‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 38 sur 68 · DE L UNION SINGULIERE QUI EXISTE ENTRE JESUS -CHRIST ET LE PAPE · texte numérisé non relu

DE L UNION SINGULIERE QUI EXISTE ENTRE JESUS -CHRIST ET LE PAPE

On peut maintenant se faire une idée juste du Pape. C'est Jésus -Christ caché sous un voile, et continuant par un organe humain son ministère public au milieu des hommes.

M. Olier, parlant du P. de Condren, disait : a II n'étoit qu'une apparence et une écorce de ce qu'il paraissoit être. 11 étoit comme une hostie de nos autels. Au dehors on voit les accidents et les apparences du pain ; mais au dedans c'est Jésus -Christ '. » Voilà l'idée vraie qu'il faut se faire du Pape.

Sans doute , la personnalité du Pape demeure entière. L'homme subsiste, avec sa liberté, sa responsabilité, dans l'intégrité parfaite de sa nature. Mais au moment où l'Église le choisit pour son chef, il est élevé, en vertu même de ce choix , et afin qu'il puisse remplir les devoirs du Vicariat sacré auquel il est appelé, à une union avec Jésus -Christ, d'un genre unique et qui ne ressemble à aucune autre.

* M. Failloc, Vis iz M. Olier, t. ! , ?. 838.

482 l'église

Ouvrez la sainte Ecriture, consultez la tradition, vous serez étonné, ravi, du caractère de cette union.

Le Pape parle, c'est Jésus- Christ qui parle. Le Pape enseigne une vérité, c'est Jésus -Christ qui enseigne cette vérité. Le Pape institue un évêque, Jésus -Christ institue cet évêque. Le Pape canonise un saint, accorde une indulgence, excommunie un pécheur; Jésus-Christ fait tout cela avec lui. Autant d'actes du Pape, autant d'actes de Jésus- Christ. Et il le faut bien admettre; car si on pouvait supposer un instant que , le Pape agissant dans le gouvernement de l'Eglise, Jésus- Christ n'agit pas avec lui et par lui; si on pouvait dire de bonne foi et avec raison ce qu'on prête à un accès de colère de Pascal : « Si mon livre est condamné par le Pape, il est absous au Ciel, » c'en serait fait de l'Eglise et de la Rédemption.

Pour donner une idée de l'union ineffable qu'il avait avec son Père , Notre-Seigneur disait : Quod Pater operatur, et ego operor 1 : « Ce que mon Père fait , je le fais aussi , » nous le faisons ensemble. On peut, toute proportion gardée, en dire autant de Jésus -Christ et du Pape. Ils agissent ensemble. Ils gouvernent ensemble l'Eglise. Ensemble ils la soutiennent, ils l' éclairent, ils la sanctifient. Cette communauté d'action éclate à toutes les pages de l'Évangile.

Voyez en effet : si l'Eglise nous est représentée dans les saints Livres comme un royaume, Jésus -Christ est son chef invisible , le Pape est son chef visible. Et comme après tout l'Église n'est pas un royaume divisé, comme elle n'a qu'un chef, qu'elle n'obéit qu'à une seule volonté, concluez de là l'union qui existe entre Jésus-Christ et le Pape.

t Joan. v, 17.

l'églisk 483

Si l'Église est un troupeau, Jésus-Christ en est le pasteur invisible, le Pape en est le pasteur visible; et le Saint- Esprit de se hâter d'ajouter qu'il n'y a néanmoins qu'un seul pasteur, comme s'il eût craint qu'on ne sentît pas assez que Jésus-Christ et le Pape ne font qu'un.

L'Église est -elle une maison? Jésus- Christ en est le fondement invisible, le Pape en est le fondement visible; si bien que vous croiriez voir une maison qui repose sur deux pierres liées et cimentées ensemble. L'une est sur le sol ; on la voit. L'autre est dessous ; elle échappe au regard. Mais la première ne va pas sans la seconde , et qui séparerait Tune de l'autre , ébranlerait le tout.

L'Église enfin est-elle représentée comme une vierge toute belle; comme une épouse pure et féconde? Jésus- Christ est son époux invisible, le Pape est son «époux visible; et cependant elle n'a qu'un seul époux. Uni viro virginem castam eœhibere Christo •. Voyez donc quelle union intime, ineffable, d'un genre unique, entre Jésus -Christ et le Pape.

C'est une sorte de compénétration mutuelle ; et l'esprit , ravi d'un mystère qu'il entrevoit, mais qu'il ne sait comment exprimer, ne trouve d'autres paroles que celles mêmes du saint Sacrifice. Per ipsum, et cum ipso, et in ipso.

Telle est la profondeur de cette union , qu'on n'en connaît qu'une qui lui soit supérieure. C'est l'union unique, extraordinaire, absolument mystérieuse, qui a existé et qui subsistera à jamais entre Jésus-Christ et sa divine Mère. Mais cette exception faite, affirmons hardiment que nulle autre union ne peut être comparée à celle-là, et que

» 11 Cor. ii , 2.

484 l'église

nul saint, si éminent qu'il soit, n'a jamais été uni à Jésus- Christ par grâce sanctifiante , autant que le Pape l'est par dignité.

Aussi l'Eglise , qui a plus que nous le sens des choses divines , ne sait comment parler du Pape. Aucune expression ne lui semble assez forte pour exprimer cette compénétration mutuelle qui fait de Jésus-Christ et du Pape son chef à la fois visible et invisible, et son unique époux. Elle reporte sur lui tout l'amour qu'elle a pour Notre- Seigneur. Elle l'entoure du même respect. Elle veut que nous nous mettions à genoux devant lui , que nous lui baisions les pieds, et que nous lui donnions les témoignages d'une vénération qui serait exagérée si elle ne s'adressait pas à Jésus-Christ, uni invisiblement et intimement à la personne même du Pape.

Voilà le mot divin de la grandeur de la Papauté , sa vraie auréole. Le Pape est grand, digne de nos respects infinis, non pas à cause de sa haute position, de son génie, de sa vertu personnelle, de son habileté politique, ni même à cause des services qu'il rend aux âmes et aux sociétés. Il est grand, parce qu'il est le Vicaire de Jésus- Christ, l'organe dont Notre-Seigneur se sert pour continuer son ministère divin au milieu des hommes, et le voile sous lequel il se cache pour servir d'épreuve à notre Coi et à notre amour.

Page 1