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PRÉDICATIONS SUR LA MONTAGNE ET SUR LE LAC

(janvier-février 779.— an de j.-c. 31.)

Le temps où Jésus allait inaugurer son ministère public était donc arrivé, et la Galilée était le lieu qu'il avait choisi pour s'y révéler comme le Messie. Dans ce but, il résolut de s'attacher d'abord quelques disciples qui seraient les premiers confidents de sa parole, en attendant qu'ils en devinssent plus tard les apôtres; et sa pensée se porta naturellement sur ces jeunes Galiléens avec lesquels il était revenu des bords du Jourdain, et qui avaient assisté aux noces de Cana. Il est vrai que, tandis qu'il entrait un instant à Nazareth, ceux-ci étaient retournés dans leurs familles, et que, se doutant peu de la mission qui leur était destinée, ils avaient repris leurs anciennes occupations. Mais comme ils étaient pêcheurs, et qu'ils habitaient les uns à Capharnaùm, les autres à Bethraïda, presque

tous sur les bords du lac de Génésareth, Jésus n'avait qu'un pas à faire pour les rencontrer sur la plage. Au moment choisi par lui, c'est de ce côté qu'il se dirigea.

Lorsqu'on sort de Nazareth dans la direction du nordest, après avoir traversé pendant quelques heures une plaine jaunâtre et rocailleuse mais fertile, on voit le terrain s'affaisser tout à coup sous ses pas, et on découvre l'immense vallée du Jourdain et les premières lueurs azurées du beau lac de Génésareth. Il peut avoir cinq à six lieues de long sur trois à quatre de large. L'Evangile l'appelle tour à tour le lac de Tibériade, du nom de la grande ville romaine située sur ses bords ; le lac de Génésareth , à cause de la vaste plaine de Génézar qu'il rafraîchit et fertilise; ou simplement la mer, car il a, sur ses bords couverts de galets, le léger mouvement d'une petite mer. Encaissé de toutes parts, excepté au midi, dans de hautes et resplendissantes montagnes d'une teinte rouge et ardente, il ressemble, au soleil levant, à une coupe d'azur enchâssée dans l'argent. L'ovale en serait parfait, si, à son extrémité méridionale, il ne rétrécissait ses rives et n'entr'ouvrait ses montagnes pour laisser passer les eaux bleues, limpides et transparentes du Jourdain. Une dizaine de villes, dont les noms retentiront éternellement au cœur de l'humanité: Capharnaùm, Bethzaïda, Magdala, Dalmanutha, Tibériade; une foule de hameaux, de villas, noyés dans des bouquets d'orangers, de mûriers, de grenadiers, de lauriers - roses , embellissaient autrefois ses rives; et plus de cinq cents voiles sillonnaient ses flots. Nulle part l'air n'était plus pur. « C'était, dit Josèphe, un paradis terrestre. On y jouissait d'un printemps perpétuel. >?

Maintenant, il est vrai, sur ces rives charmantes règne

la désolation. Les villes sont détruites, et le lac baigne tristement des ruines sans nom. On dirait que la nature elle-même a perdu sa beauté. Ce sont bien les mêmes montagnes, ici couvertes de neige, là revêtues parle soleil d'une sorte d'atmosphère veloutée, partout arrangées avec tant d'art; si vagues, si indécises, si variées d'aspect, de formes, de couleurs, que la main du peintre le plus habile Saurait pu donner à ce beau lac un tel cadre. Mais un soleil de plomb dessèche la terre , et ôte au paysage une partie de son charme. Ce n'est que de loin en loin, et par intervalles, que l'on trouve ces bouquets de myrtes et de sycomores dont Josèphe était si fier, ces tapis de mousse où la mer, en allant et venant, faisait étinceler ses coquillages. Telle qu'elle est cependant, cette contrée est encore une oasis au milieu des mornes paysages de la Palestine; le seul endroit où l'âme soulève un peu ce poids de plomb qui l'oppresse partout ailleurs. Nulle part, même à Jérusalem , Jésus-Christ n'est plus vivant. C'est là, sur tous ces rivages, le long de ces sentiers, en présence de ces flots, qu'ont eu lieu les plus touchants de tous ses miracles. Là ont été entendues les paroles les plus sublimes, les plus idéalement belles qui puissent ravir l'esprit et le cœur de l'homme. On ne peut faire un pas sans en réveiller partout les échos.

