‹ Le christianisme et les temps présentsChapitre 41 sur 47 · ET SA CONDAMNATION · texte numérisé non relu

ET SA CONDAMNATION

(lundi et mardi de la deknière semaine, 10 et 11 de nisan , 14 et 15 mars 782.)

Le lendemain (lundi, 10 de nisan, 14 mars), Jésus partit de très bonne heure pour Jérusalem. On a conserve le souvenir d'un acte assez mystérieux qui eut lieu sur le chemin. 11 en était parti à jeun , et en route il eut faim. Il s'approcha donc d'un figuier pour voir s'il y trouverait quelques fruits. Mais il n'y vit que des feuilles. Alors il le maudit en disant : « Nul désormais ne mangera de ton fruit. » Et le lendemain, en effet, il était desséché jusqu'à la racine1. Révélation éloquente de ce que deviendrait ce peuple rebelle, cette Synagogue stérile que Jésus allait maudire le lendemain et qui devait sécher si vite.

Jésus entra ensuite à Jérusalem et monta au temple*.

1 Matth. xxi, 18; Marc, xi, 12.

* Od dit que, comme la première fois qu'il y était venu, son indignation éclata en voyant les abus qui le déshonoraient, et que de nouveau il en chassa les vendeurs. C'est cô que

Il y parla au peuple; « et la foule tout entière était suspendue à ses lèvres 1 » Ce jour-là on ne trouve autour de lui aucun de ses ennemis : ni pharisiens, ni hérodiens, ni sadducéens. Pas une parole captieuse ne lui est adressée, pas un piège tendu. Ses ennemis n'étaient pas là. Ils se concertaient. Dans le fameux conseil tenu chez Caïphe après la résurrection de Lazare, l'ordre avait été donné d'arrêter Jésus partout où on le trouverait. Mais comment arrêter, publiquement et par la force , un homme qu'un flot d'enthousiasme populaire avait en quelque sorte porté dans le temple? Aussi, après l'ovation du dimanche, dans un second conseil , .on avait changé de plan ; il avait été décidé qu'à la force on substituerait la ruse, et qu'on s'en emparerait le soir, en secret. Encore n'était-ce rien de s'en emparer; il fallait le condamner, et un prétexte nouveau, une parole de lui, imprudente ou coupable, du moins qu'on pût représenter comme telle, était nécessaire. C'est à cela qu'avaient réfléchi, depuis le soir précédent, Iv^ membres du sanhédrin, et que tend cette série de questions dont ils vont l'assaillir le lendemain. On y reconnaît facilement un plan arrêté. Pharisiens, hérodiens, sadducéens, divisés sur tout le reste, se réunissent contre l'ennemi commun, et la journée de mardi est marquée par la lutte suprême. Nous allons les voir entrer tour à tour en scène,

racontent saint Matthieu (xxi, 12), saint Marc (xi, 15) et saint Luc (xix, 45). Mais il serait bien possible que cette expulsion des vendeurs ne soit que celle dont saint Jean a donné la vraie date, lors du premier voyage à Jérusalem (n, 13). Les trois synoptiques' en effet, racontent d'abord, sans s'interrompre, tous les événements et les discours de la Galilée; puis, quand Jésus vient à Jérusalem, à la fin de sa vie, ils réunissent tout ce qui s'est passé dans celte ville, sans distinguer les différents voyages. 1 Luc. xix , 47.

et s'efforcer d'obtenir de Jésus une parole ou un acte qui le puisse compromettre auprès du peuple ou auprès des Romains et servir à formuler une accusation capitale.

Jamais du reste Jésus ne fut plus grand , s'il est permis de discerner le plus ou le moins dans une âme où la grandeur était à son apogée. De ses lèvres, que la mort allait sceller, sortent coup sur couples plus magnifiques paroles. Au milieu de cette mêlée d'arguments, de subtilités, il rayonne de candeur, de simplicité, de lumière pure. Toutes ces armes , fourbies avec tant de soin par une casuistique raffinée, se brisent, comme du verre, au premier choc. Sa douce, humble, lumineuse, majestueuse parole n'a jamais été si abondante, si variée. Cinq ou six paraboles d'un charme exquis , dites avec une sérénité sublime , presque sous le couteau; des solutions d'une beauté infinie, d'une fécondité éternelle; des échappées de lumière sur le monde futur ; et lorsqu'en présence de tant de mauvaise foi la coupe déborde d'indignation, des imprécations et des malédictions d'une éloquence que rien n'a jamais égalée dans aucune langue; puis, au soir de cette journée, assis sur le mont des Oliviers, en face de la triste Jérusalem, où il ne rentrera plus qu'en victime, une grande page prophétique sur la fin de la ville, du temple, du monde : voilà cette journée du mardi , que nous allons raconter, et où retentissent les dernières paroles publiques de Jésus , semblables à ces paroles suprêmes que la mort mettait sur les lèvres des héros et que l'antiquité recueillait avec un respect attendri : novissima verba.

