri comme Jean Hus ; il aurait été oublié comme Jérôme de Prague ; et , après un instant d'oscillation, le monde aurait repris sat marche.
Son regard fut plus profond. Il avisa que tout le Christianisme reposait sur la parole de Dieu, renfermée dans la
276 l'église
Bible; que le Pape, les évêques, les prêtres, n'étaient pas avant elle, mais après elle ; qu'ils venaient d'elle; et que par conséquent, la Bible en mains, on pouvait se passer d'eux. Il se tourna vers le Pape et les évêques et il leur dit : « Qui êtes -vous? qui vous a faits ce que vous prétendez être? n'est-ce pas la parole de Dieu? Eh bien! cette parole de Dieu , elle est à moi comme à vous ; elle est à tous ; je m'en empare ; je ne veux écouter qu'elle ! Êtes -vous plus un, plus saint, plus antique, plus universel, plus infaillible que la parole de Dieu? Qui a la Bible a tout, et n'a besoin de personne. »
Et alors il se tourne vers l'Europe et il la rassure ; vers les princes et il les désarme. Il n'innove rien ; il n'invente rien ; il n'attaque pas le christianisme ; loin de là , il veut le ramener à sa pureté primitive. Point d'autres dogmes que ceux qui sont contenus dans la Bible ! Point d'autre morale que celle de l'Evangile ! Point d'autre sacerdoce que le sacerdoce pur, pauvre, austère des premiers temps 1 Arrière le Pape, les évêques, les prêtres, les mitres dorées, les biens immenses, nés de l'exploitation des âmes 1 La Bible, la Bible seule, dans sa clarté lumineuse, dans sa simplicité divine, interprétée par la liberté d'examen.
Un tel cri , si audacieux , devait nécessairement trouver des échos dans une foule d'âmes, dans l'orgueil des uns, dans la concupiscence des autres, dans l'ambition et la convoitise des princes et des grands. D autre part, comment les désordres trop certains d'une partie du clergé, une réforme toujours demandée, toujours attendue, jamais faite, ne lui auraient-ils apporté une sorte de toutepuissance , passagère mais terrible ?
Je n'écris pas l'histoire des origines de la réforme. Elle a été faite plusieurs fois» et de main de maître. J'en in-
l'église 277
clique seulement le trait principal ; et ceux qui ont lu les écrits de Luther savent que je n'exagère pas ici sa parole. Avec quelle violence il secoua l'édifice antique de l'Eglise ! Quelles railleries amères ou burlesques contre le Pape, les évoques , les prêtres 1 Gomme il livra les églises et les monastères à toutes les avidités et à toutes les passions ! Et quel enivrement d'orgueil le jour où, à la base de son œuvre nouvelle, de son christianisme régénéré, poussant du pied l'antique fondement, il posa la Bible, la Bible seule, interprétée par la raison individuelle.
Et cependant, ce jour- là, au milieu d'une des plus grandes commotions religieuses qu'un homme ait excitées, on pouvait prédire à Luther l'insuccès certain de sa tentative. On pouvait lui dire : « Non , tu ne parviendras pas à établir une religion sur le seul fondement de la parole de Dieu. Tu n'auras pas d'unité, car tu nies l'autorité qui en est la base; et, en lui substituant le libre examen , tu fondes le règne de l'anarchie. Tu n'auras pas de dogmes, car l'idée de dogme implique la soumission de notre intelligence à une autorité supérieure, infaillible; et ici chacun sera son docteur, son tribunal et son juge. Tu n'auras pas de loi morale, car, au lieu d'en appeler à la vertu pour l'interpréter, tu en appelles aux passions, les pires ennemies de la loi morale. Tu n'auras pas de sacerdoce, car en renversant l'antique hiérarchie et en supprimant les vœux, tu arraches la double auréole du prêtre : son pouvoir divin et sa chasteté séculaire. Tu descendras un à un tous les sommets de la sainteté , et ce que tu pourras espérer de meilleur ce sera de te reposer dans le terre-à- terre de l'honnêteté ; en attendant que tu sombres dans l'abîme du rationalisme et de l'indifférence absolue des religions. »
278 l'église
Luther le sentit avant de mourir. Il vit ses amis, ses disciples se lever contre lui. Il les entendit lui contester son titre de docteur, de chef de la religion nouvelle , comme il l'avait lui-même contesté au Pape. Il assista à la multiplication indéfinie des symboles, des professions de foi, à l'émiettement de son œuvre, et les amertumes de sa vieillesse permettent de croire qu'il descendit dans la tombe désillusionné et trop certain , hélas ! de l'inanité religieuse du principe qu'il avait posé.
