LE PAPE MOTEUR PERMANENT DE LA CATHOLICITÉ DE L'ÉGLISE
Pierre, m* aimes-tu plus que ceux-ci? Assurément tous le§ Apôtres ont aimé Notre-Seigneur. Ils sont morts pour lui. Ils se sont survécu dans ces grandes Églises apostoliques , héritières de leur esprit , dépositaires de leur cœur , et qui ont tant travaillé à faire connaître et à faire aimer Notre-Seigneur. Cependant, quand on étudie le prosélytisme de ces grandes Eglises apostoliques , il lui manque deux rayons divins, l'universalité et la perpétuité. Toutes ces Eglises sont mortes; elles ne prêchent plus Jésus- Christ. Même au temps où elles vivaient, jamais elles n'ont eu l'idée ni la prétention de le prêcher à la terre entière. Il n'y a que Pierre , dont la lignée lumineuse a reçu le don d'un prosélytisme perpétuel et universel, aussi long que les siècles et aussi vaste que l'espace. Pierre, m'aimes-tu plus que ceux-ci? Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime.
Considérez, en effet , cette sainte lignée des Pontifes romains. A peine Pierre l'a fondée , qu'elle rayonne autour d'elle l'amour de Celui dont le Pape est le Vicaire. C'est un feu qui envahit si rapidement toutes les villes d'Italie
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que l'histoire est incapable d'en suivre les progrès. Tl~ stantanément, en quelque sorte, il y a dans toute l'Ita lô des évêques envoyés par Pierre , et sacrés par lui chefs et pères des peuples qu'ils pourraient conquérir à Jésus- Christ.
Vainement les Alpes semblaient mettre les Gaules à l'abri de ce feu envahissant. Déjà saint Pierre et son troisième successeur saint Clément avaient envoyé saint Trophime à Arles, saint Martial à Limoges, saint Denys à Paris ; et si saint Irénée et ses compagnons étaient venus de la Grèce et du cœur de saint Jean , ils n'avaient pas oublié de passer par Rome , pour y recevoir la bénédiction qui féconde tous les apostolats. « Quelle Eglise, s'écriait Bossuet, a enfanté tant d'autres Eglises 1 D'abord tout l'Occident est venu par elle, et nous sommes venus des premiers. C'est vous, Seigneur, qui excitâtes saint Pierre et ses premiers successeurs à nous envoyer les évêques qui ont fondé nos Eglises1. » Et Innocent Ier : a II est manifeste que dans toute l'Italie, les Gaules, les Espagnes, l'Afrique , la Sicile , et les îles intermédiaires , personne n'a fondé des Eglises, si ce n'est ceux que Pierre et ses successeurs ont élevés au sacerdoce *. »
La Grande-Bretagne vient après les Gaules, et l'île des Saints est aussi la conquête directe de Pierre. Sa conversion définitive date du jour où l'illustre et saint Pape , Grégoire le Grand , aperçut sur le forum de jeunes esclaves, dont la beauté éblouissante le frappa. « Qui sont ces jeunes gens? demanda-t-il. — Ce sont des Angles. — Dites plutôt des anges. » A partir de ce moment, son
*' Discours sur l'unité de l'Eglise, IIe partie. * Innoc. I, Episî. ad Decenl.
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grand cœur rêve de donner à Jésus-Christ une si belle race. Il trace ses plans, choisit ses missionnaires, met à leur tête saint Augustin, ce grand homme si ardent et si sensé , un cœur d'apôtre dans une âme de Romain , et bientôt l'Angleterre est convertie. L'Ecosse la suit, L'Irlande l'avait précédée. Il y a au milieu des mers un trépied divin, d'où s'échappent tous les parfums de la foi et de i'amour.
C'est le même spectacle , quand on considère la conversion de l'Allemagne. Il n'est pas un des grands Apôtres du Nord qui parte pour sa mission sans avoir demandé et presque toujours été chercher à Rome la bénédiction de Pierre : saint Wilfrid, qui fait deux voyages à Rome, et qui, béni, soutenu, protégé par le Pape, sème la parole de Dieu dans la Frise et parmi les Anglo-Saxons méridionaux; saint Wilbrod, qui, après des travaux déjà féconds , vient à Rome et y est sacré évêque de la Frise parle Pape Sergius dans la basilique de Sainte-Cécile; saint Boniface, le grand missionnaire de l'Allemagne , que le Pape consacre dans l'église Saint-Pierre, et qui, chargé des bénédictions du Pape, après avoir déposé sur le tombeau du Prince des Apôtres son serment de fidélité, retourne s'enfoncer dans les forêts de la Germanie pour y achever sa grande œuvre de la conversion de l'Allemagne. Notons , comme étant venus également se prosterner à la confession de saint Pierre , et demander la bénédiction de son successeur , saint Corbinien , un des premiers prédicateurs du Christianisme dans la Germanie; saint Amand, qui a prêché sur les rives de l'Escaut et du Danube; saint Kilien, qui a évangélisé la Franconie; Paul, Formose, Donat, Léon, Marin , envoyés par le pape Nicolas Ier chez les Bulgares; Égidius , que Jean XIII dirigea sur la Po-
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logne; et Wilbald qui reçut une mission apostolique pour la Vandalie.
