DE LA SOCIÉTÉ MODERNE ET DE LA RÉVOLUTION
Il n'y a guère eu d'événement plus grand que la naissance de la société moderne. Cependant il n'y en a point eu de plus obscur. Cette coïncidence de l'apparition de la Révolution avec celle de la société moderne ; l'esprit révolutionnaire se jetant sur le berceau de la société moderne et l'enveloppant de ses fausses lueurs ; ces deux courants mêlés, et le flot limpide côtoyé, traversé et troublé par le flot boueux; tout cela a amoncelé les ombres. Pendant dix ans, vingt ans, on ne distingue rien; on est trop près des événements. On croit à un orage, à une sorte de fièvre chaude. Cela passera comme passent les orages. On ne doute pas que l'ancienne société ne reparaisse ensuite, avec son roi, sa noblesse, son clergé, son tiers état, ses immunités et ses privilèges. Au plus, quelques abus auront disparu ; mais l'ancien régime renaîtra, d'autant plus vivant et plus fort. On a vécu de longues années dans ces illusions, et les plus grands génies n'y ont pas échappé. Cependant les années, en s'écoulant, dégageaient de la
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lumière. On commençait à s'apercevoir que, dans ce grand mouvement de 89, il y avait quelque chose qui ne mourait pas, qui vivait, qui se développait, qui envahissait le monde. Mais qu'était-ce? Etait-ce bon? Etait-ce mauvais? Etait-ce satanique? Etait-ce divin? On ne savait pas bien. On se divisait , même parmi les catholiques. Les uns ne voyaient que la Révolution, l'odieuse Révolution, et ils poussaient des cris d'effroi. Les autres étaient frappés surtout de l'éclosion de la société moderne, et ils battaient des mains. Les premiers, confondant la société moderne avec la Révolution ; vouaient à la société moderne la haine qui n'est due qu'à la Révolution. Les seconds, ne voyant que la société moderne , étaient tentés d'innocenter la Révolution , ou du moins de l'oublier, et même de faiblir devant elle. Tout le xixe siècle a souffert de ces deux erreurs et en souffrirait encore, si la sagesse surnaturelle des Souverains Pontifes n'avait peu à peu dissipé les nuages. Dans une série d'encycliques , de brefs , d'allocutions consistoriales, Pie VI, Pie VII, Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, ont fait la lumière sur ces questions difficiles. Ils ont flétri la Révolution , poursuivi de leurs anathèmes ses faux principes, ses détestables libertés, ses excès impies; mais, guidés par l'Esprit d'en haut, ils n'ont jamais confondu avec elle la société moderne. Ils n'ont blâmé aucune des libertés publiques, au sens où celle-ci les réclame. Bien plus, ils ont traité solennellement avec elle, comme ils avaient traité avec le gouvernement de Louis XIV, de François Ier, de saint Louis ; et, allant plus loin encore, ils ont permis aux évêques, aux prêtres, aux fidèles, de s'engager par serment à obéir aux constitutions de la société moderne, à les maintenir et au besoin à les défendre. Bref, ils ont distingué constamment la société moderne de la Révolu-
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lion , et autant ils avaient soin de condamner celle-ci, autant ils veillaient à ne pas condamner celle-là.
J'étonne peut-être ici quelques-uns de mes lecteurs qui s'imaginent que les Papes du XIXe siècle, en particulier Grégoire XVI et Pie IX , ont poursuivi de leurs anathèmes la société moderne. On va avoir sous les yeux les textes mêmes de leurs bulles, de leurs encycliques, de leurs allocutions consistoriales. On jugera.
Quand je me propose d'établir dans ce chapitre que les Papes n'ont jamais condamné la société moderne ; qu'ils l'ont traitée comme une forme sociale absolument licite, et même meilleure que d'autres vu les circonstances, je n'entends pas dire qu'ils aient abandonné le grand idéal de la société chrétienne, tel que l'Eglise l'a toujours conçu. L'Église a un idéal de la perfection de la société comme elle a un idéal de la perfection de la famille et de l'individu ; et elle ne peut en abandonner aucun ; car ils naissent tous de la révélation qu'elle a reçue, et de ses conséquences plus ou moins directes.
Cet idéal de la perfection absolue de la société, de sa beauté parfaite, le voici. C'est une nation dont tous les membres n'ont qu'un Dieu, une foi, un baptême, une seule et unique religion'. Cette nation, une dans la foi, met naturellement Dieu à sa tête ; elle inscrit le nom du
1 « Oh! sans doute, il vaudrait mieux pour l'humanité qu'avec
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Christ au sommet de sa constitution, de ses lois, de ses actes principaux ; et , entourant d'un respect religieux les deux autorités qu'il a lui-môme établies, les conservant dans un accord parfait, elle marche vers sa double perfection humaine et divine, sous la conduite de l'autorité spirituelle et de l'autorité temporelle, parfaitement unies.
