‹ Le christianisme et lʾesprit moderneChapitre 16 sur 22 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

OBJECTION : LA FRANCE Wk PAS L ESPRIT PROTESTANT.

t Ou croirtit difficilement les résistances » que j'vu< à vatocre eu France pour r»- » mener le Catholicisme. On m* eût suiri » bien pins volontiers si j'eusse arboré It « bannière protestante. »

(Napoléo?! , h Sainte-Hélène, i7 août ISIft.)

Il semble, en vérité, d'après notre exposé précédent, et surtout d'après l'épigraphe que nous avons empruntée à une autorité iiDpériale, que nous voulions conclure au Protestantisme* Cependant cela n'est pas rigoureusement vrai. Nous croyons bien, avec M. Quinet, que « la France qui a fait sa révolution politique, a oublié de faire sa révolution religieuse » ; mais nous n'avons pas à nous expliquer sur la nature de cette révolution désirable. Nous n'avons pas la prétention de proposer un système

de révokitioQ religieuse à notre pays. Eq tout cas, Dous avons à examiner cette objection banale et courante : La France n*a pas Tesprit protestant, r- (Nous allons citer M. Taillandier, PhiL relig. p. 107.)

(( M. Quinet croit que la disparition du Catholicisme <r transformerait et relèverait la race romane... En admeta tant que la race romane fût en danger de mort, le remède c( proposé serait impuissant. Le Catholicisme n'est pas a seulement cause, mais effet. Ce n*est pas le Catholi- « cisme qui a façonné la race romane, c*est la race roa mane qui, en s'assimilant Tidée chrétienne, en a l'organisant d'après les tendances de sa nature, a prof duit le Catholicisme, de même que la race germanique « a produit l'Eglise protestante. Le Protestantisme ger- « manique est bien antérieur à Luther, de même que a Tesprit catholique est bien antérieur à rétablissement a du saint-siége. Des esprits pénétrants (MM. Montégut, a Renan), ont déjà développé ce point de vue, que « Tétude, chaque jour plus approfondie du moyen âge, « confirme d'une manière éclatante. Prêcher à la race « romane une révolution religieuse, c'est vouloir qu'elle a se transforme en race germanique. »

Nous sommes surpris et peiné de voir ces dernières lignes dans un livre aussi sainement pensé que celui que vient de publier Thonorable professeur de Montpellier. Comment se fait-il que cet esprit si sincère, si éclairé, si sympathique à la vérité, se soit laissé entraîner à ce préjugé vulgaire qui fait de la religion une question de race? Ces considérations générales et à prioristiques sur les religions de race ont un caractère doctrinaire et absolu dont il faut se défier.

Certains grands esprits généralisateurs^ qui se sont cru

sans contredit la vue très-profonde*, ont divisé la carte du monde à peu près comme Gall le cerveau humain, en certains lobes bien déterminés : et dans ces lobes ou zones se casent, bon gré mal gré, les religions correspondantes.

Ainsi le sabéisme est la religion indigène des pays orientaux, dont les nuits sont éblouissantes de splendeurs à nous inconnues. Le panthéisme ou naturisme convient aux apathiques populations de Tlnde. Les pays équatoriaux sont faits pour les religions polygames; les pays froids ou tempérés (comme le nôtre) adoptent une -morale et par conséquent une religion moins relâchée. Dans TEurope chrétienne (et même dans T Amérique), il y a deux zones, la zone catholique et la zone protestante. La zone catholique s'étend ve.rs les régions méridionales : la zone protestante au septentrion. 11 n'y a pas à en douter : c'est l'affaire d'un coup d'œil jeté sur la carte.

D'autres observateurs ont trouvé un système de classificalion un peu différent : le fait que le Catholicisme a été reçu par les peuples du Midi, et le Protestantisme par les peuples du Nord, tient à la différence des races. Les peuples d^origine latine, plus sympathiques à la discipline, au besoin d'unité, mieux façonnés à l'autorité impériale, ont dû se faire une religion d'autorité ; leur génie, moins individualiste, s'est prêté à une religion qui substitue l'Eglise à l'individu ; leur génie plus artistique s'est créé

* Je déclare ici ne faire aucune allusion personnelle à l'adresse de l'honorable professeur de Montpellier, donl je respecte au plus haut degré le caractère, dont je reconnais le talent, dont je partage à beaucoup d'égards les idées, et que j'aime surtout à cause de sa sympathie couragcuàc pour une cause qui m'est chère.

iiti LE CHRISTIANISME.

une forme religieuse poétique en correspondance avec lui. Leur esprit plus frivole et leurs mœurs moins sévères, ont regimbé devant une morale trop puritaine. Au contraire, les vieilles races germaniques, accout!smées à plus d'indépendance individuelle, plus rationnelles et moins poétiques, plus sérieuses et plus sévères, se sont taillé dans le Christianisme une religion qui fut comme le vêtement simple et austère de leur génie.