Jésus , qui était revenu le lundi soir se reposer à Béthanie, en repartit le lundi matin de bonne heure pour Jérusalem. On l'y attendait, et à peine eut-il paru dans le temple que l'attaque commença. « Les princes des prêtres,

ies scribes et les anciens, dit saint Luc, vinrent ensemble le trouver (on le voit, c'est une députation du sanhédrin), et ils lui posèrent la question suivante : Dites-nous, par quelle puissance faites-vous toutes ces choses? ou : Qui rous a donné cette puissance ' ?

« Jésus, répondant, leur dit : Et moi aussi je vous ferai une question. Répondez-moi. Le baptême de Jean était-il du ciel ou des hommes?

« Mais eux songeaient en eux-mêmes : Si nous disons : du ciel, il dira : Pourquoi n'y avez-vous pas cru? Et si nous disons : des hommes , tout le peuple nous lapidera : car ils tiennent pour certain que Jean était prophète. Et ils répondirent qu'ils ne savaient d'où il était.

« Et Jésus leur dit : Ni moi non plus, je ne vous dirai pas par quelle puissance je fais ces choses *. »

Voilà une première arme qui vole en éclats. Il y a de l'indignation et en même temps de la dignité dans ce mot de Jésus : Ni moi non plus. Quoi! vous ne savez pas qui était Jean, et vous voulez savoir qui je suis! vous n'avez pas su reconnaître le Précurseur qui disait si haut quelle était sa vraie mission , et vous voulez connaître le Christ 1 Vous n'en êtes ni dignes ni capables.

Cependant, un instant après, ce qu'il n'avait pas voulu leur dire, il commence à le leur faire sentir sous le voile transparent des paraboles.

« Voulez-vous que je vous dise pourquoi vous n'avez pas cru à la mission de Jean, et pourquoi vous ne croyez pas à la mienne? Ecoutez :

« Un homme avait deux tils : s'adressantà l'aîné, n lui

1 Luc. xx, 1.

* Ibid., 1-8.

dit : Mon fils , allez aujourd'hui à ma vigne. Celui-ci répondit : Non. Mais après il se repentit et y alla. Alors le père, s'adressant à l'autre, lui fit le même commandement. Celui-ci répondit : J'y vais, seigneur, mais il n'y alla pas.

« Lequel des deux a fait la volonté du père?

« Ils lui dirent : Le premier. Jésus leur dit : Je vous le dis en vérité, les publicains et les courtisanes vous précéderont dans le royaume des cieux. Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui. Mais les publicains et les courtisanes ont cru en lui. Et vous , vous avez vu cela , et vous ne vous êtes pas repentis 1 . »

Après cette parabole qui déchirait le voile dont s'enveloppaient les pharisiens et qui les montrait religieux des lèvres, non du cœur, prenant les apparences de l'obéissance, n'en ayant pas le courage, Jésus en ajoute immédiatement une seconde, plus belle, plus foudroyante, où il leur dit qui il est : le fils du roi ; et ce qu'ils vont faire : le tuer après avoir tué tous ses précurseurs.

« Ecoutez , leur dit-il , cette seconde parabole. Il y avait un homme, chef de famille, qui planta une vigne, l'entoura d'une haie, y bâtit un pressoir, et y éleva une tour. Après quoi, l'ayant louée à des vignerons, il partit pour un pays lointain.

« Or, le temps des fruits approchant, il envoya aux vignerons ses serviteurs pour recevoir ses fruits. Et les vignerons s'étant saisi de ses serviteurs , battirent l'un , tuèrent l'autre, et en lapidèrent un troisième. Il envoya de nouveau des serviteurs en plus grand nombre, et ils les traitèrent pareillement.

