AVENIR DE LA VÉRITÉ : CÔTK SOMBRE
Les hommes ont mieux timé let ténèbrei que la lumière
(Saint Jea?i.)
Nous ne nous faisons pas illusion sur les difficultés que rÉvangile doit rencontrer sur son chemin. Via dolorosa, voilà le nom de la pente qu'elle gravit, et qui aboutit... où donc ? Au Calvaire? Non, au Thabor, mais au Thabor en passant par le Calvaire. — Quant à nous, nous avons foi en Tavenir de la vérité. Nous croyons qu'elle est faite pour l'homme et que l'homme est fait pour elle; que Dieu veut leur hymen ; et que malgré de sanglants, de séculaires malentendus, ils finiront bien par se reconnaître, par s'unir. C est là pour nous une des espérances les plus consolantes qui se cache au fond de nos tristesses et vient éclairer de quelques rayons bénis la Via dolorosa de cette voyageuse méconnue, dont nous avons à marquer les tristes stations.
Comn\ent se fait-il, dites-le moi, ô Dieu de mystère! que chacune des vérilés qui deviennent pièce à pièce le patrimoine de l'humanité, soit achetée par tant de
douleurs, payée par la rançon du sang? Pourquoi avezvous condamné l'humanité à faire tant de détours, à s'arrêter à tant de faux systèmes, et à construire, à force de siècles, d'efforts et de génie, de si durables édiOces d'erreur? Pourquoi la maindeThomme, qui cherche toute frémissante à saisir la main delà vérité, ne rencontre-t-elle le plus souvent que le vide, la nuit, ou quelque ange de la nuit vêtu d'une décevante lumière? Est-ce pour faire sentir davantage son inestimable valeur aux frivoles habitants de la terre, que vous dérobez si soigneusement à leurs recherches laborieuses la sainte fille du Ciel? — Dans Tordre intellectuel, pourquoi tant de fois la science marche-t-elle en trébuchant sur des hypothèses renversées? Dans Tordre politique, pourquoi la vérité (je veux dire la liberté, Tégalité des droits), ne se laisse-t-elle atteindre que sur les ruines fumantes des bastilles emportées et des peuples égorgés? Dans Tordre religieux... Oh I c'est bien ici qu'il y a lieu d'être confondu de surprise et de douleur! Cette vérité si nécessaire àTâme, cette vérité de laquelle le salut dépend, est tenue pour une étrangère. Elle est traitée en ennemie ; elle est mise hors la loi ; elle ne marche, pour ainsi dire, que sur les corps de ses martyrs. Il a fallu un horrible ciment de sang pour sceller chaque pierre de son temple. Les préjugés de Tignorance et les dédains de la science conspirent à Tenvi contre elle. Quel accueil fraternel lui réservait l'humanité! A Jérusalem, on la crucifie; à Rome, on l'envoie au Cirque; à Constance, on la fait monter au bûcher. La vérité est venue chez les siens (Thumanité, c'est sa famille), et les siens ne l'ont point reçue. Quoi donc! son œil moral aurait-il été troublé au point que l'homme
repousse et meurtrisse de la sorte celle qu'il aimerait, s'il pouvait la connaître, celle qui se présente pour le sauver !
Mais revenons. La vérité chrétienne rencontre partout, et particulièrement en France, une foule d'obstacles à surmonter.
i^ Le fait accompli. — Le fait semble tout justifier même impliquer le droit. Nous sommes naturellement disposés à nous prosterner devant le fait accompli. Or, le Catholicisme existe ; la vie, la spiritualité, se sont retirées du dedans, mais l'immense carapace est là. Sans doute^ il est en parfait désaccord avec l'esprit moderne. Tenez pour certain que si le Catholicisme était à inventer on ne rinventerait pas. On n'y croit plus. Mais la machine officielle fonctionne comme le moulin à prières des Indous. Elle est là : mole sud stat. Certainement l'empire chinois n'a aucune raison d'être, sinon qu'il a été depuis trois ou quatre mille ans ; mais il a été et c'est pourquoi il sera ; et certes ce ne sera pas facile travail que de faire pénétrer les idées humaines de civilisation et d'universelle fraternité dans cette masse murée. Or, que voulez-vous? Nous sommes tous plus ou moins Chinois. L*homme est, lui aussi, une espèce de machine qui exécute certains mouvements, débite certaines formules, accomplit certaines fonctions politiques, administratives ou religieuses dont il ne faudrait pas le déranger. Toute interversion de l'ordre dans lequel la machine humaine joue, est une secousse pénible qui contrarie les routiniers et épouvante les âmes pusillanimes. On se figure, au moindre pas qui se fiait, que c'est la fin du monde qui vient. Assurément, bien des gens, même à Paris, croiraient à une déviation de Taxe de la terre, si, un beau dimanche, à Notre-Dame, on ne
