ET DE LA PRÉTENDUE DÉCADENCE DES NATIONS CATHOLIQUES
Abordons maintenant la seconde partie du problème.
On avait prédit que le principe du libre examen , destructeur de toute société religieuse , le serait aussi de toute société politique. Les nations protestantes, dévorées par cette plaie, devaient s'en aller en poussière et mettre dans un éclat d'autant plus lumineux les sociétés catholiques , établies, par leur principe même d'autorité, dans une paix et une stabilité invincibles. Or, dit-on, c'est le contraire qui arrive. Les nations catholiques, la France, l'Italie, l'Espagne, l'Autriche, oscillent sur leurs bases, dévorées par la révolution , et semblent vouées à une irrémédiable décadence ; les nations protestantes, au contraire, l'Angleterre , l'Allemagne , les États - Unis , grandissent tous les jours et paraissent , en dépit de leur principe, toucher à l'apogée de la puissance et de la domination. Qu'est-ce que cela veut dire? Serait-il vrai que le catholicisme, désintéressant trop les hommes des ch oses de la terre , énerve
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rait les âmes et peu à peu amollirait les peuples ? Mais alors comment serait-il la vérité totale? Et au contraire, serait-il vrai que le protestantisme aurait apporté aux peuples un nouveau principe d'ascension et de grandeur politique et sociale ? Mais alors comment serait- il l'erreur *? Faut-il admettre , comme un fait incontestable , la marche ascendante des nations et des gouvernements protestants, et la décadence croissante des nations et des gouvernements catholiques ? Voilà la question. On n'a pas besoin d'en dire la gravité. Entrons-y loyalement et sans crainte , et tâchons d'aller jusqu'à fond.
Nous consacrerons ce chapitre à étudier la question de la décadence prétendue des nations et des gouvernements catholiques. Après quoi, nous verrons dans l'autre la question de la marche ascendante des nations et des gouvernements protestants.
Il faut d'abord poser en principe, au-dessus de toute contestation, qu'il n'y a jamais eu sur la terre de plus grandes races, de races plus complètement belles sous tous les rapports, que les races latines ; et il faut ajouter qu'elles ne sont arrivées à cette perfection que sous l'influence toute- puissante de l'Eglise catholique. De ce mélange informe des peuples barbares avec les débris de l'empire romain, ici trop de mollesse, de corruption, là trop de brutalité, de grossière initiative, l'Eglise a tiré, comme Dieu du néant, ces créations charmantes qu'on a
appelées la France, l'Italie, l'Espagne, l'Autriche. Elle a mis des siècles à faire leur éducation ; corrigeant ici un défaut, là le défaut opposé; ici la légèreté de l'esprit, là la faiblesse du cœur et des sens ; ailleurs la hauteur et l'arrogance de la parole ; partout la violence des mains ; leur infusant la douceur, l'humilité, l'obéissance, le pardon, î'esprit de sacrifice ; les élevant peu à peu au goût des choses d'en haut, au culte de l'idéal. Contemplez ce qu'elles sont devenues sous cette influence bénie. Quelle nation ancienne les a dépassées ? Quel peuple protestant les égale ? Errez à travers les villes, les villages de l'Espagne. Arrêtez - vous devant les œuvres de Murillo , de Zurbaran , du divin Vélasquez; feuilletez les livres de Calderon, de Luis de Léon, de Cervantes, de saint Jean de la Croix, de sainte Thérèse. Quelle âme que celle qui a peint, chanté, écrit, ri , prié de cette manière I Et quelle fierté dans la vie civile ! Quel courage sur les champs de bataille ! Et dans cette fierté, dans cette magnificence, quelle part faite aux petits, aux pauvres, aux malheureux I Où l'homme, même pétri par l'Evangile, même dirigé, formé par l'Eglise, a-t-il été plus grand, plus vraiment et plus complètement beau?
Quelques-uns diront peut-être : En Italie. Le fait est que là il a été merveilleux. De ce vieil empire romain qui ne produisait plus que des oeuvres de décadence et de corruption, voici venir des œuvres toutes jeunes , d'un esprit nouveau, révélation merveilleuse d'âmes que le monde n'avait pas encore vues. Lisez la Divine Comédie du Dante , la Jérusalem délivrée du Tasse , les stances de Pétrarque. Contemplez les œuvres du bienheureux Angélique de Fiésole, de Michel -Ange, de Raphaël, de Léonard de Vinci. Est-ce que vous ne sentez pas que l'esprit chrétien pénètre
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toutes ces grandes âmes ; qu'il n'y a rien défloré ; qu'il y a mis une élévation, une grandeur morale, une simp; et une force admirables? Je ne suis pas le détracteur de l'antiquité. Les Grecs sont nos maîtres au point de vue dj la forme ; mais qu'ils s'avouent vaincus et qu'ils confessent qu'ils n'ont pas soupçonné un idéal si haut, une délicatesse si exquise, une sensibilité si chaste, une force si tendre , et enfin une beauté si parfaitement belle.