Examinons, en effet, ce principe fondamental du protestantisme : la Bible interprétée par la raison individuelle. Combien il flatte l'orgueil ; mais combien il prépare de déceptions 1 Dans quelles difficultés inextricables il jette l'homme de bonne foi qui , ayant la Bible en mains, rien que la Bible, veut y trouver les vérités qu'il doit croire 1 Difficultés historiques. Ce livre est-il véritablement celui qui a été écrit par les prophètes et les apôtres, sous l'inspiration du Saint-Esprit? Difficultés critiques. N'a-t-il pas été altéré, falsifié en route? est-il intègre en tout et dans chaque partie? Difficultés linguistiques. Il a été écrit en hébreu, en syro-chaldéen, en grec. Pouvezvous le lire, dans l'original? Si non, êtes -vous sûr de la traduction dont vous vous servez ? Une traduction est toujours si inexacte! Difficultés grammaticales. Quel est le vrai sens de tel ou tel texte , son vrai sens grammatical , son vrai sens théologique ? Difficultés logiques. Un texte n'est
pas isolé. Il concorde avec des milliers d'autres. Un texte de saint Paul s'explique par un texte de saint Jean ; ou , au contraire, il a l'air de contredire un texte de Moïse,
d'Isaïe, etc. C'est un travail immense. Etes -vous en état de le faire? Et si vous le pouvez, est-ce que la femme, l'ouvrier, l'enfant le pourront? Quoi ! Jésus-Christ aurait jeté au milieu des hommes, pour le livrer à leur interprétation passionnée ou capricieuse , un livre qui , depuis le commencement, excite parmi les érudits une discussion interminable! Dieu aurait jeté aux petits, aux pauvres, aux hommes d'atelier, de labeur, une page dont l'intelligence exige indispensablement l'étude du latin , du grec , de l'hébreu , des sciences les plus ardues ! « Pauvres âmes innocentes, disait Lessing, que je vous plains, vous qui parlez une langue dans laquelle la Bible n'a pas encore été traduite ! Et vous aussi qui ne savez pas lire 1 Vous pensiez être chrétiens , ayant été baptisés ; malheureux ! apprenez que savoir lire est aussi nécessaire au salut que d'être baptisé f !
Vainement ,- dans ses doutes , le protestant cherche un appui. A qui s'adressera-t-il ? À son ministre? « Mais, dit Strauss, autant ce recours est naturel chez un catholique, autant il est illogique chez un protestant , illogique et illusoire. » Que voulez -vous que réponde le ministre? Peutêtre est -il occupé, lui aussi, à se faire sa religion. Il cherche, dans les immensités de la Bible, ce qu'il faut .croire, ce qu'on peut négliger. A supposer qu'il ait fini son travail, rédigé son symbole, quelle autorité a-t-il pour vous l'imposer ? C'est l'opinion d'un homme : base insuffisante pour la foi.
1 Lessing, Œuvres complètes, t. V, p. 96.
280 l'église
Que faire donc? S'adressera- 1- il à son Eglise? Mais l'Eglise protestante ne peut que le renvoyer à la Bible. Elle n'en sait pas plus que lui le sens. Elle peut se tromper. De fait , jusqu'à Luther, tous les Pères , tous les Conciles, l'Eglise universelle enfin a erré, disent les protestants , sur les points les plus graves * . Dès lors comment en appeler à une fraction de l'Eglise, quand on ne peut pas même s'appuyer sur l'Eglise universelle?