disait pas la messe en latin. Arrivé à un certain âge [et pas n'est besoin d'attendre la caducité), l'homme n'est guère que la résultante de ses habitudes : ses préjugés, ses ignorances, ses superstitions se sont fait leurs places dans le casier du cerveau, et opposent une espèce de prescription à la vérité qui arrive, l'insolente ! pour les expulser. — Or, que va-t-il se'passer si, au lieu de déranger un homme, il s'agit de déranger un peuple de ses habitudes, et surtout de ses habitudes religieuses ? Serait-il dix fois démontré que vous lui apportez la vérité qui sauve, potir l'affranchir de l'erreur qui perd, n'importe f je vous tiens pour crucifié, si dans ce pays on crucifie. — D'autant plus qu'avec de chères habitudes, de chers préjugés à déranger, il y a :
2" De$ intérêts à compromettre. Ceci est encore plus grave. Même les hommes les plus sincères dans leurs convictions , quand ils sont investis d'une position officielle , que des intérêts d'influence, d'amour-propre, de traitement sont en question, ces homraes-là ne peuvent être impartiaux dès qu'il s'agit de juger une vérité qui attaque leur position. Cette remarque s'applique à tous les clergés de toutes les religions. Et franchement on ne peut pas demander à des hommes d'être des anges. —Or, faites cette expérience, non pas de physique, mais de psychologie. Prenez une balance ; mettez dans l'un des plateaux l'influence d'une 'position facile, les charmes de Tamour-propre caressé et la bourse d'or que vous assure le budget ; dans l'autre plateau, mettez un pur rayon de lumière ; et, soyez-en sûrs, en morale comme en physique, la lumière sera impondérable : ce n'est pas du côté du rayon que le plateau s'abaissera.
3" Des préjugés de tout ordre, mais tout d'abord les préjugés religieux se mettent volontiers au service de ces intérêts dont nous venons de parler ; et la pauvre vérité doit dissiper à chaque pas leur noir essaim, comme le pieux Énée les ombres indiscrètes qui obstruaient sa marche quand il se rendait aux Elysées. De la lumière ! de la lumière! nous sommes-nous écrié au début de ce volume. -^ a Si nous pouvions nous bâtir une maison transparente ! pourraient dire à leur tour les Protestants, si Ton savait qui nous adorons^ quels sont nos principes, quelles sont nos intentions, queHes sont nos vies! Srl'on nous connaissait, nous sommes bien certains qu'on se sentirait quelque respect et quelque sympathie à notre endroit, peut-être même quelque attraction vers nos idées; car enlin notre histoire n'est pas sans grandeur, nos héros ne sont pas indigues de la France ; nos idées, indignes des meilleurs esprits; nos malheurs, indignes de respea. Mais longtemps s'est ourdie contre noos la conspiration du silence : on a fait le vide autour de nous. Nous avons été de véritables exilés dans notice patrie ; une espèce de cordon sanitaire a été établi entre nous et l'opinion ; on nous a parqués dans une espèce de Ghetto moral; si bien que la plupart de nos concitoyens, même plusieurs de nos voisins, nous coudoient et nous ignorent. Ils ne savent pas ce que nous sommes , pis encore, ils nous croient bien certainement ce que nous ne sommes pas : une espèce de difformité religieuse ou morale, choquante, ridicule, odieuse peut-être. Dans bien des coins de la France on dirait volontiers : Peut-on être protestant ! » comme on disait du temps de Montesquieu : a Peut-on être Persan ! d — Eh ! quoi d'étonnant? Quand on s'est aperçu que nous exis-
lions (quoique Louis XIV eût décrété que nous n'existions pas), et que le clergé à pris quelque ombrage de cette petite minorité, ce long silence a été rompu : quarante mille chaires ont retenti contre d'honnêtes gens qui n'étaient pas là pour se défendre '; puis les journaux,' les livres, les histoires expurgatœ, et les Veuillot, et les Loriquet, et les Audin, ont fait chorus avec les sacristains, les ignorantins et toute la gent dévote. Cette race fanatique a exhumé, des cryptes de ses cathédrales, les menteuses traditions, les vieilles calomnies, les noires préventions, et les a fait sucer avec le lait aux petits Français. Donc les petits Français, avant qu'ils soient élevée à la dignité d'enfants de chœur, ou portent la croix d'honneur de rÉcole des Frères, savent que les réformateurs sont des infâmes, que les protestants iront en enfer, etc. La calomnie est sanctifiée quand elle tombe sur nous : on nous poignarde avec ce fer sacré.
