ÉTÉ ET AUTOMNE 779. — AN DE JÉSUS- CHRIST
Le retour de Jésus en Galilée fut un triomphe. Les Galiléens « qui avaient été témoins des merveilles faites par Jésus à Jérusalem * » étaient revenus fiers et enthousiasmés. Un grand prophète s'était levé e« Israël, et il soi tait de la Galilée! Le mouvement commençait; il allait devenir irrésistible; déjà même il gagnait les païens. On en eut une preuve dès les premiers jours.
En revenant de Judée, avant de rentrer à Capharnaûm, Jésus s'était arrêté à Cana, dans la maison des jeunes époux aux noces desquels il avait assisté, et qui s'étaient fait une joie, on le sent à un mot délicat et discret de saint Jean, de le revoir et de le recevoir. Il y était arrivé depuis
1 Joan. iv. 45.
peu, lorsqu'un employé royal de Caphamaùm, peut-être Chusa, intendant d'Hérode, ou Manahem , son frère de lait, vint trouver Jésus, en le suppliant de hâter son retour et de venir chez lui, car son fils était malade, et « il commençait à mourir1 ». Jésus, répondant peut-être à quelque pensée secrète de cet employé, lui dit avec une sorte de vivacité : « Tant que vous ne verrez pas des signes et des prodiges, vous ne croirez donc pas! » Mais l'employé ne pensait qu'à son fils : « Venez vite, Seigneur, disait- il, avant qu'il meure. » Alors Jésus lui dit : « Retourne-t'en, ton fils vit. » L'employé n'hésita pas. Il repartit aussitôt. Et, supputation faite des heures, il se trouva que l'enfant avait été guéri au moment même où Jésus avait parlé, a 11 crut désormais, et tous les siens avec lui 2. »
1 Joan. iv, 46.
2 Joan. iv, 54. Après avoir raconté ce miracle, saint Jean ajoute : Hoc iterum secundum signum fecit Jésus cum venisset a Judœa in Galilœam. (ToOto TiaXtv Ssrjxspov cnrjfieîov InQ^ai-i o 'IyjaoOç...) Coite phrase, dont la construction est si embarrassée, et qui n'a pas toujours été comprise par les traducteurs, est cependant d'une grande lumière. Voici ce que saint Jean veut dire : En revenant une première fois de Jérusalem et du Jourdain, après son baptême, Jésus s'était arrêté à Gana, et y avait fait un premier miracle : le changement de l'eau en vin. {Hoc fecit initium signorum Jésus in Cana. Joan. n, 11.) En revenant de nouveau de Jérusalem, après la purification du temple, Jésus s'arrête aussi à Cana, et il y fait un miracle, un second miracle : la guérison du fils de l'employé. (Hoc iterum secundum signum fecit, etc.) Ainsi il y a eu deux retours de Jérusalem, et à chaque retour un arrêt à Cana, et à chaque arrêt un miracle. Voilà ce que saint Jean tient à noter, parce que les trois premiers évangélistes n'avaient parlé que d'un seul retour de la Judée, après lequel ils avaient placé tout le ministère en Galilée, jusqu'au départ final pour Jérusalem. Il en résultait une certaine obscurité. Et ce qui l'augmentait encore, c'est que les trois évangé-
Peu après, Jésus revint à Capharnaûm. Mais ce miracle, ajoutant à la renommée qu'il apportait de Jérusalem, avait encore augmenté l'impatience avec laquelle il était attendu. A mi-chemin, il rencontra une députation de prêtres juifs et d'anciens du peuple qui venaient le supplier en faveur d'un centurion romain dont le serviteur était malade. Païen d'origine, et craignant que, pour cette raison, Jésus ne le repoussât, il les avait envoyés devant lui, pour solliciter en sa faveur. « Il mérite bien, dirent-ils à Jésus, que vous lui fassiez cette grâce, car il aime notre peuple; c'est lui qui a obtenu la reconstruction de notre synagogue '. » Jésus, dont le cœur était sensible à toutes les affections de famille et de patrie, hâta le pas, accompagné des prêtres et des anciens du peuple, et, entrant à Capharnaûm, il se dirigea vers la maison du malade. Emu, inquiet, le centurion était en observation. Quand il voit le cortège se diriger de son côté, la foi, l'humilité, la vénération pour ce personnage mystérieux , s'emparent de son âme, il sort de chez lui, court au-devant de
listes, ne parlant que d'un seul retour, ne semblaient pas parler du même; saint Luc parlant certainement du premier, puisqu'il le rattache au baptême et à la tentation au désert (Luc. iv, 14) ; saint Matthieu et saint Marc, plutôt du second, puisqu'ils lui donnent pour cause l'arrestation de Jean-Baptiste (Matth. iv, 12; Marc, i, 14). Saint Jean dissipe toutes ces obscurités, en établissant qu'il y a eu deux retours de Judée en Galilée, la premier après le baptême, le second à l'époque de l'emprisonnement de Jean- Baptiste; et qu'entre ces deux retours, séparés par plusieurs mois d'intervalle , il y a toute une série de faits : l'établissement définitif de Jésus à Capharnaûm, la purification du temple de Jérusalem, l'entretien avec Nicodème, une mission en Judée pendant que Jean- Baptiste était encore libre, etc. Voilà de ces coups de lumière qui suffiraient, à eux seuls, pour faire de l'Evangile de saint Jean une œuvre inappréciable. 1 Luc. vu et seq.; Matth. vin, 5.