On permettra bien à l'Eglise cet idéal, et on voudra bien en comprendre la beauté. Dans un pareil Etat, il n'y aurait pas de liberté des cultes, puisque tous les citoyens n'ont par hypothèse qu'une même foi, et qu'ils ont, certes, le droit de ne pas se laisser enlever cette si précieuse unité. Mais toutes les autres libertés y fleuriraient, et on peut affirmer que nulle part elles ne s'épanouiront jamais avec autant d'éclat et aussi peu de péril.
Toutefois, si cette forme sociale est la plus parfaite de toutes, elle n'est pas la seule. Au-dessous de celle-là, il y en a d'autres , très belles aussi par certains côtés , et que les circonstances rendent quelquefois nécessaires. L'Eglise sait obtempérer à de telles nécessités; et tout en continuant à faire briller aux yeux des peuples son grand et bel idéal , elle ne les trouble pas pour les obliger à des perfectio: s dont actuellement ils ne sont pas capables.
Ces choses devaient être dites d'abord. Elles éclairent la route, et ne permettent pus l'équivoque.
un seul Dieu il n'y eût qu'une seule religion, un seul culte, une seule Église. On nous dispensera d'insister sur ce point, qui est dans le domaine de l'idéal. » (John Lemoinne, Journal des Débats, 13 mars 1882.)
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Venons maintenant à la société moderne, et montrons que les Papes ne l'ont jamais condamnée. Ils ont condamné la Révolution ; ils ont condamné certaines liberté? au sens révolutionnaire ; mais la société moderne ellemême, jamais. C'est ce que Pie VI fit entendre expressément, lorsqu'il se vit obligé, en 1791, de dénoncer les excès de l'Assemblée nationale. « Nous devons avertir, dit ce grand Pape, que notre intention n'est pas d'attaquer les nouvelles lois civiles auxquelles le roi a pu donner son consentement, ni de provoquer le rétablissement de V ancien régime de France. Le supposer serait renouveler une calomnie qu'on n'a affecté jusqu'ici de répandre que pour rendre la religion odieuse1. » Quelles étaient ces nouvelles lois que le Pape ne voulait pas attaquer ? C'était les loi? purement civiles relatives à la destruction des privilèges, \ l'égalité des impôts, à la gratuité de la justice, etc., qui, mettant fin à l'ancien régime, inauguraient la société moderne. Et non content de cette réserve si expressive , le Pape dénonce l'accusation dirigée contre lui dé vouloir rétablir Y ancien régime, et il l'appelle une calomnie odieuse. Tous les Papes du XIXe siècle ont parlé de même. Pour eux, il n'y a 'jamais eu ni ancien ni nouveau régime. Ils n'ont devant eux qu'une nation chrétienne, absolument libre de s'organiser comme elle l'entend , ut dans les ai-
1 Bref Quod aliquantulum , 10 mars 1791.
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faires politiques de laquelle ils n'ont pas à intervenir, si ce n'est pour affirmer ou pour défendre les principes de la religion qui seraient altérés, défigurés ou mis en péril.
C'est le sens de la célèbre Lettre de Pie VI à l'évoque de Troyes, de l'encyclique Mirari vos donnée par Grégoire XVI contre les excès de Y Avenir, de la bulle Quanta cura publiée par Pie IX. Prenez ces textes ; prenez tous les autres documents du bullaire des Papes au XIXe siècle; suivez -en la trame, toujours semblable à elle-même, et trouvez -y un mot, un seul, qui condamne la société moderne. II n'y a de condamné que la Révolution; que ses libertés périlleuses, poussées à l'excès, qui menacent la société moderne et qui pourraient l'empêcher de vivre. Entrons dans le détail.
La première chose que les Papes condamnent tous, mais qui n'appartient pas à l'essence delà société moderne, c'est la suppression du culte national, public; l'élimination dans le gouvernement de l'élément religieux; l'athéisme de l'État.
Je le répète, cet athéisme légal n'est nullement un des éléments de la société moderne. Il n'existe ni en Angleterre, ni aux Etats-Unis, ni dans la Suisse catholique, ni en Italie, ni en Espagne; il n'a pas toujours existé en France. Dans toutes ces nations, la société moderne se montre complète, parfaite, avec son beau régime de libertés publiques, couronné par la profession publique, nationale, de la religion.
