ENCORE, ET N'AIT PAS ÉTÉ DÉVORÉE PAR SON PRINCIPE
{Suite.)
Si, par les mesures que nous venons d'indiquer, le protestantisme est venu à bout d'enrayer un peu le mouvement de dissolution qui naît inévitablement de son principe du libre examen , il y a une chose qu'il n'a pu ni supprimer ni atténuer. Aux âmes tendres , aux âmes profondes , aux âmes qui ont besoin de l'infini , le protestantisme n'a jamais offert qu'une nourriture insuffisante. J'ose dire qu'en naissant le protestantisme n'a pas eu de bonheur. Cette logique des événements, qui quelquefois est barbare , a amené les chefs de la réforme , sans qu'ils le voulussent, à supprimer, à fouler aux pieds les fleurs les plus charmantes, les plus consolantes du catholicisme , à ne laisser debout que les plantes amères ; supportables quand elles sont entourées, adoucies; intolérables quand elles sont seules.
'296 l'église
La négation a commencé par le dogme des indulgences, Qu'y a-t-il de plus aimable , de plus doux à l'âme que l'indulgence? Comment se révolter contre l'indulgence? Elle est, dans la v4e, l'huile, l'onction qui adoucit le jeu des ressorts. Supprimez l'indulgence , la vie même de l'amour est impossible. Dieu a donc voulu qu'il y eût de l'indulgence dans nos rapports avec lui ; que tout n'y fût pas réglé par la stricte justice. Pour les pauvres pécheurs qui ne payent pas assez , il a déclaré qu'il se contenterait des expiations des justes, qui payent plus qu'ils ne doivent. Pour ce père qui ne prie pas , qui n'adore pas , qui offense Dieu, il accepte, compensation divine 1 les larmes de sa sainte compagne , les prières de ses petits enfants. Leur pureté couvre ses fautes; et comme les solidarités humaines seraient quelquefois impuissantes, au centre de ceux qui prient, qui aiment, qui méritent, Dieu a placé son divin Fils; il l'a fait de la famille humaine, afin que ses mérites puissent s'ajouter aux nôtres et leur donner une suffisance que, par eux-mêmes, ils n*ont pas. Où trouver rien de plus beau qu'une telle doctrine? Est-ce que l'on peut en vouloir à Dieu d'être indulgent ? Gela est-il injuste? Ne le faisons-nous pas tous les jours? Et voilà pourtant ce que les protestants ont rejeté. Ils ont supprimé le dogme des indulgences, et ils ont laissé l'homme seul avec ses fautes, avec ses petits mérites, en face de celui dont l'Apôtre a dit : Horrendum est incidere in manus Dei viventis : « Il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant < . »
Du dogme des indulgences, le protestantisme a été conduit logiquement, fatalement, à nior le dogme du purga-
* Ilebr. x,31.
toire. Le dogme du purgatoire est d'une beauté adorable. Supprimez -le, il ne reste que le ciel ou l'enfer. Il faut mourir absolument pur , innocent , n'ayant rien à payer , sans quoi on tombe dans l'enfer. Mais combien ne sortent pas ainsi de ce monde? Combien d'êtres chéris desquels on sent qu'ils ne sont pas dignes encore d'entrer dans le ciel, qui ont à payer , à expier, — on se le dit tout bas , malgré la tendresse qu'on a pour eux , — mais desquels aussi on sent qu'ils ne méritent pas l'enfer; qu'ils ont été trop bons , trop justes , trop honnêtes ; qu'ils ont fait trop de bien pour que Dieu les éloigne éternellement de lui? L'Eglise offre une ressource. Plus elle fait le purgatoire terrible, plus elle le fait consolant. Plus elle montre que ses flammes sont pénétrantes , aussi dures quelquefois que celles de l'enfer, plus elle me console; ceux que j'aime pouvant trouver là toute la purification dont ils ont besoin. Le protestantisme a supprimé cela, légèrement, étourdiment. Dès lors, je ne dis pas pour celui qui meurt, mais pour ceux qui l'ont aimé , qui le pleurent , il n'y a qu'une alternative : ou le ciel ou l'enfer. Quelquefois c'est affreux.