Jésus, et, se prosternant à ses pieds : « Seigneur, lui r dit-il, je no suis pas digne que vous entriez dans ma maison. Mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Car moi, ajouta-t-il avec un singulier accent de foi et d'énergie militaire, j'ai sous moi des soldats, et il me suffit d'un mot pour me faire obéir. Je dis à l'un : Va, et il va; et à l'autre : Viens, et il vient; et à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait. »
Il n'acheva pas. Mais la conclusion qui s'échappait d'ellemême de ces prémisses était, dans sa rude franchise, un tel acte de foi à la toute -puissance de Jésus, que l'église s'en est emparée , et que depuis dix-huit siècles elle met ces belles paroles sur les lèvres de ses enfants au moment auguste où il faut que leur foi atteigne toute sa grandeur.
Jésus en fut ému. « En vérité, je vous le dis, je n'ai pas encore trouvé en Israël une telle foi. »
Et élevé par cette vue à la pensée de ces nations païennes qui allaient bientôt entrer dans l'Eglise et y apporter de si grandes vertus, il ajouta : « Je vous le dis en vérité, beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident, et s'assiéront dans le royaume avec Abraham, Isaac et Jacob. Et pendant ce temps, les enfants du royaume seront précipités dans les ténèbres, là où il y aura des pleurs et des angoisses. Ainsi les premiers seront les derniers, et beaucoup d'entre les derniers deviendront les premiers. »
On aime à se souvenir que c'est un soldat qui a arraché à Jésus cette première révélation de la conversion des peuples, et l'extension de son règne à l'humanité tout entière. Les vieux soldats sont faits pour comprendre Jésuschrist. Ils ont la franchise, l'obéissance, la vie dure, le dévouement. Croire, s'oublier et mourir, voilà toute leur
vie. Quand ils se donnent à Dieu, et qu'ils ajoutent à leurs vertus militaires ce beau couronnement de la foi, il n'y a rien de plus grand, qui inspire plus de respect aux hommes et qui monte -plus haut dans le cœur de Dieu. Nous en avons vu déjà plusieurs auprès de Jean -Baptiste, nous en retrouverons au Calvaire : avant-garde des Maurice, des Victor, des Godefroy de Bouillon, des saint Louis, et des Bayard.
Touché jusqu'à l'admiration, Jésus lui dit : « Va, ton serviteur est guéri; qu'il soit fait comme tu as cru. » Et, sans hésiter, sans discuter, sans demander un signe, le capitaine retourna dans sa demeure, et il trouva son serviteur guéri \
Un miracle plus grand que ces deux-làv où se révélait bien mieux encore la tendresse du cœur de Jésus, acheva de porter à ses dernières limites l'ivresse populaire. Jésus s'était rendu, on ignore pour quel motif, à Naïm, charmante petite ville appelée la Belle, à cause <lc sa position dans un site délicieux au pied du Thabor. Il allait y entrer « entouré de ses disciples et d'une grande foule de peuple ' », car on commençait à le suivre, et il ne pouvait
1 C'est à tort que quelques critiques ont confondu les deux miracles que nous venons de raconter : la guérison du fils de l'employé de Capharnaiim (Joan. iv, tô) avec celle du serviteur du centurion païen. Ils ne se ressemblent que sur un point : la guérison à distance. Ils diffèrent partout le reste. Ici un Juif, là un païen. Ici un fils, là un serviteur. Cana ici, là Cnpharnaum. Ici un père qui veut absolument que Jésus vienne et vite dans sa maison; là un maître qui s'en défend humblement. S'il eûtrté père, il aurait été plus hardi. Enfin ici un païen dont la foi esl donnée en exemple au peuple juif, là un juif blâmé pour son peu de foi, etc. Ce sont deux faits qui se suivent, mais qui ne sa ressemblent pas.
