‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 35 sur 68 · DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS L'ÉGLISE PAR LE PAPE · texte numérisé non relu

DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS L'ÉGLISE PAR LE PAPE

Si Jésus -Christ est réellement présent dans la sainte Eucharistie, y est-il complètement présent? En d'autres termes, possédons-nous sous le voile de l'hostie tout ce que Notre- Seigneur avait apporté au monde en naissant, tout ce que les apôtres ont aimé et, admiré dans sa divine personne, tout ce dont les âmes ont besoin?

Evidemment non.

La première chose qui frappe quand on approche du tabernacle où Jésus-Christ réside , c'est le silence qui l'entoure. Jésus-Christ est réellement présent ici, mais il est muet; il ne parle pas. 0 Jésus! où est votre parole? Pourquoi ne nous l'avez-vous pas laissée? et est-ce vraiment continuer votre présence divine de l'Incarnation que de demeurer muet parmi nous?

Et non seulement Jésus -Christ ne parle pas au saint autel , mais il ne gouverne pas. Il nourrit les âmes ; il ne les dirige pas. Son ministère sacré, son pouvoir spirituel est aussi absent que sa parole 0 Jésus! qu'avez -vous fait

464 l'église

de votre houlette de pasteur, et pourquoi, voulant demeurer à jamais présent parmi nous, ne nous avez-vous laissé qu'une moitié de vous-même?

Car plus je m'approche du tabernacle, plus je fixe sur l'hostie consacrée ces longs et ardents regards qui percent les voiles, plus il me semble qu'il y a un Jésus-Christ qui n'y est pas.

J'y vois bien l'enfant de la crèche. Voilà sa naissance divine, son silence, son anéantissement comme à Bethléhem. J'y vois aussi l'adolescent de Nazareth, Voilà sa vie cachée, son incroyable obéissance. J'y vois encore le doux crucifié du Calvaire ; le corps est séparé du sang comme à la croix ; et si derrière ces apparences de mort je pénètre dans l'âme du Sauveur présent sous ces espèces séparées et brisées , c'est la même immolation , la même offrande à Dieu de son sacrifice pour nous. Que dirai-je enfin? voilà le divin enseveli. Le tabernacle a l'aspect d'un tombeau ; les linges sacrés ressemblent à des linceuls, et quand on approche , on parle bas comme dans une chambre que la mort a visitée.

Oui , toutes ces scènes de la vie de Jésus-Christ sont là , au saint autel. Elles font aujourd'hui notre joie et notre douleur, comme elles faisaient, il y a dix-huit siècles, la joie et la douleur de Marie et des apôtres. L'amour de Jésus a vaincu le temps ; il a triomphé des distances. Je vous bénis , mon Sauveur, de ne nous avoir pas laissé une présence réelle, morte, pour ainsi dire, mais active, vivante , agissante comme autrefois , et d'avoir perpétué et universalisé tous les grands actes de votre vie, votre crèche, votre croix et votre tombeau. Une telle magnificence dans l'amour me ravit d'admiration ; mais c'est la aussi, mon Sauveur, ce qui augmente mon étonnement et

V ÉG L 1 S g 465

nés regrets. Car enfin il y a une partie de votre vie qu'il îtait aussi facile de perpétuer que Vautre, et qui cepenlant n'est pas au saint autel. Il y a un Jésus que je cherche ious l'hostie consacrée , et que je ne trouve pas.

Ce Jésus qui parcourait les villes et les bourgades de la xalilée et qui enseignait la vérité publiquement, infailliblement et à tous, où est-il ? Ce Jésus qui condamnait les irreurs, qui démasquait les hypocrisies et empêchait les unes d'être victimes de l'ignorance ou du sophisme, où ;st-il encore? Ce Jésus qui choisissait ses Apôtres, qui leur mposait les mains et leur disait : Allez, enseignez toutes es nations ; les péchés teront remis à ceux à qui vous les renettrez, où est -il enfin?

C'est donc toute une moitié de vous-même qui me Banque , ô mon Sauveur ! et que je cherche en vain dans le tabernacle muet où vous ne parlez pas. Et quelle moitié le vous-même I J'allais presque dire la plus nécessaire lette parole infaillible qui seule peut empêcher les âmes it les peuples de flotter à tout vent de doctrine ; cette auorité souveraine et cette juridiction sainte sans lesquelles, lit l'Apôtre, nous ressemblerions à des brebis errantes ui n'ont point de pasteur. 0 Jésus ! est-ce là ce que vous ivez voulu? Vous nous avez donné la joie de venir à votre rèche et à votre tombeau comme les bergers et les saintes èmmes , et vous nous auriez refusé le bonheur de nous sseoir à vos pieds comme les apôtres, d'entendre la vérité ortir de vos lèvres, de vous proposer nos doutes quelqueois si cruels, de vous écouter et de vous obéir comme à lotre maître ! Cela est impossible ; et si toute une moitié e Jésus -Christ ne se trouve pas dans la sainte Euchaistie, c'est qu'elle est ailleurs.

Elle est ailleurs, en effet ; elle est au Vatican ; elle est*

466 l'église

dans le Pape. Le Pape est le second mode de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eglise.

Assurément Jésus-Christ aurait pu perpétuer et universaliser sa présence réelle par un seul mystère. Il ne l'a pas voulu. Pourquoi? Ne le cherchons pas maintenant; nous le verrons plus tard. Constatons seulement qu'il ne l'a pas voulu. Il a mieux aimé se cacher sous deux voiles. Pour contenter cet attrait du cœur qui aspire à ne pas quitter ceux qu'on aime, il s'est fait deux modes de présence réelle absolument différents, — car les grands maîtres ne se répètent jamais , — ineffables tous deux, et qui, réunis, forment l'extension totale de l'Incarnation , son épanouissement parfait à travers le temps et l'espace.

0 mystère des deux voiles sous lesquels se cache Jésus- Christ complet ! double miracle qui sert de pivot à tout le Christianisme! qui me donnera de vous comprendre, afin de mieux aimer Celui que vous me cachez ?

Page 1