Il y a dans ces théories un mélange de vrai et de faux qu'il iniporte de démêler. Oui, il est vrai que les peuples laissent Tempreinte de leur génie dans les formes refigieuses qu'ils adoptent. Il est vrai que telles races ont plus d'affinité pour telles formes religieuses, et qu'ainsi elles s'assimilent plutôt celles-ci que celles-là. H est môme vrai aussi que les circonstances climatériques peuvent exercer une certaine influence sur les déterminations religieuses des peuples. Mais les observations qu'on a faites sur ces matières ont été trop vite généralisées , les influences de race ou de climat exagérées, et les conclusions tirées ont été attentatoires à la vérité. Qu'on veuille nous suivre.

Nous signalons d'abord des erreurs géographiques dans le système géographico-religieux qui précède. Car, enfin, la Hongrie est plus méridionale que l'Irlande, et pourtant la Hongrie est en grande partie protestante et ririande catholique. La Hollande et la Belgique ne sont pas sous des latitudes différentes; pourtant, l'une est protestante, l'autre catholique. Et, en France, il se rencontre que c'est précisément la partie méridionale qui est surtout protestante, et qui a toujours eu, bien avaut la ré« formation , des tendances antiromaines. On peut reoiar*

ET L'ESPRIT MODERNK. ft^

quer, eoit en ÂJiemaghe, soit en Suisse, une quantité de petits Etats ou Cantons indépaidants et contigus, dont les uns sont très-protestants et ies autres très-calholiqaes, — ce qui montre ce que vaut au fond cette influence d6 race et de climat K

Je signale dans le système de classification histoiico» religieux qui précède, des erreurs historiques. D*a«bord, quant aux races. Ainsi, la race germanique, par exanple, est ini<»partte protestante, mi*partie eatho* lique, et que l'on trouve des catholiques par millions dans la famille anglo-saxonne. Des exceptions aussi colossales semblent devoir modifier singulièrement la théorie de Tinfluence des races. — Ensuite, ce système de classification historique ne tient pas assez compte des grands £aits historiques qui sont dus à des circon<stances individuelles ou accidentelles, et qui ont déterminé l*état présent des religions ^. Par exemple, pour rétablissement de la réforme en Angleterre, les démêlés de Henri VIII avec le saint-siége; pour le maintien du Catholicisme en Italie, en Espagne (et un peu partout), la force bnitale. Sans doute, si Henri VIII n'avait pas trouvé ridée protestante sympathiquement accueillie par l'esprit public , sa réforme n'aurait pas aussi bien réussi. Comme aussi, si Tinquisition avait rencontré partout des Pays-Bas, sa force compresâve eût été impuissante. Cependant il est juste de tenir compte de ces grands faits

1 M. Renan fait rAmarquer que pendant des siècles, le peuple romain n'eût rien de méridional dans le caractère.

3 Le fait que TAmérique un Nord a été formée de colonif s anglaises et l'Amérique du Sud de colonies espagnoles, explique si^* iammeni, iadépendanmcni des questions de méiid4en« poujquoi le nord de TAmérique est protestant et le sud catholique.

les qui, après tout, ont déterminé, à leur date, ici è renversement ou le maintien de la religion tradi* itionnelle. Aussi, quand on vient me dire tout uniment que la race latine est essentiellement catholique, je ne puis pas oublier que pourtant la révolution religieuse avait de singulières chances de succès, non-seulement en France, mais en Italie ; que la cour de Ferrare était protestante ; que la Navarre était protestante ; que l'Espagne I était J singulièrement entamée ; que le feu prenait partout, |si Ton n'avait pas allumé un feu d'un autre genre. Je ne ' puis pas oublier cette parole de deux inquisiteurs dominicains, qui écrivaient, après plusieurs auta-da^fe exécutés (en Espagne : o Nous sommes arrivés à temps; deux mois (( plus tard; c'était trop tard. » Je ne saurais oublier non plus que la France, qui est bien d'origine latine, a été surle point plusieurs fois de se livrer au Protestantisme, a Cela a a tenu, dit M. de Rémusat, dans deux ou trois circonstances, à des événements éventuels qui auraient « fort bien pu se présenter, n La cour a longtemps hésité. Si François I'"' avait compris son rôle, il se serait mis à la tête des prolestanLs, et aurait ainsi fait pièce à Charles- Quint : cet!e réflexion est, si je ne me trompe, de Napoléon P' lui-même. La noblesse était protestante. Le Protestantisme était monté sur le trône avec la personne de Henri IV. Si Henri IV avait eu la dignité morale de sa mère, la France ét^nit protestante. Tout le monde sait ce qu'il a fallu de persécutions, de proscriptions, de persévérance séculaire, je ne dis pas pour y exterminer le Protestantisme, je dis pour le réduire à l'état où il est, état de minorité, mais non pas d'impuissance. J'admets bien que la légèreté française, et surtout la frivolité et la dégradation