Au moment où Jésus, prêt à commencer son ministère, arrivait sur les bords du lac de Génésareth, Pierre et André, Jacques et Jean y étaient, occupés à raccommoder leurs filets. Ecoutons le récit de saint Matthieu. Saint Jean nous a raconté, dans ses confidences plus intimes, comment ils étaient devenus les amis de Jésus. Saint Matthieu va nous dire comment, d'amis et d'admirateurs, ils sont devenus ses disciples.

« Jésus, longeant le bord de la mer de Galilée, vit deux frères, Simon appelé Pierre et André son frère, qui jetaient leurs filets dans la mer, car ils étaient pêcheurs ; et il leur dit : Suivez-moi, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes. Eux, aussitôt, laissant leurs filets, le suivirent.

a Et de là s'avançant , il vit deux autres frères , Jacques fils de Zébédée et Jean son frère, dans une barque avec leur père Zébédée, réparant leurs filets, et il les appela. Eux aussitôt, laissant leurs filets et leur père, le suivirent *. »

Tel fut , d'après saint Matthieu , le premier appel officiel des disciples. Saint Marc raconte le fait de la même manière *. En saint Luc, le récit est plus développé; nous avons en plein toute la scène avec les plus importants détails 3.

« Jésus, étant sur le bord du lac de Génésareth, aperçut, près du rivage, deux barques arrêtées dont les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. Il entra dans l'une, qui était à Simon, et lui dit : « Mène-nous en pleine mer, et jette tes filets pour pêcher. »

« Simon lui répondit : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Cependant, sur ta parole, je m'en vais jeter les filets. »

« Et, les ayant jetés, ils prirent une si grande quantité de poissons que leurs filets se rompaient , ce qui les obligea de faire signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de les venir aider. Ceux-ci étant venus, ils remplirent tellement les deux barques que peu s'en fallait qu'elles ne coulassent à fond.

* Matth. iv, 18-22.

* Marc. 1,16-20.

» Luc. v, 2.

« Ce que voyant, Simon Pierre se jeta aux pieds de Jésus en disant : « Seigneur, retirez-vous de moi, parce que je suis un pécheur. » Car il était dans la stupeur, et tous ceux qui étaient avec lui, de ce grand nombre de poissons qu'ils avaient pris. Et pareillement aussi Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient associés avec Simon.

« Mais Jésus dit à Simon : « Ne craignez point, désormais vous serez pêcheur d'hommes. » Et aussitôt, amenant les barques à bord, ils quittèrent tout et le suivirent. »

Voilà le premier appel des disciples d'après saint Luc. Est-ce bien le même que celui raconté par saint Matthieu et par saint Marc? 11 paraît difficile d'en douter. Car, d'une part, la scène est la même. Deux barques au bord de la mer, les mêmes personnages en l'une et en l'autre, et la même occupation (réparant leurs filets). De plus, comment concevoir qu'à si peu de distance Jésus leur ait dit deux fois : Je vous ferai pêcheurs d'hommes, et que deux fois ils aient tout quitté pour le suivre? C'est donc le même fait. Seulement saint Matthieu en aura, selon sa méthode , omis les circonstances pour courir à la parole du Christ , qui était pour lui l'intérêt suprême. Et saint Marc ne l'aura pas complété ici, parce que les circonstances omises par saint Matthieu étaient glorieuses à saint Pierre.

A partir de ce jour, Pierre et André, Jacques et Jean ne quittèrent plus Jésus, qui entra aussitôt avec eux dans la ville de Capharnaum, au pied de laquelle venait de s'accomplir cette grande scène.

Capharnaum était une ville de vingt mille âmes, placée sur la rive occidentale du lac, un peu au nord. Elle était la capitale juive de la Galilée, comme Tibériade, bntie

depuis peu par Hérode , et placée à sept ou huit lieues sur la même rive au sud , en était la capitale romaine. C'est pour cette raison que Jésus avait résolu de frapper le premier coup à Capharnaûm. Ecoutons saint Marc. Il va nous dire par quel miracle grandiose Jésus inaugura son ministère public au milieu de cette ville, si profondément juive. Le tableau de la scène est dramatique; on y sent l'émotion d'un témoin oculaire.

« Ce jour-là, qui était celui du Sabbat, Jésus entra dans la synagogue, et il commença à parler. Et tous s'émerveillaient de sa parole , car il les enseignait comme ayant autorité, et non à la manière des scribes.

« Tout à coup un homme possédé d'un esprit immonde poussa un cri : « Qu'y a-t-il de commun entre nous et toi, Jésus «le Nazareth? Viens- tu nous- perdre? Je sais qui tu es, le saint de Dieu.

« — Tais -toi, et sors de cet homme, » reprit Jésus d'une voix menaçante.