J'ai lu de mauvais petits livres qu'on fait courir dans le peuple contre les proteslants, sous le patronage d'un évêque, publiés par les directeurs d'une société qui compte, dit-on, plus de cinq cent mille membres ; et, en les lisant, je me disais : a Si les protestants sont tels, si leurs pasteurs sont tels, n'en déplaise à la liberté des cultes, il faut les expulser au loin, dans quelque île maudite, et puis faire la garde autour de cette île. Encore s'ils se contentaient d'être absurdes, ces protestants; mais ce sont des pestes publiques : au nom de la santé publique, il faut les déporter, d — N'est-ce pas triste que
* Et dont sans doute ils ont eu raison aussi facilement que ce prédicateur italien, dont parle madame de Staël, eut raison de son bonnet, dont il avait fait le représentant de Rousseau.
ve de la liberté de la presse pour vîKpender /te une certaine classe de nos concitoyens, :ant ne sont pas tous aux galères, et de pasteurs qtft, . es tout, ne sont pas au pilori! Les protestants se disent sans doute avec douleur : « Mais que doivent pen* ser de nous nos compatriotes qui lisent et probablement croient ces choses, puisqu'un évéque les imprime ? Nous sommes tourmentés de ce tourment moral dont se trouve chargé un innocent traduit devant les assises sous une inculpation infamante ; mais qu'y pouvons-nous? On ne nous connaît pas; on ne veut pas nous connaître; on nous laisse haletants dans la gueule de la calomnie. Nous écrivons notre apologie : on ne nous lit pas. » — Et puis, entre des hérétiques naturellement menteurs et M^ un tel aux trois quarts infaillible, quelle mesure y a-t-il ? Les mêmes hommes (leurs pères s'entend) qui calomnient aujourd'hui les protestants, disaient un jour à Pascal : « Vous êtes un tison d^enfer ! » Pascal répondit qu'il ne pouvait pas prouver qu'il n'était pas un tison d'enfer. 11 y a en effet de ces choses qui ne peuvent pas se démontrer, aurait-on la forte logique de l'auteur des Pro^ vinciales. — En attendant, à cette montagne de préjugés religieux * sous laquelle les protestants sont accablés, on en superpose une autre.
4° Ce sont les préjugés nationaux et politiques. — Il faut que ces préjugés soient bien forts, pour qu'un protestant de la valeur de M. Guizot, alors qu'il était au ministère, ait pu dire que la France était catholique et qu'elle avait une mission catholique à remplir. Il semble
I Grâce à Dieu, ces jniqueset absurdes préjugés disparai&seatcbeis les classes intelligentes : le brouillard gagne les bas-fonds.
qu'être catholique et être Français, ce soit tout un; qu'il faille être bon catholique pour être bon Français. ^ C'est de ce point de vue que sont partis plusieurs orateurs dans nos récents débats parlementaires. La France a, d'après eux, une mission catholique ; elle est la fille aînée de l'Eglise, elle doit défendre la papauté. Nous croyons, nous, quelamission d'une ualion généreuse et libérale comme la France, c^est de défendre la liberté, le progrès, la civilisation ; et il s'agirait de savoir si la papauté les représente. Mais nous ne voulons pas rentrer dans ce débat. . Nous nous hâterons de reconnaître que c'est toujours un tort pour une religion d'avoir été un parti politique, et il est vrai que les protestants ont autrefois tiré Tépée contre les pouvoirs établis. Mais il me semble que les persécuteurs ont mauvaise grâce à venir reprocher h ceux qu'ils persécutaient, d'avoir voulu se défendre. M. Aug. Nicolas nous paraît excellent quand il prétend que a TEglise a dû se faire bourreau pour ne pas être victime ». Je n'en sais rien. En tout cas, c'est un vilain métier que le métier de bourreau pour une Eglise. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les protestants, pour ne pas être victimes, ont dû se faire, npn pas bourreaux, mais soldats. — Les protestants ont été les vaincus, les proscrits, les égorgés, c'est là leur crime. Et à présent, des esprits aussi logiques qu'équîtables les rendent responsables des flots de sang huguenot
* Cette prétention semble étrange surtout quand, après avoir exploité ce préjugé, on trouve commode de ^ous dire que la France n'e&t pas catholique : (exemple : M. Aug. Nicolas). — Hais, si être bon catholique et être bon Français c'est tout un, comment expliquer la conduite de ces excellents catholiques fiançais qui, à ce que racontent les journaux, sont aUés se ranger autour du Pape et faire de Rome un nouveau Coblent^P