Il faut en dire autant de saint Anschaire , que le pape Grégoire IV institua son légat, pour répandre le Christianisme chez les Suédois , les Danois, les Islandais, et tous les peuples du Nord , frappant d'anathème quiconque tenterait d'arrêter sa marche; de saint Cyrille, fondateur de l'Eglise des Slaves , qui vint se reposer et mourir à Rome ; et de saint, Adalbert , qui poussa jusqu'en Prusse , où il fut martyrisé pour la foi, et où son sang engendra une foule de disciples enthousiastes qui achevèrent son œuvre.
Ainsi , c'est partout au souffle de Pierre que sont successivement évangélisées non seulement l'Italie, les Gaules, l'Espagne, la Grande-Bretagne, mais la Suède, la Hollande, l'Allemagne, la Prusse, la Pologne, la Russie, les immenses contrées du Nord. Partout Pierre a fait connaître son Maître. Il y a fallu du temps. Il y a fallu du sang. Combien de missionnaires sont morts en route! Combien se seraient arrêtés et assis sur le bord du chemin, épuisés, découragés, si la Papauté n'avait pas été là comme un général au milieu d'une bataille, lançant les uns , excitant les autres , relevant ceux-ci , bénissant , glorifiant, exaltant ceux-là, remplaçant les missionnaires vieillis par des troupes fraîches, et en définitive établissant l'Europe dans la plus solide de toutes les unités, l'unité de la connaissance et de l'amour de Jésus-Christ I Pierre, m' aimes- tu? — Oui, Seigneur, pourrait répondre l'Occident tout entier, nous sommes la preuve qiïil vous aime plus que les autres.
L'Orient pourrait en dire autant. Qui a pleuré sa chute en larmes plus amères ? Qui a fait des efforts plus constants, plus héroïques, pour l'arracher au schisme, à
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ï'hérésie, pour le donner, pour le rendre à Jésus-Christ? Du haut de celte Rome qui était comme un observatoire placé au centre du monde , du haut de ce palais pontifical où a retenti si joyeux le premier signal des croisades , d'où le dernier s'est échappé comme un gémissement , les Papes n'ont pas cessé, pendant trois siècles, d'exciter l'Europe à un soulèvement qui aurait été le salut de l'Orient. On a supposé aux Papes bien des motifs. Lisez leurs lettres, leurs discours dans les Conciles, leurs proclamations. Ils n'ont qu'un but : non pas seulement arracher le tombeau de Notre-Seigneur à ceux qui le profanent; ce qui serait déjà l'accomplissement de la parole de saint Pierre : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime; leurs motifs sont plus hauts. Ils veulent arracher les âmes aux séductions de l'hérésie et du schisme, les rendre à Notre-Seigneur, et lui en conquérir d'autres. Aussi à côté de ces armées de chevaliers qui vont à la conquête du tombeau du Christ, voyez, les précédant et les dépassan+ ces armées de missionnaires qui s'avancent silencieuse^ ment à travers les immensités de l'Asie. Où vont-ils ? Qui ies envoie? C'est Pierre. Et pourquoi? Pour gagner des âmes à Jésus-Christ.
a On a prétendu, dit M. de Maistre, que les croisades n'ont pas réussi; cela est vrai. Aucune n'a réussi. Mai» coûtes ont réussi * . » Elles ont éveillé l'imagination humaine. Elles lui ont révélé des espaces inconnus. Elles lui ont donné des pressentiments mystérieux. La terre ne pouvait pas finir là. Il fallait en faire le tour. Et quand ce tour eut été fait, et que Christophe Colomb eut découvei t l'Amérique, pendant qu'au bruit de cette découverte le
1 De Maistre I>u Pape, p. 9.
monde poussait des cris de joie, et que l'or, les diamants , les choses précieuses rapportées du nouveau monde , exaltaient les imaginations, dans une région plus haute , plus calme et plus sainte, les Papes n'étaient préoccupés que des âmes. A leur voix, une foule de missionnaires et d'apôtres s'élancèrent sur les traces de Christophe Colomb et de ses compagnons. Ils arrosèrent ces contrées vierges de leur sang le plus pur; ils protégèrent ses malheureux habitants contre l'ambition et la cupidité des Espagnols ; et, s'ils ne supprimèrent pas tous les abus, du moins, aidés et bénis par la Papauté , ils y établirent le règne de Jésus-Christ. On ne peut pas entrer ici dans tous les détails , produire toutes les pièces. Elles sont innombrables et elles sont admirables. C'est le commentaire éclatant du cri de saint Pierre : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime !
Cependant les Papes sentaient depuis longtemps le besoin d'organiser les missions , de les arracher à ces initiatives de zèle, sublimes mais intermittentes, et d'en doubler la puissance en leur donnant une direction unique. En conséquence, Grégoire XV établit, en 1622, la congrégation de la Propagande (De propaganda fide) , et son successeur, Urbain VIII, institua, en 1627, le collège du même nom, où devaient être élevés des jeunes gens venant de toutes les régions de la terre , et destinés à y retourner; parlant toutes les langues, mais n'ayant qu'un Dieu, une foi, un baptême, un cœur; symbole éclatant de l'universalité de l'Eglise dans sa divine unité. Quand on aime , on voudrait remplir le monde de la gloire de celui qu'on aime. Or c'est le résumé de la vie de la Papauté depuis dix-huit siècles. Pierre, m'aimes -tu plus que ctux-ci? — Qui, Seigneur, vous savez que je vous aime.