LE CKKDO HEU CATACOMBES
Cette antiquité et cette immutabilité du Credo, Dieu a permis qu'on en eût de nos jours une preuve inattendue et irréfutable. On vient de le trouver peint sur les murs des catacombes.
On dirait que Dieu, qui est bon pour les hommes et qui augmente la lumière à mesure que se multiplient les ténèbres, avait tenu en réserve, pour les temps présents, deux arguments d'un genre nouveau, deux villes enfouies sous terre il y a quinze siècles , enterrées toutes vives et destinées à ressusciter ensemble au XIXe : la ville païenne de Pompéi et la Rome chrétienne des catacombes. L'une brillante de marbres, de peintures, peuplée de statues; mais si pleine d'impudicités que, bien que les musées de Naples soient remplis de nudités de toutes sortes extraites de Pompéi , il a fallu faire un musée spécial pour y cacher, sous ce titre honteux ogetti osseni, des infamies que le soleil éclairait alors et que le regard des chrétiens ne pourrait plus supporter; l'autre, où il n'y a ni or ni argent , mais toute radieuse ùe foi , pleine de chastes pensées
et d'idéales représentations. Celle-ci, la ville de la chute; celle-là , la cité de la Rédemption et du Credo.
Descendons-y, et venons lire, sur ses murs sacrés, chacun des articles de notre symbole.
Lorsqu'on pénètre pour la première fois dans les catacombes, une grande émotion saisit l'âme. L'obscurité de ces demeures souterraines, l'étroitesse de ces longs corridors , ces tombes superposées en étages de chaque côté , le souvenir des affreuses souffrances qui ont rempli pendant trois siècles ce berceau sanglant du christianisme, tout concourt à produire une sorte de terreur religieuse. Mais lorsque, passant de chambre en chambre, on arrête les yeux sur les. peintures des voûtes, sur les innombrables inscriptions des tombes, peu à peu la terreur se dissipe, il y a, dans ces peintures, une jeunesse, une vie, une fraîcheur, j'allais dire une gaieté , une espérance rayonnante et radieuse à laquelle on ne s'attendait pas et qui relève l'âme. Pas un cri de douleur; pas une plainte; pas une de ces indignations légitimes, de ces saintes colères dont les psaumes sont remplis. Vous n'y trouverez ni le Quare fremuerunt gentes, ni le Usquequo, Domine; pas même le Super flumina Babylonis. On se sent dans le royaume de l'Agneau, dont la douce image, rayonnant partout, unie à celle de la colombe, remplit l'âme de paix, dVspérance, de pardon et d'amour..
Les copies inexactes et si grossièrement faites de ces in-
comparables peintures ont répandu dans le monde l'idée que l'art était absent des catacombes. M. Raoul Rochette, en nous les révélant, nous les a gâtées. J'en étais encore à cette impression lorsque je commençai à les étudier. Quelle ne fut pas ma surprise d'y rencontrer à chaque pas des traces du plus grand art! Ce n'est souvent qu'un trait rapide et comme improvisé ; mais en faut- il quelquefois davantage pour produire les plus grands effets? Que d'heures j'ai passées dans la galerie des Uffizi de Florence à contempler les crayons ou les dessins à la plume de Raphaël , de Michel-Ange , de Léonard de Vinci ! Il y a là telle Vierge, jetée par Raphaël sur un bout de papier, jamais réalisée, et qui émeut jusqu'aux larmes. Il en est de même dans les catacombes. La largeur du style, le feu de l'exécution , ces figures jetées si négligemment et si bien réussies, ce naturel, cette vie surtout, cette absence de tout archaïsme et de toute convention me plongeaient dans l'étonnement. Je n'osais dire à personne ce quej'en pensais; je n'osais pas me l'avouer à moi-même. Souvent, après avoir étudié les sculptures de la colonne Antonine, les peintures de la maison des Césars d'Ostie, je redescendais dans les catacombes; j'y retrouvais le même art, le même coup de pinceau, mais rajeuni, me semblait-il, vivifié par un souffle plus haut. Je m'arrêtais à contempler cette admirable Vierge-Mère du cimetière de Sainte-Priscille, où l'enfant a un mouvement qui rappelle celui de Raphaël au musée du Louvre; ou encore la Vierge- Mère du cimetière de Sainte-Domitille, où l'enfant recueilli, pensif, enveloppé de blanc et radieux, fait songer aux miniatures du bienheureux Angelico ; ou encore cette scène incomparable de l'Annonciation, d'un pinceau tout grec; ou enfin le Bon Pasteur des cryptes de Lucine. Si ce n'est pas là, me di-
sais-je, du grand art, où y en a-t-il? Mais, je le répète, je n'osais pas m'avouer ces pensées, craignant d'être dupe de mon enthousiasme Je ne le fis que lorsque je vis les meilleurs juges, M. de Rossi, un homme de tant de science *, M. Vitet, un homme de tant dégoût 2, MM. Kùgler, Northcote et Brownlow, en Angleterre 3, M. Welcker, en Allemagne, proclamer tout haut ce que, depuis plusieurs jours , je murmurais tout bas.
Ce qui a induit en erreur, c'est qu'il y a de tout dans les catacombes : toutes les conditions et tous les âges, et par conséquent tous les pinceaux; sur la tombe des pauvres, quelques coups de crayon informes ; sur celle des riches , mais des riches inhumés au IIIe, au IVe, au Ve siècle, des peintures roides, empesées, sans valeur artistique. On a tout publié pêle-mêle, sans discernement; et les fresques antiques, reproduites d'ailleurs d'une manière infidèle, n'ont pas été remarquées dans cet ensemble fait pour dérouter et dégoûter le public.
Il était grand temps que M. de Rossi parût et que la vraie science commençât son œuvre. M. de Rossi a été le Christophe Colomb des catacombes. Il a déblayé les cryptes inconnues ou les cryptes déjà découvertes , mais non comprises; il en a étudié les caractères chronologiques pour en restituer les vraies dates. La disposition delà maçonnerie, la nature et la teinte des enduits, l'emploi des stucs et des mosaïques, l'estampille des briques, la paléographie et
1 Rossi, Roma sotlerranea, t. I, p. 196-197, et en une foule d'autres endroits.
2 Vitet, Études sur l'histoire de l'art, tom. I, p. 197 et suiv. Journal des savants; sept. 1862.
3 Kiïgler, Handbook of pinting. in Ilaly , tom. It p. 14. — Spencer Northcote et William Brownlow, Rome souterraine. Traduit par Allard, 1 vol. in-8°. Paris, Didier. Voir passim.
l'épigraphie des inscriptions, le style des peintures; il a tout appelé à son aide, et il est parvenu ainsi à discerner l'âge des différentes catacombes, à distinguer celles qui ont été ornées aux 111e et IVe siècles d'avec celles qui l'ont été au IIe; d'avec celles, précieuses entre toutes et incomparables, dont l'ornementation a été contemporaine des apôtres. Ce travail est fait aujourd'hui, définitivement fait, accepté par tous les savants de l'Europe; et, sauf pour quelques détails , on n'y reviendra pas. Or, un des beaux résultats de ce travail, c'est que plus les cryptes sont antiques , et plus aussi le style est pur, de même main que les fresques de Pompéi ou de la maison des Césars à Ostie, avec quelque chose de plus vivant, de hardi, de souple, d'élancé, sacrifiant moins à la routine et rajeuni par le sentiment.