Et quand je parle de religion nationale, je n'entends pas parler de religion d'État. Certes, il n'y a pas, en Amérique, de religion d'État. Cependant voyez, dans M. de Tocqueville, comment les choses s'y passent, quelle place
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la religion tient dans les assemblées politiques, dans les affaires communales , dans les moindres détails de la vie publique. Il y a partout un culte social, sans qu'il y ait nulle part de religion d'Etat. Supprimer cette profession publique de la religion , ce n'est donc pas compléter la société moderne; c'est la décapiter. Etonnez- vous alors si, partout où cet athéisme apparaît, la Papauté le condamne et le flétrit. En faisant cela, la Papauté ne condamne pas la société moderne, elle la défend.
Les textes ici seraient innombrables. Citons d'abord Pie VII. « Une grande douleur a rempli notre âme, lorsque nous avons vu la nouvelle constitution du royaume de France (1814) décrétée par le sénat de Paris et publiée dans les journaux. Nous y avons remarqué que la religion catholique y est entièrement passée sous silence, et qu'il n'y est pas même fait mention du Dieu tout - puissant par qui régnent les rois 1 . »
Citons encore Pie IX : « Vous n'ignorez pas qu'aujourd'hui il ne manque pas d'hommes qui osent soutenir que la perfection des gouvernements et le progrès civil exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n'existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie religion et les fausses ». »
Voilà la première erreur sociale condamnée par les Papes. Qui oserait prétendre que cet athéisme est de l'essence de la société moderne, et qu'en le condamnant ils ont condamné la société moderne? Ils n'en ont condamné que le chancre.
1 Bref Posl tam diurnas, 29 avril 1814.
2 Encyclique Quanta cura, 8 décembre 1864.
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Après cet athéisme social, ce qui préoccupe le plus les" Papes du XIXe siècle, ce sont les conséquences qu'on veut en tirer : une certaine liberté de conscience et une certaine liberté des cultes, absolument inacceptables. Ici encore , qu'on nous cite un texte , un seul , où les Papes aient condamné la liberté de conscience et des cultes , au sens où la société moderne les demande, c'est-à-dire comme une incompétence d'un gouvernement qui n'est plus chrétien , et comme le résultat d'une nécessité sociale. Ce qu'ils ont condamné, flétri avec une vigueur tout apostolique, c'est cette liberté de conscience, qui se dit de droit divin , antérieure et supérieure à toute loi religieuse , étant la conséquence nécessaire du libre arbitre que Dieu a donné à l'homme; et cette liberté des cultes, fille de l'athéisme social, qui prétend que toutes les religions doivent être honorées , protégées également , parce qu'elles sont toutes d'une égale valeur. Ecoutons Grégoire XVI : a Nous avons maintenant à signaler une autre cause de maux. C'est Yindifférentisme, c'est-à-dire ce système dépravé qui déclare que le salut éternel peut être acquis sous toutes les croyances religieuses, pourvu que les mœurs soient bonnes et la conduite honnête... C'est de cette source impure qu'est sortie cette autre erreur insensée , ou plutôt cet incroyable délire qui attribue à chacun le droit de réclamer la liberté de conscience * . »
Pie IX reprend la même proposition, et l'accentue. Après avoir parlé de l'athéisme dans le gouvernement, c'est-àdire de l'erreur de ceux qui prétendent qu'il faut organiser la société sans plus de souci de la religion que s'il n'y en avait pas , il ajoute : « En conséquence de cette idée abso-
1 Encyclique Mirari vos, 15 août 1832,
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îument fausse du gouvernement social , ils n'hésitent pas à enseigner que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme, qui doit être proclamé et assuré dans tout État bien constitué l. »
Voilà les deux passages les plus célèbres et les plus forts que l'on puisse invoquer contre la liberté de conscience et des cultes. Que voyez-vous là? Y voyez -vous la condamnation de cette liberté de conscience qui n'est que la proclamation de l'incompétence d'un État non chrétien ? Evidemment non. Ou bien y voyez -vous la condamnation de la liberté des cultes, acceptée comme le résultat d'une nécessité sociale? Pas davantage. Ce qui est condamné, c'est îa liberté dogmatique de conscience et des cultes, fondée sur ce principe, que toutes les religions étant également vraies ou également fausses , l'homme est absolument libre de choisir celle qu'il veut ou de n'en point choisir du tout. Et la preuve que c'est bien cette fausse liberté qui est condamnée, c'est que l'Eglise, nous Talions voir, n'a jamais hésité à permettre le serment de fidélité aux constitutions où la liberté de conscience et la liberté des cultes sont inscrites au sens où les honnêtes gens l'entendent.
Ce que nous disons de la liberté de conscience et des cultes est encore plus éclatant pour la liberté de la presse. Ici l'ombre d'un doute n'est pas même possible. Je défie qu'on cite un texte où soit condamnée autre chose que la liberté de la presse au sens révolutionnaire, t'est -à-dire la liberté absolue, antérieure et supérieure à tout droit, sans limites et sans contrôle.