Le protestantisme a été plus loin. Dans sa rage d'abattre, de briser, de fouler aux pieds, il a touché à une fleur exquise , la plus tendre , la plus divine de toutes les fleurs : la prière pour les morts. La logique l'y obligeait; mais il y a des cas où la logique est un châtiment. L'Eglise enseigne o^ue, quand un être chéri ^st mort, nous ne devenons pas impuissants à son égard. Lui élever un monument , déposer des couronnes sur sa tombe , prononcer son nom avec l'émotion de l'amour et de la reconnaissance, c'est quelque chose. L'Eglise nous enseigne que nous pouvons bien davantage. Comme autrefois nous l'entourions
298 l'église
de notre tendresse, nous le soutenions dans nos bras, sur notre cœur, aujourd'hui qu'il n'est plus, par nos prières, par nos bonnes œuvres , par notre souvenir religieux , nous pouvons encore l'aider, diminuer sa peine, hâter son bonheur. Qu'y a-t-il à contredire en ceci? N'est-ce pas beau , et , dès lors , vrai ? Quoi 1 Dieu m'a permis , m'a commandé d'aimer, d'honorer, de servir mon vieux père, ma vénérable mère ; et il n'avait pas besoin de me le commander, mon cœur me le disait assez; et maintenant que je les ai perdus, si Dieu me permettait de les aider encore, de les servir encore, vous le trouveriez mauvais! Gomment ne sentez -vous pas que ceci, qui est le vœu intime, profond, irrésistible de mon âme, est nécessairement aussi l'inclination de Dieu , puisqu'il m'a fait à son image ?
C'est le même procédé du protestantisme en toutes choses. A côté de chaque dogme terrible, il y a, dans le catholicisme, un second dogme qui l'adoucit, qui en rend la pointe moins pénétrante et moins dure. Et c'est par là que l'Eglise catholique ravit les âmes et les contient , les domine en les enchantant. Le protestantisme a supprimé tous les intermédiaires aimables et consolants, et, ne laissant debout que les dogmes terribles, il a imprimé dans les âmes un fond d'épouvante qui les glace. Donnons -en encore deux ou trois exemples.
Assurément il n'y a rien de plus aimable que Notre- Scigneur Jésus - Christ. Comment trembler quand on le voit sur sa croix, les pieds et les mains percés, le cœur ouvert? Et cependant il y a des situations d'âme où la croix elle-même épouvante. Quoi! j'irais à Lui que j'ai tant outragé! Ces pieds et ces mains, c'est moi qui les ai yercés ! Ce cœur, c'est moi qui l'ai ouvert! Oh! cachezmoi devant la colère de cet Agneau que j'ai meurtri, mis
L'ÉGLISB 299
à mort. C'est alors que l'Église place entre le pécheur et le Christ un intermédiaire divin : une femme, une vierge , une mère , la Mère de Dieu et des hommes. Comment a-t-on pu rejeter cette invention d'amour? Comment a-t-on pu imaginer que le Christ , le Sauveur , le Dieu infini , serait jaloux d'une créature, et d'une créature dont il a fait sa mère? Comment a-t-on pu croire qu'une goutte d'eau, même pure , lumineuse , éclairée et traversée par les feux du soleil, pourrait faire concurrence à l'immense Océan? On l'a cru cependant; on s'est effrayé pour lui. Et comme l'Eglise catholique, poussant à bout la sublime doctrine des intermédiaires , des nuances qui sont la condition de toute beauté, plaçait, à côté et au-dessous de la Vierge Marie , comme avocats et comme appuis , les apôtres , les martyrs, les vierges, les saints,. le protestantisme, continuant ses tons crus et disparates, a supprimé tous ces intermédiaires , et il a laissé l'homme , seul , nu , laid , en face de la majesté et de la justice infinie. Voilà une seconde cause de ce fond de terreur dont je parlais plus haut , qui resserre et comprime les âmes dans le protestantisme.
Ce qui y ajoute encore, c'est que l'homme n'est pas seulement un néant devant Dieu, c'est un coupable. Il pèche, il pèche tous les jours. Sa vie, en avançant, se charge d'iniquités. Or ici se place, dans l'Eglise catholique, une institution merveilleuse. Vous péchez; vous mériteriez l'enfer éternel. Mais il y a la confession, le repentir, l'absolution, le pardon. N'est-ce pas divin? Le protestantisme a supprimé tout cela. Alors il faut porter son péché , l'oublier , tâcher de se persuader que Dieu est bon , qu'il ne nous punira pas. Si on se le persuade , c'est la rechute, l'habitude du mal; c'est l'endurcissement. Si
on ne se le persuade pas , c'est la terreur, c'est le désespoir. « Oh ! disait Mme de Staël , que ne donnerais-je pas pour m'agenouiller dans un confessionnal catholique? » Et M. Naville : « Qui n'a tourné des regards d'envie vers le tribunal de la pénitence? Qui n'a souhaité, dans l'amertume du remords , dans l'incertitude du pardon divin , entendre une bouche qui pût lui dire, avec la puissance du Christ : Va en paix, tes péchés te sont pardonnes1? »
Mais le coup le plus profond que le protestantisme a porté aux âmes , c'a été la suppression de la sainte Eucharistie. Luther le sentait, et, dans son grand génie, il a compris que laisser les âmes sans Dieu réellement présent, c'était les affoler. Il a donc maintenu la présence réelle, au moins au moment de la messe. Calvin, sec et froid, a tout rejeté. Ainsi ont disparu du protestantisme non seulement cette raison souveraine de vivre saintement, ce repentir, ce ferme propos, ce goût de l'innocence, ce désir d'être digne de l'hôte auguste qui va venir; maïs cette union avec Dieu, le besoin, le rêve, l'idéal d'une foule d'âmes, et des meilleures. Le protestantisme est comme un jardin dévasté, où les plus belles fleurs, les plus suaves et les plus odorantes, les plus délicates et les plus sublimes ont été arrachées , et où il ne reste que les épines.