que les catholiques ont versé : du massacre de Vassy, de la Saint^Barthélemy elle-même ! Et il est bien sûr, ea effet, que s'il n'y avait pas eu de protestants qui demandassent à vivre, ou n'aurait pas eu à les tuer; de même que s'il n'y avait pas eu de chrétiens sous Dioclétien, il n'y aurait pas eu de persécution : et s'il n'y avait pas eu des populations chrétiennes dans le Liban, il n'y aurait pas eu lieu de les massacrer. Ceci est une vérité vraie. Et soyez sûrs qu'il se trouvera parmi les historiens mahométans des P. Loriquet et des Aug. Nicolas pour charger les chrétiens eux-mêmes de ce sang répandu. — Les protestants ont été,saus contredit, des perturbateurs, des ennemis de la nation^ des rebelles qu'on a traités ea rebelles! Cependant, je le demande à l'histoire, du temps des Condé et des Guises, d'Henri III et de la Ligue, d'Henri IV et de Mayenne, de quel côté était le parti national ? Les protestants n'ont-ils pas toujours soutenu le parti de la nation contre les princes, alliés des étrangers? 11 est vrai que, sous le coup de l'édit de révocation, cinq à six cent mille protestants, mis hors la loi, furent assez mauvais Français pour aller chercher, n'importe où^ une patrie. 11 est vrai que les régiments des réfugiés aidèrent puissamment la Hollande à battre Louis XIV. Il est vrai que les Cévenols se firent une barricade de leurs rochers pour s'opposer aux dragons du grand roi. Eh bien I que les fils des prescripteurs et des bourreaux se lèvent et dressent le réquisitoire contre les restes décimés de leurs victimes, parce qu'elles ont osé se défendre I Nous renfermerons notre douleur dans le silence : qu'ils sachent toutefois que le silence leur conviendrait mieux à eux qu'à nous. Nous nous bor-
nerons à souligner les noms des Gondé, des Henri IV, des Coligny, des Sully, des Duplessis-Mornay, etc., etc., qui brillent parmi nos plus grandes gloires nationales. — Au reste, qupi qu'il en soit d'un passé dont ils n'ont pas à rougir, les protestants actuels ne sont-ils pas aussi bons Français, pour le moins, que les plus ardents catholiques? Faut-il donc être ultramontain pour être bon Français? Dans les conseils de la France, dans les ambassades, à la tête des ministères, de l'administration, de la magistrature, des armées de terre ou de nos flottes, les protestants n'ont-ils pas été toujours des Français fidèles et dignes de ce nom ? Sur les champs de bataille du premier et du second Empire , qui a pu distinguer si le sang répandu était protestant ou catholique? De quel droit donc oser accuser le Protestantisme d'un esprit antinational ? — Il est vrai que s'il était représenté à Solferino, il ne Tétait pas à Castelfidardo : est-ce là le grief qu'on a contre lui ? *
5° J'arrive à un préjugé d'un tout autre ordre, qui nous vient, non pas des ultramontains, mais des philosophes. Ce sera \e préjugé philosophique y si Ton veut, ou mieux, le préjugé antiphilosophique, si on le préfère, car il est . opposé à toute vraie philosophie, comme on va en juger. Seulement il nous a été importé, ou du moins il a été patronné par les patriarches de la philosophie du dernier siècle. Ce préjugé, je le heurte à tous les carrefours. Voici sa formule : « // faut que chacun demeure dans la religion « où il est né; » formule sceptique, paresseuse, ennemie
* Je relèverais ici une autre accusation de M. Aug. Nicolas, qui rend le protestantisme responsable des désordres de la démagogie, si je ne l'avais fait ailleurs. (Voir chap. Y, 2* partie.)
de l'examen, érigeant le statu quo en principe, et cou» vrant de sa protection mortelle, avec une égale et men-r teuse sollicitude, Terreur comme la vérité. C'est Tombre du mancenillier répandue sur toutes les croyances hu^maines. Et c'est Rousseau, le grand Rousseau, ce génie si sublime et si faux, qui a si bien défendu la liberté d'exa* men quand il la voulu, c'est lui qui donne au souverain . le droit de punir de mort quiconque changera de reli-r gion. Voilà qui est fort, il faut l'avouer, surtout pour un protestant. Il est heureux, en tout cas, que ce principe n'ait pas régné sous Clovis, car nous en serions réduits à conduire nos enfants, pour les y faire égorger, dans les forêts druidiques. Et si quelque missionnaire chrétien va porter au milieu d'une tribu cannibale la religion de l'amour et de la civilisation, que le chef de cette tribu se hâte, de par Rousseau, de percer l'apôtre de sa sagaie. Je crois que l'empereur de la Chine est ici de l'avis de Jean- Jacques , et que les muftis de Constantinople seraient enchantés de réviser le hattùhumaîoun en s'inspirant de ces idées. Qxkdni à moi, je suis ici (ce qui ne m'arrive pas toujours) de l'avis de l'évêque de Nîmes (2« Lettre aux Protestants). Oui, quand l'honorable prélat se plaint de ce que, si un protestant convaincu voulait changer de religion, il subirait une persécution morale terrible et serait peut-être obligé, pour obéir à sa conscience, de prendre le chemin de l'exil, — l'évêque de Nîmes n'exagère pas. Certainement ce néophyte romain serait fort mal vu par ses anciens coreligionnaires, alors même qu'il aurait agi dans la plus parfaite bonne foi. Il serait calomnié, ses sentiments seraient méconnus, dénaturés; les plus outrageantis soup^ps pèseraient sur luii ses rç-