Voici d'ailleurs les textes :
i Encyclique Quanta cura, 8 décembre 18G4.
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Pie VI, 10 mars 1791. Dans son bref adressé aux évoques de l'Assemblée nationale, le Pape blâme cette Assemblée d'avoir établi « comme un droit de l'homme en société cette liberté absolue qui non seulement assure le droit de n'être pas inquiété pour ses opinions religieuses, mais qui accorde encore cette licence de penser , de dire , d'écrire et même de faire imprimer impunément , en matière de religion, tout ce que peut suggérer l'imagination la plus déréglée; droit monstrueux qui parait cependant à l'Assemblée résulter de l'égalité et de la liberté naturelle à tous les hommes. »
Pie VII, 29 avril 1814. « L'expérience (de 1791 à 1793) a montré que cette liberté de la presse (telle qu'elle est inscrite dans la constitution de 1793, c'est-à-dire sans limites et sans frein ) a été l'instrument principal de la dépravation des mœurs , de la corruption de la foi et du soulèvement des séditions, des troubles et des révoltes. Ces malheureux résultats seraient encore actuellement à Graindre , vu la méchanceté si grande des hommes , si , ce qu'à Dieu ne plaise l on accordait à chacun la liberté d'imprimer tout ce quil lui plairait, a Si, quod Deus avertat, libéra cuilibet quse magis placeant typis mandandi potestas permitteretur ' . v
Grégoire XVI, 15 août 1832. Après avoir parlé de la liberté révolutionnaire et impie de conscience , le Pape ajoute : « Cette aberration désastreuse est favorisée d'ailleurs par la liberté totale et démesurée des opinions qui porte partout le ravage dans l'Église et dans l'Etat , aux applaudissements de plusieurs qui osent prétendre qu'il en résulte quelque avantage pour la religion. » Et plus
1 Bref Post tam diurnas, 20 avril 1814.
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bas : a Là se rapporte cette liberté funeste et dont on ne saurait avoir assez d'horreur, cette liberté de la presse pour publier quelque écrit que ce soit; liberté que quelques-uns osent demander avec tant de bruit et d'ardeur. »
PlE IX , 8 décembre 1864. « Il y en a qui n'hésitent pas à enseigner que tous les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions , quelles qu'elles soient, par la parole, par la presse ou autrement , sans que l'autorité ecclésiastique ou civile puisse le limiter. »
On a beau être infatué des libertés modernes , je le demande même à un homme qui ne croit pas : tout ceci n'est -il pas vrai? La liberté absolue d'émettre toute espèce d'opinions n'est-elle pas le péril souverain des peuples? N'est-ce pas ainsi qu'en ont pensé les plus grands esprits de ce siècle? La postérité un jour, revenue de nos illusions, considérera avec respect ces Pontifes romains que les entraînements modernes n'ont pu emporter, et qui ont tenu ferme, au milieu de l'orage, le flambeau des vrais principes, de ceux de la raison comme de ceux de la foi. Mais elle admirera en même temps leur modération et leur sagesse. Ils condamnent avec énergie la liberté des opinions et de la presse ; mais quelle liberté ? La liberté sage , réglée, contenue par de bonnes lois? Oh! non. Ils ne condamnent que la liberté illimitée, libertate immoderata; la liberté qui n'a aucun frein, freno omni adempto; la liberté absolue, sans contrôle, plena illaatque immoderata libertate opinionum; la liberté de manifester ses pensées quelles qu'elles soient, conceptas quascumque, sans que nulle autorité puisse imposer une limite, nulla auctoritate coarctandam,
Quel homme d'Etat, même sans religion, ne sentirait que c'est ici le langage de la vérité?
Eh bien! cette liberté condamnée, cette liberté sans frein, sans limites, est-ce la liberté que demande la société moderne, dont elle a besoin pour vivre? Nullement. Cette liberté -là n'a pénétré qu'une seule fois dans nos constitutions, en 1793 ^ Dans les seize autres constitutions qui se sont succédé de 1789 à 1880, la liberté qu'on demande c'est « une liberté soumise à la loi1, une liberté limitée par la loi 3 , une liberté responsable de ses abus devant les tribunaux4 ; une liberté limitée par les droits ou la liberté d'autrui ou la sécurité publique * a ; bref, une liberté sage, modérée, contenue par les freins nécessaires. Or cette liberté -là, on ne citera jamais un seul mot des Papes qui l'ait condamnée.
En résumé , vous pouvez feuilleter le Bullaire du xixe siècle ; vous y trouverez la condamnation de tous les abus qu'on peut faire des libertés publiques, de toutes les erreurs qui tendent à les fausser et à les dénaturer. Mais la condamnation de la société moderne, en elle-même, jamais !