Au premier rang de ces cryptes précieuses , rivales de ce que l'art romain du Ier siècle a eu de plus beau, il faut placer le cimetière de Sainte -Priscille , sur la voie Salaria nova, dans la propriété du sénateur Pudens, contemporain et disciple des apôtres. Au centre de ce cimetière est la chapelle, connue sous le nom de Chapelle grecque, à cause de ses inscriptions en lettres grecques d'une beauté classique, et dont les fresques et les stucs en relief rappellent à la mémoire les plus beaux jours de l'art gréco-romain. Elles n'ont de rivales que les fresques de la crypte de Domitilla , sur la voie Ardéatine. Là se trouve cette fameuse voûte, couverte dans toute sa longueur par une peinture d'une beauté exceptionnelle, représentant une vigne dont les branches se répandent sur les murailles avec la liberté et la souplesse de la nature; des oiseaux volent sur les branches; de petits amours ailés cueillent le raisin. Tout cela respire le charme de l'art romain au Ier siècle.
Çà et là, on distingue encore quelques paysages dans le goût pompéien ; chose très-rare dans l'art des catacombes, même à cette époque , et qui ne se retrouvera plus.
Il faut mettre à côté, et peut-être au-dessus des cryptes de Sainte-Priscille et de Sainte-Domitille, les deux Cubicuîa si célèbres du cimetière de Lucine, où sur de beaux stucs s'étalent les plus remarquables fresques. Par la grâce des détails et la perfection du dessin , elles rappellent les arabesques charmantes des thermes de Titus que Raphaël a reproduites danslessfcmze du Vatican. Ellesdoivent être de la même époque. « Le savant M. Welcker, si habile dans la connaissance de l'antiquité , a déclaré qu'on ne pouvait pas les reculer beaucoup plus loin que la fin du Ier siècle1. » Notons encore le cimetière de Prétextât, dont l'étage inférieur, déblayé en 1850, présente les caractères de l'antiquité la plus reculée, et dont les belles fresques, enthousiasmant M. de Rossi, lui firent concevoir, dans ce souterrain même, la pensée de son grand ouvrage, ïa Roma sotterrenea 2.
C'est à travers ces cryptes primitives qu'ont été ramassés ces médaillons de verre , travaillés à la pointe et couverts de figures dorées, qu'on conserve aujourd'hui avec tant de soin dans les vitrines du Vatican. « On sait par quelle délicatesse et quelle beauté de dessin ces médaillons se distinguent, soit qu'ils représentent le bon Pasteur ou autres symboles favoris des premiers chrétiens , soit qu'ils reproduisent les nobles traits des apôtres Pierre et Paul
1 Gaston Boissier, Revue des Deux Mondes, tom. LIX, p. 172.
* Bullet. di arch. crist., 1872, p. 64. « Là, dans ce souterrain, dit M. de Rossi, je conçus la méthode qui devait diriger mes travaux; une vive clarté illumina mon esprit, et j'arrêtai le dessein de la nouvelle Roma sotterranea. •
vus de profil ; on sait aussi combien , dans ces fragiles monuments, la grandeur, la pureté des lignes et le sentiment tout antique se marient heureusement à une sorte de suavité chrétienne, et en font des œuvres absolument nouvelles et d'une exquise originalité*. » C'est là aussi, au milieu des débris de ces cryptes antiques, qu'a été trouvé ce bronze merveilleux représentant les deux apôtres, œuvre unique en son genre par la beauté du travail , pa* la noblesse des types, et qui l'emporte peut-être même sur les plus beaux verres gravés. Mais surtout c'est là, dans les fouilles pratiquées au-dessus du cimetière de Sainte- Agnès, qu'a été découverte cette tête de Notre-Seigneur en terre cuite , l'idéal de la beauté humaine. Il y a je ne sais quelle adorable fusion du génie grec et du génie romain dans ce profil si pur, si fin, si majestueux, et en même temps je ne sais quelle empreinte du génie chrétien dans la bonté et la beauté surhumaines qui caractérisent cette noble figure. « Nous n'oublierons jamais les larmes d'admiration qu'arracha à un de nos plus grands peintres ( Ingres ) la vue de ce chef-d'œuvre , lorsque nous le lui montrâmes pour la première fois *. »
Et cependant, si grande qu'elle soit en moi, ce n'est pas la passion de l'art qui me poussait dans les catacombes et qui m'y retenait. J'y voyais bien autre chose, un spectacle tout autrement émouvant. Le Credo catholique m'y apparaissait peint sur les murs jusque dans ses moindres détails. Les travaux de l'illustre Bosio a, de Boldetti 4, de
1 L. Vitet, Éludes sur l'histoire de l'art, tom. I, p. 238. s Perret, Les Catacombes, tom. VI, p. 62.
3 Ant. Bosio, Roma solterranea, 1 vol. in-folio. Roma, 1632.
4 Boldetti , Osservationi sopra i cvmiteri de santi martiri ed antichi cristiani di Roma. Roma, in-folio, 1720.
Bottari *, aux xviie et xvme siècles, en avaient laissé entrevoir quelque chose; mais c'était encore incomplet, vague, inexpliqué , discutable. Il y avait d'énormes lacunes. Aujourd'hui , mais depuis quelques années seulement , l'évidence est complète. Il n'y a plus à discuter. On n'a pas seulement un plus grand nombre de peintures , on a leurs dates précises. Et , chose digne d'arracher des larmes de joie, c'est précisément dans les cryptes les plus antiques, contemporaines des apôtres, que sont non-seulement les fresques les plus belles, mais les plus dogmatiques, les représentations les moins discutables, les plus évidentes de nos dogmes. Cette chapelle de Sainte-Priscille, par exemple, couverte de peintures si anciennes, qui respirent l'art le plus pur du Ier siècle , on a pu l'appeler la Crypte de Marie, à cause des nombreuses images qui se rapportent à la vie de la Mère de Dieu 2. Elle en contient quatre ou cinq que nous étudierons, deux surtout, contemporaines des apôtres, et dont l'éclat radieux illumine toute cette catacombe d'un rayon divin. Et cette autre crypte , sa rivale en antiquité , en pureté de style , la crypte de Lucine, on a pu l'appeler la crypte du Baptême et de la sainte Eucharistie, tant ces deux dogmes y sont clairement confessés et curieusement peints. Qui ignore que Fillustre P. Marchi, étudiant la crypte de Saint-Callixte , a donné à ses chambres merveilleuses le nom de Chambres des Sacrements que tous les archéologues leur ont conservé? Et que dire du cimetière de Domitilla et de ses fresques antiques, où pour la première fois apparaît l'image des apôtres sous la forme de pêcheurs , assis et tirant un poisson à l'amorce
1 Bottari, Roma sotterranea , 3 vol. in-folio, 1720.
2 Dom. Maurus Wolter, abbé des bénédictins de Deubon, ec Allemagne, Les Catacombes de Rome, 1 vol. in-U&, p. 40.
de leurs lignes ? « Il y a , dit un auteur, une particulière émotion à penser que les peintres de ces images ont connu très - probablement ces fameux pêcheurs d'Orient, qui avaient entendu et réalisé cette prophétique parole» C'est la plus minutieuse analyse qui conduit à cette conclusion *. »
Approchons-nous donc de ces murs sacrés dont nous savons maintenant la date. Et si, au xvie siècle, à mesure que les fouilles mettaient au jour des marbres illustres, T Apollon du Belvédère, le Laocoon, on voyait des prêtres, des évêques, des papes s'émouvoir et contempler à genoux les merveilles du génie humain , serait-ce trop de demander, même à des hommes encore faibles dans la foi , de s'arrêter un instant devant les peintures des catacombes, enfouies sous terre depuis dix-huit siècles , et d'y contempler avecétonnement et gravité, avec une pieuse curiosité, ce vieux Credo catholique, émergeant de l'ombre, dans une fraîcheur, une beauté et une vie inattendues.
