‹ Le christianisme et les temps présentsChapitre 39 sur 47 · FÉVRIER 782. — AN DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

FÉVRIER 782. — AN DE JÉSUS-CHRIST

La partie de la Pérée choisie par Jésus pour sa retraite était cette région , traversée par le Jourdain, où Jean-Baptiste avait inauguré son ministère et où Jésus lui-même avait reçu le baptême. Il y revenait aujourd'hui se recueillir à la veille de sa mort, comme il était venu s'y préparer à sa mission. Le calme des lieux, l'éloignement de Jérusalem, la paix de ces populations étrangères aux passions religieuses qui s'agitaient autour du temple, le souvenir peut-être de sa première et profonde retraite , lui avaient fait choisir cette contrée. Là d'ailleurs ie trouvait le ^ué du Jourdain. En une heure il pouvait s'enfoncer dans ce désert où il avait passé quarante jours, et où il était sûr d'échapper, jusqu'à l'heure marquée par Dieu, à toutes les embûches de ses ennemis.

Il n'eut pns besoin de ce dernier refuge. Rien ne vint troubler la paix dont il jouit au milieu de ces bonnes po-«

pulations, et on sent, au ton de l'évangéliste , que ce séjour ne fut pas sans douceur. Jésus y vécut très retiré car deux ou trois faits à peine ont subsisté de cette partie de sa vie ; et encore ces deux ou trois faits , on ne sait pas bien s'ils eurent lieu dans ce mois de retraite qui précéda la résurrection de Lazare ou dans les quelques jours di fuite qui la suivirent. Ces faits nous montrent Jésus toujours semblable à lui-même, entouré de pauvres, de malades qu'il console et soulage , d'humbles péagers qu'il honore, de petits enfants qu'il caresse, de ses apôtres enfin qu'il achève d'instruire, l'esprit, le cœur, les mains débordant de bienfaits.

A Jéricho surtout, dans une petite excursion qu'il y fit, les consolations abondèrent. Cette ville très importante et charmante, pleine de fleurs, de fruits, de parfums, placée sur une des plus grandes routes de la Palestine, avait pour cette raison un poste de douane très considérable. Le chef des douaniers, Zachaï ou Zachée, homme riche, désira voir Jésus. Comme il était très petit, il monta sur un sycomore planté dans une rue à la manière orientale. Jésus fut touché de cette humilité dans un tel personnage, et s'approchant de l'arbre : « Zachée, lui dit-il, hâtezvous de descendre, car c'est chez vous que je veux loger aujourd'hui. » On murmura beaucoup de voir Jésus honorer de sa visite la maison d'un pécheur. Mais à tous les murmures Jésus ne répondit qu'un mot adorable : « Le Fils de l'homme est précisément venu pour chercher et sauver ce qui avait péri i . »

Ce Zachée était une de ces âmes droites , comme il s'en trouve dans toutes les positions et dans tous les cultes.

1 Luc. xix, 1 et s.

Voué au mépris des Juifs par son état de péager, rejeté, excornunié par les purs, il donnait son bien aux pauvres, et réparait au double et au triple le tort qu'il pouvait faire. « Vrai enfant d'Abraham , » disait Jésus ; c'est-àdire appartenant à l'âme de l'Eglise et tout proche du Dieu qu'il ne connaissait pas. *

Ce ne fut pas du reste la seule joie de Jésus à Jéricho. En sortant de la ville, un aveugle nommé Bartimée se mit à crier : « Fils de David, ayez pitié de moi. » On voulait le faire taire; mais lui criait encore plus haut : « Fils de David, ayez pitié de moi. » Jésus s'arrêta près de lui et lui dit : a Que demandes-tu de moi? — Seigneur, que je voiel — Vois; ta foi t'a sauvé1. » Dialogue sublime que nous avons déjà entendu, où le pauvre, le malade qui monte jusqu'à Dieu par la foi, oblige Dieu à descendre jusqu'à lui par l'amour.

On raconte la même chose de deux autres aveugles qu'il rencontra sur la même route *.

Il y vit aussi, là comme ailleurs, une foule de petits enfants : ceux-ci courant autour de lui ; ceux-là apportés dans les bras de leurs mères et sollicitant une bénédiction. Il les embrassait et leur imposait les mains.