Rien ne prouve mieux l'embarras dans lequel ces questions jetaient les réformateurs, que le système extravagant qu'ils imaginèrent pour y répondre. « Non, disaient- ils, ce n'est ni par l'Eglise, ni par la parole du ministre, du docteur, du savant , que le chrétien connaîtra le vrai sens de l'Écriture ; c'est par l'inspiration intérieure de l'Esprit- Saint. Dieu ayant créé la Bible pour la direction et l'alimentation des âmes, se doit de leur donner la lumière intime dont elles ont besoin pour la lire. Avec cette lumière on distingue surnaturellement , par sentiment, par goût divin, les vérités nécessaires, comme on distingue naturellement le doux et l'amer, le froid -et le chaud. » Mais, outre le ridicule de cette espèce de religion sensitive, « on vit bientôt, dit encore Strauss, que cette position n'était pas tenable. On glissait au fanatisme ; car du moment que c'est par une révélation intérieure que l'Ecriture est reconnue divine , ce n'est plus l'Ecriture , mais la lumière intime du Saint-Esprit qui décide en dernier ressort. Dès lors, voilà le subjectivisme le plus absolu élevé à l'état de premier principe. » Encore n'est-ce là que la première étape ? Du fanatisme le plus sauvage , continue
1 « Tous les Pères, dit Luther, ont erré dans la foi. » (Luther, Œuvres , XI , serm.)
l'église 281
Strauss, on dévie au rationalisme le plus désespérant. Si c'est, en effet, le témoignage, intérieurement perçu de l'Esprit , qui me rend certain de la divinité de l'Ecriture , il ne faut qu'une très légère réflexion pour faire surgir une question nouvelle : Qui me répond que ce sentiment , cette perception est produite en moi par le Saint-Esprit? Qui est-ce qui témoignera de la divinité de ce témoignage? Qui prouvera que ce n'est pas son propre esprit que le lecteur de la Bible prend pour l'Esprit-Saint? Là est le talon d'Achille du système protestant. »
Et encore : « Dire que l'Écriture est claire et s'interprète d'elle-même, ou dire que dans ses passages obscurs le Saint-Esprit l'interprète dans l'âme, ce n'est là qu'une manière de parler impropre. Le principe actif en cette affaire n'est autre que l'esprit humain l. » Le protestant ne croit pas à la Bible; il croit en lui-même. Sa foi n'est pas proprement une foi ; c'est une manière de voir, une opinion humaine, essentiellement vacillante et changeante; une opinion personnelle qui ne peut servir aux autres et qui, même pour soi, ne saurait être la base d'une religion quelconque. Croire en soi , c'est ne pas croire du tout. Pour les natures molles, c'est l'indifférence; et, si on prend cœur aux problèmes éternels , c'est le doute et quelquefois le désespoir.
1 Strauss, Œuvres, t. 11, p, 317.
282 l'église
Cette inanité dogmatique du protestantisme apparut surtout , avec un éclat terrible , dans la discussion relative à l'Eglise et à ses caractères essentiels. Il n'y avait rien à répliquer aux docteurs catholiques quand ils disaient aux disciples de Luther : « La véritable Eglise est essentiellement une comme la vérité. Or vous n'avez jamais pu vous accorder sur la foi, en convenant d'un symbole commun, ni vous contenter d'aucun des symboles particuliers que chacun de vous a successivement inventés. Vous êtes divisés en mille sectes. Vous n'avez su qu'errer sans fin de dogme en dogme, d'opinion en opinion, à jamais incapables de fixer nulle part l'inconstance de votre esprit et l'instabilité de votre foi. Donc vous n'êtes pas cette Eglise dont Jésus- Christ a dit : Mon Père, qu'ils soient un comme nous sommes un!
« La véritable Eglise est universelle, établie pour tous ies hommes, pour tous les temps et pour tous les lieux. Or vous n'êtes que d'hier, et chacune de vos sectes , prise à part, est à peine connue dans un coin du globe : car comptez , s'il se peut , en France , en Angleterre , en Allemagne, la multitude des doctrines diverses comprises sous le nom général de luthéranisme, de calvinisme, d'anglicanisme; chaque famille presque vous offrira une religion différente. Vous aspirez si peu à l'universalité que vous avez même abandonné à l'ancienne Église ce glorieux titre
l'église 283
de catholique ou d'universelle qui la distingue exclusivement et la fait reconnaître par toute la terre. Ce qui vous appartient en propre, c'est l'esprit particulier, c'est l'esprit qui sépare et divise à l'infini; voilà votre ineffaçable caractère. Donc vous n'êtes pas la véritable Église.