1 Matth. xxi, 28.

« Enfin il leur envoya son propre fils, disant : Us auront du respect pour mon fils. Mais les vignerons, voyant le fils, dirent en eux-mêmes : Celui-ci est l'héritier; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. Et, l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Quand donc viendra le maître de la vigne , que fera-t-il à ses vignerons? »

A ce mot , un cri partit de la foule , de cette conscience populaire qui reste toujours vivante : « Il mettra ces méchants à mort. »

« Oui , reprit Jésus , il perdra ces vignerons homicides , et il en mettra d'autres dans sa vigne. »

L'accent avec lequel Jésus prononça ces paroles, le regard dont peut-être il les accompagna , arracha un cri aux pharisiens eux-mêmes : « Oh! non, à Dieu ne plaise! »

Mais Jésus, les regardant, leur dit ? « Qu'est-ce donc que cette parole de l'Ecriture : La pierre qu'ont rejetée les architectes est devenue la pierre de l'angle. Ceci est l'œuvre du Seigneur, merveilleuse à nos yeux. Je vous dis donc : Le royaume de Dieu vous sera ôté, et donné à un peuple qui en produira les fruits. Et celui qui tombera sur cette pierre se brisera , et celui sur qui elle tombera sera brisé 1. »

« Les pharisiens et les princes des prêtres, ajoute saint Matthieu, sentirent bien qu'il parlait d'eux, et ils voulaient se jeter sur lui. Mais ils craignaient le peuple, qui le tenait pour un prophète5. »

Afin de leur faire sentir l'inanité de leur projet, Jésus ajouta une troisième parabole : la parabole des noces du

i Matth. xxi, 33-44.

* lbid., 45,46.

fils du roi. Il venait de se présenter aux pharisiens comme fils, comme héritier, leur révélant ainsi sa personne et son autorité, répondant, sous une forme transparente, à la question qu'ils lui avaient faite : Par quelle puissance agissez-vous? Il va plus loin. Il est le fils du roi. L'heure des noces est venu. Malheur à qui, par indifférence ou par hostilité, ne viendra pas au festin ! Malheur surtout à ceux qui, non contents de ne pas venir, ont mis à mort les serviteurs qui leur portaient l'invitation ! Le châtiment est peint en vives images. Leur ville sera brûlée, et les meurtriers mis à mort, et leurs places données à d'autres * .

Ainsi, sous mille formes, Jésus annonçait aux Juifs qui il était : le fils, l'héritier, le roi ; et ce qu'allaient devenir ceux qui mettraient la main sur lui : Jérusalem détruite, la Synagogue rejetée, les gentils appelés au festin, et, dans la grande crise qui se préparait, l'Evangile brisant l'enceinte trop étroite du judaïsme et envahissant l'humanité.

Sous chacune de ces révélations, les pharisiens frémissaient, et peu s'en- fallut qu'ils n'accomplissent immédiatement la partie la plus tragique de la parabole, en versant le sang de Jésus dans le sanctuaire. Ne l'osant, « ils sortirent, dit saint Matthieu, pour se concerter entre eux sur les moyens de lui tendre de nouveaux pièges ». »

Un instant après , ils entrèrent en compagnie des hérodiens : c'étaient leurs ennemis mortels, et les serviles flatteurs des Romains; ils travaillaient même à leur soumettre la Palestine. Mais pour perdre Jésus toute alliance était bonne. Le piège que lui apportaient les hérodiens était fait, nous Talions voir, de main de maître.

1 Matth. xxn, 1 et seq.

* Ibid., 15.

« Uabbi, lui dirent-ils avec toute sorte de compliments, nous savons que vous êtes véridique et que vous enseignez la voie de Dieu , sans souci de personne , car vous ne regardez point à ce que sont les hommes ; dites-nous donc ce qu'il vous en semble: Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut de César 1 ? »

On voit le piège. S'il dit oui , il est perdu auprès du peuple, dont il semble consacrer la déchéance. Et s'il dit non , il tombe comme rebelle aux mains du gouverneur romain , qui ne lui fera pas un long procès.

« Jésus, dit saint Matthieu, vit leur malice*. » Il sentit que jamais piège plus dangereux ne lui avait été tendu. « Hypocrites, leur dit-il, pourquoi me tentez-vous? » Puis avec vivacité : « Montrez-moi la monnaie du tribut. De qui est cette image et cette inscription? » Ils lui répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». »

C'est-à-dire : Vous , hérodiens , flatteurs et serviles, ne livrez pas tout à César; car il y a un domaine sacré, le domaine de la conscience, qui n'en relève pas, le domaine des choses de l'âme, qui est à Dieu. Et vous, pharisiens fanatiques, n'oubliez pas qu'il y a un domaine dont Dieu s'est dessaisi lui-même, le domaine des choses terrestres, qu'il a laissé à l'homme, et qui doit être gouverné par l'homme.