Dans ces négations diverses, il n'est pas difficile d'apercevoir un principe commun que j'ai indiqué ailleurs et dont toutes ces négations ne sont que la conséquence. Le protestantisme n'a pas pu porter le Christianisme tout entier. Le Christianisme est amour. C'est l'amour infini se
1 Thèse défendue devant l'Académie de Genève par M. J.-E. Naville, 1839.
l'église 301
penchant vers l'homme , non seulement pour le protéger, mais pour l'enchanter et le ravir. Dans ce but, il n'y a pas seulement dans le Christianisme le nécessaire , il y a le superflu divin. Voilà ce que le protestantisme n'a pas pu comprendre. Que Dieu donne à l'homme le nécessaire, à la bonne heure ! c'est tout ce qu'il mérite ; mais qu'il lui donne le superflu, l'abondant, le magnifique, qu'il l'accable de ses dons, c'est impossible. Le protestantisme a donc accepté que Dieu aimât l'homme ; mais que Dieu l'aimât jusqu'à la passion, jusqu'à la folie, à l'excès, il l'a nié! En conséquence, il a rejeté tous les actes où il a vu de l'excès. Il a admis que Dieu était mort pour l'homme; mais il n'a pas admis qu'il fût mort pour tous les hommes, même pour les impies; c'est excessif. Il a admis que Dieu descendît au saint autel pendant la messe; mais qu'il y demeurât toujours , à toute heure de jour et de nuit, c'est excessif. Il a admis en Dieu la justice, même la pitié, même la miséricorde; il n'a pas admis l'amour.
Mais aussi qu'est -il arrivé? Je l'ai dit ailleurs; on me permettra de le rappeler. Le Dieu du protestantisme étant un Dieu sage, raisonnable, ennemi de tout excès dans ses rapports avec l'homme; l'homme, à son tour, a été sage, raisonnable , honnête , ennemi de tout excès dans ses rapports avec Dieu. Son Dieu n'a pas fait de folies pour l'homme; l'homme non plus n'a pas fait de folies pour Dieu. C'est une folie de vivre dans la chasteté, de se refuser le plus grand bonheur de la terre , le bonheur de < l'amour; le protestant ne se l'est pas refusé. C'est une folie que de se consacrer au service des pauvres , si laids , si ingrats ; le protestant ne s'y est pas consacré. Il est raisonnable, convenable, de vivre dans la piété, l'honnêteté,
le devoir; le protestant a vécu dans la piété, l'honnêteté, le devoir. Au lieu d'être un héros , il a été correct. Mais est-ce bien là le suprême effort d'une religion divine, de faire des hommes corrects ? Cela peut suffire à certaines âmes , à la masse vulgaire; et encore est-ce douteux. Mais le correct est inférieur, de deuxième ordre, incapable de saisir et de satisfaire les grandes âmes. Il leur faut , avec ce correct qui ne doit pas manquer, l'héroïque , le désintéressé, le bonheur de se donner tout entier, la joie d'aller aux excès de l'amour, sans espoir d'être ni récompensé , ni même compris; avec le secret espoir d'être oublié, méconnu, payé par l'ingratitude comme l'a été le Sauveur. Or, cet héroïque, c'est l'ordinaire du catholicisme. C'est de là que naissent les apôtres, les martyrs, les vierges, les carmélites, les sœurs de Charité, les petites - sœurs des pauvres : toutes institutions que le protestantisme ne connaît pas, ne peut pas connaître. Il ne connaît que le correct; il ne crée que des honnêtes gens. Ce n'est pas rien, sans doute, mais Jupiter en créait aussi; et ce n'était vraiment pas la peine qu'un Dieu descendît du ciel et montât sur une croix pour si peu 1
De tout temps on a souffert de ce côté vulgaire , insignifiant du protestantisme; on a étouffé dans ses champs étroits et sans air ; mais à mesure que les cœurs s'approfondissent, on souffre davantage. On a besoin de lumière, d'idéal , de divin , et on n'en trouve pas. On étouffe et on souffre 1
l'église 303
Ce n'est du reste qu'en apparence que le protestantisme est parvenu à comprimer le mouvement de décomposition qui naît du libre examen. Ni le principe d'autorité dogmatique rétabli pour maintenir les foules dans l'unité, ni le principe d'autorité gouvernementale appelé pour contenir les esprits inquiets , n'ont suffi à cette tâche. L'esprit de dissolution a filtré à travers les digues. La logique a été maîtresse. Contredit , enchaîné , le libre examen a fini par faire éclater ses menottes, et il a tout mis en pièces. Aujourd'hui le protestantisme a cessé d'être une hérésie spéciale. Il est devenu moins une religion que la tente banale destinée à abriter une multitude infinie de religions.