morale des Valois, sont entrées pour le/r part d'infliy dans la non-acceptation d'une religion plus sérieuse ei plus éthique. Mais qui soutiendra que, si les circonstances politiques, Tinfluence de quelques royales individualités, eussent permis que la France adoptât le Protestantisme, son génie national n'en eût pas été modifié ?

Quant à la question artistique, j'ose à peine la poser. Elle me semble futile quand il s'agit de religion. En tout cas, ce serait pour nous une chose à démontrer qu'il y ait réellement plus d'imagination chez les peuples latins que chez les peuples germaniques ou dans le pays d'Ossian. Je ne discuterai pas cette thèse, qui est purement une question de forme et en quelque sorte de décors, tandis que la différence qui sépare le Catholicisme du Protestantisme est une question de fond. Tout en gardant le même fond religieux, les différentes races auraient pu se permettre des formes ecclésiastiques ou cérémonielles plus ou moins pompeuses, selon la nature de leur génie.

Mais j'ai encore mieux à dire pour repousser cette systématisation violente qui parque les religions selon les races et les latitudes : c'est qu'elle est sceptique et fata- i li ste; c'est qu'elle ne croit p as à la vf^ritp, ^ont Hl^j méconnaît^ runiyersalité et ra<;rftnHant pnnr ai^ffl^^r / ou changer le génie des ' races. Pour ce système, la vérité n'a Tieh'^ d'absolu, de souverain, d'éternel. L'erreur se métamorphose et devient vérité en passant une frontière, en changeant de cliniat ou de date. Le Protestantisme est bon ici, le Catholicisme là, le Mahométisme ailleurs et le Bouddhisme plus loin ^ La

* Enfin, pour parler clair, entre le Protestantisme et le GathoU-

vérité est de bonne composition. Elle se fait protestante, catholique, musulmane et le reste. Et, puisque chaque race, chaque climat a sa vérité locale ou nationale, il n'y a nulle part lieu à changement. « Prêcher à la « race romane une révolution religieuse, c'est vouloir a qu'elle se transforme en race germanique. » Par conséquent, probablement aussi, prêcher à la race germanique le Catholicisme, c'est vouloir qu'elle se transforme en race latine. C'est donc vouloir l'impossible. De sorte que, n'est-ce pas, il ne faut rien prêcher à ces deux races, sinon qu'elles gardent ce qu'elles ont et qu'elles restent ce qu'elles sont ? Ne voit-on pas le a ariguis in herba d , je veux dire le scepticisme latent au fond de ce statu quo consacré? Quant à nous, nous avons la joie, au milieu de ce siècle sceptique, de croire à la royauté souveraine et universelle de la vérité ; de croire qu'elle est une et la même pour tous les hommes, comme le soleil, et propre à nourrir tous les hommes, comme le pain. Que s'il est nécessaire qu'une race soit transformée pour recevoir la vérité, l'influence pénétrante de la vérité Qnira bien par opérer cette transformation , à condition toutefois que les porteurs de cette vérité sacrée n'auront pas honte d'elle, et ne la vendront pas au scepticisme moderne pour quelques deniers, comme Judas vendit Jésus.