« La véritable Eglise est apostolique. Gomme elle ne peut jamais s'éteindre, les pasteurs doivent s'y succéder sans interruption, en sorte qu'à toutes les époques de sa durée on puisse remonter, par une succession non interrompue , des pasteurs actuels jusqu'aux Apôtres. Or, vous, vous ne succédez à personne. Vous avez rompu avec le passé , vous ne pouvez pas donner la série de vos ascendants jusqu'à Jésus -Christ. Que dis -je, la série? Vous ne pouvez pas en nommer un , un seul , en quinze siècles , qui ait enseigné la même doctrine que vous. Donc vous n'êtes pas la véritable Église.
« Enfin cette Église, une, perpétuelle, universelle, apostolique, est essentiellement visible. Elle l'a toujours été. Dites-nous donc ou était votre Église avant Luther? Montrez-nous, avant ce moine apostat, une société où l'on professât votre doctrine, a Alors , dit l'auteur de l'Essai sur l'indifférence , les voilà qui fouillent avec une inquiète ardeur les annales de l'hérésie, qui ramassent dans cette fange des lambeaux épars d'erreurs, et se hâtent sur les traces du temps pour recueillir, à de longues distances, les impures dépouilles de quelques sectaires oubliés , afin de s'en former un vêtement de gloire, sans néanmoins parvenir à voiler leur nudité. S'ils rencontrent, au Ve siècle, un Vigilance, ennemi des saintes reliques; au x9 siècle, un Bérenger, qui niait la présence réelle, il se trouve que ces hérésiarques, condamnés par
284 l'église
l'Eglise entière, n'eurent presque aucun disciple, et que l'un d'eux abjura publiquement son impiété. N'ayant d'ailleurs aucune erreur commune, ils différaient encore de sentiment sur des points de la plus haute importance avec les réformés. C'est donc en vain que ceux-ci s'efforcent de les réveiller dans leurs tombeaux pour se faire adopter par leurs ombres proscrites. Les dix premiers siècles leur échappent, et leur unique ressource est de se chercher des ancêtres parmi les Albigeois, infâme colonie le Manichéens, qui passèrent d'Orient en Italie, et d'Italie dans les Gaules , dont ils épouvantèrent les habitants par les crimes inconnus; parmi les Vaudois, une poignée d'obscurs fanatiques, imbus de plusieurs opinions rejetées par la réforme, et qui rejetaient à leur tour la plus grande partie de sa doctrine. Rougissant enfin des aïeux qu'ils s'étaient donnés, les novateurs renoncent à une filiation également honteuse et mensongère , et se réduisent à soutenir qu'il y eut toujours, au sein de l'Église catholique, un certain nombre de justes cachés qui professaient en secret les principes de la réforme. — Mais , reprenaient les catholiques, si ces prétendus justes étaient tellement cachés qu'il n'en soit pas demeuré de vestiges, comment avez -vous découvert leur existence? Comment connaissez -vous si exactement les opinions secrètes d'hommes qui n'ont jamais été connus de personne? La belle invention que ces justes ignorés du monde entier, et que l'on crée d'un trait de plume pour éluder un argument fâcheux 1 Mais quand on admettrait votre absurde supposition, vous ne répondez à rien ; vous ne remédiez à rien ; car des justes cachés ne forment pas une Eglise visible; et c'est une Eglise visible, une Église composée do fidèles et de pasteurs enseignants que nous vous sommons de nous montrer. Vous ne l'avez
l'église 285
pas fait; vous ne le ferez jamais; donc, encore une fois, vous n'êtes pas la véritable Église ». »
Aussi étaient tombés les uns après les autres , du vivan* même de Luther, les remparts de la cité de Dieu. Ains> avaient disparu ces caractères éclatants que Dieu a posés sur le front de son Église pour aider à la reconnaître. Il n'y avait plus même d'Église. Elle s'était évanouie. Il n'y avait plus que des individus feuilletant dans l'ombre un livre obscur et s'y taillant une religion au gré de leurs imaginations ou de leurs vices. Et ce n'étaient pas seule ment les tours et les murs visibles de la sainte cité qui s'écroulaient ; au dedans le libre examen rongeait tous les dogmes , mutilait les livres saints , en arrachait des pages entières, réduisait les sept sacrements, tantôt à deux, tantôt à trois, et achevait la ruine en brisant la hiérarchie. Henri VIII disait : « Point de Pape, seulement des évêques. » Luther disait : « Point d'évêques, seulement des prêtres. » Calvin disait: « Point de prêtres, seulement des ministres, des prédicateurs. » Et une foule de sectes disaient : « Point de ministres , de prédicateurs ; chacun est à soi-même son prophète, son docteur et son prêtre. »
Voilà où l'on en était dès les premiers jours. On pouvait croire que le protestantisme ne résisterait pas à de tels coups , et qu'il ne tarderait pas à périr , empoisonné par