Et que dire de la France ? J'en ai tant parlé que je n'y insiste pas. Elle a produit, dans l'ordre de la sainteté , deux êtres absolument beaux : saint Louis et Jeanne d'Arc; dans l'ordre de l'éloquence, Bossuet ; dans l'ordre de la philosophie, Pascal et Descartes ; dans l'ordre de la poésie, Corneille et Racine; dans l'ordre de la charité, saint Vincent de Paul. Réunissez par la pensée tous ces dons dans un seul homme; fondez -les ensemble; vous aurez l'homme idéal , le point le plus haut où l'humanité puisse jamais monter. Vous ne pourriez pas le former, ce; homme idéal, au siècle de Périclès ni au siècle d'Auguste. Vous ne le formeriez pas davantage parmi les disciples de Luther, de Calvin, d'Henri VIII. Il y manquerait plusieurs traits , et les plus beaux.
Et qu'on veuille bien le remarquer, tous ces poèmes, tous ces chants, tous ces tableaux divins, ces œuvres d'un souffle si haut et si pur, sont tous consacrés à chanter l'Evangile, les dogmes, la morale, les saintes influences de l'Église catholique. Et, je le dirai, ces peintres, ces poètes , ces écrivains sont presque tous des prêtres , des moines, des chrétiens convaincus, souvent des saints : comme si Dieu avait voulu qu'on ne pût jamais mettre en doute (jue cette efflorescence de génie était due à l'Eglise » mère des nations modernes, et qui les tenait encore dan--
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ses bras au moment où elles enfantaient tant de chefsd'œuvre.
Et ce qu'il ne faut pas oublier non plus , c'est que le cœur, dans toutes ces nations , était à la hauteur de l'esprit. Là plus d'esclavage ; plus d'enfants voués au ruisseau ; plus de vieillards abandonnés et méprisés ; mais partout une végétation magnifique d'Hôtels -Dieu, de maladreries, de lazarets, d'asiles de toute sorte, aussi beaux dans leur genre , qui révélaient d'aussi grandes âmes , que les peintures de Raphaël ou les poésies du Dante.
Et dans les effusions d'une tendresse qui allait à baiser les pieds des» pauvres, nul énervement des âmes ; une virilité superbe ; les plus grands coups d'épée ; les plus enthousiastes chants de guerre. Je ne conteste ni Marathon, ni Salamine , ni les Thermopyles. Nous mettons un genou en terre devant les soldats qui livrèrent ces grandes batailles. Mais les héros de Tolbiac, de Bouvines, de Taillebourg, de Poitiers, auraient pu se tenir fiers à côté des héros grecs et romains. Ils avaient la même vaillance, avec la tendresse en plus.
Voilà les races latines ; quel que puisse être le présent , je salue en elles une des plus grandes œuvres humaines que le Christianisme ait faites. Les Romains avaient dompté le monde. Les Grecs un instant l'avaient charmé. Les races latines, sans être inférieures en force aux premiers , ni en génie intellectuel aux seconds , y ont ajouté l'élévation morale , la délicatesse des sentiments , la pureté du cœur, la sainteté des mœurs, le charme attendri de la charité, et enfin une beauté d'un ordre à part dont l'antiquité n'a jamais eu le soupçon.