Voilà de ces mots qui tracent dans la nuit comme un éclair, de ces mots créateurs qui sont de vrais Fiat dans l'ordre moral. Celui-là, en établissant la distinction des deux pouvoirs, a posé la base de toute vraie civilisation.

1 Matlh. xxn, 16.

a Ibid., 19-21.

Battais ainsi, les hérodiens ne purent réprimer un cri d'admiration. « Ayant ouï ce mot, dit saint Matthieu, ils furent si saisis d'admiration, que, se retirant, ils le laissèrent1. »

C'est alors que les sadducéens entrèrent en scène. Il fallait que les pharisiens fussent bien en rage contre Jésus pour solliciter un pareil appui. Les sadducéens étaient les matérialistes du temps. Ils niaient la résurrection, et, dans leurs luttes de chaque jour, les pharisiens, qui les détestaient n'avaient su trouver, ni dans la loi, ni dans les instincts du cœur, un mot qui les réduisît au silence. Du moins, cet argument du matérialisme qu'ils n'ont su réfuter, sera leur consolation de voir Jésus aussi impuissant qu'eux à y répondre, et confondu par lui.

« Maître, lui dirent les sadducéens, Moïse a dit : Si un homme meurt sans laisser de fils, que son frère épouse sa femme et suscite des enfants à son frère. Or il y avait parmi nous sept frères. Le premier, ayant pris une femme, mourut; et, n'ayant pas d'enfants, il laissa sa femme à son frère. Pareillement le second et le troisième, jusqu'au septième. Et enfin la femme mourut aussi après eux tous. Duquel donc des sept sera-t-elle l'épouse dans la résurrection? car elle l'a été de tous *. »

On sent le sarcasme impie et la grossièreté matérialiste dans cette objection. Les pharisiens, qui n'ont pas bondi tout à l'heure en entendant les hérodiens affirmer les droits de César, ne sourcillent pas en entendant les matérialistes persifler une des bases de leur foi.

Jésus écarte d'abord ce qu'il y a de grossier dans l'objection par un mot resplendissant de pureté : a Dans la

» Matth. xxn, 22.

* Ibid., 23 et s.

résurrection il n'y aura plus ni femmes ni maris. Tous seront comme des anges de Dieu. »

Puis il aborde la difficulté, et, par ce Moïse même qu'on vient de lui opposer, il prouve la résurrection : « Quant à la résurrection, n'avez- vous pas lu cette parole de Dieu à Moïse près du buisson : Je suis le Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob? Or Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. Car tous vivent en lui. Comprenez donc dans quelle erreur vous êtes. »

Qui ne voit la beauté et la force de l'argument! Si Abraham, Isaac, Jacob étaient morts, évanouis, décomposés à jamais, Dieu qui les a faits, qui les a aimés, qui n'aurait pas su se les conserver, ne se glorifierait pas d'eux. ïi ne dirait pas : Je suis le Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob. On prend le nom de ses triomphes; on ne s'enorgueillit pas de ses défaites; on ne se vante pas de ses hontes.

Ils vivent donc; et comme ils vivent en lui, ils n'y sont ni affaiblis, ni amoindris, ni découronnés. Ils n'ont perdu en lui ni la pensée ni le sentiment; encore moins ont-ils perdu l'amour. Sans doute ils en ont laissé les tristesses, les désenchantements, les ombres, les jalousies ; tout cela est tombé comme feuilles mortes. Sans doute aussi, ils en ont laissé les œuvres du temps. A quoi bon ce qui sert à multiplier le genre humain , maintenant que ses gerbes pressées sont recueillies dans les greniers éternels? L'amour n'a plus besoin d'enfanter dans la douleur, puisque la mort n'est plus là pour lui ravir ses fruits. L'épouse ne renaît donc pas , ni l'époux. Il ne reste que le fiancé et la fiancée, que cette heure virginale où ils s'aimaient « comme des anges de Dieu ».

Même dans cet amour angélique, un certain point

exclusif, qui n'est pas une perfection, qui est une limite, tombera aussi. Comme, dans une famille, l'amour d'une sœur ne contredit pas au cœur d'un frère l'amour d'une autre sœur , ainsi en sera-t-il au cœur de ceux dont il a dit : Ils seront comme des anges de Dieu. Tous les amours subsisteront dans une harmonie qui n'exclura pas la distinction et avec des nuances d'une délicatesse infinie. Loin de se nuire , ils s'accroîtront l'un par l'autre , comme les rayons d'un même foyer, ou comme les notes d'un même concert.