Au milieu de ces scènes où son cœur se dilatait et se consolait des tristesses par lesquelles il venait de passer à Jérusalem, une douloureuse nouvelle arriva à Jésus. C'était un message que Marthe et Marie sa sœur lui envoyaient pour lui annoncer la maladie de leur frère Lazare. Le message était court et ne contenait que ce seul mot : « Celui que vous aimez est malade. » A cause du péril que courait Jésus en se rapprochant de Jérusalem, leur déli-

1 Luc. xvin, 35.

» Matth. xx, 29; Marc. x,46.

catesse ne leur avait pas permis de rien ajouter. Mais elles connaissaient Jésus, et avec un cœur comme le sien, c'était assez de .ce mot. Jésus en fut profondément ému , et se prépara à partir. Mais n'essayons pas de refaire un récit qui a été divinement fait par saint Jean. Objet lui-même d'une des plus tendres prédilections du Sauveur, à la veille de reposer sur la do* tri ne du divin Maître, nul ne pouvait être mieux choisi pour nous peindre une scène où le cœur de Jésus allait se révéler tout entier *.

« Il y avait un homme, appelé Lazare, qui était malade à Béthanie, dans le bourg de Marie et de Marthe, sa sœur.

« Cette Marie était celle qui oignit le Seigneur d'un parfum et qui essuya ses pieds de ses cheveux; et c'était son frère Lazare qui était malade.

« Les deux sœurs envoyèrent donc vers Jésus pour lui dire : Seigneur, celui que vous aimez est malade.

« En entendant cela, Jésus dit : Cette maladie n'est pas pour la mort , mais pour la gloire de Dieu , afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle.

« Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare.

« Et lorsqu'il eut appris que Lazare élait malade, il resta deux jours au même lieu, puis il dit à ses disciples : Allons en Judée de nouveau.

« Ses disciples lui dirent : Maître, les Juifs cherchent à vous lapider, et vous allez là de nouveau !

« Jésus leur répondit : N'y a-t-il pas douze heures de jour? Si quelqu'un marche dans le jour, il ne se heurte pas, parce qu'il a la lumière de ce monde. Mais s'il marche

1 Joan. xi, 1-45.

dans la nuit, il se heurte, parce que la lumière n'est pas en lui.

« Voilà ce qu'il leur dit; et il ajouta ensuite : Lazare , notre ami , dort ; mais je vais pour le tirer de son sommeil.

« Ses disciples lui dirent: Seigneur, puisqu'il dort, il sera sauvé. Or Jésus l'avait entendu de la mort, et eux du sommeil ordinaire. Il leur dit donc manifestement : Lazare est mort. Et je me réjouis à cause de vous de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez. Mais allons à lui. Sur quoi Thomas, qui s'appelait Didyme, dit aux autres disciples : Allons, nous aussi, et mourons avec lui.

« Jésus vint donc, et lorsqu'il arriva, il y avait déjà quatre jours que Lazare était au tombeau.

« Béthanie est près de Jérusalem à la distance d'environ quinze stades. Aussi beaucoup de Juifs étaient venus vers Marthe et Marie, afin de les consoler de la mort de leur frère.

« Aussitôt donc que Marthe eut appris la venue de!ésus1 elle courut à sa rencontre; pour Marie, elle se tenait assise dans sa maison. Marthe dit donc à Jésus : Seigneur, si vous aviez été ici , mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu , Dieu vous l'accordera.

« Jésus leur dit : Votre frère ressuscitera.

« Marthe lui dit : Je sais qu'il ressuscitera lors de la résurrection au dernier jour.

« Jésus lui dit : C'est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, quand même il serait mort, A\ vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra point éternellement. Croyez-vous cela?

a Elle lui dit: Oui, Seigneur,, je crois que vous êtes

le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde.

« Et, après avoir dit cela, elle s'en alla, et appelant Marie sa sœur à voix basse , elle lui dit : Le Maître est là, et il te demande.