« Et l'esprit immonde l'agitant violemment, et poussant une grande clameur, s'en alla.

a Et tous furent saisis de stupeur, et ils se demandaient entre eux: « Qu'est ceci? Quelle est cette doctrine nouvelle? Voilà qu'il commande avec puissance , même aux esprits immondes, et ils lui obéissent *. »

On peut croire que c'était là ce miracle primitivement choisi par Jésus pour commencer à se révéler au monde , et auquel il faisait allusion quand il disait à Cana : « Mon heure n'est pas encore venue. » Nul autre prodige, en effet, ne pouvait montrer plus éloquemment, ni mieux faire pressentir la mission rédemptrice qu'il allait remplir vis-

Marc', i, 23.

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à- vis de l'humanité malade. Le peuple en eut comme l'intuition. « En un instant, dit saint Marc, le bruit du nom de Jésus emplit toute la Galilée. »

En sortant de la synagogue, Jésus se rendit à la maison de Pierre et d'André. La belle-mère de Pierre était malade au lit avec la fièvre. Les disciples qui l'accompagnaient, enthousiasmés par le spectacle auquel ils venaient d'assister, prièrent Jésus de la guérir. « Jésus, s'approchant d'elle, tança la fièvre 1 ; puis il prit la main de la malade, la fît lever; et au même instant la fièvre la quitta, et elle se mit à les servir *. »

Cependant le bruit de ce qui s'était passé le matin à la synagogue s'était répandu. Et voilà que le soir, comme le soleil se couchait 3, on vit arriver à la demeure de Simon et d'André une foule de malades qu'on portait sur des nattes; toute la ville les accompagnait et enveloppait la maison. C'est saint Marc, disciple de saint Pierre, qui nous raconte ces détails; et sous sa parole si brève, comme on sent bien l'étonnement, l'émoi, l'enthousiasme de tout un peuple ! a Sur le soir, on lui amena tous les malades et les démoniaques, et toute la ville était assemblée devant la porte. Et il guérit une foule de malades affligés de diverses infirmités, et il délivra beaucoup de possédés 4. »

Le lendemain ce fut bien autre chose. Dès le grand matin, comme il faisait encore très obscur 5, une foule nombreuse de malades, demandant à être guéris comme ceux de la veille, se pressait autour de la maison, et appelait

i Luc. iv, 39.

2 Marc, i, 31.

« Ibid., 32-33.

« Ibid., 33-34.

Jésus à grands cris. Pierre et André vont le chercher. Il avait disparu : où était -il? Après de longues recherches, ils le trouvèrent enfin sur une petite montagne voisine où il s'était retiré avant l'aurore, pour y prier dans la solitude, a Maître , lui cria Pierre du plus loin qu'il l'aperçut, venez donc, tout le monde vous cherche. » Et derrière Pierre, on voyait, en effet, arriver une foule immense, qui l'enveloppa de manière à ce qu'il ne pût lui échapper. Mais il leur dit avec autorité : a II faut que j'aille dans les villes et les villages d'alentour, afin d'y porter aussi la bonne nouvelle; car c'est pour cela que je suis envoyé 1. »

Une guérison plus merveilleuse que les autres acheva de porter l'enthousiasme à son comble. Dans cette foule qui entourait Jésus, il y avait un pauvre lépreux, un de ces hommes qu'une maladie affreuse, et affreusement contagieuse, séparait même de leur famille et excommuniait de la société. Comment était-il dans cette foule à laquelle il lui était défendu de se mêler? On ne le sait pas. Mais à l'exclamation de l'Evangéliste : « Et voici un homme, un lépreux l » on sent l'étonnement général; il fait à tous l'effet d'une apparition effrayante. Pour lui, il ne cherche que Jésus; et, l'ayant découvert, a il tombe à genoux •, » dit saint Marc, « la face contre terre 3, » dit saint Luc , et s'écrie : « Si vous voulez , vous pouvez me guérir. » Emu de compassion, Jésus étendit la main et le toucha. La lèpre était si contagieuse que cet acte hardi saisit d'émotion toute l'assemblée. « Jésus dit alors : « Je le veux, sois guéri. » Et aussitôt la lèpre le quitta, et il fut