8 Luc. vu, 2 et sôq.
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plus faire un pas sans être accompagné d'une multitude avide et curieuse, lorsqu'il aperçut un cortège funèbre qui sortait de la ville. C'était un jeune homme, le fils unique d'une veuve, enlevé dans la fleur de ses années. On le portait découvert sur un brancard, selon l'usage des Juifs. Et sa pauvre mère se traînait derrière le cercueil, noyée dans ses larmes. Une grande foule le suivait. Tous ces traits indiqués par saint Luc : une mère Veuve, un fils unique, une ville tout entière sympathique à un tel malheur, expliquent l'émotion de Jésus. Mais ce qui l'arracha à lui-même, ce fut la vue de la mère. « Jésus, dit saint Luc, ayant vu cette pauvre mère, fut ému de compassion, et, allant à elle, il lui dit : « Ne pleure plus. » Puis s'approchant, il toucha le cercueil. » Avec quelle autorité, on le devine au mot qu'ajoute saint Luc : « Ceux qui le portaient s'arrêtèrent aussitôt. » Alors Jésus dit : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève- toi. » Et le mort se leva sur son séant, et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. Et tous furent saisis de stupeur. Et la foule poussa des cris : Voilà qu'un grand prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Et le bruit s'en répandit dans toute la Judée et dans le pays d'alentour 1. »
On entrevoit la scène, mais on ne fait que l'entrevoir, et involontairement on en veut à saint Luc de sa brièveté. Lr jeune homme se mit à parler. Et que dit-il ? Jésus le rendit à sa mère. Et que dit-elle? Quel saisissement l Quel bonheur! Quelle reconnaissance l Elle ne sait à qui aller : à Jésus ou à son fils? On la voit se jeter au pied de l'un et les couvrir de baisers, puis tomber dans les bras de l'autre. Et ces deux foules réunies , celle qui accompagnait Jésus arrivant à Naïm; et celle qui accompagnait le mort,
» Luc. vu, 13-16,
toutes deux attentives, frémissantes! Et quelle merveille que ce miracle 1 si beau dans sor motif, si splendide dans son exécution, si digne de cette tendresse virginale, de cette sensibilité divine qui forme un des traits touchants du caractère de Jésus!
Il est facile d'imaginer ce que devaient produire en Galilée, colportés par l'enthousiasme populaire aV actes pareils. Et il y en avait une foule d'autres. Car iJ suffit de jeter les yeux sur l'Evangile pour voir que nouc r. 'avons qu'un choix très restreint des miracles de Jésus- Christ. De tous ceux qui ont été faits à Bethsaïda, nous n'en connaissons qu'un seul. Nous ignorons absolument ceux de Corozaïn, auxquels fait allusion Jésus. Et les textes que nous allons citer montrent qu'à ce premier moment les miracles sortaient des mains, des lèvres de Jésus, avec une abondance intarissable. Ou plutôt, ils sortaient tous de son cœur. Car, on le- remarquera, tous ces miracles sont des bienfaits. C'est une main qui touche des yeux fermés pour leur donner la lumière , qui redresse des membres souffrants, qui guérit des lépreux, qui rappelle un fils du tombeau et le rend à sa mère. Tout est bon en Jésus-Christ; tout est doux; et la toute - puissance ellemême est comme noyée dans la tendresse.
Aussi son nom était dans toutes les bouches. Tant et de si hauts miracles, celui en particulier de la résurrection du fils de la veuve de Naïm , avaient exalté tous les malades, enivré d'espérance toutes les mères. Il ne pouvait plus faire un pas sans être entouré par des foules immenses. Ecoutons saint Matthieu : « De grandes troupes l'attendaient, ayant avec elles des muets, des aveugles, des boiteux , des infirmes, et beaucoup d'autres malades que Ton déposait a ses pieds. Et il les guérissait, de sorte que
la multitude était dans l'admiration, voyant les muets parler, les boiteux marcher, les aveugles voir, et elle glorifiait Dieu *. »
Saint Marc est encore plus explicite. Il indique d'où venaient ces multitudes. « Il y avait là une foule immense de la Galilée et de toute la Judée, de Jérusalem et de l'Idumée, et d'au delà du Jourdain, et jusque des côtes maritimes de Tyr et de Sidon, qui étaient accourus, parce qu'ils avaient entendu parler de ses actions, et qu'ils voulaient l'entendre et être guéris '. »
Cette foule était si nombreuse, si compacte, si ardente, et, disons-le, si indiscrète dans son enthousiasme, le pressant, voulant le toucher, que Jésus ne savait comment y échapper, a II en guérissait beaucoup, dit saint Marc, de sorte que tous ceux qui avaient quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher, et ceux qui étaient tourmentés par les esprits mauvais tombaient à ses pieds en criant : Tu es le Fils de Dieu 3. »
Cet enthousiasme des foules, ces malades qui veulent le toucher, ces mères qui se pressent autour <le lui, ces cris : Tu es le Fils de Dieu, tout cela, certes, est facile à comprendre, et on nous permettra de nous y arrêter un instant, en présence du personnage extraordinaire qui venait d'apparaître, et dont la physionomie prenait chaque jour une plus ravissante beauté. Nul portrait de lui ne nous a été conservé. Nulle description un peu authentique ne permet de savoir quelle était, à cet âge de trente ans, la royale physionomie du Fils de l'homme. Mais si, parmi nous, toule âme qui est vraiment grande apparaît, pour
i Mattli. îv, 23-24; xv, 30-31.
s Marc, ni, 7.
