PREMIÈRE ERREUR RELATIVE A LA SOCIÉTÉ MODERNE
[Prop. LXXVII.)
C'est une erreur de dire qu'à notre époque il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'État, à l'exclusion de tous les autres cultes.
Cette proposition est tirée de l'allocution prononcée par le Pape Pie IX en consistoire secret le 26 juillet 1855. Or on sait que les allocutions prononcées en consistoire secret ne sont pas et ne peuvent être , à cause de cela même , des actes du magistère infaillible. Déplus, cette proposition n'est pas dans l'allocution. On ne l'en tire que par voie de conséquence. Le Pape avait conclu avec l'Espagne un Concordat où la religion catholique était proclamée religion de l'Etat. La Révolution vient et brise le Concordat, sous prétexte qu'à notre époque il n'est plus utile que la reli-
chargés de rédiger l'adresse de l'épiscopat voulait mentionner le Syllabus; un prélat romain s'y opposa, disant que ce n'était pas, en soi et absolument parlant, un acte du Pape.
1 Encyclique, Syllabus et Documents auxquels renvoie le Syllabus, en français et en latin, par M. l'abbé Raulx, 2 vol. in-8° Paris, Lagny, 1865. Ouvrage très précieux pour ceux qui veulent étudier sérieusement le Syllabus.
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gion catholique soit considérée comme unique religion de l'Etat. Le Pape blâme les attentats de la Révolution , mais sans aucune mention de cette proposition. Elle n'est atteinte qu'implicitement dans son allocution.
L'erreur, du reste, ici est évidente. Que dans certains pays, par suite de la désunion des esprits, il ne soit pas possible que la religion catholique soit la seule religion reconnue par l'Etat, à la bonne heure 1 Le Pape lui-même l'a déclaré. Mais prétendre que là où L'unité religieuse existe encore, il faille la briser; qu'il faille porter la diversité des cultes et par conséquent la discussion, le trouble , là où règne la paix , et cela sous prétexte qu'il ne conviendrait plus à notre époque de conserver nulle part l'unité religieuse , c'est ce qui révolte le bon sens et la raison autant que la foi.
DEUXIÈME ERREUR RELATIVE A LA SOCIÉTÉ MODERNE (Prop. LXXVIII.)
C'est une erreur de dire que la loi a pourvu avec raison, dans quelques pays catholiques, à ce que les étrangers qui s'y rendent y jouissent de leurs cultes particuliers.
Cette proposition est extraite de l'allocution Acerbissimum, prononcée en consistoire secret le 27 septembre 1852. De plus, elle n'en est extraite que par voie de conséquence. Il y avait, dans la Nouvelle -Grenade, un peuple entièrement catholique. La Révolution arrive. Elle chasse les religieux , emprisonne les évêques , les prêtres . interdit les vœux, provoque les religieux à l'apostasie, et, ayant enchaîné le culte catholique, elle donne aux émi-
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grants, quels qu'ils soient, Chinois, Japonais, le pouvoir d'ouvrir, en public et en particulier, des temples et d'y enseigner toute espèce de doctrines. Le Pape gémit de tels attentats, les condamne énergiquement. On en conclut avec raison cette proposition générale , que c'est une erreur de prétendre que « la loi a pourvu avec raison, dans certains pays, à ce que les étrangers qui s'y rendent y jouissent de l'exercice de leurs cultes particuliers ». Cette proposition générale est vraie; cependant le Pape ne l'a pas formulée. Elle ne ressort qu'indirectement d'une allocution qui , d'ailleurs , prononcée en consistoire, secret , n'oblige pas à l'acte de foi.
TROISIÈME ERREUR RELATIVE A LA SOCIÉTÉ MODERNE (Prop. LXXIX.)
C'est une erreur de dire que la liberté civile de tous les cultes, et le plein pouvoir laissé à tous de manifester hautement et publiquement toutes sortes de pensées et d'opinions, ne contribuent pas à corrompre plus facilement les peuples ainsi qu'à propager le fléau de Vindifférentisme.
Cette proposition est extraite presque textuellement de l'allocution Nunquam fore, prononcée le 15 décembre 1856, par le pape Pie IX, en consistoire secret. Mais y a-t-il une âme honnête qui ne soit prête à la signer? Quoi 1 la liberté laissée à tous, même aux plus corrompus, de manifester hautement, publiquement, toutes sortes de pensées, même lubriques, toutes sortes d'opinions, même obscènes , ne contribueraient pas à corrompre les peuples I Et quoi encore! la liberté de tous les cultes, non seulement chrétiens, mais païens, mais immoraux, ne jetterait
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pas le peuple , si incapable de discerner la vérité , dans l'hésitation, dans le doute, dans l'indifférence! Où en eston, grand Dieul s'il faut prouver des propositions pareilles !