« Ce nom de protestants, commun à un si grand nombre d'hommes, abrite, dit un ministre évangélique, M.Steeg, bien des diversités. . . Elles subsistent dans le même pays , dans la même ville , dans la même rue. Sont-ce des diversités de médiocre importance? Nullement; elles sont parfois très profondes. Quelle distance sépare l'Eglise anglicane qui fait profession de croire au symbole d'Athanase, et les Eglises unitaires qui regardent la Trinité comme un blasphème? Le luthérien considère les sacrements comme des véhicules de la grâce divine; le calviniste n'y voit que des signes commémoratifs. Quelle profession de foi , quel catéchisme réunirait l'assentiment des baptistes, des méthodistes , des millénaires ,' des sectes fondées par Penn , Zin-
304 l'église
zendorf, Irving, Darby Rapp, Michel Hahn, etc., san| parler des grandes Églises officielles? Si, des Églises nous passons aux individus qui les composent, les diffé rences paraissent plus considérables encore. On peut affirmer hautement qu'il n'y a pas un seul point de doctrine admis par les uns qui ne soit rejeté par d'autres, ou soumis aux interprétations les plus opposées. Je ne parle pas seulement des points de détail , mais des dogmes mêmes qu'on appelle fondamentaux, de ceux qui définissent la personne et l'œuvre de Jésus-Christ, la nature du péché, l'autorité de la Bible. Les termes employés par tous le sont dans des sens différents : rédemption, prière, grâce, Saint-Esprit, Eglise, conversion , salut. Tout l'intervalle qui se trouve entre les ultra- luthériens et les puséistes qui confinent à Rome, et les latitudinaires ou les libéraux accusés de radicalisme, est occupé par une multitude d'opinions, de nuances, de degrés, qui mènent de l'un à l'autre sans interruption ni lacune. Il semble qu'il y ait un abîme entre les extrémités : mais cet abîme est comblé par la multiplicité des croyances les plus diverses. Tous ensemble , les extrémités et les intermédiaires qui les réunissent , forment le vaste corps désigné sous le nom de protestantisme. Tous, à quelque église , secte ou opinion qu'ils appartiennent , se disent et sont protestants ' . »
On remarquera ce texte plein de lumière , extrait d'un rapport officiel, lu en 1867 devant quatre-vingts ministres réunis à Paris, et nullement contesté par personne. On n'a cessé d'être d'accord que quand on a cherché le moyen de mettre lin à ce chaos. Et on a entendu alors les opi-
1 Le rapport de M. Steeg a été publié in extenso dans le journal protestant : Le Disciple du Christ, 15 mai 1S67,
l'église 305
tuons religieuses les plus extravagantes. Il a fallu se séparer sans conclure.
Et ce qui est horrible, c'est que le protestantisme n'a )as la force de chasser de son sein ceux qui en arrivent à. Il n'en a ni le droit ni la force. Tel qui ne croit plus à a Trinité , à la Rédemption , au péché originel , reste miîistre. Tel qui prêche l'horreur du dogme, le mépris de a Bible , qui réduit toute la religion à un vague déisme , continue à être prédicateur officiel. Tel qui rejette les faits niraculeux de l'Evangile, les prodiges opérés par Jésuschrist, qui les explique par le magnétisme et même par le nensonge, demeure membre du consistoire. On a vu en rlollande quinze cents ministres sur dix-huit cents adhérer publiquement à la Vie de Jésus, par Renan. Conçoit -on un spectacle pareil , une plus affreuse dissolution d'une Eglise jui se croit encore chrétienne?
Sous l'impression de ce péril qui est partout, qui croît chaque jour, est née Y Alliance évangélique destinée à soutenir le protestantisme par une entente sur les vérités nécessaires. Elle a tenu quatre assemblées qu'on pourrait presque appeler œcuméniques , à Londres , à Paris , à Berlin , à Genève. Or, d'assemblée en assemblée , la profession de foi était différente, et le bagage dogmatique plus léger. A Genève, la confession de foi, qui était d'abord de neuf articles, s'est trouvée réduite à quatre. A Paris, il n'y en avait plus que trois. La divinité de Jésus- Christ y est encore timidement énoncée; mais la Trinité, le péché originel, l'expiation, sont effacés. A la dernière enfin, en 1866, la divinité de Jésus-Christ disparaît de la formule, et Y Alliance évangélique se dissout. Une religion qui en est là est-elle encore une religion, et n'approchet-elle pas du tombeau?
