‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 43 sur 68 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

CE QU IL EN COUTERA AU PAPE POUR ETRE LE CENTRE ET LE FONDEMENT DE L'ÉGLISE

Mais quoil une telle œuvre sera -t- elle possible? Cette ombre, qu'on appelle l'homme, portera-t-elle l'Eglise? Y aura-t-il vraiment, sous la conduite de cet être qui passe, une éternelle société des âmes dans la lumière et dans l'amour ? Celui qui , soupçonnant le dessein de cette société divine, s'empara de Notre -Seigneur et le porta sur une montagne pour essayer de le vaincre, et qui, ayant échoué, se jeta sur lui et l'attacha à la croix afin d'anéantir à jamais son œuvre , n'essayera-t-il rien contre le Vicaire de Jésus-Christ , contre le Père des chrétiens ? N'aura-t-il pas recours à la séduction , à la ruse , et , au besoin , à la violence? S'il ne peut le faire tomber, ne cherchera -t -il pas à le tuer? Rouvrons le livre de l'Evangile et celui de l'histoire.

A peine Notre -Seigneur a investi le Pape de son éminente dignité qu'il arrête sur lui , non plus ce regard joyeux, enthousiaste, dont je parlais tout à l'heure, mais un second regard, ému, attendri, plein d'une compassion

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divine. Et le Seigneur dit à Pierre : Simon, Simon*. Il l'appelle deux fois , et par son petit nom , afin de mieux lui montrer sa tendresse, et de le préparer à la terrible confidence qu'il va lui faire. Voici que Satan a demandé à vous cribler tous comme on crible le froment. Quelle rage ! Vous cribler tous , comme le blé sous le fléau , comme le grain sous la meule! Mais f ai prié pour toi. Tous seront broyés, mais il n'a prié que pour un seul , afin qu'on sente bien la continuation du même dessein , que tout arrive à tous par un seul. J'ai prié pour toi, Pierre. Et qu'a-t-il demandé pour lui ? Qu'il ne soit pas broyé , moulu comme les autres? Non. Qu'il ne soit ni abattu, ni découragé, ni meurtri pendant le crible? Non. Qu'il ne fasse aucune faute? Non. J'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille point. Voilà ce qu'il a demandé.

Tout peut défaillir dans le Pape, excepté la foi. Tout peut s'affaiblir, même la vertu. La vertu peut disparaître ; elle est au Pape, son œuvre personnelle. La foi n'est pas à lui. Elle est à l'Eglise ; elle est aux âmes. Criblés, brisés, meurtris, tentés, défaillants même, les Papes se transmettront de génération en génération le flambeau lumineux que nul souffle ne pourra éteindre. J'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas. Voilà la prière de Celui qui a dit : Je sais, mon Père, que vous m'exaucez toujours1.

Et pourquoi Notre-Seigneur a-t-il demandé que la foi de Pierre ne défaille pas? Pour lui? Non. Pour qui donc? Pour les autres, pour l'Eglise, afin qu'il puisse fortifier ses frères. Et tu conversus confirma fraîres tuos. Eux aussi seront brisés, broyés, meurtris. Satan a demandé à vous

1 Luc. xxii, 31-34.

* Joan. xi, 42.

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cribler tous comme on crible le froment. L'évêque sera brisé, broyé dans son diocèse. Le prêtre sera humilié , calomnié, meurtri dans sa paroisse. Telle Église, l'Église de France aujourd'hui, l'Eglise d'Italie ou d'Espagne demain, passera par le feu. Mais Pierre sera toujours là pour les soutenir. Comme elles reçoivent de lui la juridiction, la lumière, elles en recevront la force. Le broyé soutiendra les broyés. Le meurtri communiquera aux meurtris l'énergie sainte qu'il recevra du ciel pour eux. Jésus n'en soutiendra directement qu'un, mais par lui tous les autres. Nous en avons tous les jours le spectacle divin sous les yeux. Debout au centre du monde, captif dans son Vatican qui demeure le trône de la parole libre, le Pape soutient ses frères. Il encourage les évoques persécutés ; il couronne les victimes ; il fait trembler les bourreaux. Qui ne se souvient de l'entrevue de l'empereur Nicolas et du pape Grégoire XVI! D'un côté un tzar tout-puissant, .dominateur d'une moitié de l'Europe, montant la tête haute, tout le monde le raconte encore à Rome, l'escalier du Vatican , ayant oublié dans son orgueil qu'il était le persécuteur de la Pologne catholique ; de l'autre côté un humble et pauvre vieillard. Mais quand il sortit, le fier monarque, il était pâle et abattu. Pour la première fois , il avait entendu la vérité éternelle. Les victimes étaient vengées ; le persécuteur était flétri. Et tu conversus confirma fratr es tuos. Qui n'a contemplé et admiré sous ce rapport la vie de Pie IX? Quelle série d'encycliques, d'allocutions consistoriales?. Quelle Église, attaquée, broyée, n'a été soutenue par lui? Quel évêque persécuté n'a été consolé, couronné? Quel excès de la Révolution n'a été flétri ? Sa voix a retenti d'un bout du monde à l'autre ? Et tu conversus confirma fr aires tuos.

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0 grandeur de ce ministère apostolique 1 0 éloquence ies bulles pontificales, où la majesté de l'autorité qui avertit et qui condamne est tempérée par la suavité de 'amour qui gémit et qui supplie ! Bonté de Dieu dans nos nalheurs ! Il y aura donc toujours, sur cette triste terre, me voix que ni l'erreur ni les passions ne pourront îtouffer ; une voix qui consolera les affligés , qui souiendra les victimes, qui flétrira les bourreaux, qui pieu*- •era sur les tombés; et qui, au milieu des démentis lonnés à la vérité, des défaites de la justice écrasée, des igonies de l'honneur et du droit, maintiendra, plus haut me toute clameur, la vérité , la vertu , l'honneur, la jus- ,ice, la liberté, aux applaudissements des âmes honnêtes v consolées et vengées I

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