» lbid., 10.
ainsi dire, sur le visage et en transfigure les traits, si, à mesure que nous devenons plus parfaits, il se reflète sur notre front une beauté surnaturelle <|ui émeut, que devaitce être de cette physionomie où apparaissait la plus grande âme qui fut jamais, de ce regard où brillaient la majesté dans l'humilité et la douceur dans la force, de ces lèvres où respirait la bonté? Ce qui frappait en lui à ce premier moment, c'était, avec une intelligence supérieure, servie par une parole simple, populaire, sublime, avec une puissance miraculeuse qui coulait de ses mains sans efforts; c'était, dis-je, un cœur incomparable. Il aimait comme on ne savait plus aimer, comme personne n'avait jamais aimé : avec une chaste tendresse, une élévation, une force, une profondeur, une fidélité merveilleuse. Il ne pouvait voir une douleur sans s'attendrir; et les peines du cœur, en particulier, lui arrachaient toujours une larme et un miracle. Sa pureté, sa modestie, sa réserve étaient singulières. Et cependant il voulait être aimé. Rien n'était plus fort que son cœur, mais rien n'était plus délicat ni plus tendre. Toutes les nuances de l'affection s'y laissaient voir. Dès les premiers jours, dans cette foule de jeunes gens et d'hommes enthousiasmés de sa parole, il en avait choisi quelques-uns auxquels il avait dit : « Vous, vous serez mes amis. » Et parmi ces douze, il y en avait trois ou quatre vers lesquels inclinait davantage son cœur, et parmi ceux-là mêmes, un qui semble avoir eu dans son affection une part unique.
Ses rapports avec les femmes étaient d'une beauté parfaite. Elles se pressaient autour de lui; elles se suspendaient à ses lèvres, charmées, attendries, émues. Il leur inspirait un respect tendre, une admiration confiante; et la reconnaissance grossissait à chaque instant leurs rangs.
Jésus les accueillait avec la bonté, le détachement, le désintéressement, la virginale tendresse d'un être supérieur. « Il n'y a, dit M. Guizot, dans ses rapports avec les femmes qui l'approchent, pas la moindre trace de l'homme, et nulle part le Dieu ne se manifeste avec plus de charme et de pureté 1 . »
Là même cependant il y a des prédilections. Dans ce cœur blessé d'un amour qui embrassait toutes les âmes, toutes n'avaient pas le même rang , et on aperçoit dès le premier jour un petit groupe de femmes qui lui est particulièrement cher. Elles l'accompagnaient dans ses voyages ; elles le nourrissaient de, leurs biens; elles le consolaient de leur dévouement; elles le suivaient partout. Nous les trouverons à la croix et au tombeau, fidèles à un amour qui était trop élevé pour ne pas grandir encore avec les douleurs de celui qu'elles aimaient. On ne sait pas le nom de toutes, mais les principales sont connues : Susanne , que l'on croit être la jeune fille dont Jésus bénit les noces à Cana ; Jeanne, l'épouse de l'employé royal de Capharnaùm , la mère de ce jeune homme qui se mourait et que Jésus avait guéri; Salomé, la mère de saint Jean, le disciple bien-aimé; Marie Madeleine enfin, dont nous venons de raconter la conversion, plus aimée que toutes, plus digne de l'être, parce qu'elle aimait davantage : sa reconnaissance se mesurait à la grandeur des fautes qu'elle avait commises et du pardon qu'elle avait reçu '.
Mais ce qui achevait de révéler la vraie physionomie de Jésus , la royale beauté de son cœur , c'était la foule des enfants qui se pressaient autour de lui. Nul regard ne dis-
1 Guizot, Méditations sur la religion, IIe partie, p. 312. 1 Luc. vin, 1-3. Cf. le docteur Sepp, Vie de N.-S. Jésus-Christ, t. I, p. 326; édit. in-12.
cerne mieux le cœur de l'homme que le regard d'un enfant. Dans un cercle de vingt personnes, il a vite découvert celle qui aime le plus et qui aime le mieux, et il est bientôt sur ses genoux. C'est ce qu'on voyait autour de Jésus. Les enfants accouraient par troupes. Ils l'entouraient, ils tâchaient de percer la foule. On voyait leurs petites têtes blondes se montrer toujours au premier rang. Souvent ils couraient devant lui, allaient, venaient en si grand nombre, avec l'élan, et la naïveté, et quelque l'ois l'indiscrétion de leur âge, que les disciples en étaient fatigués et les chassaient avec menaces; Jésus jamais. Il réprimandait même ses disciples : « Laissez, disait-il, ces petits enfants venir à moi. Ne les éloignez pas; car, ajoutait-il, le royaume des cieux est à eux et à ceux qui leur ressemblent. » Et, s'approchant d'eux, il les regardait avec amour, leur faisait de douces caresses, et déposait toujours sur leurs fronts un baiser. Les mères , ravies de tant de bonté, lui apportaient jusqu'aux petits enfants qu'elles allaitaient encore , et le suppliaient de vouloir bien les bénir et leur imposer les mains ; ce qu'il ne refusait jamais. Nous en verrons dans la suite des preuves charmantes.