306 l'église
Dans l'agonie des religions, aussi bien que dans celle des individus, il y a un dernier jet et comme une dernière hardiesse de la vie.
La lampe qui s'éteint un instant se raDirae, Et d'un éclat plus pur brille avant d'expirer.
Le protestantisme a eu cet instant. C'est ce qu'on a appelé le réveil. « Sortons de ce sommeil de mort du vieux protestantisme, de cette indifférence glacée, de ce vide horrible des cœurs. Réveillons-nous, et par un effort suprême! essayons de nous rapprocher de Dieu. Voilà ce qui a créé le réveil.
« Le réveil, a dit un profond écrivain, est né d'un besoin de foi et du vague sentiment que, dans la réforme, telle que trois siècles de décomposition l'ont faite , il n'y a plus de foi. Il est né du besoin d'emplir les cœurs d'un peu d'amour divin et du sens intime que, dans ces vides et glacés déserts , cet arôme céleste ne se rencontre pas. Il y a, dans ces champs arides du protestantisme, des âmes généreuses, mais souffrantes, qui ont demandé cette manne cachée à leurs temples, à leur prédication, à leur cène muette et sans vie , mirage trompeur qui leur promet Jésus -Christ et qui ne leur livre rien de Jésus- Christ. Leur religion ne croit pas, ne prie pas; et elles, elles ont soif de croire, de prier : leur religion n'aime pas,
l'église 307
ne se dévoue pas; et elles, elles ont faim d'aimer, de se dévouer; elles aspirent à sortir d'elles-mêmes et à reconquérir à tout prix un peu de vie surnaturelle. Que faire? Leur religion est impuissante à leur donner cet aliment de l'infini, et non seulement elle est impuissante, mais elle est un obstacle. Confession de foi, ministère, culte, prédication, tout cela les tient endormis; c'est la pierre du tombeau qui écrase de sa froide pesanteur un peu de vie qui n'est pas encore éteinte ; elles éprouvent un besoin désespéré de soulever cette pierre qui les étouffe et qui empêche toute circulation d'air et de sang chrétien. Que faire, encore une fois? Les voilà seules, sans aide ni de paroles, ni de ministère, ni de symbole, ni de sacrements; elles prennent le parti, le seul qui leur reste, de s'élancer vers Dieu, océan lointain et infini, sans guide et sans boussole j et sur les ailes de leur activité personnelle; elles s'en vont, pour me servir de l'étrange expression de M. de Gasparin, elles s'en vont, aéronautes audacieuses , a au tète-à-tête avec Dieu , » demander « à cette rencontre directe » la lumière et l'amour. Et les voilà qui tout à coup se croient terrassées, transformées quelquefois subitement, comme cela se voit en Amérique, en Angleterre; d'autres fois d'une manière plus lente, plus insensible, et comme il arrive en France, en Allemagne, pays où le sens rationnel domine davantage. C'est la conversion, c'est la seconde naissance, c'est la vie nouvelle. Elles se croient toutes transpercées des dards pénétrants de l'amour divin , des vifs rayons de la lumière d'en haut ; voilà la piété qui pénètre dans leur cœur; mais c'est une piété sans règle, sans mesure, sans pondération, semblable à ces courants électriques qui s'échappent de toutes parts en jets impuissants ou dangereux, parce
308 l'église
qu'ils ne sont pas conduits par un instrument modéra teur * . »
Le réveil est né au commencement de -ce siècle. lia eu so grand éclat de 1830 à 1850; et, pendant ce temps, il a hi{ battre d'espérance une foule de cœurs en Allemagne, en Angleterre, en Hollande , en Suisse , aux État-Unis , même en France, quoique la France protestante soit toujours restée réfractaire à ce mouvement. Aujourd'hui il est éteint. Les folies des uns, les déceptions des autres, les railleries de beaucoup l'ont conduit au tombeau. Fils du libre examen, il portait au cœur la même plaie; il devait finir de même. Ou plutôt il était le libre examen luimême , qui , comprimé , bandé depuis deux siècles , se réveillait plus terrible , et qui , après avoir recommencé rapidement les mêmes expériences, allait périr d'autant plus vite qu'il était incapable de se reconstituer les mêmes appuis.
Strauss, qui l'observait de son regard sardonique et qui le palpa de sa main glacée, y notait deux courants qui devaient , dans un avenir peu éloigné , emporter toute la vie et comme la substance du protestantisme. Il y en a un troisième qu'il ne voyait pas, qu'il ne voulait pas voir, et qui achèvera la ruine. Le premier courant conduit à Filluminisme , le second à l'incrédulité; le troisième recueillera les naufragés et les conduira au catholicisme.