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On dit que les races latines sont en pleine décadence. Je ne l'admets pas, et j'en donnerai tout à l'heure les raisons. Un homme tourmenté d'une maladie aiguë n'est pas en! décadence, quoiqu'il puisse en mourir. Mais avant d'examiner le fait de cette prétendue décadence , voici la question que je pose : Cette décadence, si décadence il y a, avec quoi concorde- 1- elle? Est-ce avec le plein développement de la vie catholique au sein de ces nations ? Au contraire, n'est-ce pas avec leur apostasie? 11 y a deux siècles, sous l'empire de je ne sais quelle hallucination, ces nations, formées par l'Eglise, se sont retournées contre elle. Leurs gouvernements ont commencé à la jalouser, à l'enchaîner, à contrarier de toute manière son action. Ils ont posé en principe qu'ils ne seraient grands, forts, libres, heureux, capables de tout progrès, que quand l'Eglise ne se mêlerait plus de leurs affaires. Ils ont été plus loin. L'Espagne, la première, a expulsé brutalement tous ses religieux. La France, s'exaltant, a traîné ses évêques, ses prêtres sur l'échafaud ; a brisé les croix , brûlé les églises, chassé la religion de son sol. L'Italie, entraînée et enhardie par de tels exemples, après s'être révoltée contre les papes, oubliant le grand honneur d'être le lieu de leur séjour, le point auguste d'où ils bénissaient et fécondaient le monde, les a dépouillés et réduits à la situation-intolérable d'être captifs dans leur propre palais. L'Autriche a suivi les mêmes voies; et, moins violente en apparence,
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elle a , plus savamment peut-être qu'aucune autre nation, enchaîné la religion et chassé Dieu de ses mœurs. Et c'ea dans de telles conditions qu'on signale un affaiblissemeaÊ. des races latines! Qu'y a-t-il là d'étonnant? L'étonnai: ce serait le contraire. Quoi ! ces races ont été créées par l'Eglise, elles lui ont dû leur grandeur dans les temps passés, et, aujourd'hui qu'elles la rejettent, qu'elles apostasient leur foi , qu'elles bafouent l'Eglise, elles continueraient à grandir 1 Ce serait un scandale. Elles s'affaiblissent, elles s'étiolent, elles perdent le sceptre du monde, elles pâlissent si visiblement que des catholiques eux-mêmet parlent de leur décadence ; c'est logique , et la plus mer* veilleuse confirmation de la toute - puissance créatrice et éducatrice des peuples que possède l'Eglise, puisque, mênaiè tout formés , dès qu'ils rejettent son autorité , ils perdent leur force.
Et remarquez le caractère tout providentiel de cet affaiblissement. Ce qui s'est affaibli dans les races latines, es sont les gouvernements. Ce qui a baissé en elles, c'est leur puissance politique et sociale. Or, qui est-ce qui s'est révolté contre l'Eglise? Les gouvernements, bien plus que les nations. Quel est le terrain où l'on a défendu à l'Église de mettre le pied? Le terrain politique. Les individus peuvent encore avoir une religion, un culte de Dieu. Les gouvernements n'en ont plus et s'en glorifient. Et ce sont précisément eux qui sont en pleine décadence I Comme tout cela est bien lié I et qu'on sent au fond des choses cette logique supérieure et toute -puissante qui n'est autre que la main de Dieu l
Un jour que , reçu en audience privée par Pie IX , nous lui parlions de la France (et de quoi aurions -nous pu lu: parler?) , et qae nous lui disions nos craintes et nos espé-
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rances : a Vous autres Français, me dit-il, vous avez la maladie "politique. A tous les autres points de vue, vous êtes bien portants : la religion est florissante ; la charité , su- Slime ; mais vous avez la maladie -politique. » Et après un nstant de silence : « Savez-vous ce qu'il vous faudrait pour guérir? Un Carlo magno. » J'ai retenu ces paroles, qui sont d'une grande lumière. Que Dieu daigne nous envoyer un homme de génie, un homme de foi, d'autorité, un homme de gouvernement ; que par lui la France soit replacée dans son atmosphère naturelle ; elle se relèvera toute seule , comme ces blés qu'un souffle d'orage a courbés et dont les beaux épis se redressent, lentement, mais infailliblement, sous l'action vivifiante du soleil.
Ce n'est donc pas une décadence que l'état dans lequel se trouvent aujourd'hui les races latines ; c'est une faiblesse momentanée, résultat d'une apostasie qui n'est pas irrémédiable.
