EST VRAIMENT UNE NOURRITURE, ET MON SANG EST VRAIMENT
UN breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. » Et, pour frapper un dernier coup, il ajoute : « Comme le Père qui m'a envoyé est la vie même, et que par lui j'ai la vie, ainsi celui QUI ME mange aura la vie par moi *. »,
Après une telle parole, d'une clarté si parfaite, les Juifs n'insistent pas. « Cette parole, disent-ils, est trop dure: qui pourrait l'accepter'/ Et ils s'en vont, laissant Jésus presque seul. »
Jésus se tourne alors vers ses disciples; et « sachant en lui-même qu'il y en avait plusieurs qui murmuraient aussi il leur dit : « Cette parole vous étonne? Que sera-ce donc quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant? C'est l'esprit qui vivitie, la chair ne sert de rien. Or les paroles que je vous ai dites sont esprit, et vie. Mais il y en a parmi vous qui n'ont pas la foi. » — « Car dès ce moment, dit saint Jean, Jésus savait qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et quel était celui qui le trahirait ». »
Cependant le vide commençait à se faire autour de lui ; plusieurs même de ses disciples se retirèrent. C'est alors que Jésus regarda ses apôtres et leur dit cette parole si touchante : « Et vous, voulez- vous aussi m'abandonner? »
« Seigneur, s'écria Pierre, à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Pour nous, nous avons cru et nous avons connu que vous êtes le Christ, le fiLS de Dieu3. »
1 Joan. vi, 54-58.
2 Ibid., 65.
3 Ibid., 69, 70.
Pierre parlait au nom des douze. Mais la vivacité même de cette parole, en consolant le cœur de Jésus, lui arracha le douloureux secret qui l'oppressait : « Ne vous ai-je pas choisis tous les douze? leur dit-il avec tendresse; et pourtant l'un de vous est un démon 1 » — « Il parlait, ajoute saint Jean, de Judas de Kerioth, fils de Simon; car c'était celui qui devait le trahir, lui, Pun des douze. »
Ainsi s'acheva ce grand et solennel enseignement; ainsi fut faite cette promesse, voilée encore, mais déjà si claire, du don royal de la sainte Eucharistie. Jésus vient fonder sur la terre le royaume tout spirituel des âmes. Et comme les âmes ont faim et soif ainsi que les corps, et plus qu'eux, il leur apporte une nourriture spirituelle, un pain descendu, comme elle, du ciel, et contenant la vie, la consolation, l'amour, la paix, la force, au degré où elles le désirent , c'est-à-dire au degré infini. Et ce pain n'est pas un pain vulgaire et matériel, semblable à celui qu'on demande aux rois et qu'il» ne peuvent pas toujours donner à tous ; c'est un pain céleste. Comme on trempe une substance ordinaire dans une toute-puissante liqueur, ainsi son corps et son sang ont été unis à son âme, et tous ensemble au Verbe éternel, et par lui, au Père, en qui est la source de toute vie. Quiconque reçoit ce corps et ce sang s'unit à cette âme, et quiconque s'unit à cette âme s'unit au Verbe éternel, et, par le Verbe, au Père; et, en s'unissant ainsi au Père, il se plonge dans la vie infinie. Voilà le mystère eucharistique.
Au fond, c'est le mystère universel. Personne ne peut vivre seul. Personne ne. peut tirer de soi-même et se donner la vie. Il faut la recevoir. Comme donc l'homme ne peut trouver la vie intellectuelle, morale, physique, que dans la communion avec des êtres semblables à lui,
et une vie d'autant plus haute et plus douce que les êtres lui sont plus semblables, c'est-à-dire plus sympathiques; ainsi il ne peut trouver de vie divine, de lumière divine, de paix, de grandeur, de détachement de la terre, d'élan vers l'infini que dans la communion avec Dieu. La sainte Eucharistie n'est que la loi de tous les mondes et de tous les règnes , élevée à l'état divin.
Comment se devait faire cette communion? Sous quelle forme ce corps et ce sang imprégnés de vie divine nous seraient-ils donnés? Quel voile imagineraient la tendresse et la délicatesse du plus tendre et du plus délicat de tous ies êtres? L'heure n'était pas encore venue de le dire. Jésus se contente d'en déposer l'idée dans l'esprit des masses. C'est un germe qui doit mûrir lentement, et que nous verrons s'épanouir plus tard 1/