Le premier article du symbole, Credo inunum Deum, est-il besoin de le dire? est écrit sur tous les murs. Nonseulement la foi dans l'unité de Dieu , ce qu'il est inutile de démontrer*, mais la foi dans son adorable Trinité, la
i M. de Richemont, Nouvelles Éludes sur les catacombes romaines, 1 vol. in-8°, Paris, p. 334. Ouvrage très-savant et trèsconsciencieux.
2 Parmi les inscriptions, on lit: IN UNU DEÛ CREDIDIT. Et un très-ancien graffîlo du cimetière de Callixte porte : ME- SUR1 IN E>EO CREDET.
foi explicite à chacune des personnes divines. Ce sont partout , sur les tombes, des acclamations comme celles-ci : Vivas in Deo '. In Deo 2. 'Ev ®eu> s. IL's ev 0s<3 *. Ensuite la foi en Jésus-Christ. Augurine in Domino et Jesu Christo 8. Vax Bomini et Christi cum Faustino Attico 6. Ponti vivas in Deo Christo 7. On remarquera cette dernière expression , où la foi à la divinité du Christ est exprimée en termes si nets. Enfin la foi au Saint-Esprit. Vibas ( vivas ) in Spirito sancto 8. Paulus Evochiati Spirito sancto 9. Severa Spiritu sancto casta, pudica et inviolabilis semper 10.
Il y a même , dans certaines inscriptions , une nuance délicate que M. de Rossi fait remarquer avec soin. Voici par exemple l'inscription d'une chrétienne nommée Christine :
Xptffxiva fj èv 0sq) xai XpiaitS iu<7T£vxaxa Christina quœ in Deo et in Christo credidit.
Il y a là une reproduction exacte du Credo , tel qu'on le récitait dans l'Eglise romaine. Ailleurs, dans les Églises d'Orient et d'Occident, on disait : ILcOeuw sç sva @edv. Credo in unum Deum. Dans l'Eglise romaine au contraire, par ..dite d'une tradition immémoriale et antinicéenne, c'est Rufin et saint Ambroise qui nous l'apprennent, on ne
' Rossi, Rom. sotter., tom. II, p. 304. Tavol. XLI, n°2S. t Tavol. XLIX,10etl8.
s Tavol. XXIX, 2.
* Tavol. XLVII, 7.
* Tavol. III, tavol. XXXIX, 30.
e Tavol. XLVII , 52.
7 Tavol. XLII, n°3.
» Tavol. XLI, 20.
^ Tavol. XLIII,n°32.
i° Musée du Vatican. Inscript, du ue siècle.
mettait pas le mot ëva , unum. De plus , au lieu de dire : Credo in Deum, on disait : Credo in Deo. Exactement comme le porte l'inscription. On ne peut pas avoir, par l'épi— graphie, une preuve plus éclatante de l'antiquité du symbole *.
Mais ce n'était pas assez de professer la foi aux trois personnes de la sainte Trinité , on cherchait à représenter leur unité divine; et de bonne heure on y employa un signe peu étudié et peu observé jusqu'ici : le triangle. Alin de fixer le regard des fidèles, on l'accompagnait de l'A et de Q, ou du monogramme ^L? 2. On employa aussi dans le même but le trident, lequel dans notre pensée n'est pas l'image de la croix, comme on le dit, mais l'image voilée pour les infidèles, éclatante pour les chrétiens, de l'adorable Trinité.
On essaya même d'aller plus loin et de peindre la Trinité, mais ce fut rare et à une époque relativement récente. Nous citerons cependant le sarcophage trouvé à Saint-Paul hors des murs, où l'on voit les trois personnes de la sainte Trinité concourir à la création d'Eve3. Et aussi cette scène du baptême de Jésus- Christ dans les cryptes de Lucine , où le ciel s'ouvre et où le Saint-Esprit descend sous la forme d'une colombe 4.
Après l'article où nous confessons l'existence du Dieu un et triple, Credo in unum Deum, le symbole nous fait confes-
1 Rossi, Rom. sotter., tom. II, p. 303.
2 En voir sept ou huit exemples remarquables dans le Spicilegium Solesmense , IV, p. 497. Dissertation de M. de Rossi.
3 Musée de Latran. Ce magnifique sarcophage, qui occupe l'extrémité de la salle principale, ne paraît guère plus ancien que le commencement du iv° siècle. Il a été édité par Djdron , tom. XXIV, p. 266.
* Borna eoller., tom I. Ta vol. XIV.
ser la création du ciel et de la terre, bientôt attristée par la chute. Nous ne nous arrêterons pas aux peintures qui représentent la création; elles sont rares, soit à cause de la difficulté qu'elles offraient aux peintres , soit à cause de leur peu d'importance pour les chrétiens. Il n'en est pas de même de la chute, qui suivit de si près la création et qui la bouleversa de fond en comble ; on en retrouve la peinture à toutes les pages de ce grand livre des catacombes K Tantôt Adam et Eve, debout, séparés par l'arbre autour duquel s'enroule un serpent, sont représentés avant le péché : Adam, les yeux fixés sur Eve; Eve, les yeux fixés sur le fruit*. D'autres fois ils sont peints au moment de la chute, comme dans la belle composition du cimetière de Domitilla, où l'on voit la tête du serpent qui sort d'un arbre touffu, chargé de fruits éclatants. Il tient un fruit dans sa bouche, et avance la tête pour l'offrir à Eve3. La plupart du temps, Adam et Eve sont représentés après le péché, honteux de leur nudité, et cherchant à la cacher avec de larges feuilles , sur lesquelles ils appuient fortement les mains *. Les peintures de la chute sont innombrables, plusieurs d'une haute antiquité, contemporaine des apôtres, quelques-unes d'une vraie beauté, simple et grande. Je citerai, à ce point de vue, la scène qui est peinte au cimetière de Saint- Janvier, à Naples. Il n'y a rien de comparable dans les catacombes de Rome. La
1 Voir Storia délia arte Christiana , scritta dal P. RafTaelle Garucci. Prato, 1873, in-folio. Giachetti editore, tavol. XXIII, XXIV, LUI, LV, LVI, LVII, LXXXVI.
2 Cimetière de Sainte-Agnès.
3 Cimetière de Domitilla.
* Cimetière de Domitilla. — Cimetière des Saints-Marcellinet~Pierre. Voir aussi les Vetri ornali di figure in oro, du Ilaf~ faelU Garucci, RomM 1 voL m- 4°, Uvol. II, fig, X , 8, 3, 4 «t fL
grâce du geste d'Eve, la pose si noble, si libre d'Adam, le tour si gracieux du genou fuyant d'Eve , tout cela est de l'art grec l.