* Constitution de 1793. — Art. vi. « Tout homme est libre de manifester sa pensée et ses opinions. »> — Art. vu. « La liberté de la presse et de tout autre moyen de publier ses pensées ne peut être interdite, suspendue ni limitée. »
2 Sénatus-consulte du 18 mai 4804. — Charte constitutionnelle de 1814.
3 Constitution de 1795. — Charte de 1830.
* Constitution de 1814. — Acte additionnel aux constitutions de l'Empire du 23 avril 1815.
* Constitution de 1848.
Allons plus loin. Non seulement les Papes n'ont jamais condamné la société moderne, mais ils ont traité solennellement avec elle, non pas une fois, mais dix fois, vingt fois. Ils ont permis aux évêques, aux prêtres, aux fidèles, de prêter serment aux différentes constitutions qu'elle s'est faite, et où sont inscrites les libertés publiques réclamées par elle : ce qui prouve, vu les circonstances, qu'il n'y a rien de coupable ni d'illicite dans ces constitutions.
Un peu avant, en 1790, quand il s'était agi de la constitution civile du clergé et que l'Assemblée nationale avait demandé le serment auxévèques et aux prêtres, le serment avait été énergiquement refusé; le Pape l'avait déclaré coupable, schismatique, et il avait frappé de peine tous ceux qui l'avaient prêté. Ici, il n'y eut rien de pareil; et dès qu'on demanda le serment aux constitutions de la société moderne, il fut partout aulorisé.
Plus anciennement, quand on exigea des catholiques anglais le serment d'allégeance, le Pape Paul V leur défendit de le prêter. « D'après les termes mêmes de ce serment, leur écrivait-il, vous devez voir qu'il est impossible de le prêter sans blesser la foi catholique et sans exposer son âme, car il contient des choses qui sont opposées à la foi et au salut'. » Donc, si les constitutions de la société
i Bref Magno animi mrp.rore. « Vobis ex verbis ipsis perspi-
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aioderne contenaient, elles aussi, des choses opposées à la foi catholique , ni Pie VI , ni Pie VII , ni Grégoire XVI n'auraient permis de leur prêter serment de fidélité.
Et ce qui donne encore plus de valeur à cette autorisation du serment , c'est qu'elle ne fut donnée par les Papes qu'après une enquête sérieuse sur le sens de certaines ex-
Dressions.
Ainsi en 1804, un peu avant le sacre de Napoléon, on communiqua à Pie VII le serment que l'Empereur devait prononcer à Notre-Dame. Ce serment contenait, entre autres articles, celui-ci : « Je jure de respecter et faire respecter la liberté des cultes. » Pie VII fut très ému de ce serment. Qu'était-ce que ce respect de la liberté des cultes ? Ce respect tombait -il sur la substance même des cultes et emportait -il l'acte intérieur d'approbation et de croyance à leur vérité dogmatique? En ce cas, le sacre devenait impossible. N'était-ce, au contraire, que la tolérance et la protection civile des personnes, sans aucune approbation des doctrines ni affirmation de leur vérité? A la bonne heure; mais alors il fallait le dire clairement. Des négociations s'ouvrirent donc, à la suite desquelles Napoléon fit assurer le Pape que ces expressions : respecter et faire respecter la liberté des cultes, ne s'entendent que d'un respect civil , et que d'ailleurs c'est une expression consacrée en France qui ne signifie autre chose que garantir1. Le prince de Talleyrand, ministre des affaires étrangères, d'une manière officielle *, le cardinal Fesch , d'une ma-
cuum esse débet quod hujusmodï juramentum salva fide cathoîica et salute animarum vestrarum praestari non potest, cum multa contineat quas fidei et saluti aperte adversentur. »>
1 Dépêche du cardinal Gaprara, 8 juillet 1804.
* Dépêche du prince de Talleyrand, 18 juillet 1804.
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nière officieuse x, renouvelèrent cette assurance , et le Pape tranquillisé se mit en route pour la France.
