‹ Le christianisme et les temps présents (volume 4)Chapitre 9 sur 68 · LE GOUVERNEMENT DE L EGLISE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE L EGLISE CATHOLIQUE

Éludions maintenant le gouvernement de l'Église. Toute société a besoin d'un gouvernement; sans quoi elle périrait dans l'anarchie. Quel gouvernement assez beau 3e divin Maître va-t-il donner à la plus' belle des sociétés?

II y avait des siècles que le genre humain épuisait son génie à la recherche du plus parfait des gouvernements; et trois formes sociales se disputaient déjà, comme elles se disputent encore, les préférences de l'humanité.

D'abord la forme monarchique , la plus belle de toutes: C'est la forme divine, l'organisme du ciel.

Ensuite la forme aristocratique , belle aussi , plus humaine : le gouvernement confié à l'élite d'une nation, à ceux qui ont dans leurs ancêtres, dans le sang qu'ils ont reçu d'eux, dans les traditions d'honneur et de vertu comme aussi dans les conditions de fortune qui y sont

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jointes , les garanties d'un gouvernement plus noble , plus désintéressé et plus fier.

Enfin la forme démocratique, le gouvernement de tous par tous. Grand et magnifique gouvernement, si on pouvait arriver, dans une nation , à un tel point de culture , de vertu , que tous fussent capables de mettre la main à l'administration de la chose publique.

De ces différentes formes, laquelle Jésus-Christ va-t-il choisir? Le génie antique avait imaginé que si quelque législateur, inspiré de plus haut, pouvait prendre à la fois ces trois formes sociales et les fondre ensemble, il arriverait enfin à la perfection. C'est à ce parti que Jésus-Christ s'arrête. Il prend d'abord la forme monarchique, la forme divine; il y joint, dans une mesure dont nous verrons tout à l'heure la beauté, les deux formes humaines : la forme aristocratique et la forme démocratique; il les fond ensemble ; il les corrige l'une par l'autre, et il les mêle avec un tel art, dans des proportions si parfaites, que chacune d'elles y perd ses défauts , ses lacunes , et y trouve des beautés qu'on ne lui avait jamais vues. La forme monarchique y perd son absolutisme ; la forme aristocratique son orgueil, son exclusivisme étroit et jaloux; la forme démocratique sa turbulence et ses excès anarchiques. Il en résulte une constitution inconnue jusque-là : une et immuable comme une monarchie, active et ardente comme une démocratie; à la fois très souple et très résistante, d'une délicatesse exquise avec une force invincible ; très humaine par un côte , absolument divine par l'autre; et, dans sa partie humaine qui est la moindre, le modèle idéal, mais jamais atteint, de toutes les constitutions des peuples depuis dix-huit siècles Ouvrons l'Evangile et vérifions les idées par les faits.

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D'abord, avant tout, Jésus -Christ prend la forme monarchique. Il fait son Eglise de la terre à l'image de son Eglise du ciel. Un seul troupeau et un seul pasteur. C'est la beauté parfaite. Des milliers d'astres semés dans les espaces infinis, avec un seul centre autour duquel ils tournent tous en groupes harmonieux.

Ce centre, Jésus -Christ le choisit dès le premier jour dans la personne de Pierre et de ses successeurs, et il procède à ce choix avec une lenteur calculée , afin que h monde voie bien que rien ici n'est dû au hasard. Si Pierre fût venu le premier à Jésus, on aurait dit que c'était là la cause de tous ses privilèges. Il faut donc qu'André et Jean viennent d'abord, et qu'André aille chercher son frère. Mais dès que celui-ci apparaît, le dessein commence à se manifester. Jésus, dit l'Evangéliste , le regarda fixement et lui dit : Tu es Simon, fils de Jean; désormais tu l'appelleras Pierre * , c'est-à-dire Rocher. Voilà un premier Irait. Son nom vulgaire est remplacé par un nom symbolique et significatif, dont l'avenir expliquera le sens.

Un peu après, Jésus monte sur une montagne, et, aprèi avoir beaucoup prié , il choisit ses apôtres , au nombre de douze; en souvenir probablement des douze tribus, et comme pour greffer sa hiérarchie nouvelle sur le tronc antique. Or voici, dit saint Matthieu, le nom de ces douze Apô-

1 Joan. 1, 41.

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ires. Le premier est Simon qui s'appelle Pierre '. Pourquoi le premier? C'est Jean qui le premier a parlé au Sauveur. C'est André qui le premier a crié : Invenimus Messiam, nous avons trouvé le Messie. Pourquoi Pierre passe-t-il avant eux ? Pourquoi ? parce que le Maître l'a voulu. Il n'y a pas d'autre raison.

Mais peut-être n'est-ce là qu'un titre, une pure préséance ? Continuons à lire et à écouter. Notre- Seigneur s'enfonce dans. la solitude aux sources sacrées du Jourdain. En route , il interroge ses apôtres : Qu'est-ce donc que Von dit du Fils de l'homme? Ils lui répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, les autres Êlie ou Vun des prophètes. Jésus reprit : Et vous, qui dites-vous que je suis? Simon dit :

VOUS, VOUS ÊTES LE CHRIST , LE FlLS DU DlEU VIVANT.

Ecoutez la réponse de Jésus- Christ. Elle est d'une majesté, d'une autorité , d'une force, d'une simplicité, d'une grandeur singulières : Tu es bien heureux, Simon, fils de Jean , parce que ce n'est ni la chair ni le sang qui font révélé ces choses, mais mon Père qui est dans le ciel. Et MOI JE TE dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église,

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