1 Lamennais, Essai sur ï indifférence , t. I, chap. vi.
son propre principe. Bossuet n'en doutait pas. Tenant sous son scalpel redoutable cette plaie de la réforme, il s'arrête à chaque instant pour en prédire la fin prochaine, « La source de tout le mal, écrit-il, est que ceux qui n'ont pas craint de tenter au siècle passé la réformation par le schisme, ne trouvant point de plus fort rempart contre toutes leurs nouveautés que la sainte autorité de l'Église, ils ont été obligés de la renverser. Ainsi les décrets des Conciles, la doctrine des Pères et leur sainte unanimité, l'ancienne tradition du Saint-Siège et de l'Eglise catholique, n'ont plus été comme autrefois des lois sacrées et inviolables. Chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance ; et encore qu'il semble que les novateurs aient voulu retenir les esprits en les renfermant dans les limites de l'Ecriture sainte, comme ce n'a été qu'à la condition que chaque fidèle en deviendroit l'interprète, et croiroit que le Saint-Esprit lui en dicte l'explication , il n'y a point de particulier qui ne se voie autorisé par cette doctrine à adorer ses inventions, à consacrer ses erreurs, à appeler Dieu tout ce qu'il pense. Dès lors on a bien prévu que, la licence n'ayant plus de frein, les sectes se multiplieroient jusqu'à l'infini; que l'opiniâtreté seroit invincible; et que tandis que les uns ne cesseroient de disputer ou donneroient leurs rêveries pour inspirations, les autres, fatigués de tant de folles visions, et ne pouvant plus reconnaître la majesté de la religion déchirée par tant de sectes, iroient enfin chercher un repos funeste et une entière indépendance dans l'indifférence des religions et dans l'athéisme1. » Et ailleurs : o Par ce principe du libre examen , il étoit visible
1 Bossuet, Oraison funèbre de la reine d'Angleterre.
l'église 287
que les articles de foi s'en iroient les uns après les autres ; que les esprits une fois émus et abandonnés à eux-mêmes ne pourroient plus se donner de bornes; et qu'ainsi l'indifférence des religions seroit le malheureux fruit des disputes qu'on excitoit dans toute la chrétienté, et enfin le terme fatal où aboutiroit la réforme l. »
Et après avoir indiqué cette fin du protestantisme « dans l'indifférence des religions », Bossuet en prophétisait une autre plus prochaine, dans le retour à l'Eglise catholique des âmes désillusionnées et éclairées par les funestes conséquences du libre examen : « Je n'entreprends pas , chrétiens , de vous dire la destinée des hérésies de ces derniers siècles, ni de marquer le terme fatal dans lequel Dieu a résolu de borner leur cours. Mais si mon jugement ne me trompe pas; si, rappelant la mémoire des siècles passés, j'en fais un juste rapport à l'état présent, j'ose croire, et je vois les sages concourir à ce sentiment, que les jours d'aveuglement sont écoulés, et qu'il est temps désormais que la lumière revienne *. » •
Et cependant, je le répète, la prophétie ne s'est pas réalisée. Le principe du libre examen , ce poison fatal , n'a pas tué la religion protestante. Elle vit, après trois siècles, aussi solide en apparence qu'au premier jour. Plus solide
1 Bossuet, VIe Avertissement aux protestants , IIIe partie, § 3.
2 Bossuet, Oraison funèbre de la reine d'Angleterre.
288 l'église
même; car ses convulsions primitives sont passées, et on ne prévoit plus sa fin. A quoi cela tient- il? Comment a-t-on pu conjurer les conséquences d'un si détestable principe?