Si les première chrétiens couvraient ainsi les murs des catacombes du souvenir de la chute, ils n'oubliaient pas la promesse mystérieuse qui était venue, à ce moment même, relever l'âme de nos premiers parents abattus. Chose remarquable, et jusqu'ici trop peu remarquée! à côté de chaque représentation de la chute, se trouve presque toujours l'image radieuse d'une Orante. Or cette Orante ne peut être que la vierge Marie. Sans doute le nom de Marie n'est pas écrit sur chaque image, mais il n'y a pas à s'y méprendre. La place qu'elle occupe vis-àvis de la chute, les ornements qui l'entourent, comme si le peintre avait craint qu'on ne se méprît ; ses bras , non pas toujours élevés vers le ciel , mais abaissés du côté de la terre, comme dans nos statues modernes de l'Immaculée Conception 2; ces deux vases placés de chaque côté d'elle par honneur 3 ; ces deux personnages qui s'inclinent à droite et à gauche et la montrent respectueusement * ; cette colombe posée à ses pieds 5 : tous ces signes indiquent assez que c'est ici cette Vierge dont il fut dit, au moment de la chute : Ipsa conter et caput tuum 6 ! Mais je
i Garucci , tavol. LXXXVI.
2 Garucci , tavol. XXXIV. Regardez ici YOrante qui est à côté d'Adam et d'Eve. Ce n'est pas une Orante ordinaire. 1° Elle est dans une niche, comme une statue ; 2° elle ne lève pas les mains au ciel, elle les tend à l'humanité. C'est Marie, dans l'opinion de Severano et d'Aringhi.
3 Garucci, tav. LXXXII.
4 Garucci, tav. XXIII, XXIV.
5 Garucci, tav. XXIX.
• Gen. m, 15.
n'insiste pas, quoique à mon sens les archéologues n'aient pas assez étudié ce point très-important. J'y reviendrai bientôt. Je n'ai voulu indiquer ici que la place donnée à Marie à côté de l'arbre fatal, l'Eve nouvelle, pure, radieuse, enveloppée de la robe blanche, à côté de l'Eve tombée qui s'enfuit en cachant sa nudité.
J'ai hâte d'arriver au second article du symbole : Et in Jesum Christum, Filium ejus unicum, Dommum nostrum. Ce Christ, que les inscriptions appellent Christ-Dieu, Ponti vivas in Deo Christo, le Christ Notre- Seigneur, in Domino Christo, que les premiers chrétiens aimaient avec passion, pour lequel ils mouraient avec tant de joie, qui ne sent qu'ils ont dû le peindre avec une tendresse sans égale? Et, en effet , ils y ont épuisé leur génie , leur art , et mis tout leur cœur.
Quand nous prononçons ici les mots d'art et de génie, entendons -nous bien. Ce n'était pas l'art tel que l'ont connu Léonard de Vinci et Raphaël. C'était plutôt quelque chose de semblable à ce que faisait le bienheureux Angelico quand il peignait, au couvent de Saint- Marc, les cellules de ses frères, n'usant de son art, qui cependant était exquis, que pour mieux élever les âmes à Dieu. Et encore ici l'obscurité des catacombes, l'impossibilité de voir les peintures autrement qu'à la lueur des lampes, la certitude qu'on n'était enfermé que pour un temps dans ces demeures souterraines, reléguaient à un plan encore
plus inférieur la question d'art et la subordonnaient absolument à la question d'édification. Mais quand on sent vivement, quand on veut représenter un être chéri qu'on adore et qu'on aime,» on peint avec respect, avec délicatesse, avec enthousiasme; et si on veut faire passer cette foi, cette adoration, dans l'âme des autres, n'eût-on qu'un morceau de charbon dans les mains, on met dans sa peinture la flamme qu'on a dans le cœur. Voilà le caractère des fresques des catacombes, et en particulier de celles qui représentent Notre-Seigneur, Elles sont innombrables, pleines de vie, d'enthousiasme. Il y a, dans ces traits rapides, une beauté si peu cherchée, mais si vraie, et dans les plus antiques, un sens si profond dans un crayon si pur, qu'on ne sait comment en donner même une faible idée à ceux qui ne les ont pas vues.
Signalons avant tout, et au-dessus de tout, cette image idéale et vraiment grecque du Christ sous la figure d'Orphée, charmant avec son luth les bêtes féroces. On ne trouve cette peinture que trois fois, et dans les plus antiques catacombes * ; comme si la première pensée des chrétiens, radieuse d'espérance, avait été que le Christ était venu pour convertir le monde, en le charmant; ou comme si, timides et craignant, à ces premiers temps, que le secret des catacombes ne fût violé , ils n'avaient osé y peindre le Christ que sous une image que les païens ne pussent ni comprendre ni profaner. Quoi qu'il en soit, comparez cette image de l'Orphée chrétien au cimetière de Domitilla, avec l'Orphée païen qu'on peignait alors à Pompéi, quelle différence! C'est le même art, le même
1 Une au cimetière de Saint-Callixte. — Rossi, tavol. XVIII. — Garuoci, tavol. IV. — Deux au cime'àère de Domitilla. — Garucci, tavol. XXV.
coup de crayon; mais quel souffle nouveau! La figure du Christ est idéale, pleine d'inspiration céleste, la bouche entr'ouverte , de beaux yeux doux et clairs, des cheveux bouclés. Autour de lui des lions, des tigres, des serpents charmés. C'est simple et grand *.
Je ne sais pas cependant si je ne lui préfère pas l'Orphée chrétien du cimetière de Callixte. Le Christ est en habit phrygien , touchant de la lyre. Il n'y a plus de bêtes féroces autour de lui. Le charme a opéré. Les bêtes féroces sont transformées en brebis ravies, la tête relevée, les yeux fixés sur le divin enchanteur. Voilà bien l'art grec uni au génie chrétien *.
Cette belle et profonde image du Christ dura peu, pour des causes qu'il serait trop long de rapporter ici. Elle fut remplacée par une autre presque aussi ancienne qu'elle, plus évangélique et qui se multiplia à l'infini : celle de Jésus sous l'image du bon Pasteur. Commen t donner une idée de la multitude et de l'art de ces compositions charmantes dont quelques-unes remontent au Ier siècle et sont contemporaines des apôtres? Jésus-Christ est debout, vêtu de la chlamyde grecque ou de la tunique romaine, avec la brebis égarée sur les épaules; toutes les brebis fidèles à ses pieds. Rien ne peut exprimer la jeunesse, la fraîcheur, la grâce aimable avec lesquelles sont rendues toutes ces scènes. Voyez, par exemple, au cimetière de Priscille, ce Jésus sous la forme du bon Pasteur, debout , appuyé sur sa houlette, les jambes croisées avec art, la tête doucement et tendrement inclinée vers ses brebis. Et elles, comme elles arrivent ! comme elles le regardent ! C'est la traduction du
1 Cimetière de Domitilla. — Garucci, tavol. XXVII.
2 Cimetière de Callixte. — Rossi, tavol. XVIII. — Garucci, tavol. IV.
mot de Notre-Seigneur : Cognosco meas, et cognoscunt me meœ %. Ou bien, voyez encore, au même cimetière, cette figure du Sauveur, si jeune, si gracieux, tenant d'une main son bâton pastoral et de l'autre faisant lécher sa main à une brebis 2. Si de telles peintures n'étaient pas dans d'obscurs corridors où on ne les voit pas , on n'aurait pas assez d'admiration pour de si belles créations du génie chrétien.