Voilà l'argument de Jésus dans sa beauté sublime. Plus d'un pharisien , harcelé par cette objection grossière des matérialistes, l'avait probablement cherché. Mais il fallait creuser profondément pour trouver ce diamant. Il jaillit de l'esprit de Jésus, si pur, si étincelant, avec tant de promptitude et sous une forme si nette , que les scribes euxmêmes ne peuvent contenir leur joyeuse surprise. « Maître, lui dirent quelques-uns des scribes, vous avez bien parlé. Et ils n'osaient plus lui faire aucune question 1. » A partir de ce moment, en effet, comprenant que chaque piège qu'on lui tendra sera l'objet d'une manifestation glorieuse de sa sagesse, ils renoncent à continuer ce genre d'attaque.

Jésus alors prit l'offensive. Voyant que les pharisiens, les hérodiens et les sadducéens se taisaient, mais sans se convertir à une doctrine qui était la beauté morale absolue et l'invincible évidence, pour achever d'éclairer le peuple a qui était dans l'admiration », » « qui l'écoutait avec joie' «

1 Luc. xx, 39.

~ Marc, xn, 17.

3 Matth. xxn, 33.

et « qui se pressait autour de lui « ; » a se tournant vers les princes des prêtres, interprètes des saintes Ecritures, il leur posa carrément la question de sa divinité :

« Que vous semble-t-il du Christ? De qui est-il fils? »

Ils répondirent : « De David. — Alors, reprit Jésus, expliquez-moi comment David appelle le Christ son Seigneur, quand il dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis L'escabeau de tes pieds. Si donc David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils*? »

Il n'y avait qu'une réponse. David appelle le Christ son fils, parce que le Christ est homme, engendré de David dans le temps; et il l'appelle son Seigneur, parce que le Christ est Dieu, engendré de toute éternité du Père, comme l'a dit Isaïe. Mais cette réponse, les pharisiens refusent de la donner. Ils aiment mieux garder le silence. « Personne ne put lui répondre un seul mot, et depuis lors nul n'osa lui faire de questions». »

Tant d'obstination de la part de ses ennemis ; une union si déloyale entre des hommes qui ne pouvaient se supporter; ces équivoques perpétuelles; ces pièges tendus, non pour connaître la vérité, mais pour la détruire; ces prêtres, ces docteurs qui auraient dû éclairer le peuple , et qui ne cherchent qu'à l'aveugler ; tout cela amena au cœur indigné de Jésus et sur ses lèvres une sorte d'anathème où l'on ne sait ce qui domine, de la sainteté ou de la charité : de la sainteté qui prend les intérêts de, Dieu, ou de la charité qui prend les intérêts des âmes. Après avoir dit au peuple que les pharisiens et les scribes sont assis sur la

1 Luc. xxi, 7.

* Matth. xxu, /.1-45.

» Ibid., 46.

chaire de Moïse , qu'il faut donc observer et pratiquer ce qu'ils disent, mais qu'il ne faut pas les imiter, car ils font leurs œuvres pour être vus, il lance sur eux, comme sept tonnerres , les sept malédictions suivantes :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n'entrez point et ne souffrez point que les autres entrent.

a Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que, faisant de longues prières, vous dévorez les maisons des veuves. Vous recevrez un plus sévère jugement.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous courez les mers et la terre pour faire un prosélyte, et quand il l'est devenu, vous faites de lui un fils de la géhenne, deux fois plus que vous.

« Malheur à vous, guides aveugles, qui dites : Quiconque jure par le temple , ce n'est rien ; mais quiconque jure par l'or du temple, doit ce qu'il a juré. Insensés et aveugles , lequel est le plus grand , l'or ou le temple qui sanctifie l'or?

« Et quiconque jure par l'autel , ce n'est rien ; mais quiconque jure par l'offrande déposée sur l'autel , doit ce qu'il a juré. Aveugles ! lequel est plus grand , l'offrande , ou l'autel qui sanctifie l'offrande?

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme de la menthe, et de l'anëth, et du cumin, et que vous ne tenez aucun compte des points les plus graves de la loi : la justice , la miséricorde et la foi. Gela, il le fallait faire, mais non omettre ceci. Guides aveugles I vous filtrez le moucheron, et vous avalez le chameau.

« Malheur à vous , scribes et pharisiens hypocrites ,

parce que vous nettoyez les dehors de la coupe et du plat. Et au dedans vous êtes pleins de souillures et de rapines. Nettoyez d'abord le dedans de la coupe, afin que le dehors soit pur aussi.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis , qui au dehors apparaissent beaux aux hommes , mais au dedans sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte de pourriture. Ainsi au dehors vous paraissez justes aux hommes ; mais au dedans vous n'êtes qu'hypocrisie et impiété.