lations les plus intimes rompraient avec lui, et je ne répondrais pas que sa famille elle-même ne le désavouât. —Mais ce qui arriverait au protestant passé au Catholicisme arriverait (et a fortiori) au catholique devenu protestant. Or, ce que je dis de Nîmes, je le dis, avec des variantes du plus au moins, de la France, de l'Europe, presque du monde entier. Et voilà comment l'opinion publique entend qu'on pratiquera la" liberté individuelle! Ainsi, en Turquie, un mahométan a bien le 4roit légal d'embrasser le Christianisme; seulement il n'est pas sûr d'avoir encore le lendemain la tête sur les épaules. C'est par l'oppression de ce tyrannique pré- Jugé que l'idolâtre reste idolâtre; le juif, juif; le turc, turc ; le catholique, catholique ; le protestant, protestant. D'après le système barbare régnant, le fils hérite^ en même temps que des biens paternels, d'un certain dossier dogmatique, de certaines formes ecclésiastiques, vraies ou fausses, qu'il croit ou qu'il ne croit pas, n'importe I mais il est casé, enrégimenté, immatriculé. Il est protestant, il est catholique^ il est juif; il mourra comme il est né, sous peine d'être flétri , maltraité peut-être. Pn liérité, il faut, dans certains cas, du courage, de l'héroïsme pour obéir à sa conscience, pour lutter seul contre l'opinion, pour ramer toute sa vie contre les vents et les flots. Aussi qu'arrive-t-il dVdinaire? C'est qu'on ne cherche pas à se faire des convictions personnelles ;' on prend toutes faites celles de ses pères. Cela revient à dire qu'on n'en a point à soi. N'en ayant point, on ne cherche point à les communiquer. Et le monde reste immobile. *
^ n est vrai que ropinion publique, si ridiculement exigeaDte, quand U s'agit d'un changement extérieur de religion, devient très-
6^ De ce manque de convicUoDS religieuses personnelles à une préoccupation exceuive pour le$ choses terrestres, la pente est facile, et c*est là un nouvel obstacle que rencontre, sur son douloureux passage, la vérité qui vient du ciel et qui parle du ciel. Elle rencontre partout des gens pressés, affairés. Elle voudrait leur parler : ils n'ont pas le temps de l'entendre. C'est qu'ils ont à faire au café, à la bourse, au théâtre. Ils n'ont pas encore lu leur journal. 11 faut qu'ils aillent savoir des nouvellesdeGaribaldi, du Pape ou de l'empereur de la Chine. Il faut qu'ils s'informent de la hausse ou de la baisse, et que ce soir ils assistent aux débuts d'une prima doha. Il est évident qu'on se préoccupe avec une avidité très-naturelle, mais trop exclusive de questions politiques, économiques, induscoulante et n'est nullement olTensée s*il s*agit de n'en prendre aucune. Ainsi elle défend à un catholique de devenir protestant, mais elle ne trouvera rien à dire s'il devient incrédule ou athée, pourvu du moins qu'il garde (hypocritement) certaines formes catholiques et que, comme Voltaire, il communie par-devant notaire, avant de mourir. M. Rosseeuw Saint-Hilaire dit, à propos de ce préjugé : a 11 est bien établi aujourd'hui que tel incrédule, qui ne « met Jamais les pieds dans une église, vous dira fort gravement : « Pour un million je ne voudrais pas rhanger de religion. » — « U « faut avouer au reste que la chose lui serait fort di/fldle : on ne » change de religion que quand on en a une : or, il n'en a point. » - Il faut l'avouer aussi, les gouvernements, tout en professant le respect de la liberté de conscience, ne peuvent pas voir avec plaisir, en tant que gouvernements, une œuvre quelconque de prosélytisme, surtout quand cette œuvre se ferait dans un sens contraire à la religion de la majorité— A fortiori, (ce qui est presque InévitablB dans notre pays), si l'opinion publique s'en émeut, si FagitaUon populaire s'en mêle, des intérêts d'ordre public seront invoqués, et tout gouvernement interviendra probablement par des mesures administratives, par la même raison que le proconsul P. Feàtua intervint quand Vémeutier Paul troublait Êphèse. « 11 n'y a pas un grand saint, dit M. Renan, qui de nos jours ne fût en contravention. »