Mais il y a plus , et ne voir dans notre état actuel que le châtiment de notre apostasie, ce ne serait pas voir d'assez haut. Indépendamment de cette faiblesse sociale et politique qui est la juste punition de leur révolte , les races latines sont malades ; elles traversent une crise. Mais il faut &e hâter d'ajouter que cette maladie, que cette crise aiguë, bien loin d'attester leur décadence , attesterait plutôt leur grandeur. Elles sont arrivées les premières au but. Elles ont mûri les premières. Elles ont entrevu, avant toutes
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les autres, le grand idéal d'une société chrétienne. Et cela était justice, puisqu'elles étaient, plus que les autres, sous la main civilisatrice de l'Eglise. Par malheur, comme au moment où elles recevaient une telle lumière, elles repoussaient la main qui tenait le flambeau ; comme elles s'insurgeaient contre l'Église qui leur avait révélé cet idéal et qui seule pouvait les aider à y atteindre, elles se sont trouvées incapables de le réaliser. Elles continuent à le voir, car un idéal semblable , une fois entrevu , ne disparaît plus ; elles s'agitent pour y atteindre, car il est beau et les ravit ; mais elles le manquent, par faiblesse ou par excès ; et de là la crise qu'elles traversent.
En général , les nations civilisatrices , celles qui agitent dans leur sein les grands problèmes sociaux et religieux , sont presque toujours exposées à mille périls. On ne porte pas impunément le feu en soi. La Judée, la Grèce, l'Italie de la Renaissance n'ont exercé leur pleine action sur le monde qu'en étant victimes de leur propre grandeur. Comment donc la France aurait-elle touché, sans être agitée intérieurement, à ces redoutables questions de l'égalité civile et politique, de la liberté, de la fraternité des peuples ? Comment serait-elle passée sans émotion , de l'antique forme sociale qui s'en allait en partie, à la nouvelle qui n'était encore qu'entrevue? A ces transitions-là, on risque sa vie. Mais qu'allait-ce être quand, après avoir reçu avant toutes les autres nations le magnifique idéal , elle se séparait violemment de l'Eglise, qui le lui avait mis dans le cœur et dans les entrailles? On paye son génie; on paye aussi ses fautes. On expie son illogisme. C'est là la seconde cause de la faiblesse passagère des races latines, la seconde raison de la crise qu'elles traversent au'ourd'hui.
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Il y en a une troisième. Quand, préparé et, pour ainsi dire , couvé dans l'ombre pendant dix-huit siècles , le sublime idéal eut tout à coup apparu, des sophistes antichrétiens, dont la France s'était éprise follement, s'en emparèrent et le corrompirent. Au lieu qu'il descend du ciel comme un fruit suave de l'Evangile , et qu'il ne peut être réalisé que par des forces divines,, ils le firent voir naissant de terre, prenant ses origines dans le cœur de l'homme, même de l'homme révolté contre l'Église, et n'ayant besoin, pour être réalisé, que de forces humaines. Us supprimèrent avec mépris toutes les digues que l'Eglise , si prudente, si expérimentée dans la connaissance du cœur de l'homme, avait élevées autour de cet idéal, afin que sa réalisation ne devînt pas une catastrophe; ils en pervertirent les termes en les exagérant, et ils lancèrent la France, ravie, enthousiasmée, croyant voir naître enfin le règne du droit, de la justice, de la liberté, de la fraternité des peuples, à la recherche d'un idéal, superbe en effet, divin assurément, mais exagéré et dès lors irréalisable. Ce n'eût pas été trop, dans un pas si difficile, de la vieille expérience de l'Eglise et de son autorité toute-puissante. Gela rejeté , que resta-t-il ? Le rêve , l'utopie , de faux principes avec leurs conséquences désastreuses, des passions échauffées et' déchaînées ; en sorte que le but fut en partie manqué, non pas seulement par faiblesse, par anémie, par l'absence de ces forces divines que Dieu seul peut donner aux peuples précurseurs et civilisateurs, mais par les excès et les violences qui accompagnent née bsairement la poursuite des folies et des chimères.
Voilà l'état vrai des races latines. Elles ne sont pas en décadence, il s'en faut bien; et y fussent-elles, on ne saurait l'attribuer à l'Eglise, qui les a élevées si haut tant
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qu'elle les a gouvernées , et dont elles n'ont pu se détacher sans subir cette triste dépréciation , si profonde qu'on a été tenté de l'appeler une décadence. Mais non; ce n'est qu'une maladie. Tous les observateurs en tombent d'accord, a Elles ont été empoisonnées, » dit Donoso Cortès. « Elles ont touché à quelqu'un des principes sociaux qui font les peuples prospères, » dit M. Le Play. « Il se peut, dit M. Renan, que, dans notre ardeur révolutionnaire, nous ayons poussé trop loin les amputations; qu'en croyant ne retrancher que des superfluités maladives, nous ayons louché à quelque organe essentiel de la vie, — si bien que l'obstination à ne pas se bien porter tienne à quelque grosse lésion faite dans les entrailles. »
Telle est In situation vraie, et qui, heureusement, n'est pas désespérée; car, même affaiblies, même malades, les races latines ont encore une vie , un élan , une fécondité que ne connaîtront jamais les nations protestantes.