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes et ornez les monuments des justes , et qui dites : Si nous eussions été aux jours de nos pères, nous ne nous fussions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. Ainsi vous rendez de vous-mêmes ce témoignage que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. Remplissez donc la mesure de vos pères. Serpents, race de vipères, comment fuirez-vous le jugement de la géhenne?

« Voilà que je vous envoie des prophètes, des sages et des docteurs. Vous tuerez et crucifierez les uns; vous flagellerez les autres dans vos synagogues , vous les poursuivrez de ville en ville , afin d'attirer sur vous le sang des saints qui a été répandu sur la terre, depuis le sang du juste Abel jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel. Je vous le dis en vérité, tout ce sang retombera sur ce peuple < . »

Après ces paroles, qui sont tout ce qu'il y a de plus éloquent dans aucune langue et dans aucun livre, Jésus

1 Matth. xxin , 13-36.

s'en va, et quille pour la dernière fois ce temple, où il ne doit plus rentrer.

Cependant, fatigué probablement de cette scène et ému, il s'assit un instant, avant de sortir, dans le parvis extérieur. Là se trouvaient treize troncs avec de larges ouvertures en forme de trompette. Jésus considérait la foule qui entrait et sortait, déposant ses offrandes. Les riches passaient, mettant beaucoup. Survint une pauvre veuve qui mit deux petites pièces de la valeur d'un liard. Jésus la regarde. Son cœur s'émeut. Cette aumône si discrète au milieu des ostentations de la charité officielle le fait tressaillir, a Voyez-vous, dit-il à ses disciples, cette pauvre veuve a mis à elle seule dans le tronc plus que tous les autres ensemble. Car ceux-ci ont mis de leur abondance, elle de sa pénurie 1 . »

Jésus descendit ensuite les marches extérieures du temple. Et comme ses disciples remarquaient et voulaient lui faire remarquer la structure , la richesse de ce magnifique édifice, Jésus se retourna. « Vous voyez, dit-il, ces constructions colossales : eh bienl je vous le dis en vérité, il n'en demeurera pas pierre sur pierre. Tout sera détruit ». »

La route se continua en silence, jusqu'à ce qu'on fût arrivé au sommet du mont des Oliviers. Là Jésus s'arrêta et s'assit, les yeux tournés vers Jérusalem. C'est de là que deux jours avant, voyant les lames d'or du temple étinceler au soleil levant et toute la ville sortir peu à peu de l'ombre, il avait pleuré sur elle. Maintenant Jérusalem lui apparaissait couchée dans les derniers rayons du soleil du soir, marquée pour la punition. Il la regardait pensif.

1 Marc, xii, 44.

8 Matth. xxiv, 2; Marc, xm, 1; Luc. xxi, 5.

Les apôtres se taisaient aussi, accablés d'étonnement de tout ce qui s'était passé dans la journée, et surtout des dernières paroles du Sauveur. Quatre d'entre eux, les plus hardis parce qu'ils étaient les plus aimés, Pierre, Jacques, Jean et André, se hasardèrent à lui poser, en secret et à l'oreille, la question qui les tourmentait tous : « Maître, dites-nous quand arriveront ces choses et à quoi on reconnaîtra qu'elles vont s'accomplir. Quel sera le signe de votre venue et de la consommation des siècles 1 ? »

C'étaient bien des questions à la fois. Alors, soit qu'entre la ruine de Jérusalem et celle du monde il y ait au moins cette relation que ce sont deux dénouements, le dénouement de cette tragédie particulière qui s'appelle Jérusalem, et le dénouement de cette tragédie générale qui s'appelle le monde; soit que Jésus-Christ voulût, en unissant les deux événements , donner assez de lumière pour que les contemporains se tinssent sur leurs gardes , abandonnant du reste à l'avenir le soin d'éclaircir ce qui appartenait à l'un et ce qui n'appartiendrait qu'à l'autre, il commença à développer devant ses disciples, dans un dramatique tableau, la fin de Jérusalem et celle du monde :

« Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres; prenez garde de ne pas vous troubler.

« Les nations se soulèveront contre les nations , et les royaumes contre les royaumes. Il y aura des pestes, des famines et des tremblements de terre. Mais tout cela n'est que le commencement des douleurs.

« En ce temps-là ils vous tourmenteront; ils vous tueront, et vous serez en haine à tous les peuples à cause do moi.