1 Luc. iv, 42.

2 Marc, i, 40.

3 Luc. v, 12.

guéri. Et Jésus lui dit : « Garde- toi d'en parler à personne; mais va te montrer au prêtre , et offre pour ta guérison ce que Moïse a demandé, afin que ce lui soit un témoignage. » Mais comment obtenir le silence dans de telles circonstances? Ce pauvre lépreux se mit à courir la ville, où il était connu, et où, en montrant ses membres redevenus sains, il provoqua une si ardente curiosité que, pour avoir un peu de repos , « Jésus ne pouvait plus paraître en public dans la ville. Il était obligé de se tenir dehors , dans des lieux déserts , et néanmoins on venait à lui de tous côtés '. » Saint Luc peint de la même manière ce premier moment d'ivresse populaire ; mais il y ajoute un trait qui ne doit pas être omis : « Depuis , sa réputation croissant d'heure en heure, les peuples s'assemblaient par troupes pour l'entendre et pour être guéris de leurs maladies. Mais lui se tenait dans le désert, et il priait*. »

Au bout de quelques jours , quand cette fièvre fut apaisée, Jésus rentra dans la maison de Pierre et d'André. Mais il y était à peine, que la foule se rassembla de nouveau, si nombreuse que la rue ne pouvait la contenir *, et que les porteurs d'un paralytique , ne sachant comment le faire entrer dans la maison, « car la presse ne leur permettait de l'aborder par aucun endroit, » n'imaginèrent rien de mieux que de monter sur le toit, d'y pratiquer une ouverture , et de descendre par là le malade au milieu de la chambre où était Jésus. Ces choses, en ce temps-là, n'étaient pas aussi extraordinaires qu'elles le paraissant aujourd'hui; car chez les Orientaux les maisons sont terminées par un toit plat, où on arrive

i Marc, i , 40.

2 Luc. v, 16.

3 Marc, h, 2; Matth. ix, 1; Luc, v, 17.

soit au moyen d'un escalier qui serpente en dehors le long du mur, soit même par les maisons voisines. Jésus fut touché d'un tel acte et il dit au paralytique : « Mon fils , tes péchés te sont remis. » C'était une bien grande parole. Elle étonna les pharisiens et les docteurs de la loi qui étaient là. « Quel est cet homme? se dirent-ils. Il blasphème; car qui peut pardonner les péchés, si ce n'est Dieu seul? »

Au fond, ils avaient raison. Il n'y a que Dieu qui puisse remettre les péchés, et c'est pourquoi c'était une parole significative que ce mot, un des premiers tombés des lèvres de Jésus au moment où il commençait à se révéler au monde : « Mon fils, tes péchés te sont remis. »

Jésus, qui voyait leur étonnement, leur dit : « Pourquoi ruminez -vous de telles pensées? Lequel est le plus facile, de dire à quelqu'un : Tes péchés te sont remis, ou de lui dire : Lève-toi et marche. Afin donc que vous sachiez, reprit Jésus avec dignité et autorité, que moi, le Fils de l'homme , j'ai le pouvoir de remettre les péchés : Lève-toi , prends ta natte et t'en va. » Aussitôt le paralytique se leva en présence de tout le monde , prit la natte sur laquelle on l'avait apporté, loua Dieu, et s'en retourna chez lui. » On imagine la stupeur, l'admiration de tout le monde. Ce n'était qu'un cri dans toute la foule : « Gloire à Dieu, on n'a jamais rien vu de pareil 1. »

Cette magnifique semaine où l'on commença à soupçonner que le Messie était apparu , se termina par un acte qui allait révéler un nouveau trait de la physionomie de Jésus, plus touchant encore. La grande route qui va de Damas à la Méditerranée, une des plus importantes du monde, parce qu'elle versait tous les produits de l'O-

1 Marc, h, 12.

rient dans l'empire romain , passait à Capharnaùm. Il •levait donc y avoir Ici un bureau de péage important, et par suite un certain nombre de ces douaniers ou collecteurs d'impôts, nulle part bien populaires, plus ou moins détestés partout, mais plus spécialement dans l'empire romain, où l'impôt était perçu d'une manière odieuse, et surtout dans la Judée, où il était le signe de la nationalité perdue. Aussi beaucoup de docteurs soutenaient que c'était un crime de le payer; et quant aux Juifs qui s'abaissaient jusqu'à le percevoir au nom de l'empire, on le^ avait en haine et en mépris. Les vrais zélateurs de la ici les traitaient même en excommuniés.