On va disant : La France ne sera jamais protestante! Probablement, les Anglais disent : L'Angleterre ne sera

eUme il s'agit de savoir 6i l'autorité de VÊgUse est infaiUible eu si le libre examen est un droit. Si rinfaillibililé de l'Église est vraie, elle Test pour tous les lieux et pour toutes les races; si c'est le libre examen, la race latine doit devenir protestante, quelipie latine qu'elle soit.

jamais papiste! Et les Musulmans : La Turquie ne sera jamais chrétienne ! Tout cela ce sont des mots. C'est le langage de ceux ^ qui ont leur siège fait. C'est l'illusion d'optique du préjugé et du moment présent. La question est de savoir ce qu'est la vérité. Si par hasard la vérité était protestante, il faudrait bien que la France se courbât 8oas son sceptre, comme le monde entier ; et la patrie de Voltaire a beau être latine et frivole, la vérité saura bien tôt ou tard la dompter et la façonner à sa manière. Or, nous croyons au règne définitif de la vérité, car nous croyons en Dieu.

Cependant nous entrerons bien , et sans qu'on nous presse « dans Tesprit de l'objection. Si l'on entend par Protestantisme la forme rituelle et liturgique de l'Église réformée de France « et si Ton veut prétendre que jamaiis la chaire de Notre-Dame ne verra un pasteur en sei^e noire enseigner la prédestination de Calvin là où prêche le père Félix, — * nous avouons que nous le croyons qua&i probable ; ai Ton entend par Protestantisme le puritanisme dans ses exagérations iconoclastes ^ ou le kuguenotisme daos ses fanatiques excès, — je crois qu'il est à peu près aussi vrai de dire que la France ne se fera jamais protestante que de dire qu'elle ne se fera jamais trappiste. Mais là n'est pas la question. Il faut la prendre de plus haut et dans un sens plus général. Ce n'e st pasjtelle^ou telle ^rnttfl t^if^tfiriqiiA ^injPi^e^t^ntijaTi^qrrit fa considérer." Cette forme a pu emprunter, aux temps et aux mœurs où elle a pris naissance, quelque chose desurannéet d'étrange pour notre siècle. Se demander si la France va devenir calviniste et croire à la prédestination ; ou gaussêniste et croire à la Théopneustie ; ou luthérienne et prendre pour

pape la Confession d' Augsbourg, c'est se poser une question pour le moins oiseuse.

Mais il faut saisir l'esprit général de TÉvangile, et surprendre ces affinités saintes que l'Évangile et notre esprit national ont entre eux. Quel pays plus libéral que la France! plus généreux, plus tolérant, plus ami dû progrès, de l'égalité, de la fraternité humaine; et, à travers ses passions matérialistes, plus ami du vrai spiritualisme dès qu'il s'agit de religion!... Quel pays a jamais été plus rétif à une autorité arbitraire, viendrait-elle du papeM Lequel a été doué de plus de bon sens et plus répugnant à la superstition ? Or, si nous comprenons quelque chose à la religion de l'Évangile, quelle religion y a-t-il qui nourrisse mieux ces grands sentiments de générosité, de fraternité, etc. ? qui soit plui conforme à la simplicité du bon sens français? qui puisse mieux guider notre esprit entreprenant dans toutes ses ascensions? Quelle est la religion dont l'alliance naturelle soit davantage avec tous les progrès et toutes les libertés? Demandez-le à l'Angleterre .et aux Etats-Unis. Eh quoi! L'on prétendrait que le génie Me la pranceestessentiellemen t an tipa ihique suioe ndigion 'qui correspond si bien à ses instincts les plus beaux et les plus sacrés? S'il s'agissait de l'Espagne superstitieuse, ou Se" "VAutriche absolutiste, ou de l'Inde immobile, je comprendrais l'objection : pour la France, je ne la comprends pas. Sans contredit, le^génie de la France n'est jpas puritain, n'est pas iconoclas te7 h*est piThugùenot ; mais le génie de la France est-il câthbliqiïêf Eh I non,

> Voir la remarquable brochure du professeur M. Uosseeuw, Sl-0i- *aire : « Ce quHl faut à la France. »