Quelquefois la scène est rendue d'une autre manière. C'est toute une bergerie; une foule de brebis fidèles; et au milieu une brebis plus haute quo les autres, posée sur un monticule d'où s'éehappent quatre fleuves. La tête est enveloppée d'une auréole. Rien n'égale sous ce rapport la grande peinture qui se voit au cimetière des Saints-Marcellin -et -Pierre 3. Sur un monticule d'où sortent quatre fleuves se tient debout un agneau nimbé. Deux personnages de chaque côté s'inclinent et le montrent de la main. L'agneau n'a pas sans doute la majesté que lui donnera plus tard Van Eyck, dans le magnifique tableau de Gand ; mais il ne manque pas de grandeur. Quant aux personnages, leur ardeur, leur enthousiasme, assez grossièrement exprimés, leurs mains tournées vers l'agneau, leurs regards qui semblent appeler les spectateurs
1 Cimetière de Priscille. — Garucci , tavol. LXXXII.
2 Cimetière de Trason. — Garucci, tavol. LXXI1. Voir aussi, tavol. XVI, les deux images du Bon-Pasteur de la crypte de Lucine. Nous les expliquerons plus tard à cause des symboles profonds qui les accompagnent. Ces peintures sont de la plus haute antiquité, probablement du ier siècle.
3 Cimetière des Saints -Marcellin -et- Pierre. — Garucci, tavol. LVIII. Cette peinture a été reproduite et expliquée par M. Grimouard de Saint-Laurent, Ann. de Didron, vol. XXIV, ann. 1864, p. 165.
à se prosterner, tout cela est saisissant. Au point de vue dogmatique, c'est une des grandes scènes d'adoration: Dignus est agnus qui occisus est accipere honorem et- gloriam et benedictionem '.
Mais ce n'était pas seulement sous de telles figures que les peintres des catacombes représentaient leur divin Maître. Ils se hasardaient quelquefois , non pas à en donner un portrait, on ne l'a jamais fait pendant les trois premiers siècles , soit qu'on ne l'osât pas , soit qu'on n'en eût pas les éléments; mais du moins une représentation idéale. Nous citerons en particulier, au cimetière de Sainte-Agnès, le Christ assis au milieu de ses disciples, trois à droite, trois à gauche. On croirait voir une scène du Beato. La tête du Christ est d'une dduceur pénétrante. Allez aussi au cimetière de Domitilla, et dites s'il peut y avoir quelque chose de plus gracieux que le Christ, tel qu'il est peint : vêtu d'une tunique, avec un large col renversé sur les épaules , de longs cheveux bouclés. Il est assis au milieu d'un bouquet de bois, sur un rocher gracieusement arrondi; il tend les bras et semble dire : « Venez à moi. » C'est la jeunesse, la beauté et la grâce réunies 2. Citons encore une charmante composition du cimetière de Sainte- Agnès : Jésus-Christ assis, tenant de la main gauche un livre, et levant la droite pour bénir. Est-il possible de trouver une figure plus aimable? Sa jeunesse, ses longs cheveux flottants sur ses épaules, la beauté et la noblesse de ses traits, l'expression, l'expression surtout, voilà du plus bel art antique, renouvelé, rajeuni par un souffle nouveau.
1 Apoc. v, 12.
* Cimetière de Domitilla. — Garucci , tavol. XXIV.
C'est de la même main et du môme cœur que sont peintes toutes les scènes de la vie de Notre-Seigneur; car il n'y en* a pas une qui ne se retrouve ici : non-seulement les scènes de l'enfance du Christ sur lesquelles nous reviendrons plus loin , mais toutes celles de sa vie : Jésus- Christ baptisé par saint Jean ' ; Jésus- Christ au milieu de ses douze apôtres et toujours distingué d'eux par son élévation sur un petit monticule ; Jésus-Christ au milieu des quatre évangélistes, avec un petit panier à ses pieds où sont les quatre rouleaux des Evangiles; Jésus-Christ guérissant l'a veugle-né , peinture d'une beauté idéale; Jésus- Christ enseignant la Samaritaine; Jésus-Christ multipliant les pains, changeant l'eau en vin aux noces de Cana, ressuscitant Lazare , etc. Tout l'Evangile est peint sur les murs des catacombes, avec un trait quelquefois bien rapide, peu savant, mais souvent aussi, dans les cryptes les plus antiques, avec un art, une élévation, un jeté hardi , une vie qui étonne et saisit 2.
Qui n'aurait cru que des peintres, si empressés à reproduire les traits de la vie du Christ, allaient épuiser leur art à nous peindre ses souffrances, ses humiliations et sa mort? 11 n'en est rien. Il faut descendre bien tard pour apercevoir un crucifix dans les catacombes. Serait-ce qu'ils avaient toujours crainte qu'elles ne fussent violées et
i Voir au-dessus de la porte d'une des cryptes de Lucine une peinture presque effacée et des plus antiques.
2 Par exemple au cimetière de Domitilla, Jésus -Christ jeune, avec de longs cheveux bouclés, vêtu de la tunique et du pallium, met le pied droit sur le monticule et s'incline pour poser le doigt sur les yeux d'un aveugle. L'aveugle est debout devant lui, le genou droit en terre, les deux mains élevées en signe de prière. Toute cette charmante composition est pleine de mouvement et de grâce. — Garucci, tavol. XXIX.
que l'image de Jésus-Christ sur la croix ne fût l'objet d'une profanation? Ou bien serait-ce que, dans leur profond enthousiasme, ils ne supportaient pas plus, dans le chef que dans les membres, la vue de supplices si passagers? Les martyrs, ils les peignaient toujours radieux et triomphants : comment auraient- ils peint le Sauveur abaissé, meurtri, mourant? Le fait est que les catacombes ne contiennent aucune de ces peintures qui ont été plus tard l'étude assidue et le triomphe en même temps que le désespoir du grand art chrétien.
Du moins , s'ils n'osaient pas ou ne voulaient pas représenter la passion du Sauveur, ils mettaient sa croix partout, en ayant soin de la dissimuler, de la rendre inintelligible aux païens, visible et vivante seulement aux yeux des initiés. Quelquefois ils la plaçaient dans les compartiments et les caissons dont ils ornaient, selon l'usage antique, les voûtes des cubicula; et comme là elle se perdait dans les enroulements et les feuillages, ils se plaisaient à la multiplier, à mettre en quelque sorte croix sur croix *. D'autres fois, ils se contentaient de la représenter sous la forme d'un arbre, que des colombes ou des agneaux con-
1 En voir un bel exemple dans le plafond d'un des deux cubicula les plus anciens du cimetière de Lucine. Les connaisseurs estiment que ces peintures se rapportent au temps des Flaviens. Or là, parmi des ornements classiques, des têtes, des génies ailés, des guirlandes de fleurs et de fruits, semblables à ceux qu'on trouve dans les peintures de Pompéi* la croix, invisible aux yeux des païens, éclate trois lois, au centre, dans les penditifs, et jusque dans les voûtes On ne pouvait pas la peindre d'une manière à la fois plus audacieuse et plus invisible. Et tout cela au i«* siècle. — Voir aussi , au cimetière de Priscille , un plafond du 11e siècle, qui représente la croix d'une manière éclatante en même temps que très-cachée.
tcmplaient avec amour ■ . Souvent, comme par un caprice de l'artiste, l'arbre se fendait, et deux immenses rameaux, projetés à droite et à gauche, donnaient aux fidèles une image éclatante de la croix. Des cerfs altérés, des brebis se reposaient en paix à son ombre2. Quelquefois le symbole prenait un sens plus profond. Une colombe contemplait deux arbres qui se dressaient devant elle : le premier, bas, stérile, sans rameaux, un vrai bois mort, l'arbre de la chute; le second, haut, touffu, fécond, fendu en deux branches verdoyantes, l'arbre de la rédemption et du salut 3.
