LA DYNASTIE SANGLANTE
Satan a demandé à vous cribler comme on crible le froment Quelle demande ! Et comme il a usé de la permission l
Regardez la liste des Papes depuis dix -huit siècles. Il 1 en a deux cent soixante. Quel est celui qui n'a pas ét< criblé , moulu I
De saint Pierre à saint Melchiade, contemporain de Con stantin, on compte trente -deux Papes. Tous, si on ei excepte deux, sont morts martyrs. Et encore ces deua Papes ont été exilés pour la foi. Tous les autres ont èU décapités, lapidés, précipité* dans les fleuves, jetés au* bêtes de l'amphithéâtre. Où a-t-on jamais vu une dynastie qui commence par trente condamnés à mort? Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler, comme on cribh le froment.
Avec Constantin , le Christianisme monte sur le trône ; et de Constantin à Charlemagne, il y a soixante-deux Papes. C'est la paix, n'est-ce pas, le triomphe, le manteau de pourpre et la couronne ? Regardez. Le pape Libère est conduit en exil, à Bérée, en Thruce. Innocent Ier, Léon le Grand , sont exposés à la fureur d'Alaric et de Genséric.
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Saint Symmaque est attaqué à main armée dans les rues de Rome, et ses prêtres égorgés autour de lui. Jean Ier est ieté en prison, et succombe aux mauvais traitements de sa captivité. Agapit meurt en exil. Sylvère est pris par les émissaires des empereurs, fauteurs de l'hérésie, dépouillé de ses habits pontificaux , rasé et déporté dans une île où i\ meurt de faim. Vigile est arraché par les cheveux , par la barbe, de l'autel qu'il embrassait, et il périt en exil. Pelage II tombe victime de la peste, dans son palais transformé en hôpital. Grégoire le Grand apparaît tout en larmes au milieu de l'empire romain , qui s'affaisse. Saint Martin Ier est arraché de Rome , chargé de fers, et déporté dans la Chersonèse Taurique. Sergius Ier est enlevé de son palais et exilé pendant sept ans. Jean VI en aurait subi autant, si le peuple romain ne s'était révolté et n'avait chassé les envoyés de l'empereur. Les papes Constantin, Grégoire II et Grégoire III voient les empereurs organiser des conspirations contre leur vie, et sont toujours en danger de mort. Etienne III y aurait succombé, s'il n'avait poussé ce cri d'alarme , entendu par Charles Martel , Pépin et Charlemagne. Voilà la seconde période. Le manteau de pourpre est presque toujours teint de sang. Simon, Simon } Satan a demandé à vous cribler, comme on crible le froment.
Continuons. De Charlemagne à saint Louis il y a quatrevingt-quatre Papes. Est-ce la paix cette fois, la gloire, la vie heureuse? Non; le Calvaire continue. Saint Léon III, du vivant même de Charlemagne , est saisi par des séditieux et jeté demi-mort en prison. Saint Pascal Ier voit ses prêtres égorgés autour de lui , et n'échappe que par miracle à la mort. Grégoire IV a son palais enveloppé par les Sarrasins, qui pillent et profanent l'église Saint-Pierre.
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Saint Léon IV les bat en pièces à Ostie ; mais Jean VIII les voit revenir; il est enfermé prisonnier dans l'église Saint-Pierre, s'échappe à grand'peine, et meurt de chagrin en voyant le triste état de l'Italie. Etienne VI trouve Rome en ruines, les églises brûlées, les monastères pillés, et des milliers de captifs à recueillir et à nourrir. Léon V meurt de privations au fond du cachot où l'a jeté l'antipape Christophe. Jean X est étouffé par les ordres de Marozie et de Guy marquis de Toscane. Jean XI reste jusqu'à sa mort prisonnier au château Saint- Ange. Benoît V est assiégé dans Rome par Othon , qui lui oppose un antipape, et meurt en exil. Benoît VI est étranglé au château Saint- Ange. Jean XIV meurt en prison de faim et de misère. Grégoire V est dépouillé et chassé de Rome. Sylvestre II est empoisonné. Jean XIX abdique. Benoît VIII est obligé de quitter Rome et de s'enfuir jusqu'en Saxe. Grégoire VI voit les séditieux de Rome appuyés par Henri III , roi de Germanie ; commencement d'autres périls qui vont devenir épouvantables. Saint Léon IX tombe au pouvoir des Normands. Victor II est deux fois menacé du poison. Alexandre II, poursuivi par Henri IV, roi de Germanie, périt misérable et en fuite. Grégoire VII, vainement protégé par son génie et sa sainteté , meurt exilé à Saverne , en disant : « J'ai aimé la justice et haï l'iniquité, voilà pourquoi je meurs en exil. » Victor III périt empoisonné par ordre, dit-on, de Henri IV. Urbain II s'enferme dans le Colisée comme dans une citadelle, et y attend la mort de ses persécuteurs. Pascal II, n'ayant pas voulu sacrer Henri II, empereur d'Allemagne, à moins qu'il ne jurât de respecter la liberté de l'Eglise, est enlevé par lui, lié avec des cordes comme un criminel, et il expire à Bénévent de fatigues et de chagrin. Gélase II, jeté au fond
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d'un cachot, s'échappe à grand'peine et vient mourir à Gluny. Innocent I est fait prisonnier par Roger, duc de Sicile, et exposé à la mort. Lucien II, blessé d'un coup de pierre dans une émeute, meurt martyr de son courage à défendre les droits de l'Eglise. Alexandre II, pour échapper aux violences de Frédéric Barberousse, s'enfuit en France, l'asile ordinaire des Papes persécutés. Lucius III périt en exil. Urbain III meurt de chagrin en apprenant la prise de Jérusalem par Saladin. Nous arrivons ainsi à Innocent III, contemporain de Philippe-Auguste et de saint Louis. J'ignore ce que le moyen âge va réserver aux Papes, Mais jusqu'ici, quelle traînée sanglante! Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler, comme on crible le froment.