Cela tient à un fait extraordinaire, dont l'analogue ne se retrouve pas dans l'histoire. Avertie par ces signes de mort, se sentant défaillir, la réforme a abjuré son principe. Elle s'est catholicisée. Elle n'a gardé le principe du libre examen que comme une arme contre l'Eglise. Pour vivre, elle a repris le principe catholique, c'est-à-dire le principe d'autorité.
Voilà qui ne s'était jamais vu : une religion périssant par son propre principe , et adoptant un principe étranger pour pouvoir vivre. Que dis -je? adoptant, pour ne pis mourir , le principe même qu'elle avait renié pour naître !
Oui, à peine les premiers réformateurs eurent été conduits, sans prévision, sans plan, non parleur génie, mais par l'impitoyable logique , à ce principe du libre examen , qu'ils sentirent, qu'on me permette l'expression, qu'ils avaient fait une sottise. On ne vit pas dans une telle atmosphère ; on ne peut rien fonder sur un sol si mouvant. Chaque jour c'était un nouveau dogme, une séparation nouvelle , et toujours au nom du même principe. Et nulle réfutation possible. Nul moyen d'imposer silence, d'obtenir un peu de discipline, un semblant d'unité. Ni le génie emporté de Luther , ni l'autorité froide et cruelle de Calvin , ni la douceur de Théodore de Bèze, ni les tristesses de Mélanchthon n'y pouvaient rien. La réforme s'en allait. C'était un émiettement. Que faire donc? Revenir au seul principe qui peut mettre l'unité dans les âmes, le principe d'autorité. La chose était difficile. On avait tant conspué ce principe! On entendait déjà les railleries, les colères de
ceux à qui on avait promis de briser tous les jougs < Mais il fallait vivre, et on se sentait dévoré et emporté aux abîmes par une anarchie qui croissait tous les jours.
a Si le monde dure encore longtemps , écrivait Luther à Zwingle, il faudra de nouveau, à cause des interprétations diverses que l'on fait mainteuant de Y Écriture, recevoir, POUR CONSERVER L' UNITÉ DE LA FOI, les décrets des Conciles et nous y réfugier*. » Pendant que Luther redemandait l'autorité des Conciles, Mélanchthon réclamait celle des évêques : « On a besoin dans l'Eglise, disait- il, d'inspecteurs pour maintenir l'ordre , pour observer attentivement ceux qui sont appelés au ministère sacerdotal , pour veiller sur la doctrine des prêtres et prononcer les jugements ecclésiastiques; en sorte que, si les évêques n'existaient pas, il faudrait les créer. » On allait même jusqu'à regretter l'autorité du Pape : « La monarchie du Pape, continue Mélanchthon, serait aussi d'une grande utilité pour conserver , entre des nations si diverses , Vunh formité de la doctrine ». » Et Grotius : « Sans la suprématie du Pape, il est impossible de mettre fin aux disputes ». » Et Calvin : a Dieu a placé le siège de son culte au centre de la terre, et y a mis un Pontife unique que tous puissent regarder, afin de mieux se conserver dans l'unité4. » Et Mélanchthon ajoutait : a Voilà ce dont tous nos gens conviennent. » Mais il n'était plus temps. On ne pouvait plus
1 « Si diutiu3 steterit mundus, iterum erit aecessarium, pro~ pter diversas Scripturm interpretationes qux nunc sunt, ad conservandam fidei unitatem, ut coQciliorum décréta recipîamus, atque ad ea confugiamus. » (Luth, ad Z-wingiium.)
2 Melancht. Resp. ad Bell.
3 Grot. Votum pro pace Ecclesise.
* Calv. Inétit. vi- § S.
290 l'église
revenir au Pape de Rome, tant méprisé, tant bafoué. Il fallait en créer un.