Us finirent cependant par se décider à représenter la croix; mais alors ils la couvrirent de pierres précieuses, d'arabesques en or ou en argent. Ils la mirent comme un sceptre entre les mains du Christ, toute resplendissante de gloire. Ils n'allèrent jamais plus loin, et il faut descendre jusqu'au VIIe siècle pour trouver la seule image du crucifix que les catacombes aient jamais vue.
En revanche, on y trouve les scènes de la résurrection et de l'ascension, soit dans leur représentation historique, ce qui est rare pourtant, soit sous le symbole de Jonas, dont Notre- Seigneur avait dit : De même que Jonas a été trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine ; ainsi en serat-ildu Fils de l'homme, puis il ressuscitera le troisième jour*. A la lettre , ce symbole tapisse les murs des catacombes. On le trouve sur des pierres sépulcrales, sur des médaillons de métal, sur des lampes, sur des pierres gravées,
1 Cimetière de Domitilla.
2 En voir deux ou trois exemples admirables au cimetière de Domitilla.
3 Même cimetière.
* Matth. xn, 40.
sur des fonds de coupe de verre , en un mot , partout. Plusieurs de ces représentations sont touchées de main de maître; et par la largeur du style et le feu de l'exécution elles égalent ce qu'il y a de plus beau dans les figures de l'Orphée chrétien ou du bon Pasteur. Mais en voilà assez sur un sujet inépuisable.
Parlons maintenant de la Mère de Dieu, de la très-sainte Vierge Marie. Avec le Credo, il convient de la placer à côté de son divin fils : Natus ex Maria Virgine. Que les protestants qui nous reprochent d'honorer le mère de Jésus et qui prétendent que ces honneurs sont une innovation dans le christianisme , consentent à descendre avec nous dans les catacombes. Longtemps on a prétendu que l'image de Marie en était absente, ou qu'on ne la voyait que dans les scènes historiques de l'adoration des mages. Ce n'était qu'après le concile d'Ephèse, disait-on, que les peintures relatives à la sainte Vierge s'étaient multipliées. Une si grave erreur provenait de ce qu'au début on n'avait connu qu'un petit coin des catacombes, et qu'encore on ne l'avait exploré que légèrement; car il n'y a, au contraire, pas un des privilèges de la Mère de Dieu, pas une des merveilles de sa vie : sa virginité , l'annonciation de l'ange , la Visitation, la maternité divine, sa perpétuelle pureté, sa puissance auprès de Dieu , qui ne se lisent sous mille formes sur les murs des catacombes.
Et non-seulement les peintres primitifs n'ont rien omis
de ce qui regarde la sainte Vierge, mais jamais peut-être ils n'ont été mieux inspirés. Nulle part on ne retrouve, à un plus haut degré, cette invention, cette originalité, ce retour instinctif aux grandes traditions de l'art antique qui sont un des charmes de l'homme de goût qui visite les catacombes.
Et ce qui achève la merveille, c'est que les plus belles de ces peintures sont de la plus haute antiquité , de l'âge même des apôtres.
Entrons d'abord dans la catacombe de Sainte-Priscille, que l'on a si bien appelée la Crypte de Marie, à cause des nombreuses fresques qui la représentent; et arrêtons-nous devant une peinture où l'on trouve au plus haut degré cette fusion de l'esprit nouveau avec les formes antiques; c'est la peinture de Y Annonciation , la plus ancienne que l'on connaisse, contemporaine de saint Jean. Sur un fond merveilleusement préparé et orné, dans un cercle formé par cinq rangées de pierres précieuses, apparaissent deux personnages. D'abord la Vierge Marie, assise sur une chaise antique, et ensuite un personnage, debout devant elle, à une certaine distance, et qui semble lui parler. La Vierge écoute, les yeux modestement baissés, la main droite appuyée sur le bras de son siège, la main gauche, un peu jetée en avant , comme une personne qui fait une objection. Le personnage insiste. D'une main il soutient le pallium dont il est vêtu sur sa tunique; il avance l'autre du côté de la Vierge , comme un homme qui veut persuader. Ses yeux sont largement ouverts , pleins d'un feu céleste. La pose des deux personnages, la disposition de leurs vêtements, la modestie de l'une, l'insistance pleine d'autorité de l'autre, tout cela est du plus grand effet. On ne se lasse pas de regarder cette image de la
Vierge, si digne, si modeste; la chaste expression de son visage; ce corps un peu affaissé sur une chaise par l'étonnement et l'émotion. C'est du plus grand art. Quatre colombes placées aux quatre angles semblent traduire la parole de l'ange : Spiritus sanctus superveniet in te1. Cette peinture est de la fin du Ier siècle ou du commencement du H6. C'est la forme qu'idéalisera plus tard Fra Angelico dans les scènes de l' Annonciation , et qui ne sera pas surpassée.
C'est dans ce même cimetière de Priscille , si célèbre par son antiquité , que se trouve une autre image , plus belle encore, l'incomparable peinture de la Vierge-Mère et du prophète Isaïe 2. La Vierge est assise tenant l'enfant Jésus dans ses bras. A côté d'elle, debout, est le prophète Isaïe vêtu du pallium; d'une main il porte un volume roulé, de l'autre il montre une étoile. Nous n'oublierons jamais l'impression dont nous fûmes saisis lorsque cette fresque se trouva pour la première fois devant nous. Nourris dans cette idée qu'il n'y avait dans les catacombes que des peintures grossières exécutées par des pauvres qui n'avaient jamais touché un crayon, nous retrouvions là tout l'art antique, avec une jeunesse, une vie, une souplesse dans les membres, une expression dans les figures, que les anciens eux-mêmes n'avaient pas connues. L'enfant est raphaélesque. Il se jette sur le sein de sa mère, et en même temps il tourne la tête vers le prophète , avec un mouvement d'une élégance et d'une vie admirables. Cette manière de retourner la tête, ces beaux yeux si profonds,
i Luc. i , 35.
2 Cette image remonte aux confins de l'âge apostolique. « Elle <i été faite de l'an 50 à 120 de Tère chrétienne, peut-être même, d il M. de Rossî, sous les yeux des apôtres. •
cette petite main posée avec tant de grâce sur la poitrine de Marie, comme dans la Vierge du Grand-Duc } tout cela est d'un si grand art, que si ces fresques n'eussent été, du temps de Raphaël, enfouies sous terre, on jurerait qu'il les a vues et qu'il en a emporté un puissant souvenir. Du reste, la figure de la Vierge peut rivaliser avec celle de l'enfant. Remarquez ce beau front, ces yeux si largement ouverts mais si modestes, cette petite bouche, tout cet air d'étonnement. Quoiqu'elle ait l'enfant divin dans ses bras , on dirait qu'elle ne croit pas à son bonheur; elle en est encore au Quomodo flet istud de l'Annonciation. Comment une telle peinture, si belle, si antique, n'est-elle pas reproduite par le pinceau et n'orne-t-elle pas toutes les demeures chrétiennes? Elle est de même famille que les vierges de Raphaël , fille du même grand art; et elle est contemporaine de saint Jean *. M. de Rossi, qui a publié plusieurs Images choisies de la bienheureuse Vierge Marie dans les catacombes, a bien fait de mettre celle-là au premier rang. Elle est à la fois la plus antique et la plus belle2.