trielles, agronomiques, artistiques. On s'occupe de l'Italie qui ressuscite , de l'Orient qui se meurt, de la Chine qui s'ouvre, de l'Union américaine qui se reconstruit; on s'occupe beaucoup de lignes de fer, de percements d'isthmes, d'alignements de rues, d'acclimatation de plantes et d'animaux, de vaisseaux blindés et de libre échange; mais, hélas! onnesongepasauxchosesinftnies, éternelles! Pierre l'Ermite et saint Bernard auraient beau réunir leur éloquence, s'ils revenaient nous prêcher une croisade quelconque, ils ne remueraient pas le moindre petit coin de l'Europe. La preuve — c'est que le Pape lui-même n'y réussit pas quand il s'agit de se défendre! Ce n'est pas, franchement, que j'en sois fâché. Je ne suis nullement fâché non plus qu'on améliore nos produits. Je suis enivré de sympathie quand je vois les idées de liberté, d'indépendance faire tressaillir le Vésuve et s'agiter l'Etna. Notre siècle a sans doute consrienced'une grandemission d'affranchissement politique à accomplir : ce sera sa gloire . Nous sommes prêts, s'il le faut, à bénir les drapeaux sacrés qui ombrageront sa conquête. Vade^ âge et ingentem factis fer ad œthera Trojam. Tout cela est grand et beau; — mais est-ce une raison pour oublier qu'il y a tout un ordre éternel de choses infinies qui subsiste? (( 11 fallait faire ces choses-ci, dit le Maître, et ne pas oublier celles-là. » Or, voilà la lacune, le vice de ce siècle qui se dit positif, qui croit avoir le sens pratique et calculer juste, et qui range tout simplement l'infini parmi les fractions négligeables de ses calculs ! Certes, si le xix« siècle s'attache aux intérêts du monde présent avec tant de passion et d'exclusion , c'est que le monde à venir lui est voilé. Et , osons le dire , ce qui a beaucoup contribué à lui voiler ce monde à venir,
c*est que le Catholicisme; chargé de lui faire voir ce monde invisible et de le représenter, s'est tellement laissé préoccuper de son royaume de la terre, a montré un tel goût pour les terrestres pouvoirs, que l'esprit du siècle en a été induit en tentation. A voir le Catholicisme jeter officiellement, du haut de ses chaires^ de si superbes dédains sur ces mêmes biens qu'il retenait d'en bas avec tant de passion, ce siècle s*est laissé moins persuader par la théorie que par la pratique, et a cm d'autant plus &cilement qu'il pouvait se permettre de préférer le royaume de la terre au royaume des cieux, que le représentant du ciel lui-même semblait lui donner l'exemple d'un goût très-marqué pour celui-là. Et l'opinion publique — en France du moins — regarde tellement le Catholicisme comme le représentant authentique du Christianisme, que le Christianisme a été ainsi déplorablement compromis par l'Église qui était censée le représenter.
Cette réflexion m'amène à une grande et nouvelle difficulté que je tiens à signaler. C'est :
7^ La confusion du Caiholiciême avec le Christianisme.
La France catholique se partage en deux grandes classes d'esprits : les croyants et les libre-penseurs. Or, voici le raisonnement des uns et des autres :
« Le Christianisme est vrai *- donc le Catholicisme est vrai. »
<( Le Catholicisme est faux ^ donc le Christianisme est faux. »
Voilà la double et fatale erreur dans laquelle oscille en Fj'ance la majorité de ceux qui raisonnent, sans s'apercevoirdu vaste enire-detix qu'ils font franchir, d'un bond^ à leur intrépide logique.
Les croyants— je parle ici des bons esprits qui se sont rendu compte de leur foi —ont été frappés des preuves de la religion chrétienne. Ces preuves lesodt conduits, ces nobles vaincus, jusqu'en face du Christ, et là l'exclamation du centenier est sortie de leurs poitrines oppressées par la vérité : « Certainement cet homme était le fils de Dieu, certainement le Christianisme est la vérité ! » Mais dès que la puissance de la vérité a tiré de leurs cœurs ce sincère aveu, voici venir le Catholicisme qui se présente et qui s'en empare, en revendiquant pour lui tout le bénéfice. «Le Christianisme, c'est moi! » Voilà sa prétention. Et, chose étrange ! ces hommes intelligents, qui ont été peut-être difficiles en fait de preuves, avant d'admettre le Christianisme, ne songent pas même à demander ses titres au Catholicisme, tant il va sans dire que pour eux , Catholicisme et Christianisme c'est tout un ; tant pour eux l'un implique l'autre ; tant ils les font solidaires l'un de l'autre , soit en les enveloppant dans un même dédain, soit en les confondant dans un même hommage.— Ils avaient des doutes sur la divinité du Catholicisme : on leur a fourni des preuves de la divinité du Christianisme: Ces preuves ont porté. Le Catholicisme est désormais absous : il passera tout entier par la porte qu'a ouverte le Christianisme et se substituera à lui. puissance tyrannique du* préjugé ! faiblesse des plus fortes intelligences! Parce que le Christianisme sera reconnu vrai, on acceptera, sans autre enquête, le Catholicisme, et l'on ne s'apercevra ni de Terreur de la logique, ni de l'iniquité de l'usurpation !