Oui, même affaiblies, même diminuées, même empoisonnées par des sophistes, même agitées de spasmes révolutionnaires , les races latines ont plus de vie , et une meilleure vie, que les nations protestantes; elles leur sont supérieures mille fois, au point de vue de la vraie civilisation. Nous le verrons tout à l'heure. Leur âme est plus belle ; elle est moins desséchée par l'égoïsme. Toutes les merveilles de l'ordre moral, toutes les splendeurs de la charité, du dévouement sou* toutes les formes, y éclosent
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incessamment. Elles ont multiplié les légions de vierge? qui, détachées de tout, mortes au monde, se consacrent au soulagement de toutes les douleurs. Parmi les hommes si froids , si personnels , si peu capables de se donner, elles forment tous les jours une armée d'apôtres , de missionnaires qui, dans leur pays et hors de leur pays, jusqu'aux extrémités du monde, vont porter la foi, la civilisation à des populations que la politique moderne n'a encore su que chasser à coups de fusil au fond des forêts.. Et sur toute la surface de la France , de l'Italie , de la Belgique , de l'Espagne , abandonnés par les gouvernements . les catholiques ont su donner, à toutes les œuvres qui se multiplient sans mesure, leur temps, leur argent, leurs fatigues personnelles, en attendant que les circonstances leur demandassent de verser leur sang ; ce qui n'a pas manqué. En plein XIXe siècle, on a revu les croisades: des jeunes gens quittant leurs femmes, leurs enfants, leurs biens , exposant leur jeunesse pour défendre l'Eglise et le Pape, et mourant heureux d'en avoir fait un si bel emploi 11 est vrai que ce ne sont là que des symptômes de vie religieuse. Mais qui ne sait que c'est la vie religieuse qui soutient les races; que ce sont les grands principes sociaux, incarnés dans les lois et dans les mœurs , qui empêchent les peuples de périr? Or, nulle religion ne les a jamais soutenus avec plus de force que l'Eglise catholique; jamais elle n'a cessé de les enseigner aux peuples , même au milieu des orages révolutionnaires; jamais ceux-ci, même emportés par la tempête , n'ont cessé de les conserver, d'y croire, de les défendre. Toujours on les a aperçus , ces principes sacrés , qui brillaient chez les nations catholiques comme l'arc-en-ciel de l'avenir En dépit donc de pronostics fâcheux, je crois à la reflorescence prochaine des races
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latines. Elles sont malades , elles ont été empoisonnées ; mais elles portent en elles le contrepoison.
Il n'y aurait pour les races latines qu'une possibilité de périr : ce serait leur rupture définitive avec l'Église catholique, l'apostasie complète, non des gouvernements seulement, mais des nations. Or, je regarde cette rupture comme impossible. Absente des gouvernements, des corps politiques , la religion est ancrée dans les mœurs et les habitudes des nations. La France, qui paraît la plus malade, produit encore cinquante mille prêtres, deux cent mille religieux et religieuses, et des œuvres de cha-> rite qui s'épanouissent dans les villes et dans les villages avec un luxe et une abondance qui va jusqu'à fatiguer les catholiques eux-mêmes. D'ailleurs qui remplacerait, au milieu de ces races, la religion catholique? Serait-ce le protestantisme? Mais l'Italie, l'Espagne, la France, l'Autriche sont antipathiques à ce culte froid et mort. Serait-ce l'irréligion , le matérialisme athée ? Cela est possible visà-vis de quelques individus; mais les peuples ont besoin de religion ; ils ne peuvent pas s'en passer.
On peut donc être sûr qu'un jour ou l'autre , ramenées par le malheur , les races latines reviendront à la religion , et que, débarrassées de tout ce qui les a trompées, émues et enthousiasmées plus que jamais du règne divin de la liberté et de la justice dans la société chrétienne , elles se donneront à l'Eglise catholique, qui seule peut les aider à le réaliser ct>3me seule elle a été capable de le leur faire connaître.
En attendant, elles resteront, en dépit de leurs blessures , ce que Dieu les a faites et ce qu'elles ont toujours été : les nations idéales, poétiques, artistes, éprises du beau et du bon, généreuses et tendres, le charme du monde et l'unique espoir de la vraie civilisation.