Cependant, sous ces deux rapports, est-il bien sûr que la Vierge-Mère du cimetière de Domitilla ne pourrait pas lutter? La Vierge est assise sur une chaise curule. Elle porte une dalmatique ornée de bandes de pourpre. Sur sa
i Richemont, Nouvelles Études sur les catacombes, p. 350 et suiv. Après avoir donné toutes les preuves de l'antiquité de cette fresque, M. de Richemont conclut : « Il serait facile de soutenir que cette peinture de la Vierge appartient à l'âge même des apôtres. »
2 Imagini scelle délia B. Vergine Maria traite dalle catacombe Romane. Roma, 1863. Ces images, en trop petit nombre, ont été publiées par la commission chargée de la lithochromographie pontilicalc. La notice est de M. de Rossi.
tête un voile très-court qui enveloppe les épaules. Sa main droite est levée, sa tête un peu renversée en arrière, et comme épanouie, dans une attitude d'étonnement, d'admiration et de louanges. C'est le Magnificat. L'enfant, qui est assis sur ses genoux et regarde le public, est vêtu d'une robe éblouissante de blancheur. Il fait penser aux miniatures du Beato.
Il faut joindre à ces trois images de Marie, non qu'elle puisse les égaler, ni en antiquité ni en beauté, la Vierge- Mère du cimetière des Saint-Pierre-et-Marcellin; mais une particularité curieuse la recommande à l'attention des chrétiens. Elle est assise, vêtue d'une tunique bordée de pourpre, avec l'enfant Jésus dans ses bras. Toutes les Vierge-Mère, dans cette attitude, ont la tête couverte d'un voile. Celle-ci n'en a point. M. de Rossi pense que comme les femmes mariées avaient toujours un voile qui se prenait le jour des fiançailles et qu'il n'y avait que les vierges qui n'en avaient pas ',ona voulu indiquer par là la virginale intégrité de Marie.
Cette idée, du reste, de la pureté divine de Marie dans sa glorieuse maternité, se trouve exprimée d'une manière mystérieuse , bien qu'éclatante , dans une autre page du livre des catacombes, au cimetière de Saint- Valentin sur la voie Flaminienne. Cette page a comme trois compartiments. A droite, la Visitation, charmant groupe d'Elisabeth et de Marie s'embrassant, l'une plus âgée, l'autre toute jeune, toutes deux nimbées. Au centre, la Vierge- Mère tenant l'enfant Jésus sur ses genoux, avec cette inscription verticale : Sancta Dei Genitrix. Enfin à gauche , une scène que l'on a été longtemps à comprendre, et don i
i ïertull. de velandis virginib., cap. il.
l'importance est capitale1. C'est la légende apocryphe de cette femme qui, ne croyant pas à la virginité de Marie après l'enfantement, rêva de s'en assurer. Elle fut punie par la perte de son bras droit, et s'adressa au divin enfant, qui le lui rendit. Peu importe la non-authenticité certaine de cette histoire. Ce qui est évident c'est que les chrétiens ont voulu professer, par cette peinture, la perpétuelle virginité de Marie.
Il ne faut pas oublier, avant de quitter ce sujet, une autre image de la Vierge-Mère peinte dans un arcosolium du cimetière de Sainte-Agnès. Ce fut la première peinture de Marie trouvée dans les catacombes, et elle devint rapidement fameuse. On en a découvert depuis et on en découvrira encore de plus antiques. Son prix s'affaiblira, sans cesser d'être considérable. La Vierge est ornée d'un grand voile qui l'enveloppe tout entière; autour de son cou, un collier précieux; elle a l'attitude d'une Orante; les yeux et les bras levés au ciel. L'enfant est assis sur elle, ou plutôt devant elle. Il y a dans tout cela un peu de convention et de roideur qui met cette image à une grande distance de celles des cimetières de Priscille et de Domitilla 2.
Mais ce n'est pas seulement sous cette forme que les peintres des catacombes se plaisaient à représenter Marie. Ils peignaient très-souvent la Mère; mais ils ne peignaient
1 Elle a été déchiffrée par le P. Arlh. Martin, Mélanges d'archéologie, t. I, p. 23.
a Longtemps on a cru que celte image de Marie était la seule que Ton vît aux catacombes. Et c'est ce que croyait Palmer (Early Christian Symbolism., p. G6); ce qui prouve qu'il n'avait visité qu'une partie des catacombes. Celle-là n'est guère que du ive siècle, et elle est bien dépassée, même au point de vue de l'art, par toutes les autres qui remontent au ne et même au Ier siècle.
ni avec moins de tendresse, ni moins fréquemment la Vierge dans sa pureté radieuse, vêtue d'une robe éblouissante de blancheur, les yeux et les bras levés au ciel ou quelquefois tendrement abaissés vers la terre. Sans doute ce serait une erreur de reconnaître toujours Marie dans ces figures d'Orante qui se rencontrent sans cesse dans les catacombes; mais ce serait une erreur plus grossière encore de ne l'y rencontrer jamais. Comment, par exemple, ne pas voir l'image de Marie dans cette grande et gracieuse Orante , presque grecque de dessin, enveloppée dans les longs plis de sa tunique couverte du péplum, et faisant pendant au bon Pasteur, deux fois et sur un tel pied d'égalité que le doute n'est pas possible1. Et de même, dans cette pierre tombale du cimetière de Callixte, où ÏOrante a, comme le bon Pasteur, deux brebis à ses pieds, qui lèvent vers elle un regard plein d'une ardente prière; ou deux vases d'où s'élève la fumée des aromates 2. En plusieurs chambres elle occupe le centre du plafond, ayant autour d'elle des personnages de l'Ancien Testament, si grands que Marie seule peut les dominer à ce point. Souvent elle porte un diadème; quelquefois ses bras, au lieu d'être relevés vers le ciel, sont tendrement abaissés du côté de la terre 3. Ou bien encore deux personnages s'inclinent devant elle et la montrent respectueusement de la main , dans la même situation où nous les avons vus inclinés devant le Christ4. Quelquefois même elle est entre saint Pierre et saint Paul 5. Mais n'insistons pas ettermi-
1 Garucci, tavol. LV.
2 Garucci, tavol. LXXXIII.
8 Garucci , tavol. XXXIV.
* Garucci , tavol. LUI , L1V, LV.
s Garucci , vetri, tavol. IX; avec cette inscription : Petrus- Makia-Paulus.
nons ce sujet en rappelant qu'au-dessus de ces belles Orante, pour qu'on ne s'y méprît pas, le peintre a écrit plusieurs fois le nom de la très-sainte Vierge : Maria.
Ainsi donc il n'y a rien de nouveau dans le christianisme Les deux grandes familles d'images de Marie qui remplissent nos églises ornaient, il y a dix-huit siècles, les sanctuaires primitifs des catacombes : Marie contemplée dans sa virginité sans tache, couverte d'un voile, enveloppée d'une longue robe blanche, les bras et les yeux levés au ciel, ou tendrement abaissés vers la terre comme dans nos statues de l'Immaculée Conception ; et Marie contemplée dans sa maternité glorieuse, tenant son divin fils sur ses genoux et le présentant aux adorations du monde. Et ce qui, depuis dix-huit siècles, a vainement tenté le génie chrétien , ce qu'il n'a pas pu réaliser, ce mélange de virginité et de maternité, commence à tourmenter les peintres, même au fond des catacombes. Ces mains qui demain porteront des chaînes, ces cœurs qui ne craindront ni les bûchers ni les lions, ces âmes toutes pleines du Saint- Esprit n'y réussissent pas mieux que n'y réussiront plus tard les plus sublimes génies : pas même le bienheureux Angelico, pas même le divin Raphaël. Après qu'on s'est oublié des heures devant leurs toiles sublimes, après qu'on y est resté jusqu'à ce que les yeux aient été obscurcis par les larmes, on s'en va, emportant dans son âme une image de la Vierge Marie plus haute que toute peinture. Comme son divin fils, elle n'aura jamais toute sa beauté que dans le cœur de ceux qui l'aiment.