1 Matth. xxiv, 3; Marc, xin, 3.

« Alors beaucoup défailliront, ils se trahiront et se haïront les uns les autres. Des faux prophètes s'élèveront, et ils en séduiront beaucoup. Et parce que le mal abondera, la chanté se refroidira. Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé.

« Et cet Evangile du royaume sera prêché dans toute la terre et présenté à tous les peuples. C'est alors que la fin viendra.

« Lors donc que vous verrez dans le lieu saint l'abomination de la désolation qu'a prédite le prophète Daniel, que celui qui lit comprenne bien.

« Alors que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient dans les montagnes; et que celui qui est sur les toits n'en descende pas pour rien prendre dans sa maison ; et que celui qui est dans les champs ne revienne pas pour prendre sa tunique.

« Malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront ces jours-là!

« Priez aussi pour que votre fuite n'arrive pas durant l'hiver, ni au jour du sabbat. Car il y aura des souffrances telles, qu'il n'y en a pas eu depuis le commencement du monde et qu'il n'y en aura jamais. Et si ces jours n'avaient pas été abrégés, nul n'eût été sauvé. Mais à cause des élus, ces jours seront abrégés.

a En ce temps-là, si quelqu'un vous dit : Le Christ est ici, ou II est là , ne le croyez pas. Car il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes, et ils feront de tels signes et de si grands prodiges, que les élus mêmes seraient séduits, s'il se pouvait.

« Vous voyez que je vous le prédis. Si donc on vient vous dire : Il est dans le désert ? ne le croyez as ' Le

voici dans le lieu le plus retiré delà maison, n'y allez pas.

« Car comme l'éclair sort de l'orient et brille jusqu'à l'occident, ainsi en sera-t-il de l'avènement du Fils de l'homme, et là où sera le corps, les aigles s'assembleront.

« Aussitôt après ces jours-là le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées.

« En même temps paraîtra le signe du Fils de l'homme dans le ciel; alors toutes les races humaines gémiront, et elles verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté.

« Lui alors enverra ses anges ; et ceux-ci , au son de la trompette et avec leurs voix éclatantes, rassembleront les élus des quatre coins du monde, depuis le haut des cieux jusqu'à leur dernière profondeur.

« Retenez cette comparaison tirée du figuier : lorsque ses rameaux sont tendres et ses feuilles naissantes , vous savez que l'été est proche. De même , lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l'homme vient, et qu'il est à vos portes.

« Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas que tout ceci ne soit accompli.

« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

« Quant à ce jour et à cette heure , nul n'en sait rien , pas même les anges du ciel. Le Père seul la connaît f. »

Voilà cette grande prophétie du Sauveur, où il annonce

» Matth. xxiv, 4-36.

JÉSUS-CHRIST 48b

à la fois la ruine de Jérusalem et la fin du monde. L'un pt l'autre y sont manifestement mêlés. Il y a des choses qui regardent Jérusalem : par exemple, la profanation du sanctuaire par les armées étrangères , la fuite précipitée des disciples, les premières persécutions, l'apparition des faux messies. Il y en a d'autres qui regardent la fin du monde : le soleil et la lune voilés d'une obscurité soudaine, les étoiles tombant du ciel, le Fils de l'homme apparaissant sur les nuées, les élus ressuscitant au son de ta trompette angélique. Et si tout cela s'y mêle dans une certaine ombre, il y a çà et là des mots lumineux. On entrevoit deux temps, l'un proche, l'autre plus éloigné. L'un dont on dit : Hœc; l'autre : Ma. Celui-ci dont on dit : Je vous assure que cette génération ne passera pas que toutes ces choses ne soient accomplies. Celui-là, au contraire, dont on dit: Mais pour les autres, personne ne sait quand elles viendront, pas même les anges du ciel.

La conclusion, c'est qu'il faut veiller, être attentif, ne pas se laisser surprendre '. C'est ce que Jésus enseigne à ses disciples par la belle parabole des deux serviteurs : l'un, fidèle, prudent, vigilant, que son maître, arrivant à l'improviste, trouve au travail, et qu'il comble de biens ; l'autre, méchant, paresseux, qui dit: Mon maître ne viendra pas sitôt, et qui, surpris à l'heure où il ne s'y attendait pas, est jeté dans ce lieu où il y a des pleurs éternels.