1 L'abbé Martin, chanoine de Belley, de l'Avenir du protestantisme et du catholicisme, p. 52; 1 vol. in-8°. Paris, Tolra et Haton, 1369. Ouvrage important, qui n'a pas eu tout le succès qu'il mérite. Doctrine, logique ; observations profondes, éruditioa solide, il a tout; excepté peut-être le charme, le rayon de fecleil.
l'église 309
Je ne parlerai du premier que pour mémoire. L'illuminisme est une maladie de l'âme humaine. Le catholicisme la calme ; le protestantisme l'exalte. Si je n'ai pour former ma foi que la Bible , et si j'ai pour la comprendre îa lumière immédiate de l'Esprit -Saint, qui m'empêchera de prendre pour inspirations du ciel les plus folles pensées de mon esprit? C'est ce qu'on vit dans les premières convulsions de la réforme : les anabaptistes, les quakers, les puritains , les trembleurs , et une foule d'autres sectes plus extravagantes les unes que les autres. Et c'est ce qu'on revit pendant les agitations du réveil : conversions instantanées, hallucinations bizarres, opérations théurgiques, espérances millénaires, esprits frappeurs, toutes les folies de l'illuminisme le plus absolu. Notre siècle si prosaïque a vu tout cela. Il a vu pulluler en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, aux Etats-Unis, les piétistes , les frères moraves, les méthodistes, les mormons. Il a vu en Amérique des foules qui couraient au désert, emportées par l'Esprit- Saint, et qui s'y plongeaient dans des extravagances dont rougit la nature humaine. Il y aurait à lire sur ce sujet un très curieux ouvrage : le Prêcheur des forêts et des contrées occidentales de V Amérique, par Peter Cartwright. On y suit pas à pas l'un des grands apôtres des camps meetings, et l'on a sous les yeux les plus étranges scènes de folie et de fureur religieuse racontées par l'acteur principal, qui s'efforce, de bonne foi peut-être, de
310 l'église
les faire passer pour des effets miraculeux de la grâce. Ce livre a eu trente -deux éditions aux États-Unis, preuv| évidente de l'étendue du mal.
Mais je n'insiste pas. Là n'est pas le grand danger di protestantisme contemporain. L'illuminisme ne va qu'à quelques âmes exaltées, et pour un temps seulement L'abîme qui les appelle toutes est plus profond ; on en sort moins : c'est le rationalisme. Aussi logique que l'illuminisme , plus logique même , il est le dernier mot du réveil au XIXe siècle, comme il été le dernier mot du libre examen au XVIe. J'ai la Bible; mais qui la lit? Moi. Qui en juge le sens? Moi. Si l'Esprit- Saint m'aide, qui discerne la présence de l'Esprit-Saint? Moi. Et d'après quelles lumières se porte ce jugement? D'après les lumières de ma raison. Ma raison , ma raison individuelle , voilà donc le dernier mot de tout. Mais quand le protestant, isolé de toute croyance officielle, de toute religion traditionnelle, de toute Eglise héréditaire, les méprisant même, essaye de reconstruire l'immense édifice du Christianisme , il choppe à chaque pas; il tâtonne dans les ténèbres; et, après une crise plus ou moins longue d'anxiété religieuse , de doutes cruels , il vient se reposer et s'endormir dans l'incrédulité.
C'est la chute nécessaire. Une femme, partant du libre examen, peut monter dans les hauteurs mystiques; un homme, non. Ou s'il s'y égare un instant, dans sa première jeunesse , c'est pour retomber plus lourdement , dé- j sorienté et déçu, dans l'indifférence et le scepticisme.
Voilà le vrai tombeau du protestantisme. Ses plus grands hommes en conviennent; ses ministres les plus perspicaces avouent qu'on en approche, qu'on y est à peu près enseveli. L'un d'eux a pu intituler une brochure : V Agonie du protestantisme. Il y dit entre autres choses : a On remarque
l'église 311
dans le protestantisme français tant de symptômes de mort qu'on ne peut s'empêcher de le croire arrivé à ce point de développement où la décadence a commencé et où il va finir. L'heure de la mort a sonné pour l'Eglise de Calvin *. » En Amérique, le ministre épiscopalien , le docteur Ewer, ne tient pas un langage moins lugubre. Il a pu prendre pour sujet de ses conférences religieuses prêchées à New- York : La non-réussite du protestantisme. Il y démontre, avec des preuves irréfragables à l'appui , que « partout où le protestantisme a pris pied il s'en est suivi l'incrédulité la plus radicale, parce que, dit-il, son principe fondamental n'est pas autre chose que le rationalisme '. » En Allemagne, le docteur Brûchner, dans trois conférences prêchées à Leipzig , a parlé de la décadence du protestantisme en termes aussi vifs que le R. Ewer en Amérique, ou M. de Gasparin en France3.
