‹ Le Christianisme et ses origines (volume 2)Chapitre 11 sur 43 · Port-Royal, livre III, à la fin du n° IX · texte numérisé non relu

Port-Royal, livre III, à la fin du n° IX

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leurs prêtres , et sous la terreur de leurs enfers* Les peuples enfants sont ceux qui, dans l'Inde , emmoillottés dans leurs castes, énervés par les violcnccs de la nature, donnaient leur sommeil en faisant des rêves également gigantesques et impuissants. Les peuples enfants sont ces Barbares de l'empire des Perses, dont les hordes innombrables sont venues se briser et comme se fondre au contact de quelques bataillons d'Hellènes, qui les ont écartés tout d'abord et n'ont eu ensuite qu'un mouvement à faire pour les subjuguer. Ce ne sont pas les Grecs qui sont des en fa ni s, non, par ceux qui ont combattu à Marathon ou au Granique ;ce ne sont pas ceux qui ont jeté sur toutes les* côtes leurs colonies et la civilisation avec elles ; ceux qui ont fondé à la fois le modèle des camps dans Sparte, et dans Athènes le modèle des cités ; ceux qui ont bâti Alexandrie ; ceux qui ont créé , après le théâtre, les sciences, la politique, la libre pensée ; ceux du milieu desquels sont sortis un Anaxagore, un Démociïte, un Heraclite, un Thucydide et un Aristote ; ceux qui de tous les peuples ont le plus aimé et le mieux servi l'humanité. Le seul côté misérable de leurs mœurs a été précisément un vice asiatique. Et quant au monde moderne, s'il vaut mieux qu'eux en certaines choses, ou s'il pense plus fortement, c'est qu'il a continué après eux de vivre et de souffrir, de sentir et de s'in-\

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struire. Les Hellènes sont jeunes par rapport à nous; mais en face de l'Orient antique, ce sont eux qui ont été les hommes faits.

On s'incline cependant sans hésiter devant l'Orient, si on remonte à cette antiquité lointaine où l'Orient contenait en germe la Grèce elle-même avec toute une famille de l'humanité. Il est certain que la religion des Heliènes. leur mythologie , leur poésie, leur langue, tous les éléments de l'esprit hellénique, ont été puisés à une source plus haute, dont nous approchons d'aussi près qu'il est possible depuis qu'on nous a ouvert les Vcdas. La vraie histoire de la Grèce commence au temps dont les Védas rendent témoignage; et le génie des Arias ne doit pas être opposé au génie grec ; l'un est enveloppé dans l'autre.

Ces vérités ont été mises de notre temps en pleine lumière ; elles ont donné à l'histoire des lettres grecques un aspect nouveau \ J'ai profité moimême plus d'une fois dans ce volume des avertissements des orientalistes; mais dès qu'on a passé les origines, il faut se délier d'une trop grande

1. C'est par où se distingue l'Histoire de la littérature grecque de M. Emile Burnouf, 1869. Quant à l'influence générale de l'Orient, non plus seulement sur les lettres grecques, mais sur tout l'ensemble de la vie hellénique, elle a été très-bien résumée en quelques pages, au chapiir xm de ['Histoire de la Grèce ancienne de M. Duruv, 1862.

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préoccupation de l'Orient. Il m'est impossible d'admettre, ni que l'Hellénisme dans ses beaux temps doive tout à l'Asie, ni que ce qu'il a pu lui devoir soit d'un si grand prix. Je suis persuadé au contraire qu'il n'a guères emprunté à l'Orient que quelques illusions théologiques, quelques superstitions ou quelques fantaisies d'ascétisme, et qu'il n'a tiré que de lui-même tout ce qu'il a produit de vraiment bon et de vraiment grand. La Grèce néanmoins n'a pas été à elle seule toute l'humanité, et je ne prétends rien méconnaître en dehors d'elle. Pourvu qu'on ne réclame pas pour l'Orient une adoration superstitieuse, qui refuserait son respect à la vieille Egypte, à ses monuments, à ses peintures, à ses inscriptions, à ses papyrus, témoins indestructibles de la première civilisation que le cerveau humain ait fait éclore? Qui n'accorderait une admiration mêlée de tendresse à l'Inde brahmanique, cette aînée de la Grèce, qui a vieilli, pour ainsi dire, auprès du foyer, solitaire et sainte, tandis que sa jeune sœur, brillante et féconde, s'élançait vers les plus belles destinées et enfantait l'avenir? Qui ne recueillerait pieusement les restes de tant d'autres grandes sociétés disparues ? Pour ce qui est de Rome, nul n'est en danger de l'oublier; la Grèce et elle se sont partagé le domaine de l'histoire, et nous sommes les fils des Romains aussi bien que des Hellènes. Enfin ni l'éclat de la Grèce ni celui de Rome

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ne sauraient effacer les Juifs. Je dirai en détail, dans la suite de mes Études, tout ce que leur doit le monét moderne ; je puis dire en un mot dès à présent leur plus grand titre : c'est d'avoir fait entendre, suivant l'expression de Racine,

... Les soupirs de l'humble qu'on outrage.

Les Grecs et les Romains étaient les heureux du monde ; et même dans les temps mauvais où ils ont eu le plus à souffrir, c'étaient des aristocraties qui souffraient, et qui conservaient jusque dans la servitude leur grandeur et leur orgueil ; ils étaient encore, chacun à sa façon, les premiers peuples de la terre. Les Juifs, au contraire, toujours maltraités et insultés, toujours dans l'ombre, mais opiniâtres à maintenir leur liberté intérieure et leur foi dans un dieu dont ils étaient sûrs, puisque ce dieu représentait l'àme même de leur race, méritèrent d'être les interprètes de tous les opprimés, de tous les déshérités, de tous ceux qui souffrent obscurément et patiemment; disons, de l'humanité ellemême, car il n'y a pas d'homme qui ne rentre à quelques moments, ne fût-ce que par la maladie ou par le deuil, dans la foule immense des misérables ; et leurs psaumes douloureux et fiers toucheront éternellement leurs frères de toute origine, parce qu'ils sont pleins à la fois de tristesse et de force, et qu'ils donnent pour

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