mille fois non. C'est le génie italien, c'est le génie autrichien qui, malheureusement, ont présidé aux destinées de] la France à Tépoque de la Réformation dans la personne des Médicis, et qui, contrairement au caractère national, [ nous ont imposé le Catholicisme. Jusques à quand nous forcera-t-on à le redire? Le génie catholique c'est le moyen âge , c'est l'inquisition , c'est l'obscurantisme , c'est l'autorité, c'est l'ancien régime, c'est l'absolutisme poHtique et religieux, c^estle prêtre au pouvoir... Or, cet esprit'là , nous rappelons ultramontain , précisément parce que c'est au-delà des monts qu'il réside, et qu'il est d'importation étrangère. Ce serait le peuple espagnol et non le peuple français qui pourrait en être le représentant. Cet esprit est l'antithèse du nôtre. Aussi la France a toujours été catholique récalcitrante. Les longues proscriptions et les tristes hécatombes qu'infligea aux enfanLs de la France ce génie meurtrier, ont fait beaucoup de martyrs, mais plus encore d'infidèles. Non, la France n'est pas catholique ; les lamentations du clergé romain et les éclats de ses sanglots suffiraient pour le confirmer. Quoi donc I cette France libérale, cette noble initiatrice des peuples, cette grande missionnaire de toutes les libertés, assise couronne en tête au timon de ce char foudroyant qui porte les idées modernes, la France peutelle revenir au Catholicisme? Va-t-elle, sur les avis de quelque Veuillot ou de quelque Anlonelli , tourner le timon du char et remonter le passé? Le voudrait-elle , elle ne le pourrait pas, car elle rencontrerait un obstacle infranchissable, un chiffre cabalistique , magique et ineffaçable : 1789!

Mais si, d'une part, la France n'a pas l'esprit catholique.

et De veut pas rapprendre sou catéchisme ; si, de l'autre^ elle ne peut pas être protestante, qu'est-ce à dire ? Elle est donc condamnée à ne jamais avoir de religion, à moins qu'un Messie nouveau comme Saint-Simon, ou Fourier, ou Cabet ne vienne lui en révéler une? — Il lui reste la philosophie, dira-t-on. — Oui, nous avons vu ce que cela signifie. '— Quoi donc ! La France serait-elle irrémissiblement vouée désormais au scepticisme, au matérialisme? Son seul Dieu serait-il l'argent ? son seul temple serait-il la Bourse? sa seule religion celle du drapeau? le Dieu des combats te seul qu'elle adore? le Dieu de Tamour, le Dieu des espérances et des gloires éternelles l'aurait-il abandonnée, par un retour vengeur? ne pourrait-elle plus être chrétienne? - Loin de nous cette sent^ce ! Loin de nous ce désespoir I Di talem avertite easum ! kccepier que la France ne peut plus être chrétienne, c'est signer sa condamnation, c'est prendre parti de sa décadence, c'est la rayer de la carte des nations. -^ La France a pu, par réaction contre une religion qu'on lui avait fait prendre pour le Christianisme, méconnaître le vrai Christianisme et se moquer du Dieu inconnu. Au milieu des grandes questions politiques qui se posent, quand l'Italie ressuscite, quand l'Etna s'alhime, quand un grand écroulement se fait entendre du côté de l'Orient, la France peut quelque temps, par les bruits que fait la terre, oublier la voix du Ciel . Elle peut s'amuser, s'étourdir, s'enivrer de sa propre gloire et se laisser distraire de Dieu par les triomphes de la matière ; mais un peuple, pas plus qu'un individu, ne se passe impunément de Dieu. « Toute vie sans Dieu est grosse d'un suicide », a dit un penseur chrétien. On peut dire aussi ; tout

peuple sans Dieu, c'est-à-dire sans religion, est un peuple qui se perd. Les mœurs se perdent, les lois s'avilissent, la corruption déborde, Tégoïsme se fait dieu comme . Jean XXII se flt pape , les basses passions se déchaînent , les bras de fer qui retenaient dans sa voie le monde révolté se brisent. L'attraction du ciel peut seule tenir la terre en équilibre. v

/^Sous peine de mort, la France doit donc revenir au \ (Christianisme. J

11 est de sérieux esprits qui croient les races latines vieillies, usées, incapables d'être salées de ce sel préservateur qui est le Christianisme , et, partant, vouées à une irrémédiable décadence. — Quant à nous, nous ne partageons pas ce désespoir ; nous croyons que ce qu'il y a de généreux, de chaud, de loyal, de symp?i- Ihique, de vraiment français en France, suffit encore pour qu'une sève divine puisse régénérer notre sang. La France alors, dans cet avenir que nous espérons, que nous implorons, que nous voudrions hâter, la France ne sera pas protestante à la manière des camisards, cela est bien sûr ; elle sera encore moins catholique à la manière des Médicis, ce n'est pas moins sûr; — mais, que nous importe, pourvu qu'elle soit chrétienne I

Nous avouons pourtant que, entre ces espérances qui semblent dorer de lointains horizons et nos cœurs qui tressaillent, s'élèvent d'impures vapeurs. Que sont- elles devenues nos chères espérances? Se sont-elles évanouies? ou attendent-elles, derrière le brouillard, leur infaillible réalisation?

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