De saint Louis à Louis XIV, il y a soixante-deux Papes. Nous voici , sans doute , arrivés enfin au triomphe de l'Église , à sa domination sur le monde. Continuons à regarder la Papauté. Innocent III est à peine mort que les épreuves recommencent. Grégoire IX voit, du haut du fort Saint-Ange, les églises et les monastères de Rome incendiés par les Sarrasins que soutient Frédéric II, et il meurt de douleur en présence d'une conduite si odieuse de la part d'un prince chrétien. Innocent IV n'échappe aux attentats du même Frédéric qu'en se sauvant en France. Alexandre IV meurt exilé à Viterbe. Boniface VIII reçoit le soufflet de Philippe le Bel. Benoît XI meurt empoisonné, et, dit- on, de la même main ; ce qui heureusement n'est pas prouvé. Clément V vient se fixer à Avignon. La Papauté y demeure soixante-dix ans captive. Adrien VI, qui rentre à Rome , voit naître le grand schisme d'Occident et des douleurs de toute espèce. Quand le schisme d'Occident finit, le protestantisme commence. Léon X ne paraît pas tioupçonner le péril ; mais Adrien VI meurt de chagrin en
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voyant ses progrès. Clément VII est assiégé dans Rome par le connétable de Bourbon, dont l'armée, composée de protestants, pille les églises et proclame Luther pape dans la basilique même de Saint-Pierre. Sous Paul III, Jules III, Paul IV, la Papauté est crucifiée entre le protestantisme et Pislamisme. Saint Pie V brise ce dernier. Mais après avoir vu l'Angleterre, la Suisse, l'Allemagne, se séparer de l'Église, Sixte- Quint tremble de voir la France apostasier à son tour. Urbain VIII voit naître le jansénisme , et Alexandre VII le gallicanisme. Innocent XI reçoit de Louis XIV le soufflet de 1682. L'épreuve change d'aspect. Ce n'est plus l'épée, le poison, l'exil ; c'est l'emprisonnement moral, l'abaissement, l'humiliation. Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler, comme on crible le froment.
Faut-il achever ce tableau, et peindre la Papauté aux xvme et XIXe siècles ? Mais à quoi bon ? Clément XI , Clément XII, voient commencer une sorte d'insurrection générale contre Dieu et son Eglise. On les enferme dans Rome; on supprime leurs bulles. A Paris, à Madrid, à Naples, à Vienne, on ne permet plus à la parole pontificale d'entrer. Benoît XIV est contemporain de Voltaire. Clément XIII voit les jésuites chassés de partout. On met le poignard sur la gorge de Clément XIV pour qu'il les supprime. Pie VI est arraché de Rome et meurt captif à Valence. Pie VII pleure à Fontainebleau. Pie IX meurt à Rome, après avoir passé par Gaete, et avoir été dépouillé de son pouvoir temporel. Léon XIII ne peut pas se faire couronner à Saint -Jean -de- Latran , pas même à Saint- Pierre. Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler tous, comme on crible le froment.
Voilà l'histoire des Papes. Satan les a-t-il assez persécutés, brisés, meurtris 1 Quelle rage! Mais, dans cette rage,
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quelle faiblesse ! Qu'a-t-il pu contre eux ? Pierre , j'ai prié -pour toi ! Descendez dans les catacombes ; trente Papes y furent massacrés. Posez les lèvres sur ces tombes sacrées; vous y sentirez un parfum de vie , je ne sais quel arôme d'immortalité, et vous entendrez les pierres elles-mêmes crier : Pitrre, f ai prié pour toi! Allez voir les châteaux, les prisons où ont été enfermés Martin I , Léon III , Grégoire VII ; où ils sont morts , parce qu'ils ont aimé la justice et haï l'iniquité. Agenouillez- vous dans ces cachots vides ; là aussi vous sentirez ce même parfum de vie , ce même arôme d'immortalité, et vous entendrez au fond de votre cœur la même voix triomphante : Pierre, j'ai prié pour toi ! Ou , si ces temps sont trop éloignés , venez à Valence, allez à Fontainebleau, visitez Gaëte; ou mieux encore, entrez au Vatican, prosternez -vous aux pieds de Léon XIII ; et en voyant ce Pontife que tous abandonnent, mais contre lequel nul ne peut rien , entendez monter à votre oreille et chanter dans votre âme la même voix triomphante : Pierre , j'ai prié pour toi f