A cet enseignement divin qui a créé la sainte vigilance des âmes, leur divine attente du Maître, Jésus y joint, pour le fortifier , une autre parabole, plus belle encore, une des plus populaires, et qui a eu, qui a encore sur la préparation des âmes à Dieu, sur leur belle parure en attendant la

1 Marc, xm, 33.

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venue de l'époux; une merveilleuse influence : la parabole des vierges sagss et des vierges folios. Le doux et pénétrant génie du Sauveur, sa sérénité suave à un? heure pareille, au soir d'un tel jour, son amour pour les âmes, sont ici vivants.

« En ce temps-là , le royaume de Dieu sers semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs hmpes, s'en allèrent audevant de l'époux et de l'épouse.

« Mais parmi elles cinq étaient folles, et cinq étaient sages.

« Les cinq qui étaient folles prirent leurs lampes, mais ne prirent point d'huile avec elles.

« Les sages , au contraire, prirent de l'huile dans leurs vases avec les lampes.

« Or, l'époux tardante venir, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.

s Tout à coup , au milieu de la nuit, un cri s'élève : Voici l'époux, allez au-devant de lui.

« Lors, toutes les vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes.

« A ce moment les folles dirent aux vierges sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes vont s'éteindre.

a Les sages répondirent : De peur que nous n'en ayons pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt en acheter chez ceux qui en vendent.

« Or, pendant qu'elles y allaient, l'époux vint; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.

« A ce moment arrivent les autres vierges : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous!

Jésus-christ 487

« Mais l'époux leur répondit : Je vous le dis en vérité, je ne vous connais point.

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure1.»

De la fin de Jérusalem, de la fin du monde, on était manifestement descendu à la fin de chaque vie, au dénouement de cette troisième tragédie qui s'appelle la fin de chaque homme. Veillez donc; car, ici surtout, vous ne savez ni le jour ni l'heure. Tenez vos lampes prêtes, les lampes de la foi , les lampes plus belles encore de la charité. Préparez-vous à la venue de celui qui va descendre, dans le plus magnifique amour qui fut jamais, consommer son union avec vous, et qui, à ce dernier moment, ne vous demandera, pour ainsi dire, qu'une chose : Avez-vous aimé?

C'est par la peinture grandiose de ces assises suprêmes, où après avoir jugé chaque âme en particulier, Jésus viendra les juger toutes, que se termine cette incomparable journée du mardi.

« Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa majesté , avec tous ses anges , il montera sur le trône de sa gloire.

« Toutes les nations se rassembleront devant lui , et il fera le partage des hommes, comme le berger sépare les brebis et les boucs.

« II placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche.

« Puis, s'adressant à ceux qui seront à sa droite , le Roi dira : Venez, les brebis de mon Père, posséder le royaume qui vous est préparé dès l'origine du monde.

« Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger;

i Matth. xxv, 1-13.

j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'ai été nu, et vous m'avez revêtu; j'ai été malade, et vous m'avez visité; j'ai été en prison, et vous êtes venus à moi.

« Alors les justes lui diront: Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu avoir faim ou avoir soif, et quand est-ce que nous .vous avons nourri ou désaltéré? et quand vous avons-nous vu sans asile ou nu, et que nous vous avons recueilli et vêtu?

« Le Roi leur répondra : En vérité je vous le dis , toutes les fois que vous avez fait ces choses au moindre de mes frères, c'est à moi-même que vous les avez faites.

« Puis, s'adressant à ceux qui seront à sa gauche, il dira: Retirez -vous de moi, maudits, et allez au feu éternel, préparé pour Satan et ses anges.

« Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'ai été sans asile, et vous ne m'avez pas recueilli; j'ai été nu, et vous ne m'avez pas vêtu; j'ai été malade, j'ai été en prison , et vous ne m'avez pas visité.

« Alors eux aussi lui diront: Quand est-ce que nous vous avons vu ayant faim ou soif, ou sans asile ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne vous avons point assisté ?

« Mais il leur répondra >En vérité je vous le dis, chaque fois que vous avez abandonné l'un de ces plus petits, c'est moi - même que vous avez abandonné.

« Après cela, ceux-ci s'en iront à l'éternel supplice, et ceux-là à la vie éternelle1. »

Voilà la fin de toutes choses, le dernier mot de toute religion : Aimez. C'est par là aussi que Jésus met fin à sa

» Matth. xxv, 31 -46.

parole publique. Il ne rentrera plus dans le temple; on ne l'entendra plus sur les places et dans les rues de Jérusalem. Ni devant Caïphe, ni devant Pilate, il ne dira rien que quelques mots indispensables. Deux jours encore le séparent de l'immolation. Il rentre en Béthanie consacrer les heures qui lui restent à ses disciples. Les dernières, les plus belles eiïusions de son âme, il les réserve à ses amis.

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