« A ce mot, Marie se lève aussitôt et se rend près de lui ; car Jésus n'était pas encore entré dans le bourg , et il se trouvait toujours au lieu où Marthe l'avait rencontré. Or les Juifs qui étaient avec elle dans la maison et qui la consolaient, voyant qu'elle s'était levée et qu'elle était sortie avec promptitude, la suivirent en disant : Elle va au tombeau pour y pleurer.

« Cependant Marie étant arrivée au lieu où était Jésus et le voyant , tomba à ses pieds et lui dit : Seigneur, si vous aviez été ici , mon frère ne serait pas mort.

« Jésus, la voyant pleurer, et voyant pleurer aussi les Juifs qui étaient venus avec elle, frémit en son esprit et se troubla lui-même. Et il dit: Où l'avez-vous placé?

« Ils lui dirent : Seigneur, venez et voyez.

« Et Jésus pleura.

« Les Juifs se dirent entre eux : Voyez combien il l'aimait. Mais quelques-uns se dirent : Est-ce que celui-ci qui a ouvert les yeux à l'aveugle-né n'aurait pas pu faire que celui-ci ne mourût pas?

« Or Jésus, frémissant une seconde fois en lui-même, s'approcha du tombeau. C'était une grotte, et une pierre était posée dessus. Jésus leur dit : Otez la pierre. Marthe, la sœur de celui qui était mort, lui dit : Seigneur, il a déjà de l'odfur; car il est là depuis quatre jours.

« Jésus lui dit : Ne vous ai-je pas dit que si vous croyiez, vous verriez la gloire de Dieu ?

« On ôta donc la pierre, et Jésus, les yeux levés au

ciel , dit : Mon Père , je vous rends grâces de ce que vous m'avez écouté; je sais, il est vrai, que vous m'écoutez toujours; mais je l'ai dit pour ce peuple qui m'entoure, afin qu'il croie que vous m'avez envoyé.

a Et, ayant dit cela, il cria à haute voix:

« Lazare, sors de là.

« Et aussitôt on vit paraître celui qui était mort, les pieds et les mains liés de bandelettes, et la figure couverte d'un suaire. Jésus leur dit: Déliez-le, et laissez -le aller. »

Voilà une de ces pages de l'Evangile dont Rousseau disait: « Mon ami, ce n'est pas ainsi qu'on invente. » On y sent le témoin qui a vu , l'observateur attentif et ému sur lequel cette scène a fait une impression ineffaçable et qui n'en a pas oublié un détail. La bonté et l'autorité du Maître, la franchise des disciples et leur noble dévouement, ce commerce affectueux de sentiments et de pensées qui existait entre Jésus et les siens , la différence du caractère de Marthe et de Marie se révélant dans la différence de leur conduite : tout cela, pris sur le fait, saisi au vif, révèle le témoin et forme la première preuve de la vérité intime de cette scène.

Mais ce qu'on y sent, plus encore que l'observateur attentif et profond qui a vu , c'est le peintre devant lequel a posé quelqu'un de plus grand que lui. Ni avec son génie, pas même avec son cœur, saint Jean n'aurait pu concevoir une physionomie semblable. Elle le dépasse absolument. 11 en reproduit tous les traits à mesure qu'il les voit, sans se les expliquer, sans chercher à les mettre d'accord. Ce Jésus, il est homme : comment se fait- il donc qu'il ait pu ressusciter Lazare? Il est Dieu, et le voilà qui se trouble, qui pleure; il le ressuscite en pleurant.

Il est tout-puissant, puisqu'il brise les portes du tombeau; et à ce moment -là même il s'émeut; il frémit, sachant que ressusciter Lazare c'est signer sa propre sentence de mort. Comment associer des traits si différents, si opposés? Demandez-le à saint Jean. Il n'en sait rien. 11 a vu, il a peint. Il n'en peut dire davantage.