Ainsi il s'en allait, escorté de foules immenses, où il y avait plus de pauvres, de malades et de malheureux que de riches; pressé par les mères qui tenaient leurs nourrissons sur leurs bras; précédé par des bandes de petits enfants qui couraient joyeux devant lui et mêlaient leurs cris aux acclamations du peuple. Si quelques pharisiens, drapés fièrement dans leurs manteaux, fronçaient le sourcil, on n'y faisait pas encore attention. L'enthousiasme était universel.
C'est au milieu de cet enthousiasme populaire, au mo-
ment où Jésus était arrêté un instant à Naïm, que lui arriva une députation assez étrange. Deux disciples de Jean- Baptiste se présentèrent à lui de la part du Précurseur, et lui posèrent nettement la question qui, depuis six ou sept mois, préoccupait tous les esprits : « Êtes- vous Celui qui doit venir , ou devons-nous en attendre un autre ! ? » Mais pour bien comprendre le sens de cette ambassade et la réponse qu'y fit Jésus, il faut reprendre d'un peu plus haut les choses qui concernent saint Jean.
Depuis qu'il avait vu les cieux s'ouvrir sur la tête de Jésus au moment de son baptême, et l'Esprit-Saint descendre sous la forme d'une colombe , la prédication de Jean -Baptiste, on se le rappelle, avait pris un accent nouveau. Il ne disait plus seulement comme au premier jour : « Faites pénitence , car le royaume des cieux approche ; » il annonçait que le fondateur du royaume de Dieu était venu; qu'il vivait déjà au milieu des Juifs, quoique ceux-ci ne le connussent pas; qu'il était l'Agneau de Dieu, le Messie attendu, le purificateur du monde, l'époux descendu du ciel pour épouser l'humanité. Quant à lui, Jean, il osait à peine se dire l'ami de l'époux. Il n'était pas digne de délier la courroie de sa chaussure. Son baptême n'était que d'eau. Celui de Jésus était plein du Saint-Esprit et d'un feu céleste. Il allait renouveler le monde.
Mais Jean avait beau parler ainsi , ses disciples ne le croyaient pas. L'austérité de sa vie, la grandeur de sa vertu, l'indomptable énergie de son caractère, la beauté antique de sa parole, avaient fait sur eux une telle impression , que la figure de Jésus, plus douce, entrevue d'ailleurs de plus loin, pâlissait à leurs yeux. Plusieurs même ne pou-
1 Malth. xi, 3 etsuiv. ; Luc. vu, 18 et suiv.
\ aient pas en entendre parler sans jalousie, et en plus 1 d'une occasion, malgré les avertissements de leur maître, il leur échappait des critiques ou des murmures. Nous en avons vu, au chapitre précédent, un exemple célèbre. Depuis Jean-Baptiste avait été arrêté, et les circonstances de cette arrestation n'étaient pas de nature à diminuer l'admiration enthousiaste qu'ils avaient pour lui.
Voici comment la chose avait eu lieu.
Dans la familledugrand Ilérode il y avait alors une femme, sa petite-tille, dans laquelle semblait revivre une partie du génie et toute la violence des passions de son grand -père. C'était Hérodiade. Inquiète et ambitieuse, elle avait été précisément mariée au seul des fils du grand Héroile qui n'eût pas de trône, Hérode, fils de Marianne-, que, dans un moment de colère, Hérode le Grand avait déshérité. Humiliée de cette position inférieure de son mari, elle rêvait une couronne, et elle avait résolu de l'obtenir à tout prix ', Elle vit son beau- frère, Antipas, tétrarque de la Galilée, lui tourna la tête, et, quittant elle-même son mari, elle obtint de ce prince faible qu'il renverrait aussi sa femme. Ainsi, par deux crimes, courtisane et adultère, elle réalisait le rêve de sa vie et montait ainsi sur le trône. L'affaire cependant ne devait pas aller toute seule. Antipas avait épousé la fille de Hareth, roi des Arabes, laquelle, ayant aperçu ce qui se tramait et s'attendant à être répudiée, s'enfuit à la hâte et en secret, vint trouver son père et lui demanda de venger son honneur et l'injure qu'elle avait reçue *. Hareth entra aussitôt en campagne, et comme les deux royaumes, celui de la Galilée et celui des Arabes, étaient limitrophes, ses troupes vinrent pré-