Un peu plus tard, en 1815, Louis XVIII ayant donné une constitution où il était dit : « Chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son culte la même protection, » le Pape voulut savoir quel était le vrai sens de ces mots : « une égaie liberté; la même protection. V> Voulait-on dire que tous les cultes étaient entourés d'une égale liberté parce qu'ils sont réputés d'une égale valeur? Alors le serment eût été une apostasie. Louis XVIII fit répondre par son ambassadeur que tel n'était pas le sens de cette constitution, a Sa Majesté très chrétienne , écrivit officiellement l'ambassadeur M. de Blacas, après avoir déclaré la religion catholique religion de l'Etat, a dû assurer à ceux de ses sujets qui professent les autres cultes qu'elle a trouvés établis en France le libre exercice de leur religion , et le leur a en conséquence garanti par la charte et par le serment que Sa Majesté y a prêté. Mais ce serment ne saurait porter aucune atteinte ni aux dogmes, ni aux lois de l'Eglise , le soussigné étant autorisé à déclarer qu'il n'est relatif qu'à ce qui concerne
x Lettre du cardinal Fesch au cardinal Gonsalvi, 29 août 1804: « Quant à la liberté des cultes, je me permettrai de rappeler l'attention de Sa Sainteté sur la réponse de M. de Talleyrand à cet article. M. le ministre y dit formellement que la liberté des cultes est absolument distincte de leur essence et de leur constitution; que la première a pour objet les individus qui professent ces cultes; la seconde, les principes et l'enseignement qui les constituent; que maintenir l'une n'est point approuver l'autre.
<• 11 suit évidemment, de cette déclaration expresse, que le serment de'respecter et de faire respecter la liberté des cultes n'exprime que la tolérance civile et la garantie des individus. Et c'est évidemment dans ce sens qu'il faut entendre la réponse de M. de Talleyrand. »
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l'ordre civil. Tel est l'engagement que le roi a pris et qu'il doit maintenir. Tel est celui que contractent ses sujets en prêtant serment d'obéissance à la charte et aux lois du royaume, sans que jamais ils puissent être obligés, par cet acte, à rien qui soit contraire aux lois de l'Église 1. » Après une telle déclaration , le Pape autorisa le serment.
Deux ans après, en 1817, le royaume des Pays-Bas s'étant donné une constitution à l'instar de celle de la France , et y ayant encore accentué davantage les libertés de conscience et des cultes, le Pape exprima les mêmes inquiétudes. La constitution des Pays-Bas disait :,« La liberté des opinions religieuses est garantie à tous. — Protection égale est accordée à toutes les communions religieuses qui existent dans le royaume. » La rédaction était assez mauvaise. Aussi le Pape prit de plus grandes précautions. Non content d'obliger le gouvernement à s'expliquer sur le sens de ces deux articles, il prescrivit lui-même aux évoques et aux prêtres le sens du serment qu'ils étaient appelés à prêter. Voici la formule qui leur fut envoyée : « Je , soussigné , déclare et proteste solennellement que, par le serment prêté à la constitution,, je n'entends m'engager à rien qui soit contraire aux dogmes ni aux lois de l'Eglise catholique, apostolique et romaine ; que jamais je ne ferai rien qui y soit opposé ; qu'au contraire je la soutiendrai en toute occasion, par tous les moyens possibles; et qu'en jurant de protéger toutes les communions religieuses de l'État, C'EST-A-DIRE LES membres qui les composent, je n* entends leur accorder cette protection que sous le rapport civil , sans vouloi par là approuver, ni directement ni indirectement, les
1 Dépêche de M. de Blacas <t« 15 juillet 1817.
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maximes qu'elles professent et que la religion catholique -proscrit. »
Le gouvernement accepta cette formule , et il fut déclaré par le Pape que les évêques et les prêtres ne devaient faire aucune difficulté de prêter serment à la constitution, le sens des termes où il est question de la liberté des cultes étant parfaitement établi et le serment n'ayant pour objet que la protection civile qui regarde les personnes, et non la tolérance dogmatique qui regarde les doctrines 1 . »
En 1830, la même difficulté se présenta. La religion catholique n'était plus déclarée religion de l'Etat, mais simplement religion de la majorité des Français. De plus, la liberté de conscience et des cultes était proclamée très haut. 11 y eut un moment d'hésitation parmi certains évêques. On s'adressa au Pape pour savoir si on pouvait prêter serment en ces termes : a Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Le Pape Pie VIII répondit que la question avait déjà était résolue, et que les explications données par les gouvernements précédents n'ayant pas été rétractées par le nouveau gouvernement, on pouvait prêter le serment.
Ces décisions si précises, si importantes du Pape Pic VII ont été le point àe départ de la conduite du Saint-Siège vis-à-vis de la société moderne. Successivement toutes les nations se sont donné des constitutions analogues et ont réclamé le serment des évêques, des prêtres. Les Papes n'ont phis même demandé aucune explication. Il a été admis par tous d'un commun accord que, quand on jure fidélité aux constitutions qui garantissent aux ptrso unes la
1 Lettre de M«r le prince de Meàn, archevêque de Matines, 13 novembre 1817.
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liberté de leur culte , on n'approuve pas pour cela les doctrines erronées qu'elles professent, et Von ne s'oblige à rien qui soit contraire aux lois de Dieu et de l'Église. Peu à peu cela est entré dans les mœurs et ne fait plus difficulté pour aucun esprit.