On essaya d'abord d'un Pape de papier, selon l'expression ironique de Bucer. Luther publia un catéchisme obligatoire, envoyant à tous les diables et excommuniant ceux qui s'en écarteraient d'une ligne. Calvin rédigea le corps de sa doctrine, et édicta les peines les plus sévères, même temporelles, contre ceux qui y contrediraient. On se réunit à Àugsbourg, on y rédigea une confession de foi ; et il fut décile que tous s'engageraient solennellement , et par serment, à l'adopter et à ne jamais la combattre. Il faut lire dans Bossuet l'histoire tragique, éloquente , de cette première confession de foi ; et comment le grand évêque montre à Jurieu, à Claude, qu'en jurant solennellement de se soumettre à tout ce qui sera conclu duns tette assemblée , persuadés que Dieu y présidera par son Esprit, ils abandonnent le principe protestant et reviennent au principe catholique 1 . On ne le savait que trop, mais la nécessité de vivre l'emportait. Bientôt on rétablit les Conciles sous le nom de Synodes provinciaux , nationaux , avec peine d'excommunication contre ceux qui refuseraient de se soumettre à leurs décisions1. Il est vrai qu'on ne put obtenir d'abord tant d'obéissance de la part d'esprits si
1 Bossuet, Histoire des variatioyis, liv. III. Conférence avec M. Claude sur la matière de l'Eglise.
2 « Nous promettons devant Dieu de nous soumettre à tout •ce qui sera conclu et résolu en votre sainte assemblée, y obéir, et l'exécuter de tout notre pouvoir, persuadés que nous sommes | que Dieu y présidera et vous conduira par son Saint- Esprit ai toute vérité et équité, par la règle de sa parole. ■> (Synode ^ro •estant de Vitré en 1617.) Les catholiques n'en disent pas pku du concile du Vatican. Voir aussi le synode national de S.unte- Foi de 1578. (Bossuet, Exposition de la doctrine catholique t XX.)
l'église 291
révoltés. Peu à peu cependant la logique parla plus haut que l'orgueil. Ceux que ne satisfaisait pas la confession de foi d'Augsbourg en firent d'autres. Elles se multiplièrent. Chacune d'elles eut ses adhérents qui l'acceptèrent, l'enseignèrent à leurs enfants, lesquels y adhérèrent, comme les catholiques adhèrent au Symbole, par voie d'enseignement et d'autorité , et il en résulta , sous l'étiquette protestante, une foule de petites Eglises qui vivaient et qui vivent encore catholiquement.
Considérez une paroisse protestante , et comparez-la à une paroisse catholique. Au point de vue du principe eî de la règle de foi , où est la différence ? Le protestant va au prêche comme le catholique va à la messe. 11 écoute le ministre comme le catholique écoute son curé. Fait-il de grandes recherches pour connaître personnellement, eî d'après la Bible, ce qu'il faut croire de Dieu, de Notre- Seigneur Jésus-Christ? Non, il a foi à son pasteur. Cette recherche personnelle, elle peut être dans les ministres, elle n'est pas dans les fidèles. La grande masse n'étudie rien , ne cherche rien , ne peut rien étudier , rien chercher. Elle croit. Au loin, bien au-dessus de sa tête, dans le monde des ministres, se trouve la région des discussions engendrées parle principe du libre examen. Mais encore, combien rares I Que de pasteurs qui n'étudient rien, ne recherchent rien , acceptent la doctrine toute faite du consistoire , et vivent eux aussi , sous ce rapport , catholiquement! Voilà où l'on en est. Ce n'était pas la peine d'abjurer en théorie le principe d'autorité, pour y revenir dans lapratique.