1 Joseph. Antiq. XVIll, vu; de Bello Judaico IX, vi. * Juscph. Antiq. XV11I, v.
cisément heurter celles d'Jlérode à la pointe extrême de la Pérée, non loin du lieu où se trouvait Jean-Baptiste. Ajoutons; pour bien comprendre la situation, que le peuple de la Galilée et de la Pérée était furieux, et de cette union adultère , et d'être obligé de verser son sang pour une pareille cause. Si Hérode avait pu obtenir au moins le silence, sinon l'assentiment de Jean- Baptiste, il se serait mis peu en peine de cette colère du peuple. Mais le prophète n'était pas homme à pactiser ainsi avec le mal. Il blâma énergiquement Hérode, le vint trouver, et lui- dit en face ce fameux non licet qui a retenti si profondément dans la conscience de l'humanité, o Non, lui dit-il, il ne vous est pas permis de prendre la femme de votre frère1.» Hérodiade, furieuse, poussa alors Ilérole Antipas à un coup violent : Jean- Baptiste fut arrêté, et ordre donné de renfermer à Machéro.
Machéro était une forteresse considérable bâtie à l'extrémité de la Pérée par le grand Hérode, précisément pour en faire une place d'armes contre les Arabes. Elle était assise sur une roche à pic de cent coudées de haut, et de tous les autres côtés environnée de fossés profonds. Quatre tours très élevées flanquaient et soutenaient ies murs. Au centre du quadrilatère, au pied duquel se groupaient les maisons de la ville, était un grand palais, où Hérode, Hérodiade, sa fille Salomé, étaient venus s'établir pendant la guerre ». C'est dans une des quatre tours qu'était Jean- Baptiste. Poussé par sa femme, Hérode l'y avait fait enfermer; mais, plus faible que cruel, il ne voulait pas le mettre à mort. Peut-être craignait-il un soulèvement du peuple. Selon d'autres, il éprouvait un certain attrait pour
1 Matth. xiv, 4; Marc, vi, 38; Luc. m, 19. * Joseph, de Belio Judaico VII , vi.
le jeune prophète, et il se plaisait à l'écouter, bien que ses entretiens le jetassent ensuite dans de grands troubles1. Quoi qu'il en soit, la porte de la prison n'était qu'à demi fermée, et les disciples de Jean obtenaient facilement dô le voir et de converser avec lui.
Naturellement on parlait du royaume de Dieu qui allait venir, ou plutôt qui semblait bien compromis par l'arrestation du prophète, de la douleur du peuple dispersé et sans pasteur. On parlait aussi de Jésus, qui était en Galilée, prêchant et baptisant dans la paix, pendant que Jean était en prison. Plusieurs des disciples du Précurseur avaient été en Galilée, et racontaient avec étonnement que les disciples de Jésus ne jeûnaient pas ; ce qui surprenait les uns et scandalisait les autres. Le bruit des grandes œuvres de Galilée, des malades guéris , et en particulier du fils de cette veuve de Naïm, ressuscité, pénétrait aussi dans la prison1, et, comme il arrive toujours, chacun commentait à sa façon, et jugeait d'après ses idées ou ses passions.
Ce fut alors que Jean se décida à un grand acte. Il choisit deux de ses disciples et les envoya à Jésus avec mission de lui poser publiquement et solennellement cette question : « Etes -vous le Messie; ou faut -il en attendre un autre? »
On a beaucoup raisonné sur ce fait, qui, de prime abord , semble en effet singulier. Les uns y ont vu , dans la vie du Précurseur, une heure de défaillance. Son regard se serait troublé au fond de sa prison , et il n'aurait plus su que penser de ce personnage extraordinaire, que du
i Marc, vi, 19, 20.
* Luc. vu, 18.
reste il n'avait aperçu que deux fois. D'autres ont vu là, dans la vie de saint Jean, une heure d'impatience. Il n'aurait pas douté du caractère de Jésus, mais il lui aurait envoyé ses disciples pour lui dire : « Vous êtes le Messie; et nous n'en attendons pas d'autre. Mais que faites- vous donc? Pourquoi ne vous manifestez -vous pas? M'allezvous laisser mourir avant que j'aie vu le royaume de Dieu que vous devez fonder? »
Ni l'une ni l'autre de ces deux explications n'est acceptable. De bien autres pensées agitaient la grande âme du Précurseur. Il allait mourir en effet, il le savait; car si Hérode n'était que faible, Hérodiade était cruelle; et sentant bien qu'elle ne serait tenue que pour adultère tant qu'elle n'aurait pas le suffrage de Jean, elle avait résolu de le faire disparaître. Jean -Baptiste n'ignorait pas ces choses et s'en préoccupait peu. Il verrait le royaume de Dieu à travers les barreaux de sa prison , ou il le verrait des splendeurs du ciel. Que lui importait ? Et pour bien voir, la seconde place n'était-elle pas encore la meilleure?