On remarquera que, dans cette préoccupation des Papes, il n'est pas question de la liberté de la presse. Dans toutes ces constitutions, la liberté de la presse est proclamée, non pas absolue, sans limites et sans contrôle, mais au contraire contenue par la loi et responsable devant elle. Le Pape ne s'en occupe pas; il ne voit pas là un obstacle au serment.
On remarquera aussi que le Pape ne s'arrête pas devant ce fait que la religion catholique n'est pas religion d'État. Assurément, il préférerait qu'elle le fût. Assurément aussi, il ne laisserait pas dire que c'est un progrès pour un peuple de n'avoir pas de religion nationale. Mais devant ce seul fait que la religion catholique n'est pas déclarée religion de l'Etat, le Pape ne s'arrête pas, et il permet le serment. La chose eut un grand éclat en 1802. C'était la première fois que le Pape traitait solennellement avec la société moderne. Il attachait une réelle importance à ce que , dans le Concordat, la religion catholique gardât la position qu'elle avait depuis des siècles d'être la religion publique, nationale de la France, professée par son gouvernement. Il insista vivement pour qu'on le mît en tête du Concordat. Napoléon n'y répugnait pas; mais, tenant à cœur cette grande affaire et craignant de soulever des difficultés qui la feraient échouer, il exigea que le préambule du Concordat constatât seulement que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des Français. Le Pape céda et signa le Concordat. Il en fut de mêiane en 1817 dans les Pays-Bas, en 1830 en France; et depuis
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il en a été de même partout. Là encore le Pape n'a pas vu un obstacle au serment.
Non seulement donc les Papes n'ont jamais condamné la société moderne, mais ils ont traité solennellement avec elle. Ils ont examiné ses constitutions où sont exprimées toutes les libertés publiques, notamment la liberté des cultes, et ils ont permis aux évêques, aux prêtres et fidèles de leur prêter serment de fidélité, c'est-à-dire de contracter ^'obligation de défendre au besoin et de protéger l'existence de ces constitutions; et par là ils ont montré bien haut qu'il n'y avait rien que l'Eglise ne pût tolérer en elles.
Soit, me dira-t-on, mais vous oubliez le Syllabus ; vous oubliez Témotion de la société moderne au moment où il iut publié. Et pourquoi se serait-elle émue, si elle ne s'y était pas sentie, condamnée? Non ; il y eut méprise. L'émotion vint d'un malentendu, créé et poussé à l'aigu par des passions diverses. Le temps, qui calme tout, a déjà amené sur cette pièce célèbre sa vraie lumière. On commence à comprendre qu'elle ne menace pas la société moderne ; qu'elle la défend et la protège. Elle n'en condamne que lu. erreurs; elle n'en signale que lus périls. Eile n'est pas d'ail leurs un acte du magistère infaillible du Pape; c'est un acte de son pouvoir direclif, exigeant, bien entendu, l'obéissance; un Prenez garde à vous! adressé à tous les évèque* pour leur signaler les' manœuvre! de l'ennemi.
On aimpra à connaître l'opinion d'un illustre théologien promu au cardinalat après avoir écrit cette page.
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« Le Syllabus, écrit le cardinal Newman, n'a pas de force dogmatique... Il doit être reçu du Pape comme un acte d'obéissance, non comme un acte de foi; et cette obéissance, il faut la montrer en ayant recours aux originaux et documents de l'autorité (allocutions et encycliques) auxquels il se reporte point pour point.
« De plus, quand nous nous en référons à ces documents de l'autorité, nous trouvons que le Syllabus ne peut même pas être appelé l'écho de la voix apostolique; car dans une matière où les mots sont d'une telle importance, ce n'est pas une transcription exacte des mots textuels du Pape , relatifs aux erreurs condamnées, comme cela semble naturel dans une condamnation qui vise une erreur spéciale.
« Le mot Syllabus signifie catalogue : la traduction l'appelle Résumé. Un résumé de quoi ? Je l'ai dit : un résumé de propositions que le Pape a qualifiées d'erronées depuis qu'il est Pape, dans différentes allocutions, encycliques et autres documents. Qui a tiré ces propositions de ces documents officiels pour les réunir ? Nous l'ignorons. Tout ce que nous savons, c'est que, par ordre du Pape, ce résumé d'erreurs a été envoyé par le ministre des affaires étrangères aux évêques. Le cardinal, par la même occasion, leur a envoyé l'encyclique de décembre 1864 qui est un document de l'autorité dogmatique. Le cardinal annonce .ans sa circulaire que le Pape lui a donné l'ordre d'agir insi. « Le Pape a pensé, dit-il, que peut-être les évêques n'avaient pas vu quelques-unes de ses allocutions et autres .ettres venues de l'autorité ou discours de ces années derrières; en conséquence, il a fait réunir les erreurs que depuis un certain temps il avait dénoncées telles, et cela pour l'usage des évêques. » Tel est le Syllabus et son but. 11 ne contient pas un mot de la main du Pape, il ne ren-
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ferme que les propositions erronées elles-mêmes, sauf le titre ainsi conçu : Syllabus contenant les principales erreurs de notre temps, qui sont notifiées dans les allocutions consistoriales, dans les encycliques et autres lettres apostoliques de notre Saint-Père le Pape Pie IX, Il y a une seconde addition : après chaque erreur se trouve un renvoi à l'allocution, à l'encyclique ou à tout autre document , dans lesquels cette erreur est condamnée.