Telle est l'évidence de cette décomposition que M. Schérer a pu dire : « Les jours du protestantisme, comme système positif, comme institution, sont comptés*. » Il est vrai qu'il ajoute : « Gomme principe , il est immortel. » Oui , sans doute ; ce qui est immortel , dans le protestantisme , c'est le principe, c'est-à-dire la révolte, le schisme, la rébellion contre Dieu. Cela ne finira jamais. Mais ce qui finira , ce qui s'en va , c'est cette forme spéciale de révolte qu'on a appelée le protestantisme. Le jour où, arrivé sur les frontières extrêmes de l'erreur, il les a franchies; le jour où il n'a pas pu expulser de son sein les déistes, les
3 Agonie dgi protestantisme français, p. 7 et 8. 5 Conférences religieuses , p. 302.
3 Trois conférences sur l'état présent de V Église, tenues à Leipzig en 1863. - * Schérer, Mélanges de critique religieuse, p. 155.
312 l'église
rationalistes, les athées qu'il avait créés, ce jour -là il a cessé d'être une religion. Il est devenu un corps en dissolution. Il a formé, en se décomposant, une poussière malsaine qu'on appelle l'incrédulité et qui hâtera sa fin.
Cependant toutes les âmes ne vont pas à l'illuminisme qui est l'abdication de la raison , ni à l'incrédulité qui est l'abdication de la foi. Il en est un grand nombre, et des meilleures, qui ont peur de ce double abîme, et qui d'autre part étouffent dans le milieu où elles sont. L'inanité religieuse du principe de la réforme , l'insignifiance et la froideur du service divin, les misérables débris dogmatiques qu'on sert à leur âme avide de foi , les font soupirer après quelque chose de meilleur ; mais où le trouver ? On dirait des personnes enfermées dans un espace étroit, sans air ni lumière , qui cherchent une issue , ouvrant tantôt cette fenêtre, tantôt cette autre, agitées, inquiètes, jusqu'à ce qu'elles ouvrent la vraie porte, et qu'elles entrent, heureuses et apaisées, dans l'air immense et vivifiant du catholicisme.
Ce mouvement de retour est commencé, et en certains pays il est considérable.
On s'est trop pressé peut-être et on s'est fait illusion en parlant de la conversion imminente de l'Angleterre. Mais qui peut nier les magnifiques conquêtes que l'Eglise catholique y a faites et y fait tous les jours#? En Angleterre et en Ecosse il n'y avait que soixante mille catholiques au commencement de ce siècle. En 1821 , il y en avait cinq cent mille; en 1842, deux millions; en 1870, trois millions. De même, au commencement du siècle, il n'y avait, en Angleterre, que quatre vicaires apostoliques. En 1840 y le nombre dut être doublé; il y en eut huit. Enfin en 1850 la hiérarchie était rétablie avec un archevêque et Jouw
l'église 313
évêques. D'où venait ce mouvement ascensionnel du catholicisme ? Non pas du dehors , par voie d'importation l'éléments étrangers; il n'y en a point en Angleterre? mais du dedans, des entrailles mêmes de l'anglicanisme réveillé tout à coup par la science, par l'étude désintéressée, par la bonne foi. Bossuet a entrevu ce retour, et, ce qui est plus merveilleux, la manière dont il se ferait : « Une nation si savante, dit -il, ne demeurera pas longtemps dans cet éblouissement : le respect qu'elle conserve pour les Pères , et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité la ramèneront à la doctrine des premiers siècles1. » C'est par là, en effet, qu'elle revient. Le puséisme et le ritualisme n'ont pas d'autre source. On connaît la conversion des Newman , des Manning, des Faber, des Spencer, ramenés à la foi catholique par l'étude approfondie des Pères ; l'entrée dans l'Eglise des cent cinquante ministres qui suivirent Newman ; les innombrables retours dans tous les rangs de la société , au sein du clergé protestant, parmi les lords de la haute chambre et les docteurs des universités, provoqués par les fameux Traités pour les temps présents ; le rétablissement , dans une foule d'églises protestantes, de toutes les cérémonies de l'Eglise supprimées autrefois par la réforme , et retrouvées par une étude consciencieuse dans les écrits des premiers Pères et les révélations des catacombes. Un tel mouvement, fondé sur de tels motifs , aboutira nécessairement plus ou moins tôt. On peut l'entraver; on ne peut plus le vaincre.
En Hollande, ce retour n'est pas moins prononcé. La Hollande marche visiblement vers l'unité religieuse. Le
1 Bossuet, Histoire des variations , liv. VU. Conclusion.
nombre des catholiques y augmente cl jaque jour par voi èe conversion. La hiérarchie vient d'y être rétablie; et, sans être prophète , on peut annoncer le jour où elle sera eomplèlement catholique.