Il est probable que le bureau n'était pas dans la ville même, mais au dehors, sur le lac; car Jésus « sortait de la ville î », lorsqu'il aperçut Lévi, fils d'Alphée, assis à son bureau. Il arrêta ses yeux sur lui, et lui dit : « Suismoi. » Avec quel accent fut dit ce mot? Quel fut ce regard? On ne le sait pas plus que pour les autres disciples. Mais la commotion fut la même, a Aussitôt celui-ci, se levant, quitta tout et le suivit -. »

Cependant, si prompte que fût sa résolution, Lévi ne voulut pas quitter ses amis sans leur donner un dîner d'adieu, et il y invita Jésus et ses disciples. Le maître, qui s'était assis quelques jours auparavant à une noce, ne refusa pas cette invitation, et il y vint avec ses disciples. Ce fut un scandale. Les pharisiens et les docteurs de la loi, qui s'étaient montrés si indignés quelques jours auparavant en lui voyant remettre les péchés du paralytique, commencèrent à murmurer et à dire entre eux : « Il accueille les pécheurs et il mange avec eux à la même

1 Luc. v, 72; Marc, u, 13.

«Matth. îx, 9.

raole. » Et s'adressant à ses disciples : a Comment votre maître, leur dirent- ils, peut-il manger et boire avec des douaniers et des pécheurs publics? » A quoi Jésus fit cette adorable réponse : « Ce sont les malades qui ont besoin de médecin, et non ceux qui se portent bien. Rappelezvous cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacrifice; car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »

Si on en juge par le ravissement que de telles paroles, si nouvelles et si touchantes, ont inspiré à l'humanité, on imagine, à cette table de douaniers, d'excommuniés, de flétris, et en présence de ces pharisiens orgueilleux, l'étonnement de ceux-ci et l'admiration reconnaissante de ceux-là. Aussi les pharisiens n'osent pas insister; et profitant de la popularité de Jean -Baptiste, ils essayent de s'en faire une arme contre Jésus. « Pourquoi, lui disentils, les disciples de Jean et les pharisiens jeûnent- ils si souvent, tandis que les vôtres ne jeûnent pas? »

Il y a un grand charme dans la réponse de Jésus. On y sent l'esprit nouveau , ce mélange de suavité et d'austérité qui va se substituer à la dureté orgueilleuse des pharisiens. Jésus commence par demander grâce, si on ose ainsi parler, pour ce premier moment de la réunion du Maître et des disciples, qui sera suivi de si grands déchirements : « Les enfants de l'époux peuvent-ils s'attrister, pendant que l'époux est au milieu d'eux? » Puis il ajoute : « Des jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. » Et en un mot, plein de finesse, « sur le vin nouveau qu'on ne met pas dans les vieilles outres, » il terminait en laissant entendre que toutes ces objections, tirées des vieilles institutions du passé , n'avaient pas de sens en présence delà sainte nouveauté des choses qui allaient venir.

Voilà à peu près !<>s événements qui remplirent cette première semaine du ministère public de Jésus. Ce sont là ses premiers actes. Caché hier dans la foule , il apparaît , et d'un mot, d'un regard, il s'attache quelques disciples, tous Galiléens, tous pauvres comme lui. Il descend sur la place publique, et avant d'enseigner le peuple, il l'aime. Il lui fait du bien. Les foules, émues, enthousiasmées, se mettent à sa suite pour entendre sa parole, les grands pour l'épier. Mais rien ne trouble encore la paix qui rayonne autour de lui, car il n'a pas enseigné. Tous ignorent sa doctrine. On ne connaît de lui que ses bienfaits.

Cependant l'heure était venue de parler, de dire publiquement qui il était et pourquoi il était venu. Jésus résolul de le faire, non pas à Capharnaùm, mais à Nazareth. Saint Luc en ajoutant : à Nazareth, où il avait été nourri, semble indiquer le mouvement de cœur qui lui avait fait choisir Nazareth pour un acte d'une si haute importance. Il y arriva le samedi, et se rendit tout droit à la synagogue. Le bruit des miracles qu'il venait d'opérer à Capharnaùm avait facilement franchi les trois lieues qui séparent Nazareth de cette dernière ville. L'assemblée tout entière était dans l'attente, et tous les yeux fixés sur lui. Il se leva, dit saint Luc, et on lui donna le livre du prophète Isaïe. Il le déroula et tomba sur ces magnifiques paroles du prophète : a. L'esprit du Seigneur est sur moi ; il m'a sacré par son onction ; il m'a envoyé pour évangéliser les pauvres , consoler ceux qui ont le cœur brisé , annoncer aux captifs leur délivrance, rendre la vue aux aveugles, délivrer ceux qui sont dans l'oppression, publier l'année de6 miséricordes du Seigneur et le jour de la justice. »

a Ayant replié le livre, il le rendit au ministre, ef s'as-

sit; et tous, dans la synagogue, avaient les yeux attachés sur lui.

a Alors il leur dit : « Ce que vous venez d'entendre

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