Ce point de vue si curieux n'a pas échappé à tous les protestants. « Quoi qu'en disent nos théologiens, écrit Perthes , le principe des deux Eglises est pratiquement le
292 l'église
même; et l'Église réformée n'aurait pu vivre, si au lieu de traiter la foi comme un acte d'obéissance et de soumission à une Eglise visible, ainsi que Ton fait dans l'Église catholique , on eût voulu réellement l'asseoir sur l'examen propre et sur l'opinion libre de chacun. D'une part donc, en fait, l'Eglise protestante, tout aussi bien que l'Eglise catholique, conçoit chacun de ses enfants dans son sein, puis elle l'instruit et le forme; elle embrasse et dirige toute la vie du peuple par ses usages; elle communique son propre esprit à tous. Et d'autre part, elle continue d'affirmer et d'enseigner spéculativement que la condition du pur christianisme c'est l'examen libre de chacun ! . »
Il est même arrivé , par suite de cette fausse position , et pour soutenir une unité qui menace toujours de se rompre, que l'on a exagéré l'autorité du pasteur et pour les fidèles l'obligation de s'y soumettre; si bien qu'à chaque instant on entend sortir , des rangs du protestantisme, des cris de révolte et d'indignation, en voyant les fils du libre examen plus asservis dans leurs croyances que ne le sont les catholiques eux-mêmes, « On ne saurait imaginer, dit Harless, un esclavage plus honteux pour les Eglises que celui qui oblige les fidèles à courber le cou sous un joug que les théologiens leur fabriquent aujourd'hui d'une manière, demain d'une autre'. »
Encore ce joug doctrinal , si antipathique à l'essence de .a réforme, n'a pas suffi. Partout on a appelé le sceptre et le glaive à son secours. Cette religion qui posait fièrement à sa base la liberté d'examen a partout proclamé
1 Perthes, Œuvres complètes, t. 111, p. 213. 1 Harless, Feuille périodique» t, 1, p. 33. — Burke fait la bae observation, t. IV, n« 37.
l'église 293
que le prince était le chef-né de la religion *. Après l'avoir fait timidement d'abord , en rougissant , elle a fini par s'en glorifier. « 11 est certain , écrit Jurieu , que les princes sont chefs-nés de l'Eglise chrétienne, également maîtres de la religion comme de l'État. » Ainsi on rétrogradait de quinze siècles; on brisait cette singularité sublime de l'Eglise catholique d'être la première et la seule qui , honorant plus qu'on ne l'a jamais fait l'autorité politique et civile, est restée toujours debout et libre en face d'elle , prête à verser son sang, comme il est arrivé mille fois, plutôt que d'abjurer la liberté qu'elle a reçue de son divin Maître. On aurait dû attendre autant et même mieux du protestante, à ne considérer que son principe. Mais dans les positions fausses on ne fait pas ce qu'on veut. 11 fallait d'abord vivre, et on ne le pouvait qu'en soutenant un ~oug doctrinal illogique par un joug matériel plus illogique encore.
L'Europe a donc vu, avec un étonnement profond, le protestantisme tendre les mains aux chaînes du pouvoir civil, l'appeler à son aide, et, en échange de la liberté jtîigieuse, obtenir la possibilité de vivre. Il a cessé d'être e religion libre ne relevant que de Dieu, pour devenir une branche de l'administration civile , comme les eaux et
- Luther en avait pris hardiment l'initiative (Œuvres, XIV, 520; XIX, 287). Zwingle suivit son exemple à Zurich (Dœllinger, l'Église et les églises, p. 302). Melanchthon, à Naumbourg, apporta des textes de l'Écriture pour prouver qu'il fallait soumettre l'Église aux pouvoirs de la terre. Grotius composa un grand ouvrage pour établir que les princes sont juges souverains des questions de foi et maîtres absolus de la religion : De dmperic summarum polestatum circa sacra. «Œuvre, dit Bossuet, d'une prodigieuse et vaine érudition. » Ce fut l'arsenal où puiserert Claude, Jurieu, et les autres.
forêts , les ponts et chaussées. C'est une chose que l'Etat administre, et qui dès lors participe à l'immortalité de l'État.
C'est ainsi que le protestantisme a traversé les siècles , et qu'il a sinon évité, du moins ajourné cette décomposition doctrinale qui est la conséquence nécessaire du libre examen. « Cette grande tentative d'affranchissement de la pensée humaine, » ainsi que l'appelle M. Guizot, n'a abouti , au lieu de la soumission à une autorité spirituelle et divine, qu'à son asservissement à un joug temporel. A la place du Pape, successeur de saint Pierre, un Pape laïque. Mais on ne pouvait vivre qu'à ce prix.
Comme un édifice mal conçu et déjà lézardé avant d'être fini dure cependant des années, grâce aux ligatures de fer et aux contreforts ajoutés après coup , ainsi le protestantisme a dû la prolongation inattendue de son existence au principe catholique qu'il a ressuscité pour ne pas mourir, et au pouvoir temporel qui depuis deux siècles lui sert d'appui et de ciment