Mais, lui disparu, qu'allaient devenir ses disciples, tant de jeunes âmes, ardentes, enthousiastes, qui s'étaient attachés à ses pas, et que l'amour qu'elles avaient pour lui aveuglait? Vainement il leur montrait du doigt l'Agneau de Dieu. Elles ne l'avaient pas vu, et elles ne voulaient pas le voir. Jean leur suffisait. Son grand cœur de prophète, de précurseur, son cœur plus délicat encore « d'ami de l'Epoux » gémissait. Il allait être l'obstacle au lieu d'être le moyen. Dans ces pensées, il résolut de les envoyer lui-même à Jésus. Nul doute qu'ils ne fussent entraînés à sa seule vue. Et lui qui , d'un mot, d'un regard, lui avait enlevé ses premiers disciples, Jean, André, Pierre, d'un mot lui enlèverait le reste. Il aurait cette
joie, sur le bord de sa tombe, de les voir tous à la suite de Jésus-Christ.
Et puis, s'il est permis de croire que cet homme si désintéressé pensât à lui dans un pareil moment, peut-êlre espérait- il que ce Christ, devant lequel il avait tressailli dès le sein do sa mère, lui enverrait, pour être le viatique de sa dernière heure, une parole qui le ferait tressaillir encore jusque dans son tombeau.
Quand les deux disciples qu'il avait choisis à dessein arrivèrent, ils trouvèrent Jésus dans une de ces scènes que nous avons déjà racontées, entouré de pauvres, de malades, de petits enfants avec leurs mères; bénissant les uns, guérissant les autres, les consolant tous. Les disciples de Jean percèrent la foule et firent part à Jésus de leur message. « Etes-vous celui qui doit venir, ou faut-il en attendre un autre? » Jésus, pour toute réponse, étendit la main, leur montra la foule, et leur dit : « Allez, et dites à Jean ce que vous avez vu et entendu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. Et bienheureux est celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute 1. »
On ignore si cette réponse trouva Jean-Baptiste vivant. Et au fond qu'importe? Ce n'était pas pour lui qu'elle était donnée; c'était pour ses disciples, c'était pour le monde. L'humanité malade attendait le Sauveur qui la guérirait. Et Jésus se montrait à elle sous les traits mêmes qu'Isaïe avait donnés au Messie-Sauveur : « ouvrant les yeux des aveugles, touchant les oreilles des sourds, déliant la langue des muets * : » c'est-à-dire étani manifestement Celui
1 Malth. xi, 4-5.
1 Is. xxxv, 5.
qu'on attendait. Encore à tous ces signes d'une mission divine en ajoutait-il un que le prophète n'avait pas vu, et que l'erreur elle-même n'a jamais imité qu'à sa confusion. On méprise les pauvres ou on les soulève. Il n'y a que Jésus-Christ qui les évangélise, parce qu'il n'y a que lui qui les aime. Et quand, venus sur la terre, le cœur plein d'un tel amour, les mains riches de si précieux bienfaits, Jésus ajoute qu'il sera un sujet de scandale, lui qui n'aurait dû être que l'objet d'une reconnaissance passionnée, il achève de prouver qu'il est le Messie. Car il n'y a qu'un Dieu qui ait pu paraître dans cette pompe de l'amour, et de l'amour méconnu, mais d'autant plus tendre; et c'était la seule qui lui convînt.
Quoique la forme du message de Jean-Baptiste fût sans inconvénient pour ceux qui l'apportaient, il pouvait n'en être pas de même pour la foule qui entourait Jésus-Christ. Peut-être y eut-il quelque étonnement, et aussi quelques murmures contre Jean et ses disciples. Quoi qu'il en soit, à peine ceux-ci se furent retirés que Jésus prit la parole, et commença , si j'ose ainsi dire, l'oraison funèbre du Précurseur. Jamais plus grandes parohes ne retentirent sur une plus grande vie.