Qiïel spectacle non moins beau présentent les États- Unis ? Au commencement de ce siècle il n'y avait qu'un seul évêque dans ces immenses régions ; aujourd'hui il y en a quatre-vingts. Les églises se multiplient ; les ordres religieux s'y implantent; les conciles s'y tiennent; le sombre des catholiques grandit sans interruption. A quoi ?ela tient -il ? A l'émigration catholique irlandaise ou allemande ; je le reconnais. Mais aussi à une foule de conversions provoquées par le spectacle de ce protestantisme américain, que dévorent à la fois les folies de l'illumiaisme et les excès de l'incrédulité.
L'Allemagne est moins avancée. Après les magnifiques conversions du commencement de ce siècle : le comte Stolberg, le poète Werner, le prince de Mecklembourg- Schwérin, le prince Frédéric de Hesse-Darmstadt, l'histolien-philosophe Schlegel, elle s'est calmée ; et plus aucuneconversion retentissante n'a révélé son travail intérieur. Il continuait cependant. Le nombre des catholiques augmentait peu à peu. D'une part les prodigieuses témérités de /exégèse biblique, qui ne laisse plus rien debout; de l'autre l'heureuse persécution du Kuïturkampf, qui fait éclater la vigueur et le calme de l'Eglise catholique, vont accélérer le mouvement, que la haine pour la France pourrait seule arrêter un instant.
En résumé, les symptômes les plus manifestes du retour au catholicisme éclatent de toutes parts. Ni l'Angleterre, ni la Suisse, ni l'Allemagne, ni l'Amérique ne resteront protestantes. Elles iront au catholicisme total, ou
au rationalisme total. Souhaitons, pour la paix de l'Europe, pour la sécurité de l'avenir, que l'incrédulité ne triomphe pas ! Dieu veuille nous épargner, épargner à nos enfants et petits -enfants de si terribles malheurs !
Résumons ce qui a été dit dans ces deux chapitres.
Nous avons d'abord vu que le principe constitutif du protestantisme est destructeur et désorganisateur de toute société religieuse ; qu'à peine introduit dans le monde il y a engendré de tels excès que les fondateurs du protestantisme se sont arrêtés , interdits et effrayés ; que , sans le désavouer publiquement, ce que leur amour- propre ne leur permettait pas, ils l'ont tout doucement enrayé, y ont mis des sourdines; et que, cela ne suffisant pas, ils lui ont peu à peu substitué le principe catholique d'autorité , d'hiérarchie , d'obéissance au ministre. Les neuf dizièmes des protestants vivent aujourd'hui catholiquemeni sous ce rapport. Ils n'usent pas de l'examen privé ; ils ne songent pas à se créer leur religion en lisant la Bible ; ils obéissent purement et simplement au ministre. Et c'est grâce à cette substitution illogique que le protestantisme a subsisté jusqu'ici. Mais que dire d'une religion qui vit, non par son principe, mais malgré lui, en le comprimant, en l'annihilant autant qu'elle le peut , et en reprenant le principe opposé, à cause duquel elle s'est séparée, et qu'elle a désavoué, réfuté, méprisé ?
Nous avons vu ensuite que, pour mieux conjurer les
316 l'église
effets détestables du libre examen, le protestantisme a appelé à son aide l'autorité politique. Il ne s'est pas contenté de nouer, avec le pouvoir civil, des relations qui lui! assureraient sa protection en réservant son indépendance ,1 il a déclaré les rois chefs de l'Eglise , « maîtres de la relif gion autant que de l'État, » et, moyennant cette servi-* tude, il s'est servi de leur pouvoir pour contre- buter son édifice croulant.
Grâce à ces deux précautions , avec cette unité factice à l'intérieur, avec ces supports et ces ligatures de fer à l'extérieur, le protestantisme a traversé tant bien que mal le xvne et le xviii0 siècle. Mais cela ne peut plus durer. D'une part, le XIXe siècle est en train de faire voler en éclats les étais qui ont jusqu'ici soutenu le protestantisme. Il ne veut plus de religions d'Etat. Il détend de plus en plus les liens qui unissaient les Eglises au pouvoir. La liberté de la presse a apparu; et, sous l'empire de ces circonstances, la principe du libre examen n'étant plus contenu, la dissolution religieuse s'est précipitée. D'autre part, par suite des catastrophes de la révolution et du développement de la civilisation, le monde s'est rempli d'une foule dames, tendres, profondes, jetées, par la force des choses, dans une existence amère ou vulgaire ; de cœurs tristes , désenchantés, aspirant à des compensations divines, et ne les trouvant pas dans le protestantisme. Il ne leur suffit plus. Elles s'en échappent de toutes parts.
Bossuet ne s'est trompé que de date. Sa prophétie, pour avoir vu son accomplissement retardé de deux siècles, y touche enfin. Le protestantisme se meurt.
Voilà la réponse à cette première partie du problème que nous avons posé : Comment le protestantisme dure encore] ît n'a pas été décoré par son principe?