Et tous ces traits, opposés, en effet, dont la première vue est étrange, se résolvent dans la plus parfaite unité. L'humain et le divin se fondent harmonieusement, et nous font voir, dans un seul acte, la totale beauté du Christ. Il est homme, en effet, vrai homme, le plus homme de tous ceux qui ont foulé notre terre. Il a un cœur; et toutes les joies, toutes les inquiétudes, toutes les émotions, toutes les tendresses de l'amour, font battre ce noble cœur. Mais en même temps il est Dieu, et toutes les forces de l'amour arment son bras. En lui , le sentiment n'est pas , comme en nous , plus grand que la puissance; la puissance égalo le rêve et le réalise. C'est l'amour parfait, d'où résulte la beauté parfaite. Cela ne s'était jamais vu, et ne se reverra plus sur cette terre des ombres, où, près de ceux que nous aimons, qui souffrent, qui nous appellent à leur aide, on désire tant et on fait si peu I

Et quelles admirables figures, esquissées de main de maître , se groupent autour de Jésus dans ce moment suprême! Marthe, empressée, active, telle qu'elle avait déjà apparu en saint Luc, courant au-devant du Sauveur avec un seul mot où le reproche est noyé dans l'amour : « Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. » Marthe est, parmi les femmes de l'Evangile, une sorte de saint Pierre. C'est une âme vaillante et virile. Mais , à ce moment i? y avait encore en elle plus de force

que de lumière. Elle croit que Jésus peut obtenir un miracle; elle ne croit pas qu'il puisse le faire lui-même. (Je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, il vous l'accordera.) Et c'est pour lui faire faire ce dernier pas, pour lui faire comprendre, sur la tombe de son frère, qu'il est Dieu, qu'a lieu ce dialogue sublime : « Votre frère ressuscitera. — Je sais qu'il ressuscitera dans la résurrection au dernier jour. — Marthe, je suis la résurrection et la vie. Croyez -vous cela? — Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. » La voilà prête maintenant à comprendre et à voir « la gloire de Dieu ».

Marie n'a pas besoin de cette longue préparation. Depuis longtemps elle sait tout, elle a tout compris. Recueillie, silencieuse, absorbée dans sa douleur, elle attend. C'est Jésus qui l'appelle. Son cœur, si délicat et si tendre, ne veut pas qu'elle soit absente en un pareil moment. Avertie donc, elle accourt et tombe à ses pieds. Marthe était demeurée debout; Marie se précipite aux pieds de celui qu'elle aime. Sa parole est la même que celle de sa sœur : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. » On sent que cette même pensée avait rempli l'âme des deux sœurs et probablement de Lazare, pendant les derniers jours de sa maladie. Marthe, en la laissant échapper, y avait ajouté un cri de foi et d'espérance. Marie n'y ajoute rien; elle pleure. Mais ce sont ces larmes qui achèvent tout. Jésus a parlé avec Marthe; il pleure avec Marie Larmes précieuses, qui du moins ne furent pas impuissantes comme les nôtres, et qui lui permirent de payer magnifiquement l'hospitalité qu'il avait reçue, et toutes les tendresses qu'on lui avait prodiguées dans sa chèrt maison de Béthanie.

Le miracle de la résurrection de Lazare est le miracle

de l'amitié : non seulement parce que l'affection que Jésus avait pour Lazare, pour Marthe et pour Marie en fut le principe; non seulement parce qu'éloigné de la Judée, il y revint au péril de sa vie, n'écoutant que son cœur; mais parce que, dans l'acte même du miracle, il eut, en frémissant d'horreur, la lumière du parti que ses ennemis en tireraient; et que ressusciter son ami, dans de telles circonstances, sous le couteau des pharisiens, c'était signer sa condamnation. Ne nous en plaignons pas. Le vase était piein depuis longtemps. 11 était bon que la dernière goutte, qui allait le faire déborder, fût un acte d'amitié élevée jusqu'à l'héroïsme.

La résurrection de Lazare produisit une sensation immense. Un grand nombre de Juifs qui y assistaient « crurent en Jésus en cette occasion1 ». Tous se répandirent dans la ville, racontant le fait avec des détails qui exaspérèrent ses ennemis. On était à la veille de Pâque. Savait-on où se porterait l'enthousiasme du peuple, des caravanes galiléennes, quand elles apprendraient un fait pareil? Lazare, d'ailleurs, était un personnage considérable, parent, ami, allié de grandes familles. Et si un mouvement irrésistible, une ovation populaire, était aux fêtes de Pâque la conséquence de ce fait, qui pouvait dire ce qui en résulterait? Les vieux défenseurs de la loi furent fort irrités de tout cela. Ils songèrent d'abord à tuer Lazare, pour faire disparaître un témoin embarrassant1. Mais, comme ce n'était pas là une solution et que le temps pressait, un conseil fut convoqué à la hâte sous la présidence de Caïphe, qui était le grand prêtre de cette année- là.