Mais continuons. Nous ne sommes encore qu'à la moitié du symbole. Nous avons vu la Trinité, la création, la chute, la rédemption par le Verbe incarné, la divine pureté et l'inviolable virginité de sa mère. Achevons le Credo,
en parlant successivement de l'Église, de son chef, des sacrements et de la vie éternelle où ils conduisent.
Il n'y a pas d'efforts que les peintres des catacombes n'aient faits, pas de symboles auxquels ils n'aient eu recours pour mettre constamment sous les yeux des fidèles l'auguste image de la sainte Eglise catholique. Et in sanctam Ecclesiam calholicam. Les premiers Pères l'ayant appelée la chaire de la vérité, ils peignaient une chaire de pierre semblable à celle sur laquelle s'asseyaient, dans les catacombes, les évêques de Rome; ils plaçaient sur le dossier une colombe, image de l'Esprit -Saint qui assiste l'Eglise , et pour montrer dans quel honneur il faut tenir cette chaire sacrée , ils mettaient de chaque côté des draperies '. D'autres fois, saint Paul ayant appelé l'Eglise la colonne de la vérité , ils dessinaient une colonne, aux pieds de laquelle reposaient en paix deux colombes 2. Dans d'autres peintures, l'Eglise était représentée comme l'épouse du Christ. Nous citerons en particulier la magnifique peinture du cimetière de la voie Lavicane. L'artiste y a réuni l'Epoux et l'Epouse. D'un côté Jésus sous la forme du Bon Pasteur; de l'autre l'Eglise sous la forme d'une Orante; à sa gauche pendent les fouets garnis de nœuds et de plomb dont on la meurtrit; et à sa droite s'épanouissent des lis, symbole de sa pureté et de sa divine
1 Cimetière des Saints-Marcellin-et-Pierre. Marbre antique. * Id., ibid.
floraison '. Mais l'image sous laquelle les chrétiens se plaisaient davantage à représenter l'Église, c'était l'arche, flottant au sommet des eaux. Un vieillard est assis dans l'arche, tendant les mains au ciel, et la colombe lui apporte le rameau. On trouve cette représentation partout, soit sous cette forme, soit sous celle d'une barque, d'un simple navire qui brave la fureur des flots. Quelquefois la représentation s'anime et prend un sens plus dogmatique encore; par exemple, au cimetière de Callixte, où l'on voit, au milieu d'une mer agitée, un vaisseau battu par la tempête. Sur le vaisseau un homme prie les bras en croix, image du Christ qui n'abandonne pas son Eglise. Et, afin que la représentation soit absolument frappante , il y a auprès de lui un homme sur la tête duquel se pose une main céleste , comme pour indiquer qu'une fois entré dans le vaisseau divin, on ne craint pas le naufrage; et au milieu des flots un autre homme qui étend les mains en désespéré, pour montrer que hors de l'Eglise il n'y a pas de salut2.
On pense bien qu'une fois entrés dans une telle route , les peintres des catacombes n'avaient garde d'oublier le chef de l'Eglise, saint Pierre. Aussi plus on pénètre dans les catacombes, plus on étudie les peintures, plus on voit surgir de preuves de sa primauté, de sa souveraine juridiction. Cette primauté est représentée partout, et jusqu'en des peintures où un premier regard superficiel n'avait jusqu'ici pas permis de la voir. Ainsi, par exemple, une des figures qui apparaissent le plus fréquemment, c'est Moïse frappant le rocher, et en faisant jaillir des torrents
1 Cimetière de la voie Lavicane.
2 Cimetière de Saint-Callixte, u° siècle. — Cimetière ae Saint- Prétextat.
d'eau. On n'en avait pas vu plus long. Mais voilà que dans la magnifique collection des vers peints en or, on retrouve la même image; seulement, sur la tête du vieillard qui frappe la roche, on lit : Petrus *. Eclairé de ce rayon, on est revenu à l'étude des fresques des catacombes, et il n'y a plus à contester; là où jusqu'ici on ne voyait que Moïse faisant jaillir l'eau au désert, il faut voir saint Pierre faisant jaillir l'eau des sacrements. Ainsi, par exemple, au cimetière de Callixte, il y a deux Moïses l'un à côté de l'autre : le premier, qui frappe le rocher; et puis , derrière lui , un second Moïse qui remet sa sandale. Comparez les deux figures; ce dernier est jeune, sans barbe, c'est vraiment Moïse ; l'autre , qui fait jaillir l'eau , est vieux , avec une barbe blanche, une touffe de cheveux sur le front, c'est la figure traditionnelle de saint Pierre. Même observation a été faite pour Abraham; là où jusqu'ici on voyait le père du peuple juif, des inscriptions incontestables, des signes caractéristiques montrent saint Pierre, le chef du nouveau peuple de Dieu. Et de même encore pour le Noé dans l'arche. Regardez bien, ce n'est pas Noé, c'est saint Pierre. Ainsi Pierre est le Noé de la nouvelle arche, l'Abraham du nouveau sacrifice , le Moïse de la nouvelle loi , seul capable de frapper la roche et d'en faire jaillir les eaux vives du baptême , de la pénitence et des autres sacrements. Mais ce n'est pas seulement sous la forme symbolique que cette primauté est peinte. On voit Pierre recevant des mains de Dieu la nouvelle loi; ou bien, entouré des douze apôtres et recevant seul la croix qu'il porte sur.
1 Museo sacro au Vatican. — Deux magnifiques verres à feuilles d'or trouvés dans les catacombes. — Le premier a été publié parBoldetti (Osservat. sop. cimel., p. 200); — le second, par M. de Rossi. (Bullet. di Arch. crist., 1868, p. 3.)
son épaule et le rouleau de la loi qu'il tient à la main, constitué, par cette double donation, le chef unique de l'Église ».
Il n'est pas douteux que les premiers chrétiens n'aient fait des efforts pour fixer les grandes lignes du visage de saint Pierre; ils y ont assez mal réussi; mais du moins il est partout, et partout le même; quelquefois seul, la plupart du temps placé en regard de saint Paul. Dans ce cas, saint Pierre est toujours à droite. Je dis toujours, car il n'y a que de très-rares exceptions, et elles s'expliquent, dans la plupart des circonstances, par le désir, en mettant saint Paul à la droite , de lui faire un spécial honneur, selon cette parole : Sede a dextris meis <t. Astitit Regina a dextris ejus 3. Et ce qui le prouverait, c'est que dans plusieurs de ces cas, saint Pierre est en avant, tandis que saint Paul , bien qu'à la droite , est au second plan et s'efface. De même, dans une autre peinture, saint Pierre est sur une sedia, et saint Paul, quoique à droite, est sur un simple escabeau. Ou encore, s'ils sont vêtus de la même manière , le vêtement qui est uni pour saint Paul est orné d'une bordure de perles chez saint Pierre 4. Ou enfin, s'ils sont assis, saint Pierre fait un geste d'autorité, tandis que saint Paul s'incline en signe d'adhésion 5.
1 Museo sacro au Vatican. — Fond de coupe, représentant le Christ entre saint Pierre et saint Paul. — Le Christ remet la loi à saint Pierre.
2 Ps. cix, 1.