Le phénomène inverse se rencontre peut-être plus fréquemment encore. -^ Bien des esprit» d'élite, noblement
rti LE CHRISTIANISME
épris des droits de la conscience et de lu raison humaine, jaloux des saintes prérogatives de la liberté, ambitieux de progrès, sont offusqués des prétentions du Catholicisme. Citoyens émancipés du xix® siècle, fiers d'être les pionniers de l'humanité , ils ne peuvent pas souffrir cet importun vieillard qui vient poser son veto sur les droits les plus sacrés de la conscience, qui trouble les lois saintes de la nature et de la famille, qui consacre Tenlèvement des Mortara, bâillonne l'intelligence , tourne le dos au progrès, et n'a qu'un tragique refrain d'anathèmes à l'adresse de quiconque ne courbe pas la tête devant ses dogmes surannés. Nous comprenons certes que des âmes indépendantes, secouant, comme un mauvais cauchemar, cette autorité qui leur pèse, se révoltent et s'écrient' avec Lamennais : «Le Catholicisme n'est pas la vérité! »
En tout cas, ce ne sera pas nous qui nous scandaliserons d'une telle découverte. Mais ce qui nous épouvante, c'est la conséquence précipitée et excessive qu'on en tire presque régulièrement.
« Le Catholicisme n'est pas vrai : donc le Christianisme n'est pas vrai » Ah ! pourquoi rendre le Catholicisme et le Christianisme solidaires l'un de l'autre , Qui dira combien cette fatale confusion a fait d'incrédules? * Mais quand on se pique de bien raisonner, on ne se paie pas d'un pareil syllogisme. Par horreur de M. Veuillot on ne va pas serrer la main à Voltaire. II vaut la peine de réfléchir sérieusement , avant de prendre une pareille détermination. Entre ces prémisses : « le Catholicisme
* Je croirais plutôt quMIs se le diront à voix basse.
* Nous sommes convaincu que c'est cette déplorable confusion qui a conduit Lamennais (et tant d'autres) bon du Christianisme.
«n'est pas la vérité » prémisses acceptables, etcette conclusion : «donc le Christianisme n'est pas la vérité », se trouve un tout petit entre-deux que vous n'avez pas aperçu.
Voudrais-je parler du Protestantisme? Mais pas possible! Ce pauvre protestantisme a été si bien réfuté par Bossuet et mieux encore par Louis XIV I II est si morcelé, me dirait-on, tant de sectes le dévorent! C'est une Babel , ce n'est pas une religion. Où sont ses titres? où ses droits? D'où vient-il? d'où sort-il? Hier il n'était pas, il n'existe que par l'Église sa mère, qu'il a reniée. Vous ne voudriez pas sans doute qu'on se fût affranchi de l'autorité du Pape, qui après tout est antique, imposante, respectable, pour tomber sous la férule de Luther ou de Calvin! La belle affaire que de changer de joug! Non I si le Christianisme était vrai, le Catholicisme serait vrai, car il est son héritier légitime ; mais la preuve que le Christianisme n'est pas vrai c'est que le Catholicisme est absurde. Or, en dehors du Catholicisme, il n'y a, dans la Chrétienté, que les divagations de la secte. Nous ne nous y arrêterons pas. Nous avons hâte d'entrer dans les iempla serena de la philosophie. Nous sommes conséquents.
Les écrivains catholiques n'ont pas manqué , d'accord ici avec ces incrédules dont nous parlons, de poser le dilemme : Catholicisme ou Incrédulité. «Enfin décompte, a dit sérieusement M. Âug. Nicolas, il n'y a que deux « principes : le Catholicisme et le Rationalisme, qui se o résout dans l'athéisme.» Et Lamennais : «catholique ou « athée : choisissez. » En nous mettant ainsi le marché à la main et en n'offrant le choix qu'entre ces deux alternati-
ves^la tactique de nos logiciens était de nous faire refluer, par horreur de Tathéisme, jusqu'au Catholicisme ultramontain. Coinment faire? Entre deux maux, se dit-on, il faut choisir le moindre ; et on reste catholique romain.
Mais ce dilemme cornutum ne nous effraie pas. Comment! entre Rome, la Rome uUramontaine et Tathéisme, il n'y a rien logiquement 7 A qui donc voulezvous en faire accroire? 11 est commode, en vérité, par amour de la logique, de supprimer la moitié du monde chrétien! Moi, je dis qu'entre Rome et l'athéisme, il y a le Christ tout entier. Le Christ sauf les prêtres, sauf Tabsurdité dogmatique , sauf la magie sacramentelle ^ sauf la hiérarchie tyrannique, sauf les surcharges traditionnelles, sauf l'oppression de la conscience individuelle* Le Christ, seul et directement en contact avec chaque âme, épanchant de lui à elle le flot intarissable et pur de son âme divine, comme jadis, au saint souper, quand il communiait avec Jean ! Je vous appelle en témoignage, nuées de croyants, myriades d'âmes élues et chrétiennes; levez-vous par cent millions , martyrs vénérés^ découvrez vos sacrés stygmates; œuvres prodigieuses et chrétiennes, glorlQez l'esprit de Celui qui vous inspira, et opposez , au dilemme prétentieux et faux d'une logique menteuse, le grand fait de la religion individuelle, du Christianisme libre, libre sous l'autorité de la parole, de Texemple, de l'amour, de l'Esprit du Christ !