Saint Jean, qui le connaissait personnellement, nous îq-

* Joon. xi, 45.

a Ibid., xn, 10.

troduit dans ce conseil, tenu en grand secret. La question y fut nettement posée: « Qu'y a— t— il à faire? Cet homme opère beaucoup de miracles. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui; et les Romains viendront, et ils détruiront la ville et le temple *.» Ainsi, du premier coup la question de justice était écartée. On n'invoquait que la raison d'État. Voilà un homme qui prêche une doctrine d'une beauté sublime. Qu'y aurait- il à faire? Le réfuter, discuter avec lui? Non, ils lui fermeront la bouche. Ce même homme opère des œuvres plus admirables encore : il guérit les malades, il ressuscite les morts. Sans doute au moins ceci les touchera, leur sera une raison d'examiner la doctrine qu'autorisent de tels signes. Ils n'y pensent même pas. Les Romains viendront, disent en pâlissant les hommes d'Etat. Ils détruiront ce lieu, ce temple, ajoutent avec effroi les prêtres. C'est assez. La conclusion se présente d'elle - même , et le président Caïphe se hâte de la tirer.

Il paraît que quelques-uns d'entre eux hésitaient. Il leur semblait odieux de frapper un innocent. « Alors, dit saint Jean, l'un d'eux, Caïphe, qui était souverain prêtre en cette année -là, leur dit: Vous n'y entendez rien, et vous ne réfléchissez pas qu'il vaut mieux pour nous qu'un seul homme meure pour le peuple , et que toute la nation ne périsse pas ' . »

Parole abominable; car on ne peut pas tuer un homme, même pour sauver un peuple! Cri d'une politique sans conscience comme sans entrailles, qui marquera éternellement d'un fer rouge celui qui l'a prononcé 1 Et cependant cette parole renferme une si haute vérité, un sens

1 Joan. xi, 47.

» Ibid., 49,50.

tellement glorieux, que saint Jean, en la rapportant, la voit tout éclairée d'un rayon prophétique. A ses yeux, cette parole n'est pas de Caïphe; c'est une inspiration de sa dignité; c'est une parole de grand prêtre et de souverain sacrificateur. 11 appartenait au grand prêtre de choisir la victime; c'est pour cela que, prophétisant sans le savoir, nouveau Balaam , Caïphe déclara, dans un sens plus haut que le sens odieux qu'il entendait, qu'un seul devait mourir pour tous. « Il ne disait pas cela de lui-même, remarque saint Jean ; mais comme il était souverain sacrificateur de cette année -là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation; et non seulement pour la nation, mais aussi pour réunir dans l'unité les enfants de Dieu qui sont dispersés *. » Le dernier grand prêtre de l'ancienne alliance, en cette année où la Synagogue allait disparaître, préparait lui-même, avant de se retirer, la victime et l'autel.

Le résultat du conseil fut un mandat d'arrêt décerné contre Jésus. Le pontife et les pharisiens donnèrent ordre que si quelqu'un savait où était Jésus, il le découvrît, afin qu'ils le fissent arrêter1. »

Ceci se passait à la fin de février ou au commencement de mars. Cependant Jésus , sachant que son heure n'était pas encore venue, quitta Bélhanie, ne parut plus à Jérusalem, et au lieu de retourner en Pérée, il se retira, pendant le court espace de temps qui devait s'écouler jusqu'à Pâque, dans la bourgade d'Ephraïm, près de Béthel, à une petite journée de Jérusalem. Il y vécut, entièrement consacré à ses disciples, laissant passer l'orage. Mais les

1 Joan. xi , 51 » Ibid., 56.

ordres pour l'arrêter, dès qu'on le rencontrerait, étaient donnés, la solennité de Pâque approchait, et, comme on pensait que Jésus viendrait célébrer cette fête à Jérusalem, on touchr.it à la crise, et tout le monde l'attendait avec anxiété

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