« Qu'êtes-vous allés voir au désert? Etait-ce un roseau agité par le vent? Qu'êtes-vous allés voir? Etait-ce un homme vêtu avec mollesse? Ceux qui sont vêtus avec mollesse sont dans les maisons des rois. Alors qu'êtes-vous allés voir? Un prophète? Oui, et plus qu'un prophète. Car c'est de lui qu'il est écrit : Voici que j'envoie mon ange devant ta face pour préparer ton chemin. En vérité je vous le dis, entre ceux qui sont nés de la femme, il n'y en a jamais eu de plus grand que Jean- Baptiste. Le peuple et les publicains ont donc rendu hommage à Dieu en courant à
son baptême. Les pharisiens, au contraire, et les docteurs de la loi, en le refusant, ont méprisé le dessein de Dieu sur eux. Et si vous voulez savoir au juste quel il est, il est l'Elie annoncé. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende î, »
Quel témoignage se rend ici Jésus! C'est Malachie qu\ avait parlé de cet Elie qui allait venir; et il avait dit expressément qu'il marcherait devant le Seigneur Dieu lui même5. Et voilà pourquoi Jésus ajoute' mystérieusement, comme pour faire refléchir la foule : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. » Mais qui a de telles oreilles? Aussi Jésus continue avec tristesse : « A quoi comparerai-je les hommes de cette généiation? Ils ressemblent à ces enfants assis sur les places publiques, qui disent à leurs camarades :
Voici que nous chantons, Et vous ne dansez pasl Voici que nous pleurons, Et vous ne pleurez pasl
Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et vous dites: C'est un fou. Le Fils de l'homme est venu, vivant comme tout le monde, et vous dites : C'est un mangeur, un buveur de vin, l'ami des douaniers et des pécheurs. » Et tout ce discours se termine par un cri de douleur, à la pensée de tant d'âmes qui, de quelque manière que la vérité leur soit proposée, sous la forme austère de Jean- Baptiste, ou sous la forme aimable de Jésus, trouvent toujours moyen de reconduire!
Pendant que Jésus prononçait en l'honneur de Jean ces
1 Matth. xi, 7; Luc. vu, 24.
* Malach. |{l, 1.
magnifiques paroles, celui-ci s'en montrait digne au fond de sa prison. Vainement Hérode, qui le craignait, sachant que c'était un homme juste, s'efforçait de faire traîner sa captivité en longueur. Hérodiade avait juré sa mort. Il n'y avait plus qu'une occasion à trouver. Elle se présenta bientôt.
On était au jour anniversaire de la naissance d'Hérode. Un grand festin réunissait ce jour-là, dans le palais de Machéro, la famille du roi, les chefs de son armée et les principaux personnages de la Galilée et de la Pérée. C'était l'usage, dans la voluptueuse antiquité, de mêler les danses aux festins d'apparat, et depuis quelque temps certaines danses expressives, venues d'Orient, excitaient une curiosité malsaine. Salomé, la fille d' Hérodiade, en exécuta une qui ravit Hérode Antipas et toute la cour. Mais il faut lire toute cette histoire en saint Marc. Son récit est un petit chef-d'œuvre, gravé d'un trait fin et profond.
« La fille d'Hérodiade , étant entrée, dansa, et elle plut à Hérode et à ceux qui étaient à table avec lui.
« Le roi dit alors à la jeune fille : « Demande ce que tu voudras, et je te le donnerai. » Et il ajouta avec serment : « Fût-ce la moitié de mon royaume, demande, et tu l'auras. »
« Elle, étant sortie, dit à sa mère: « Que demanderai-je?
« — La tête de Jean-Baptiste, » répondit la mère.
« La jeune fille rentra à la hâte dans la salle du festin et dit : « Je veux que vous me donniez tout de suite la tête de Jean -Baptiste sur ce plateau. »
« Le roi fut contristé; néanmoins, à cause de son serment, et à cause de ceux qui étaient à table avec lui, il ne voulut pas la refuser.
JESUS-CllIUST
« Il envoya donc un de ses gardes et lui commanda d'apporter la tête de Jean sur le plateau.
« Le garde alla, coupa la tête de Jean, l'apporta sur le plateau, et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la remit à sa mère *. »
Ainsi mourut Jean-Baptiste , à peine âgé de trente-deux ans. Sa vie fut courte, mais sa parole puissante, sa vertu sans tâche , sa mort héroïque. De toutes les figures de l'Evangile , c'est la plus antique et la plus grandiose. Il a la flamme d'Elie sur le front , et les éclats de la foudre des prophètes dans la voix. A le voir là , aux avenues de l'Evangile, on croirait qu'il y a été mis exprès, par quelque art supérieur, pour faire ressortir la suavité de l'Agneau qu'il montre du doigt, et la douceur du royaume qu'il annonce. Envoyé pour aplanir les voies au Messie et pour réveiller Israël endormi, une année seulement lui est donnée ; mais elle suffit , préparée , il est vrai , par trente ans de pénitence, et fécondée par une humilité, une pureté, un détachement extraordinaires. Quand il meurt, après quelques mois seulement de prédication , l'œuvre est finie. Les bords du Jourdain retentissent de gémissements. La Galilée tressaille à la voix de Jésus. Pierre, André, Jacques et Jean se pressent autour de lui. Jérusalem l'attend et l'a déjà aperçu. Tout est prêt. Ponce Pilate porte, au nom de Rome, le sceptre brisé de Juda. Anne et Caïphe , deux intrus , sont assis sur la chaire d'Aaron. Les temps sont accomplis. Le dernier des prophètes peut mourir. Le royaume de Dieu va commencer.
» Marc, vi, 22-27.