Il est vrai que ce point de vue éminemment spiritualiste^ cette autorité morale et non plus grossièrement matérielle et visible, n'a de valeur que pour les âmes sérieuses; et un dernier mais terrible obstacle que j'ai à constater, c'est :
8** Notre légèreté française. J'ai déjà essayé de démontrer qu*il ne doit pas y avoir incompatibilité entre une race quelconque et la vérité ; que la vérité est universelle ; qu*elle se fait tout à tous en demeurant elle-même. Que s'il y a dans une race — comme il y a dans tous les individus — des défauts de caractère qui lui soient antipathiques > la vérité aura soin de les amender et de les faire disparaître : c'est là son affaire et sa mission.
Cependant, il faut bien le reconnaître, il y a certaines prédispositions natives qui opposent à la vérité une résistance plus efficace. C'est ce qui se rencontre chez les hommes légers, superficiels, dont les mœurs sont frivoles comme le caractère. Or, n'est-ce pas là précisément ce qu'on reproche à notre nation? Et n'y a-t-il pas de quoi devenir sombre de découragement, que de se poser cette question : a Le peuple de Voltaire pourra-t-il jamais être le peuple de Jésus-Christ? » Qu'on vienne en France , qu'on rie comme Rabelais, comme Arouet, commeM. About, on est sûr de faire fortune: et en France, faire rire, c'est démontrer. Or, il est très-facile de trouver partout, même dans les Saintes-Écritures, une pâture pour notre rire national. Et le public rit d'autant plus volontiers et se laisse d'autant plus persuader par les plaisanteries qui attaquent la religion, qu'il voit toujours, par derrière la religion, le prêtre, le joug moral, le despotisme qui répugnent à ses instincts.
Je dois bien le reconnaître, je crois pour moi que cette légèreté nationale est la grande raison psychologique qui a empêché la Réforme de prendre racine en France. Je ne sais pas de qui cela fait l'éloge, mais je suis bien convaincu que si les François F% si les Henri, si les
Médicis, si les Guise, si la cour, si les grands , si les Français enfin avaient été des âmes sérieuses, des consciences capables d'aller au fond de la question religieuse, de rompre avec le vice, de se laisser saisir par la grandeur morale de la vérité, — depuislongtempsla France serait protestante. Aussi bien, les intérêts de la politique et de la liberté Ty poussaient : mais cette nourriture spirituelle était trop forte encore pour le tempérament moral de notre pays ; et surtout Tesprit frivole de la cour ne pouvait pas s'accommoder des austérités d'une religion qui prenait au sérieux le devoir et ne remplaçait pas la vertu par la confession. Le caractère français ne devait pas trouver son compte au rigorisme huguenot. Cependant les grands caractères qui ont été façonnés par la Réforme, et dont les historiens contemporains nous ont révélé la sublimité, n'appartenaient pas à une autre race que leurs adversaires : quelquefois ils appartenaient à la même famille. Il n'y a donc pas absolument dans le génie français un obstacle dirimant et invincible à ce qu'il prenne au sérieux la vérité.
Au reste, la Providence tient dans ses mains des éléments régénérateurs. — Nos malheurs publics, l'influence de quelques génies graves et religieux , l'âge peut-être qui rend sérieux les peuples comme les individus — {Peuvent amender nos défauts de race. Aussi bien nous sommes en progrès. La France n'est pas autant incrédule de nos jours qu'au siècle passé, et surtout elle l'est autrement. Même ses professeurs d'incrédulité sont des hommes respectueux pour le sentiment religieux. Notre scepticisme souffre d'être le scepticisme; il voudrait être la foi; mais nous ne savons pas où trouver la foi.
Un vague et mystérieux besoin de Dieu a saisi les âmes| d'élite. C'est un noble tounment que celui qui a arracbé à MM. Hugo et Musset leurs strophes à Voltaire, sublimes d'imprécation. On a beau rééditer Voltaire, le cœur de la France n'est pas avec cet homme sans cœur, par conséquent sans religion. La France pourra bien être encore incrédule avec M. Renan, elle ne le sera pas avec Arouet. Oui , elle souffre de ne pas croire, elle a besoin d'infini. Elle s'assied , muette et triste, sur le sépulcre scellé du Christ. N'est-ce pas encore le troisième jour, le jour de la résurrection? a Dites-moi, s'écrie-t- » elle avec M. Michelet, s'est-il élevé quelque part un » autel nouveau? »
Ohl tant mieux qu'elle souffre! J'aime mieux qu'elle souffre que si elle raillait. Cette souffrance même est un progrès, une espérance, une propl;étieI