« Le Syllabus doit donc être reçu avec une profonde soumission, comme ayant été envoyé par l'autorité du Pape aux évêques du monde. Il a sans doute indirectement sa sanction intrinsèque ; mais intrinsèquement aussi , ce n'est rien de plus que le classement de certaines erreurs fait par un écrivain anonyme. Il n'y aurait rien qui pût prouver que le Pape l'ait jamais vu, si l'imprimé appliqué sur la lettre du cardinal n'en démontrait l'évidence. Il n'y a aucune marque ni sceau qui prouve une relation directe avec le Pape. Quel est l'auteur? Sans doute quelque théologien supérieur ou quelque grand personnage. Serait-ce le cardinal Antonelli lui-même? Non, assurément. En tout cas , ce n'est pas le Pape , et je ne veux pas accepter ce document pour ce qu'il n'est pas. Je ne parle pas là comme si j'avais quelque peine à admettre et à condamner les erreurs qui y sont cataloguées, dans le cas où le Pape me le demanderait ; mais il ne l'a pas encore fait, et il ne peut conférer son magistère à d'autres. Je désire, avec saint Jérôme, parler avec le successeur de Pierre. J'accepte tout ce que le Pape propose en foi et morale ; mais il faut que Ge soit lui officiellement , personnellement et directement, car personne autre n'a pouvoir sur moi 1 . » I
1 Lettre adressée à Sa Grâce le duc de Norfolk à l'occasion
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On voit , dans ce très remarquable exposé , quel est le caractère des quatre-vingts propositions cataloguées dans le Syllabus. Elles ont toutes été condamnées par le Pape, mais pas avec les mêmes qualifications, ni dans des documents de même autorité. Elles ne sont pas toutes relatives à des questions de foi ou de mœurs, où le Pape est infaillible quand il parle ex cathedra, mais à des questions de dis~ cipline où il ne Test pas toujours. Un grand nombre portent sur des matières non révélées. Enfin le résumé de ces propositions, non composé par le Pape1, non envoyé par lui publiquement à l'Eglise universelle', non promulgué solennellement et affiché aux portes de Saint-Pierre', n'a pas même été signé par le Pape. Si le Pape avait voulu lui donner un caractère officiel , il l'aurait signé comme il a signé l'Encyclique auquel il était joint. Il ne l'a pas fait; en sorte que , bien loin d'y voir un acte du magistère infaillible du Pape, on ose à peine dire que ce soit un acte du Pape *.
des récentes publications de M. Gladstone, par John Henri Newman, de l'Oratoire.
1 On remarquera les paroles du cardinal Antonelll : « Comme il peut arriver que tous les actes, pontificaux ne parviennent pas à chacun des Ordinaires, le Souverain Pontife a voulu qu'On rédigeât un Syllabus de ces mêmes erreurs. »
2 « Le Pape m'a ensuite ordonné de veiller à ce que ce Syllabus fût envoyé à tous les évêques, afin que ces mêmes évêques tussent sous les yeux toutes les erreurs et doctrines pernicieuses qui ont été réprouvées et condamnées par lui. » Il ne les charge pas de les faire connaître aux fidèles; ce qui eût été nécessaire s'il avait exigé de tous facte de foi.
3 Le jour même de la définition de l'infaillibilité pontificale au Concile du Vatican, la constitution nouvelle fut affichée aux lieux d'usage par le Cursor apostolique, Louis Serafini. Il en avait été de même en 1854 , pour la définition de flmmacuiée Conception. Le Syllabus n'a été affiché nulle part.
4 Lors des fêtes. du centenaire, en 1867, un des commissaires
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Des quatre-vingts propositions que renferme le Syllabus, il n'y en a que quatre qui regardent la société moderne. Nous allons les examiner en elles-mêmes et dans les documents pontificaux d'où elles sont extraites 1 . Nous verrons qu'aucune d'elles n'attaque la société moderne, prise en elle-même; elles la défendent plutôt. Aucune d'elles, d'ailleurs, n'oblige à l'acte de foi.